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À M’tsangamouji, les « Quartiers d’été » offrent aux jeunes des vacances éducatives et citoyennes

À M’tsangamouji, les « Quartiers d’été » offrent aux jeunes des vacances éducatives et citoyennes
Au milieu des chants de Debaa et des activités proposées aux enfants, la matinée a pris des allures de rendez-vous intergénérationnel.

En déplacement ce vendredi à M’tsangamouji, le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, est venu constater le déroulement du dispositif « Quartiers d’été », un programme national destiné à soutenir des activités éducatives, sportives, culturelles et citoyennes durant les vacances scolaires. Mis en place dans le cadre de la politique de la ville, ce dispositif vise à proposer des animations aux jeunes des quartiers prioritaires pendant la période estivale.

Accueilli par les élus, les associations locales, les bénévoles et de nombreux jeunes participants, le représentant de l’État a participé à une matinée intergénérationnelle mêlant ateliers artistiques, activités sportives, chants traditionnels et démonstrations de Debaa.

À cette occasion, Frédéric Poisot a rappelé les objectifs poursuivis par le dispositif. Selon le préfet, les « Quartiers d’été » doivent permettre aux enfants des communes engagées de bénéficier d’activités pendant les mois de juillet et d’août, tout en favorisant l’accès au sport, à la culture et à la transmission des savoirs.

Un dispositif financé par l’État et porté par les associations

Le préfet a également salué l’engagement de l’association Jardin Maore, soutenue à hauteur de 12 000 euros par l’État. Selon lui, les activités proposées contribuent à occuper les jeunes durant les vacances, à encourager la pratique sportive et à valoriser le patrimoine culturel local, notamment à travers le Debaa et les chants traditionnels.

Cette année, l’État mobilise 750 000 euros pour financer plus de 140 actions « Quartiers d’été » à Mayotte. À M’tsangamouji, 28 000 euros ont permis de soutenir trois projets destinés à près de 3 000 habitants, autour d’activités éducatives, sportives, culturelles et environnementales.

Déployé chaque été dans les quartiers prioritaires, le dispositif repose sur l’implication des communes et du tissu associatif. Il a pour vocation de proposer une offre d’activités aux jeunes pendant les vacances tout en favorisant le lien social et l’accès à des pratiques culturelles, sportives ou citoyennes.

Une quatrième édition en quête de nouveaux participants

Président de l’association Jardin Maore, Moussa Nassim dresse un bilan positif de cette quatrième édition. « Cela se passe vraiment très bien. La population est contente, les jeunes sont heureux et, personnellement, je suis satisfait », affirme-t-il.

Le responsable associatif estime que la visite du préfet témoigne de l’intérêt porté aux actions menées sur le terrain. L’association espère accueillir au moins autant de participants que l’an dernier, soit 1 200 jeunes, voire davantage.

Moussa Nassim évoque toutefois les difficultés rencontrées concernant les délais de versement des subventions. Selon lui, l’association a dû avancer certaines dépenses grâce à sa trésorerie avant que les aides publiques ne viennent couvrir les frais engagés.

Accompagnée par la Fédération mahoraise des associations environnementales de Mayotte, l’association poursuit ses animations tout au long de l’été autour du sport, de l’environnement, de la culture et des traditions locales.

À Mayotte, les « Quartiers d’été » constituent l’un des dispositifs mobilisés par l’État et les collectivités pour proposer des activités aux jeunes durant les vacances scolaires, en s’appuyant sur le réseau associatif présent dans les communes.

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La double barrière de corail de Mayotte bientôt inscrite à l’UNESCO ?

La double barrière de corail de Mayotte bientôt inscrite à l’UNESCO ?

Jeudi dernier, en assemblée plénière, les élus du Département-Région de Mayotte ont examiné le partenariat avec l’État visant à impulser la candidature de la double barrière de corail au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les élus amorcent un renouveau qui pourrait marquer un tournant historique pour la double barrière de corail. Cette prestigieuse distinction de l’UNESCO vise à assurer la préservation et le rayonnement d’un site exceptionnel. Une convention a officialisé l’engagement des autorités locales et nationales dans ce projet pour un accompagnement dans le dossier de candidature.

Cette délibération s’inscrit dans la continuité de l’annonce faite en juin dernier par le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Au nom du président Emmanuel Macron, il avait officialisé la candidature de la double barrière de corail de Mayotte au patrimoine mondial naturel de l’UNESCO.

Pour Ali Madi, président du CPIE Maoré, ce projet est le fruit d’un travail engagé depuis près de dix ans par de nombreux acteurs du territoire. Selon lui, les collectivités, le SIDEVAM, le LEMA, les professionnels de la pêche, les entrepreneurs, mais aussi l’Éducation nationale doivent s’impliquer afin que les Mahorais s’approprient cette démarche. Pour lui, la population doit mieux connaître « ce que cette barrière représente pour le territoire et ce qu’elle apporte en matière de visibilité ».

Cette inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO répond à un enjeu d’attractivité touristique pour le territoire et de stimulation de l’économie locale. Elle implique également des engagements stricts en matière de préservation de l’environnement et de gestion durable des ressources marines. L’île espère ainsi présenter une candidature convaincante. Pour rappel, le patrimoine en question peut être culturel, naturel ou mixte. Pour les sites naturels, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture évalue notamment leurs particularités physiques, biologiques et écologiques.

Pour figurer sur la Liste du patrimoine mondial, les biens doivent répondre à au moins un des dix critères requis. Ils peuvent, par exemple, présenter des caractéristiques monumentales remarquables, revêtir une importance historique significative ou encore offrir des phénomènes d’une beauté naturelle unique. La double barrière de corail forme un lagon de plus de 1 500 km², offrant un environnement marin particulièrement protégé. Ce récif corallien agit comme un rempart naturel contre les intempéries de la haute mer, créant des eaux calmes propices à de nombreuses activités maritimes. Cette labellisation au patrimoine mondial pourrait permettre à Mayotte de mieux sauvegarder son site emblématique.

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Saïd Larifou : il se défend de vouloir raviver un débat ancien entre les Comores et Mayotte

Saïd Larifou : il se défend de vouloir raviver un débat ancien entre les Comores et Mayotte

Candidat malheureux à l’élection présidentielle dans l’Union des Comores, l’avocat franco-comorien Saïd Larifou internationalise aujourd’hui son combat en faveur de la bonne gouvernance dans son pays. Proche des dirigeants actuels du Sénégal, il préside l’Institut du Droit International Africain et de la Bonne Gouvernance (IDIABG).

Cette nouvelle structure l’a récemment conduit à exprimer une opinion qui a fortement déplu aux maires de Mayotte. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas manqué de faire connaître leur mécontentement à travers une motion rendue publique la semaine dernière. L’avocat revient sur cette polémique et appelle à la désescalade ainsi qu’à un dialogue constructif avec Mayotte.

Flash Infos : Maître Larifou, votre récente tribune sur l’avenir des relations entre les pays africains, ainsi qu’entre les nations de l’océan Indien, a suscité une vive colère chez les élus mahorais. N’avez-vous pas le sentiment d’avoir ravivé un débat stérile vieux de cinquante ans, ou du moins de ne pas avoir suffisamment replacé chaque élément dans son véritable contexte ?

Saïd Larifou : Je ne suis pas intervenu pour raviver un débat ancien, mais précisément pour contribuer à en sortir. Depuis plus d’un demi-siècle, les postures, les déclarations de principe et les affrontements verbaux n’ont permis ni de résoudre le différend ni d’améliorer durablement la vie des populations concernées.

Ma démarche est différente. Elle consiste à ouvrir un espace de réflexion serein, où le droit international, la responsabilité politique, la coopération régionale et l’intérêt des peuples prennent le pas sur les passions.

Ma réponse du 23 juillet à l’Association des maires de Mayotte s’inscrivait dans cet esprit. Elle ne visait ni les Mahoraises et les Mahorais, pour lesquels j’ai du respect, ni les institutions françaises. Elle invitait simplement à reconnaître qu’aucun différend international ne peut être résolu durablement par les invectives ou les motions de condamnation.

Notre région mérite aujourd’hui une diplomatie de responsabilité, de confiance et de construction, plutôt qu’une diplomatie de confrontation.

F.I. : Vous qui souhaitez prendre de la hauteur face à un dialogue de sourds qui dépasse la France, l’ONU et l’Union africaine, n’avez-vous pas le sentiment que les autorités comoriennes se trompent de méthode depuis 1975 ? Jean-Luc Mélenchon, candidat déclaré à la succession d’Emmanuel Macron, suggérait récemment à Moroni de commencer par se faire aimer des Mahorais avant d’espérer être désiré par eux. Quel est votre sentiment à ce sujet ?

S.L. : Je pense effectivement qu’il est nécessaire d’avoir le courage d’évaluer lucidement les résultats des politiques conduites depuis 1975. Le constat est clair : les méthodes employées n’ont pas permis de rapprocher les positions ni d’ouvrir une perspective de règlement durable.

Pour autant, remettre en cause une méthode ne signifie pas renoncer aux principes. Une diplomatie moderne doit demeurer fidèle au droit tout en sachant faire évoluer ses moyens d’action.

Je comprends le sens de l’observation de Jean-Luc Mélenchon lorsqu’il évoque la nécessité de gagner la confiance des Mahorais. La confiance ne se décrète pas, elle se construit. Elle suppose que l’Union des Comores poursuive résolument le renforcement de l’État de droit, de la démocratie, de la bonne gouvernance et du développement.

L’influence diplomatique ne repose pas seulement sur des revendications ; elle se construit également par l’exemplarité. C’est cette voie que je défends.

F.I. : Les maires de Mayotte vous accusent d’instrumentaliser cette cause à des fins personnelles et de troubler le climat de reconstruction après le cyclone Chido. Que leur répondez-vous ?

S.L. : Je comprends que, dans un contexte marqué par les épreuves traversées par Mayotte, certaines prises de position puissent susciter des réactions. Toutefois, je récuse fermement l’idée selon laquelle ma démarche relèverait d’une quelconque instrumentalisation personnelle.

Depuis de nombreuses années, mon engagement est constant en faveur du droit, de la démocratie, de la médiation et de la bonne gouvernance. Mes interventions s’inscrivent dans cette continuité. Elles ne sont dirigées ni contre les Mahoraises et les Mahorais, ni contre la France. Elles traduisent la conviction qu’aucun différend durable ne peut être résolu autrement que par le dialogue, le respect mutuel et le droit.

À la suite du cyclone Chido, j’ai exprimé sans réserve ma solidarité avec toutes les victimes. Face aux catastrophes naturelles, aux défis climatiques et aux drames humains, nos peuples découvrent chaque jour davantage qu’ils partagent un destin régional.

C’est précisément dans ces moments que la coopération doit l’emporter sur les antagonismes. La paix n’est jamais une menace pour la reconstruction ; elle en est la condition.

F.I. : La demande adressée au préfet de Mayotte de surveiller vos initiatives publiques vous inquiète-t-elle ?

S.L. : Non. Dans un État de droit, le débat d’idées est une liberté fondamentale. Il appartient naturellement aux autorités publiques de veiller au respect de l’ordre public, mais il appartient tout autant à chacun de pouvoir exprimer, de manière pacifique et responsable, une réflexion sur une question internationale.

Toutes mes prises de position s’inscrivent dans le respect du droit français, du droit international et de la Charte des Nations unies. Elles excluent toute forme de provocation ou d’appel à la violence.

Je demeure convaincu que les grandes questions diplomatiques se résolvent par la parole, la négociation et la confiance, jamais par la censure ou l’intimidation. La démocratie se renforce lorsqu’elle accepte le débat respectueux.

F.I. : Le temps a passé depuis la célèbre phrase de François Mitterrand : « Les Comoriens sont ici et ils sont là-bas », sans que la France ne s’engage véritablement dans un règlement de fond. Mesurez-vous concrètement le désastre humain qu’a engendré cette situation, avec ces milliers de morts, impossibles à recenser, dans le bras de mer séparant les Comores de Mayotte ? Pourquoi l’État souverain des Comores s’obstine-t-il, selon vous, à entretenir cette tragédie en se drapant dans une posture que beaucoup de Mahorais perçoivent comme celle d’un néo-envahisseur ?

S.L. : La disparition de milliers de femmes, d’hommes et d’enfants dans le bras de mer séparant les autres îles de Mayotte constitue l’une des plus grandes tragédies humaines de notre région. Devant une telle souffrance, il n’y a ni victoire politique ni satisfaction juridique possibles. Il n’y a qu’un devoir de responsabilité. Ces drames trouvent leur origine dans une combinaison de facteurs : les difficultés économiques, les insuffisances de gouvernance, les déséquilibres de développement, les contraintes migratoires et l’absence, jusqu’à présent, d’une approche régionale suffisamment ambitieuse.

C’est précisément pour cette raison que je plaide en faveur d’un dialogue renouvelé entre les Comores, la France, Mayotte et l’ensemble des partenaires régionaux. Notre priorité commune devrait être de sauver des vies, de créer des perspectives pour la jeunesse et de construire un espace régional de stabilité, de prospérité et de solidarité. Aucune considération politique ne doit faire oublier l’impératif de protéger la vie humaine.

F.I. : Croyez-vous sincèrement que les Mahorais puissent un jour renoncer à leur refus de partager un destin politique commun avec les autres îles de l’archipel ?

S.L. : Je respecte profondément les Mahoraises et les Mahorais, leur histoire, leurs préoccupations et les choix qu’ils expriment. Ce respect est indispensable si l’on souhaite instaurer un dialogue sincère.

En revanche, je crois qu’il convient de distinguer le débat juridique international des relations humaines entre les populations. Les différends entre États ne doivent jamais conduire à opposer des peuples qui partagent une histoire, une culture, des liens familiaux et un même espace géographique.

L’avenir ne se construira ni dans la contrainte ni dans le déni des réalités. Il reposera sur la capacité de chacun à bâtir des coopérations concrètes dans les domaines de la sécurité maritime, de l’environnement, de la santé, de l’économie, de l’enseignement supérieur et de la circulation des savoirs.

Mon ambition n’est pas d’imposer une vision à qui que ce soit. Elle est de contribuer à créer les conditions d’une confiance retrouvée, afin que les générations futures puissent vivre dans un climat de paix, de respect mutuel et de coopération. C’est, à mes yeux, la véritable responsabilité des dirigeants de notre région.

F.I. : L’État comorien a-t-il réellement cherché à récupérer Mayotte par la force ou s’agit-il plutôt d’un jeu diplomatique savamment entretenu entre Paris et Moroni, au détriment du peuple comorien, qui subit depuis plus d’un demi-siècle les conséquences de régimes autoritaires ?

S.L. : Je pense que la question de Mayotte a parfois été utilisée, de part et d’autre, comme un sujet de politique intérieure plutôt que comme un véritable dossier diplomatique. Cette situation n’a servi ni les intérêts des populations ni ceux de la stabilité régionale.

Le moment est venu de sortir de cette logique. Une politique étrangère responsable doit être guidée par une vision stratégique, fondée sur le droit, la confiance mutuelle et la recherche de solutions durables.

Je plaide pour que les Comores se dotent d’une véritable doctrine diplomatique sur l’océan Indien, dépassant le seul différend de Mayotte pour intégrer les enjeux de sécurité maritime, de développement, d’environnement, de mobilité et de coopération régionale.

F.I. : Dans votre réponse à la colère des élus mahorais, vous avez défendu l’idée d’un dialogue tripartite respectueux, ce qui est tout à votre honneur. Toutefois, vous continuez de contester le choix démocratiquement exprimé à plusieurs reprises par les Mahorais. Or, par son statut français et européen, Mayotte constitue aujourd’hui l’un des principaux moteurs géopolitiques, géostratégiques, économiques et sociaux de cette région. Pensez-vous que la position défendue par les Comores soit tenable à long terme ?

S.L. : Toute politique doit être appréciée à l’aune de ses résultats. Si une stratégie ne produit pas les effets attendus après plusieurs décennies, il est légitime de s’interroger sur ses méthodes, sans renoncer pour autant aux principes qui la fondent.

Je crois que l’Union des Comores gagnerait à développer une diplomatie d’influence fondée sur la qualité de sa gouvernance, le dynamisme de sa diaspora, son potentiel économique, son rayonnement universitaire et son engagement régional. Le respect du droit international est parfaitement compatible avec une approche pragmatique, moderne et tournée vers l’avenir.

F.I. : Plusieurs États africains ont désormais cessé de considérer l’Union des Comores comme un ensemble indivisible de quatre îles. Ils développent progressivement des partenariats avec Mayotte, sans tenir compte des protestations du ministère comorien des Affaires étrangères. N’est-il pas temps de tourner la page d’un différend vieux de plus de cinquante ans pour construire une coopération plus constructive ?

S.L. : Le monde évolue rapidement et les pratiques diplomatiques également. Nous devons regarder cette réalité avec lucidité plutôt que de la nier. Cela ne signifie pas l’abandon des principes juridiques, mais l’adaptation de nos instruments diplomatiques.

Les Comores disposent de nombreux atouts au sein des organisations africaines et régionales. Elles doivent les mobiliser avec davantage d’efficacité afin de devenir une véritable force de proposition plutôt qu’une simple partie à un différend.

L’influence se construit aujourd’hui par la coopération, la crédibilité et la capacité d’initiative. Elle doit également s’inscrire dans le respect du droit international et des résolutions internationales, dont la violation est souvent à l’origine des conflits.

F.I. : Vous défendez un idéal démocratique aux Comores, alors même que cette notion semble encore peiner à s’imposer dans l’esprit d’une partie de vos compatriotes. N’avez-vous jamais le sentiment de mener un combat perdu d’avance ?

S.L. : Je n’ai jamais considéré que le combat pour la démocratie pouvait être vain. L’histoire démontre que les avancées démocratiques sont souvent longues et exigeantes, mais qu’elles finissent toujours par produire leurs effets lorsqu’elles reposent sur la persévérance et le respect des principes.

Je demeure convaincu que la crédibilité internationale des Comores dépendra avant tout de la solidité de ses institutions, de l’indépendance de sa justice, du respect des libertés publiques et de l’État de droit. Une diplomatie forte commence toujours par un État exemplaire.

F.I. : Que dire de ces dignitaires des régimes successifs de Moroni qui dénoncent avec virulence le choix des Mahorais, alimentent quotidiennement un discours hostile à leur égard, tout en venant, parfois discrètement, se faire soigner dans les hôpitaux mahorais avec le concours de l’ambassade de France à Moroni ? Cette attitude vous paraît-elle respectueuse envers le citoyen comorien ordinaire, à qui l’on demande de rejeter Mayotte ?

S.L. : Je comprends que cette situation puisse susciter de l’incompréhension. Lorsqu’un État n’est pas en mesure d’offrir à ses citoyens des services essentiels de qualité, il doit avoir l’humilité d’en tirer les conséquences et d’engager les réformes nécessaires.

Notre priorité devrait être de renforcer durablement notre système de santé afin que chaque Comorien puisse être soigné dignement dans son propre pays.

La bonne gouvernance consiste d’abord à répondre aux besoins fondamentaux de la population avec transparence, responsabilité et équité.

F.I. : Un autre sujet alimente les tensions : l’exclusion de Mayotte des organisations régionales de l’océan Indien, voulue par les Comores. Comment expliquer au reste du monde cette volonté affichée de fraternité envers les Mahorais tout en les écartant systématiquement des instances régionales ? N’y a-t-il pas là un paradoxe que ni l’ONU ni l’Union africaine ne parviennent à résoudre ? Cette stratégie ne dessert-elle pas finalement les intérêts des Comores elles-mêmes ?

S.L. : Je pense que la coopération régionale ne doit jamais être prise en otage par les différends politiques ou géopolitiques.

Les défis auxquels nous sommes confrontés — changement climatique, sécurité maritime, développement économique, santé publique ou protection de l’environnement — concernent l’ensemble des peuples de l’océan Indien.

Il est donc dans l’intérêt de tous de favoriser les espaces de dialogue et de coopération, sans préjudice des positions juridiques de chacun. La coopération régionale renforce la confiance ; elle ne l’affaiblit pas.

F.I. : La position de l’Union des Comores à l’égard des athlètes mahorais apparaît, pour beaucoup, incompréhensible. Le matin, on revendique une population et un territoire ; l’après-midi, on s’oppose à leur participation aux compétitions régionales. Finalement, Jean-Luc Mélenchon n’avait-il pas raison lorsqu’il invitait les autorités comoriennes à commencer par gagner le cœur des Mahorais ?

S.L. : Le sport doit demeurer un langage universel de fraternité, de respect et de dépassement de soi. Les jeunes générations ne doivent pas supporter les conséquences de différends politiques qui les dépassent.

Favoriser les rencontres sportives, culturelles et universitaires constitue, au contraire, un investissement dans la paix et la compréhension mutuelle.

Nous devons multiplier les occasions de rapprochement entre les peuples plutôt que les motifs de division.

F.I. : Parlons de l’ancien président comorien Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, dont le souvenir demeure particulièrement négatif chez de nombreux Mahorais. Pensez-vous que le traitement judiciaire qui lui est réservé puisse convaincre ces derniers des vertus de la démocratie comorienne, eux qui vivent depuis plus de cinquante ans sous les institutions françaises et européennes ?

S.L. : Au-delà de toute considération politique ou partisane, le respect des droits fondamentaux, des garanties judiciaires et de l’indépendance de la justice constitue une exigence universelle.

Toute atteinte à ces principes fragilise la crédibilité internationale d’un État et nourrit les interrogations de ses partenaires comme de ses propres citoyens.

Je demeure convaincu que l’avenir des Comores passe par une justice indépendante, une démocratie apaisée et des institutions fortes. C’est cette évolution qui permettra à notre pays de renforcer son autorité morale, sa crédibilité diplomatique et sa capacité à dialoguer sereinement avec tous ses partenaires, y compris Mayotte et la France.

Mon ambition n’est pas de faire triompher un camp sur un autre. Elle est de contribuer à faire émerger une nouvelle vision pour notre région : une vision où le droit éclaire la politique, où la démocratie renforce la crédibilité des États, où la coopération l’emporte sur la confrontation et où les générations futures héritent d’un océan Indien de paix, de prospérité et de confiance.

C’est cette voie que je continuerai de défendre avec constance.

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Comores : inscription historique de six médinas au patrimoine mondial de l’Unesco

Comores : inscription historique de six médinas au patrimoine mondial de l'Unesco

Depuis 2007, l’Union des Comores avait inscrit plusieurs sites sur la liste indicative de l’Unesco en vue d’obtenir leur reconnaissance au patrimoine mondial. Dix-neuf ans plus tard, cette démarche aboutit avec l’inscription de six médinas historiques, lors de la 48e session du Comité du patrimoine mondial organisée le 25 juillet à Busan, en Corée du Sud.

La nouvelle a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Samedi, à l’issue de sa 48e session organisée à Busan, en Corée du Sud, l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) a officiellement inscrit les six médinas des anciens sultanats des Comores sur la Liste du patrimoine mondial. Une consécration historique pour l’archipel, accueillie avec une immense fierté par la délégation comorienne présente sur place, conduite par le président de l’Union des Comores, Azali Assoumani.

En février 2025, le chef de l’État avait lui-même déposé le dossier de candidature au siège de l’Unesco à Paris. À cette occasion, la directrice générale de l’organisation, Audrey Azoulay, avait laissé entendre que le projet était sur la bonne voie. Dix-sept mois plus tard, la candidature est couronnée de succès avec l’inscription de six médinas : quatre en Grande Comore (Itsandra, Ntsoudjini, Iconi et Moroni) et deux à Anjouan (Mutsamudu et Domoni). Depuis Busan, le président Azali Assoumani a salué un moment historique.

« Six cités sultanesques nées de la rencontre entre l’Afrique, le monde arabo-persan, l’Inde et l’océan qui les relie, et qui ont façonné, siècle après siècle, l’âme de l’archipel des Comores. Je ne suis pas seulement le chef d’un État qui vient de voir six de ses cités historiques reconnues par le monde entier. Je suis, comme chacun de mes compatriotes, l’héritier de ces palais, de ces mosquées et de ces places publiques où j’ai appris très tôt que notre petit archipel possédait une grande histoire, où se rencontrent harmonieusement l’Afrique, le monde arabe, la Perse, l’Inde et l’Indonésie », a déclaré le chef de l’État. Le ministère comorien de la Culture a également salué cette décision sur sa page Facebook :

« Cette reconnaissance appartient avant tout aux communautés des six médinas — habitants, gestionnaires des sites et autorités locales — qui vivent, préservent et transmettent ce patrimoine exceptionnel depuis des générations. Sans leur engagement, cette inscription n’aurait pas été possible. »

Un espace de civilisation reconnu

Accompagné des gouverneurs des trois îles et du directeur du Centre national de documentation et de recherche scientifique (CNDRS), le président comorien a estimé que cette inscription dépasse largement la seule reconnaissance patrimoniale.

« Elle est une affirmation de notre souveraineté sur notre propre histoire, celle d’un archipel qui, loin d’être à la marge des grandes routes de l’histoire, en a longtemps constitué un carrefour actif, un lieu d’échanges, de savoirs et de gouvernance raffinée. Elle rappelle au monde que nos îles ont su, bien avant les cartes modernes, relier l’Afrique orientale, la péninsule Arabique et la Perse en un même espace de civilisation. C’est aussi un levier de développement pour notre jeunesse, qui pourra y trouver des débouchés dans les métiers de la conservation, de la médiation culturelle et du tourisme patrimonial », a-t-il déclaré.

Quelques semaines auparavant, le 24 juin, Azali Assoumani avait reçu une importante délégation de l’Unesco, accompagnée notamment du directeur de l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine (ALIPH), venue soutenir la candidature comorienne.

Réuni depuis le 19 juillet pour une durée de dix jours à Busan, le Comité du patrimoine mondial est l’un des principaux organes chargés de veiller à l’application de la Convention concernant la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel.

Le rôle déterminant du Collectif du patrimoine des Comores

L’inscription de ces six médinas est également le fruit du travail de longue haleine mené par plusieurs associations, notamment le Collectif du patrimoine des Comores, créé en 2006 et présidé par l’infatigable Fatima Boyer. Son absence à Busan n’est d’ailleurs pas passée inaperçue et a suscité de nombreux commentaires.

Dans un entretien accordé à Al-Watwan en novembre 2023, Fatima Boyer regrettait le manque d’implication de l’État et de la population dans la sauvegarde du patrimoine national. Malgré ces difficultés, son association, avec le soutien de plusieurs partenaires, dont l’ambassade de France aux Comores, a poursuivi les travaux de restauration de plusieurs sites historiques, notamment dans la médina de Mutsamudu.

Cette dernière abrite une dizaine de monuments remarquables, parmi lesquels la citadelle du XIVe siècle, accessible par un escalier de 280 marches datant du règne du sultan Abdallah Ier. Selon les historiens, cette forteresse servait à protéger la ville contre les razzias malgaches qui frappèrent l’archipel entre 1782 et 1789.

À Domoni, la médina conserve notamment le palais Pangani, édifié en 1274 par Fani Othman Ibn Affane. À Moroni, les biens inscrits comprennent la vieille mosquée du Vendredi, construite en 830 de l’Hégire (1427 de l’ère chrétienne), ainsi que la mosquée de Mwinyi Mkuu, qui abrite le tombeau du petit-fils du sultan Abdallah. La médina de Ntsoudjini est, quant à elle, célèbre pour les remparts qui ceinturent encore son ancienne ville.

Alors que des îles voisines de l’océan Indien, comme Zanzibar, bénéficiaient depuis longtemps d’une reconnaissance de l’Unesco, les Comores ont dû patienter dix-neuf ans après le dépôt de leur liste indicative pour quitter le cercle restreint des douze pays ne possédant aucun bien culturel matériel inscrit au patrimoine mondial.

Cette reconnaissance internationale ouvre désormais de nouvelles perspectives, tant pour la préservation du patrimoine que pour le développement du tourisme culturel, appelé à devenir un véritable moteur économique pour l’archipel.

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La Cadema assure que l’enquête sur l’assainissement est bien officielle

La Cadema assure que l’enquête sur l’assainissement est bien officielle
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La Cadema dément les accusations de fraude relayées sur les réseaux sociaux au sujet des visites réalisées dans le cadre du recensement des installations d’assainissement non collectif à Mamoudzou et Dembéni.

La Cadema affirme que les visites menées actuellement dans les communes de Mamoudzou et Dembéni pour recenser les installations d’assainissement non collectif s’inscrivent dans une campagne officielle. La collectivité réagit à la diffusion d’une vidéo sur les réseaux sociaux mettant en doute la légitimité des enquêteurs.

L’opération, lancée en mars, doit se poursuivre jusqu’à la fin de l’année 2026. Elle a été confiée, dans le cadre d’un marché public, à un groupement de bureaux d’études piloté par le BET Tema. Selon la Cadema, les enquêteurs disposent d’un avis de passage officiel signé par le président de l’intercommunalité. Les visites sont actuellement assurées par David Guyot.

En cas de doute, les habitants peuvent contacter le service public d’assainissement non collectif au 06 39 09 57 18 ou au 06 39 25 20 50. Cette campagne doit permettre de dresser un état des lieux des équipements existants et de préparer l’accompagnement des usagers.

L’étude EpiMay révèle une forte progression de l’obésité et du diabète à Mayotte

L’étude EpiMay révèle une forte progression de l’obésité et du diabète à Mayotte

L’Agence régionale de santé de Mayotte, en partenariat avec l’Observatoire régional de la santé et l’URPS Infirmiers de l’Océan Indien, publie les résultats du volet santé nutritionnelle de l’étude EpiMay 2025. Menée auprès de 1 000 ménages sur l’ensemble du territoire, cette enquête met en évidence une hausse préoccupante de l’obésité, qui touche désormais près d’une femme sur deux et un homme sur quatre. Le diabète concerne également 15 % des adultes mahorais. Face à ces constats, l’ARS rappelle l’importance du dépistage, de la prévention et des actions menées pour améliorer durablement la santé de la population.

La CC Sud renforce les compétences des policiers municipaux et intercommunaux

La CC Sud renforce les compétences des policiers municipaux et intercommunaux

La Communauté de Communes du Sud accueille durant deux jours une formation consacrée au pistolet à impulsion électrique (PIE), réunissant des agents des communes de Bandrélé, Dzaoudzi-Labattoir, Mamoudzou ainsi que de la CC Sud. Cette formation vise à maintenir les compétences opérationnelles des policiers et à garantir des interventions sécurisées au service de la population. Le président de la CC Sud a salué l’engagement des agents et rappelé l’importance de la coopération entre collectivités pour renforcer l’efficacité des services de sécurité à Mayotte.

La construction hors-site, une piste d’innovation pour Mamoudzou ?

La construction hors-site, une piste d'innovation pour Mamoudzou ?

L’Union Sociale pour l’Habitat a invité une délégation de la Ville de Mamoudzou en Île-de-France pour une mission consacrée à la découverte de la construction hors-site. Hamidani Magoma, premier adjoint en charge des projets structurants, a visité une usine de production de façades en bois préfabriquées, une résidence exploitée depuis une dizaine d’années grâce à ce mode constructif en préfabrication bois et, enfin, un foyer de jeunes travailleurs afin d’appréhender les enjeux de gouvernance et de gestion partenariale de ce type d’équipement. Ce type de construction offre des perspectives concrètes pour Mayotte en dynamisant la réalisation des projets de logements et d’équipements publics, notamment dans le cadre du NPNRU de Kawéni et des opérations de reconstruction post-Chido.

Le conseil municipal des jeunes de Mamoudzou cherche ses nouveaux élus

Le conseil municipal des jeunes de Mamoudzou cherche ses nouveaux élus

Arrivé au terme de son mandat de deux ans, le conseil municipal des jeunes (CMJ) de Mamoudzou se renouvelle. La Ville lance un appel à candidatures pour la mandature 2026-2028, ouvert à tous les jeunes Mamoudzois âgés de 12 à 15 ans.

Les dossiers d’inscription sont téléchargeables sur le site de la commune, et doivent être remis dûment complétés avant le 31 juillet à la Direction de l’excellence culturelle, de la jeunesse et du patrimoine, située place Zakia Madi, à côté de l’agence Air Austral. Des entretiens de motivation se tiendront en août, pour l’installation du nouveau CMJ prévu en septembre.

Le CMJ permet aux jeunes de débattre et de porter leur voix auprès des élus. Depuis sa création, 168 jeunes de Mamoudzou ont pu créer des projets sur l’environnement, la culture, le sport ou la sécurité. Comme l’animation culturelle Naringadzé, qui a rassemblé plus de 580 participants dans les villages pendant les vacances scolaires. Ou encore démarche « Mamoudzou, ville durable à l’horizon 2040 ».

Feux de végétation à Mayotte : le SDIS renforce son dispositif pour la saison sèche

Feux de végétation : le SDIS renforce son dispositif pour la saison sèche

La saison 2026 de lutte contre les feux de végétation a été officiellement lancée mardi 21 juillet sur le site du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) à Ouangani. Après les prises de parole des autorités, les sapeurs-pompiers ont présenté leurs véhicules, leurs drones et les différents équipements destinés à intervenir dans les massifs forestiers.

Le maire de Ouangani a profité de la cérémonie pour saluer l’engagement des pompiers, notamment pendant le passage du cyclone Chido. « Votre courage et votre présence ont été très importants au secours de la population. Vous avez rassuré les habitants dans ces moments difficiles », a-t-il déclaré. L’élu a également rappelé l’incendie qui avait touché le mont Bénara, dont l’accès et le relief avaient compliqué l’intervention.

Le président du conseil d’administration du SDIS a, lui aussi, rendu hommage aux sapeurs-pompiers professionnels et volontaires. Il a souligné les investissements engagés pour accompagner leur montée en compétence, certains véhicules spécialisés représentant plusieurs centaines de milliers d’euros. « Cette dynamique de projet ne s’arrête pas là », a-t-il assuré, en évoquant notamment le développement des drones et le projet de recours à un hélicoptère bombardier d’eau.

Une année 2025 exceptionnelle après Chido

Mayotte compte environ 7.200 hectares de forêts soumises au régime forestier et près de 15.000 hectares d’agroforêts. Entre 2014 et 2026, la superficie moyenne de forêt touchée par les incendies s’élève à 26 hectares par an, hors agroforêts.

L’année 2025 a toutefois été exceptionnelle : 160 hectares de forêt et 140 hectares d’agroforêts attenantes ont été détruits ou parcourus par le feu, principalement entre janvier et juin. La Direction de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (DAAF) attribue notamment cette hausse au recours illégal au feu pour nettoyer ou reconquérir des parcelles après le cyclone Chido.

La situation est revenue à un niveau plus habituel cette année. Aucun incendie de forêt n’avait été constaté au premier semestre, les premiers sinistres ayant été signalés depuis le début du mois de juillet. Le SDIS a cependant recensé 95 feux de différentes natures depuis janvier.

Le préfet a appelé à maintenir la vigilance malgré le retour rapide de la végétation après le cyclone. Selon lui, neuf feux sur dix sont d’origine humaine. Il a cité des pratiques agricoles inadaptées, mais aussi des défrichements par brûlis liés à des installations irrégulières. « La végétation change, le feu s’adapte », a-t-il insisté, en saluant le niveau de technicité atteint par les équipes du SDIS.

Depuis 2017, l’emploi du feu est encadré sur l’ensemble de l’île. Les feux courants sont interdits toute l’année. L’abattis-brûlis et la production de charbon de bois sont soumis à une autorisation préalable, tandis que l’incinération de végétaux coupés doit être déclarée entre juillet et décembre. Elle ne peut notamment être réalisée que par vent inférieur à 20 km/h, sous surveillance permanente et avec des moyens d’extinction disponibles. Seulement quatre déclarations avaient été déposées en 2025. La DAAF prépare par ailleurs un nouvel arrêté permettant d’interdire temporairement tout usage du feu en cas de circonstances exceptionnelles.

L’hélicoptère préféré au Canadair

À l’issue des discours, les invités ont découvert les moyens mobilisables. Le SDIS dispose notamment de deux drones lourds et d’un drone de taille moyenne. Dotés de caméras thermiques, ils peuvent intervenir de nuit, détecter des points chauds et rechercher des personnes isolées dans la forêt.

Plusieurs véhicules ont également été présentés : camions-citernes feux de forêt, réserves mobiles d’eau, engins capables de pomper l’eau de mer, véhicule mousse destiné notamment aux incendies industriels ou aux feux de navire dans le port de Longoni.

L’accès à l’eau et l’accès aux massifs restent les deux principales difficultés opérationnelles à Mayotte. Les pistes doivent être entretenues pour permettre le passage des véhicules, tandis que les incendies peuvent repartir après une première extinction faute de réserve d’eau suffisante.

La députée Anchya Bamana a plaidé pour la présence d’un Canadair. Les responsables du dispositif ont toutefois estimé qu’un avion bombardier d’eau était peu adapté au relief et à la densité de l’habitat mahorais. Le largage d’environ 10.000 litres d’eau pourrait présenter un danger pour les populations. Par ailleurs, les feux observés sur l’île se propagent généralement moins rapidement que les grands incendies méditerranéens.

Le SDIS privilégie donc l’hélicoptère, jugé plus maniable. Une enveloppe de 500.000 euros a été annoncée pour ce projet. L’appareil pourrait utiliser une poche d’environ 600 litres, remplie avec de l’eau de mer, afin d’attaquer rapidement un départ de feu.

Alors que la saison sèche débute, les autorités appellent chacun au « rahachiri », à la vigilance. Car si le SDIS renforce ses moyens, la prévention reste essentielle sur un territoire où neuf feux sur dix sont d’origine humaine. Respecter la réglementation, éviter les brûlis et signaler rapidement tout départ de feu doivent permettre de préserver les massifs forestiers de Mayotte.

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Futur marché des transports scolaires : les syndicats redoutent un vaste mouvement social et interpellent le Département-Région

Futur marché des transports scolaires : les syndicats redoutent un vaste mouvement social et interpellent le Département-Région

À quelques semaines de la rentrée scolaire, plusieurs organisations syndicales alertent sur le risque d’un important mouvement social susceptible de perturber les transports publics et les transports scolaires à Mayotte. En cause, selon elles, les conditions de préparation du futur marché des transports scolaires et les conséquences qu’il pourrait avoir sur l’emploi et les acquis sociaux des salariés du secteur.

Le climat social se tend dans le secteur des transports à Mayotte. Les syndicats représentant les salariés de MATIS (groupement Nari Endré Mbéli), Cadéma, Transdev, Tama ya Léo na Méso et Ouvoimoja multiplient les prises de parole afin d’alerter les pouvoirs publics et la population sur ce qu’ils présentent comme une menace pesant sur près de 1 000 emplois.

Au cœur de leurs inquiétudes figure le renouvellement du marché des transports scolaires, dont les modalités sont actuellement en préparation par le Département-Région.

Les représentants syndicaux estiment que les futurs appels d’offres pourraient ne pas comporter de dispositions garantissant la reprise du personnel et le maintien des acquis sociaux des salariés actuellement employés par les entreprises titulaires des marchés.

Les acquis sociaux au centre des inquiétudes

Pour Bouhari Ahamada, secrétaire général FO de la branche Transports, les conséquences pourraient être lourdes pour l’ensemble de la profession.

Selon lui, près de 1 000 salariés seraient concernés, parmi lesquels environ 300 conducteurs de bus, 100 médiateurs, 30 contrôleurs, 200 agents administratifs et d’exploitation, ainsi que des personnels des ateliers de maintenance.

« Au fil des échanges que nous avons eus avec le Département-Région, nous avons le sentiment que la préservation de nos emplois et de nos acquis sociaux n’est pas une priorité », affirme le responsable syndical.

Les syndicats expliquent que la compétence relative au transport scolaire devrait être transférée à plusieurs intercommunalités, notamment la Cadéma et la Communauté d’agglomération du Grand Nord, ce qui entraînerait la passation de nouveaux marchés.

Ils craignent que le futur cahier des charges ne comporte aucune clause imposant aux futurs attributaires de reprendre les salariés actuellement employés ou de maintenir leurs conditions de rémunération.

Les syndicats dénoncent un risque de précarisation

Selon Bouhari Ahamada, certains salariés pourraient être réembauchés au niveau du SMIC, perdant ainsi les évolutions salariales acquises au fil des années.

« Certains agents ont construit leur carrière depuis plus de dix ans. Si aucune garantie de reprise n’est prévue, ils risquent de repartir de zéro », estime-t-il.

Les organisations syndicales dénoncent également un manque de concertation avec les représentants du personnel et demandent que les clauses sociales soient intégrées au futur marché public afin de garantir la continuité des emplois.

Elles affirment avoir alerté les services de l’État sur cette situation. Les représentants de FO et de la CFDT ont ainsi été reçus mercredi par les responsables de la Direction du travail afin d’exposer leurs préoccupations et de solliciter l’intervention des services de l’État.

Une menace de grève à la rentrée

À défaut d’engagements jugés satisfaisants, les syndicats n’excluent pas le déclenchement d’un mouvement social dès la rentrée de septembre.

Ils estiment que celui-ci pourrait affecter l’ensemble des réseaux de transport public ainsi que les transports scolaires, avec des conséquences importantes pour les usagers.

Les représentants syndicaux dénoncent également ce qu’ils considèrent comme un manque de transparence dans la préparation du futur marché, évoquant de possibles choix guidés par des considérations politiques. À ce stade, ces accusations n’ont toutefois pas été étayées publiquement.

Contacté sur ces différentes critiques, le Département-Région n’avait pas encore communiqué sa position au moment de la rédaction de cet article. Sa réponse permettra d’éclairer les conditions de préparation du futur marché et les garanties éventuellement prévues pour les salariés concernés.

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Saïd Omar Oili dénonce des promesses qui tardent à se concrétiser

Saïd Omar Oili dénonce des promesses qui tardent à se concrétiser
Dans sa lettre mensuelle d’information, Saïd Omar Oili alerte sur les retards de la refondation de Mayotte, illustrant ses inquiétudes par l’exemple de la pêche où, selon lui, « face à une action concrète, on répond par la mise en place d’une structure ».

Dans sa sixième lettre mensuelle d’information, adressée aux élus de Mayotte, le sénateur Saïd Omar Oili revient sur ses interventions au Sénat au cours du mois de juin 2026 et sur l’état d’avancement des dispositifs engagés après le cyclone Chido. Cette publication constitue pour le parlementaire un outil de suivi des actions menées en faveur du développement du territoire et de la mise en œuvre des lois de programmation adoptées après la catastrophe.

« Cette lettre mensuelle a pour objectif d’informer les élus de Mayotte sur les actions que je mène en faveur du développement du territoire de Mayotte, ainsi que sur l’état d’avancement des trois lois votées après Chido », rappelle le sénateur en introduction. Au cours du mois de juin, Saïd Omar Oili a participé à plusieurs auditions au Sénat consacrées aux enjeux ultramarins. Lors de l’audition de la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, il a notamment abordé la question du traitement des déchets à Mayotte, en évoquant les conséquences de la crise de l’eau de 2024 et la gestion des bouteilles plastiques distribuées durant cette période.

Le sénateur a également interrogé le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, sur la convergence sociale à Mayotte, en appelant à une attention particulière sur la situation des caisses de retraite. La question agricole a aussi été au cœur de ses interventions, notamment lors de l’audition de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Il a demandé que les projets d’infrastructures prévus dans le cadre de la refondation prennent en compte les conséquences foncières pour les exploitants concernés.

Le manque de planification et le suivi des grands projets au cœur des préoccupations

Le 16 juin, lors d’une séance de questions orales au Sénat, Saïd Omar Oili a interpellé le gouvernement sur l’absence de Schéma d’aménagement régional (SAR) à Mayotte. Selon lui, cette situation pourrait compliquer la mise en œuvre de plusieurs projets structurants prévus par la loi du 11 août 2025, notamment dans les domaines aéroportuaire et portuaire.

Le sénateur estime que ce document de planification devra également intégrer un dispositif de compensation pour les agriculteurs dont les terres seront mobilisées par les futurs aménagements. Il rappelle dans sa lettre que « le SAR doit prévoir une mesure de compensation agricole pour les agriculteurs de Mayotte dont une partie des terres seront mobilisées par les projets d’infrastructures prévues par la loi du 11 août 2025 ».

Saïd Omar Oili s’est également entretenu avec le préfet de Mayotte, Frédéric Poisot, ainsi qu’avec les responsables de l’Agence publique pour l’immobilier de la justice (APIJ) concernant le projet de construction du second centre pénitentiaire prévu sur l’île.

Dans sa lettre mensuelle, le sénateur présente par ailleurs un premier bilan réalisé avec ses collaborateurs sur l’application des mesures de refondation. Un rapport de 80 pages recensant l’état d’avancement des 13 mesures prioritaires a été transmis au Premier ministre, aux membres du gouvernement concernés, aux parlementaires et au comité de suivi.

Il estime toutefois que les résultats observés sur le terrain restent éloignés des annonces initiales. « Les acteurs sur le terrain constatent que les mesures annoncées et les 4 milliards proclamés ne sont pas au rendez-vous », écrit-il.

La gouvernance de la refondation interrogée

Au-delà du calendrier de mise en œuvre des mesures, le sénateur consacre une partie importante de sa lettre à la question de la gouvernance du dispositif de reconstruction.

Il cite notamment l’exemple de la filière pêche, confrontée depuis plusieurs mois à des difficultés liées aux normes européennes applicables aux navires et au renouvellement de la flotte mahoraise. Face à ces blocages, il estime que la réponse institutionnelle ne permet pas toujours d’apporter des solutions opérationnelles.

À propos de la création d’un comité local des pêches, il écrit : « Face à une action concrète, on répond par la mise en place d’une structure. »

Cette situation amène le sénateur à questionner la répartition des responsabilités entre les différentes structures impliquées dans la reconstruction : services de l’État, mission Facon, établissement public de refondation ou encore comité de suivi prévu par la loi.

« Qui pilote véritablement la refondation de Mayotte ? », interroge-t-il dans cette lettre mensuelle.

À travers cette publication, Saïd Omar Oili poursuit ainsi son travail de suivi parlementaire sur les engagements pris après le cyclone Chido, en mettant en avant les enjeux de coordination, de planification et d’avancement des projets annoncés pour le territoire.

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« La reconstruction de Mayotte ne peut pas être pilotée depuis Paris »

« La reconstruction de Mayotte ne peut pas être pilotée depuis Paris »

Pour Mansour Kamardine, les retards de la reconstruction de Mayotte ne s’expliquent pas uniquement par les conséquences du cyclone Chido. L’ancien député estime que la défiance de l’État envers les élus locaux, la centralisation des décisions et des dispositifs inadaptés aux réalités du territoire freinent considérablement la relance de l’île. Dans cette deuxième partie de notre entretien, il appelle les nouveaux élus à faire preuve d’exemplarité et plaide pour une véritable refondation de l’action publique à Mayotte.

Flash Infos. : Le Mahorais se perd dans la manière choisie par l’État pour reconstruire Mayotte après le cyclone Chido. Selon vous, a-t-il raison de penser qu’il ne se passe rien et qu’il ne se passera probablement pas grand-chose avant longtemps ?

Mansour Kamardine : J’entends beaucoup de choses, y compris ce que l’État laisse entendre en privé. Malheureusement, ces échanges restent souvent confinés à des réunions restreintes et ne sont jamais assumés publiquement. Pourtant, il existe un véritable sujet qu’il faut avoir le courage d’aborder : celui des atteintes à la probité dans la gestion des marchés publics et des affaires impliquant certains élus.

Force est de constater que ces dérives ont parfois servi de prétexte pour justifier l’inaction de l’État et retirer progressivement aux élus locaux une partie de leurs prérogatives. Lorsqu’un élu ou un fonctionnaire manque à son devoir de probité, il appartient à la justice de faire son travail, et les Mahorais soutiennent cette exigence de transparence.

J’appelle donc les nouveaux élus à la plus grande vigilance. La population ne tolère plus les affaires de corruption ou les atteintes à la probité. Elle attend des responsables publics un comportement exemplaire.

Je peux comprendre qu’une certaine méfiance se soit installée entre l’État et une partie de la classe politique locale. Pour autant, il serait injuste de mettre tous les élus dans le même sac. Chaque fois qu’un responsable a été reconnu fautif, il a été écarté de ses fonctions sans que cela ne suscite de contestation majeure.

Il est aujourd’hui indispensable de redéfinir les relations entre l’État et les collectivités locales. À cet égard, les premières initiatives prises par le nouveau préfet vont, me semble-t-il, dans la bonne direction. J’espère que cette dynamique se poursuivra.

« Le théâtre des opérations est à Mayotte, pas à Paris »

F.I. : Les Mahorais s’interrogent également sur l’Établissement public chargé de la reconstruction et de la refondation de Mayotte, dont les missions ne cessent de s’élargir. Quel regard portez-vous sur son fonctionnement ?

M.K : Il y a un principe que les militaires connaissent parfaitement : un théâtre d’opérations se dirige au plus près du terrain. Or, le théâtre des opérations est à Mayotte, tandis que l’établissement chargé de la reconstruction est piloté depuis Paris. Cette situation me paraît difficilement compréhensible.

Plus d’un an après sa création, je mets quiconque, à commencer par le préfet de Mayotte, au défi de dresser un bilan précis des réalisations concrètes de cet établissement. Les Mahorais n’ont pas besoin de schémas ou de stratégies sur le papier ; ils attendent des résultats visibles.

Des écoles ont été gravement endommagées par le cyclone. Les maires disposent des compétences nécessaires pour conduire les travaux de remise en état. Si l’État ne leur fait pas totalement confiance, qu’il leur délègue au moins les moyens financiers nécessaires, opération par opération, tout en exerçant un contrôle rigoureux sur l’utilisation des fonds.

Je suis convaincu que, dans ces conditions, la majorité des établissements scolaires auraient déjà pu être réhabilités. Peut-on imaginer qu’une catastrophe similaire survenue à Paris ou à Bordeaux laisserait encore, plus d’un an après, des écoles dans un tel état ? Cette situation est extrêmement douloureuse pour les familles.

Je pense également au prêt à taux zéro mis en place après le cyclone. Sur le papier, le dispositif est exemplaire : il vise à aider les sinistrés à reconstruire leur logement. Mais, dans la pratique, combien de Mahorais ont réellement pu en bénéficier ?

Les banques continuent d’appliquer leurs critères habituels de solvabilité. Beaucoup de familles remboursent déjà un emprunt et se voient refuser un nouveau crédit, malgré la garantie apportée par l’État. Le prêt existe, mais il demeure inaccessible à une grande partie de ceux auxquels il était destiné.

Que dire enfin des personnes qui ne peuvent tout simplement pas emprunter ? Prenons l’exemple de ma mère, âgée de 93 ans. Si elle perdait sa maison, quel établissement bancaire accepterait de lui accorder un prêt pour reconstruire son toit ? Ces personnes se retrouvent abandonnées à leur sort.

« Un prêt à taux zéro qui ne répond pas aux réalités du terrain »

F.I. : Justement, de nombreux Mahorais ont le sentiment que l’État a pris, au lendemain du cyclone Chido, des engagements qu’il peine aujourd’hui à tenir. Comprenez-vous ce sentiment de désillusion ?

M.K. : Je ne dirais pas que l’État s’est moqué des Mahorais. En revanche, je pense qu’il a mal évalué la réalité sociale et économique du territoire. L’exemple du prêt à taux zéro en est une parfaite illustration.

Sur le principe, ce dispositif est une excellente initiative. Mais, dans les faits, il repose sur des critères bancaires qui excluent une grande partie des sinistrés. Beaucoup de familles sont déjà endettées ou disposent de revenus modestes. Les banques les considèrent comme insuffisamment solvables et refusent de leur accorder un nouveau crédit, même lorsque celui-ci est garanti par l’État.

Par ailleurs, Mayotte se caractérise par un très faible taux d’assurance des logements. Après le passage du cyclone Chido, de nombreuses familles ont tout perdu sans bénéficier d’aucune indemnisation. Elles se retrouvent aujourd’hui totalement démunies.

J’avais déjà attiré l’attention du président de la République sur cette réalité lorsque j’exerçais des responsabilités nationales, et cette analyse demeure valable. L’État investit beaucoup à Mayotte, c’est une réalité, mais une part importante de ces investissements répond avant tout aux conséquences de la pression migratoire, davantage qu’aux besoins structurels de développement du territoire.

« Plus d’un milliard d’euros pour l’école, mais toujours les mêmes difficultés »

F.I. : Pouvez-vous préciser votre analyse ?

M.K : Il suffit d’examiner le contenu des contrats de convergence. Le premier, signé en 2019, représentait 1,3 milliard d’euros. Près de 500 millions étaient consacrés aux établissements scolaires et 350 millions au logement social. En revanche, très peu de moyens étaient destinés aux infrastructures indispensables au développement durable de Mayotte.

Je pense notamment aux réseaux d’assainissement, à l’accompagnement des familles pour leur raccordement aux équipements publics ou encore aux investissements permettant de préserver l’environnement. Ces besoins essentiels ont été largement relégués au second plan.

Le deuxième contrat de convergence poursuit la même logique en consacrant, lui aussi, plus de 500 millions d’euros à la construction d’écoles. Au total, ce sont donc plus d’un milliard d’euros qui auront été mobilisés en quelques années pour tenter de répondre à une croissance démographique toujours plus forte.

Or, cette dynamique est sans fin. Plus nous construisons de salles de classe, plus les besoins augmentent, sous l’effet notamment d’une immigration continue en provenance des îles voisines, où les systèmes éducatifs rencontrent de graves difficultés.

Au final, l’essentiel des investissements publics est absorbé par des dépenses destinées à faire face à cette pression démographique. L’État affirme alors, à juste titre, investir massivement à Mayotte. Mais ces crédits profitent avant tout à la gestion des conséquences de cette situation, tandis que les besoins historiques de la population mahoraise demeurent insuffisamment pris en compte.

« Une reconstruction qui doit aussi faire vivre l’économie locale »

F.I. : Beaucoup de Mahorais s’interrogent également sur le choix de privilégier les bâtiments modulaires plutôt que des constructions pérennes. Quel est votre point de vue ?

M.K : Cette politique illustre, selon moi, les limites de la stratégie actuellement menée. Au lieu de faire travailler durablement les entreprises, les artisans, les architectes et les bureaux d’études de Mayotte, on privilégie des solutions rapides qui génèrent peu de retombées économiques locales.

Une grande partie des financements arrive sur le territoire avant d’en repartir presque aussitôt. Au terme de la reconstruction, nous risquons de constater que les équipements auront été remis en état, mais que l’économie mahoraise, elle, n’en aura tiré que très peu de bénéfices.

C’est pourquoi je continue de penser qu’avant même de parler de reconstruction, il faut engager une véritable refondation de l’action publique à Mayotte.

Prenons l’exemple de la DEALM. Ses missions n’ont cessé de s’élargir, alors même que chacun sait que ce service souffre d’un manque important d’effectifs. On lui demande toujours davantage sans lui donner les moyens humains correspondants.

À mes yeux, il serait plus efficace de renforcer les compétences des collectivités locales, de soutenir le développement de bureaux d’études privés et de permettre aux communes de disposer de leurs propres ingénieurs et techniciens pour conduire les projets.

Aujourd’hui, l’État concentre une grande partie des responsabilités au sein de la DEALM sans lui fournir les ressources nécessaires. Cette organisation contribue aux retards observés dans la reconstruction des équipements publics endommagés par le cyclone Chido.

« Les fonds européens auraient dû transformer Mayotte »

F.I. : Autre sujet d’incompréhension pour les Mahorais : l’utilisation des fonds européens. Que pensez-vous de leur gestion conjointe par l’État et le Département ? Plus largement, comment expliquer que plusieurs centaines de millions d’euros risquent de ne pas être consommés avant les échéances fixées par l’Union européenne ?

M.K. : Il faut d’abord rappeler un peu d’histoire. Avant 2014, Mayotte bénéficiait des Fonds européens de développement (FED). À cette époque, leur gestion relevait de l’État, à travers le préfet qui exerçait également les fonctions d’exécutif de la collectivité territoriale.

Avec des moyens pourtant très modestes, nous avons réalisé des avancées considérables. Les grands réseaux routiers ont été développés, l’électrification s’est étendue, les réseaux d’eau ont été créés, le port a été modernisé… Toutes ces infrastructures, qui sont aujourd’hui arrivées à saturation, ont tout de même accompagné le développement de Mayotte pendant près de trente ans.

Il faut rappeler qu’à cette époque, les montants engagés n’avaient rien de comparable avec ceux dont nous disposons aujourd’hui. Pourtant, les résultats étaient bien visibles.

Lorsque Mayotte est devenue région ultrapériphérique de l’Union européenne et a pu accéder aux fonds structurels européens, les enveloppes financières ont considérablement augmenté. C’était une opportunité historique pour accélérer le développement du territoire.

Mais, au moment de mettre en place leur gouvernance, l’État a estimé que le Conseil départemental ne disposait pas des capacités nécessaires pour assurer seul leur gestion. La collectivité a accepté une gouvernance partagée avec les services de l’État. Avec le recul, je considère que ce fut une erreur.

« À Mayotte, le provisoire devient souvent définitif »

À Mayotte, il existe une réalité bien connue : le provisoire finit très souvent par devenir permanent.

Nous en avons de nombreux exemples. La collectivité territoriale, qui devait être une organisation transitoire, est restée en place pendant près de trente ans. Il en est de même pour plusieurs services publics qui devaient être temporairement rattachés à La Réunion et qui le sont encore aujourd’hui.

Je pense notamment à la Caisse d’allocations familiales, à la Cour d’appel de Saint-Denis, à certaines compétences universitaires ou encore à plusieurs services administratifs de l’État.

La départementalisation aurait dû permettre à Mayotte de gagner en autonomie institutionnelle. Or, sur plusieurs aspects, nous avons assisté à l’effet inverse : des compétences essentielles ont été maintenues ou transférées à La Réunion.

J’ai parfois le sentiment que l’État continue de considérer Mayotte comme une dépendance administrative de La Réunion, alors qu’elle est un département français à part entière. Cette situation ne peut pas durer.

« Redonner aux Mahorais les moyens d’agir » 

M.K. : Je reste convaincu que le développement de Mayotte passe par une plus grande confiance accordée aux acteurs locaux.

Les collectivités doivent disposer des compétences techniques, humaines et financières nécessaires pour conduire leurs projets. Les entreprises mahoraises, les bureaux d’études, les architectes, les ingénieurs et les artisans doivent être davantage associés à la reconstruction du territoire.

La reconstruction ne peut pas se limiter à réparer des bâtiments. Elle doit aussi renforcer durablement l’économie locale, créer des emplois, développer les compétences et préparer l’avenir.

C’est la raison pour laquelle je continue de défendre une idée simple : avant même de reconstruire Mayotte, il faut refonder la manière dont l’État agit sur ce territoire. Sans cette évolution, nous risquons de reproduire les mêmes erreurs et de manquer une nouvelle occasion de bâtir un développement durable au bénéfice des Mahorais.

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Les statisticiens ont fait leur travail, maintenant aux responsables politiques de faire le leur

Les statisticiens ont fait leur travail, maintenant aux responsables politiques de faire le leur
Le MoDem Mayotte craint que le nouveau recensement entraîne une baisse des financements alloués au territoire.

À travers un communiqué publié le 21 juillet et par la voix de sa présidente Kassandrah Chanfi, le MoDem Mayotte appelle l’État à garantir que le nouveau recensement de l’INSEE (323 153 habitants) n’entraîne pas une baisse des financements du territoire. Tout en saluant cette actualisation des données, le parti rappelle que les besoins de Mayotte dépassent le seul critère démographique et plaide pour le maintien des investissements nécessaires à la reconstruction, aux services publics et au développement.

Flash-Infos : En quoi les chiffres du dernier recensement pénalise-t-il le financement des enjeux du territoire ?

Kassandrah Chanfi :  Ce recensement répondait à une demande portée depuis plusieurs années par les élus et les acteurs du territoire, et ensuite relayée par François Bayrou lorsqu’il était Premier ministre. Les résultats sont publiés, nous en prenons acte. Notre responsabilité politique est de nous assurer que cette publication ne fragilise jamais les financements nécessaires au développement.

Je suis présidente du Mouvement Démocrate Mayotte. Mon rôle n’est pas de commenter les statistiques, il est plutôt de défendre Mayotte. Les statisticiens ont fait leur travail, maintenant aux responsables politiques de faire le leur.

F.I. : Quelles mesures concrètes attendez-vous des pouvoirs publics ?

K.C. : Certains résultats interrogent. Quand on les regarde, par exemple à Pamandzi, l’INSEE recense en 2026 11 046 et en 2017 11 042, donc quatre habitants de plus. Ça interroge. Quand l’INSEE dit qu’il y a un solde migratoire légèrement négatif, c’est questionnant au regard du territoire. Notre réalité n’est pas de refaire le recensement.

La vraie question qu’il faut poser est : quelles sont les conséquences qu’entraînent ces chiffres ? Parce qu’aujourd’hui les chiffres sont publiés, mais les décisions budgétaires restent encore à prendre. On travaille sur des propositions. La nôtre est de garantir que les financements ne bougent pas. On travaille sur ces éléments-là.

F.I. : Avez-vous échangé avec d’autres formations politiques sur cette question ?

K.C. : Il n’y a pas de discussions pour le moment. Le sujet du chiffre de la population nous concerne tous. On sera aux côtés des élus, des parlementaires, des maires pour travailler avec eux. On jouera de notre rôle d’influence pour Mayotte auprès des décideurs. Il n’y a pas de clivage, au contraire. C’est une question qui doit nous rassembler pour permettre d’avoir gain de cause.

F.I. : Parmi les chantiers annoncés par l’État, lequel doit être engagé en priorité ?

K.C. : Ce chiffre communiqué est une aide à la décision publique, un élément extrêmement important. Nous évoquons les prochaines conséquences parce que nous allons entrer dans une échéance importante sur les projets de loi de finances, où les arbitrages financiers vont démarrer, ainsi que sur la construction du futur département-région, puisqu’aujourd’hui nous n’avons pas les financements qui vont avec. Du coup, il doit y avoir un accompagnement pour s’assurer que les financements correspondent aux réalités et aux besoins du territoire.

Quand on regarde les collectivités, cela impacte de nombreuses décisions publiques, parce que le calcul de certaines décisions, si nous le gardons tel quel, peut avoir des impacts sur certaines communes. On travaille alors sur cette anticipation. J’ai même envie d’aller plus loin : il y a des échéances nationales qui arrivent. Il faut qu’à Mayotte, on puisse prendre en compte les éléments, les besoins et les réalités du pays.

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AVCOI : la résilience des territoires et la jeunesse au cœur des échanges à Antananarivo

AVCOI : la résilience des territoires et la jeunesse au cœur des échanges à Antananarivo
Cette édition était consacrée à " la jeunesse francophone comme moteur de la coopération régionale "

L’Association des Villes et Collectivités de l’Océan Indien (AVCOI) a tenu ces 21 et 22 juillet 2026 sa « rencontre annuelle » à Tananarive. Cette dernière a notamment été marquée par le renouvellement de sa gouvernance, qui sera désormais assurée par le maire de Quatre-Bornes (Ile Maurice) et le Président de la Délégation Spéciale (PDS) de Tananarive jusqu’en 2028. Ils succèdent aux maires de Victoria (Seychelles) et de Mamoudzou qui ont assuré la co-présidence 2024-2026.

Au cours de 2 jours d’échanges intenses autour des thématiques de « la jeunesse francophone comme moteur de la coopération régionale », mais aussi de la résilience des territoires de l’océan Indien, la rencontre annuelle de l’AVCOI s’est conclue par une passation de gouvernance. Les maires de Mamoudzou et de Victoria, qui assuraient la co-présidence 2024-2026, ont passé le relais à celui de Quatre-Bornes et au PDS de Tananarive. Créée en 1990 dans la capitale malgache, l’AVCOI rassemble des collectivités des Comores, de Madagascar, de Maurice, de Mayotte, de La Réunion et des Seychelles.

Son objectif est de favoriser la coopération entre les territoires insulaires sur des problématiques communes telles que la gestion des déchets, l’économie circulaire, la résilience face aux catastrophes naturelles ou encore le développement territorial. Au fil des années, l’association s’est imposée comme un interlocuteur reconnu des partenaires internationaux sur les questions de coopération régionale.

Le maire de Mamoudzou a insisté sur la nécessité de coopérer en cas de cyclones

Dans son allocution d’ouverture, le maire de Mamoudzou et coprésident sortant de l’AVCOI, Ambdilwahedou Soumaïla, a rappelé que les territoires de l’océan Indien sont « un espace de destins partagés ». « Nous partageons les mêmes océans, les mêmes richesses naturelles, les mêmes opportunités, mais aussi les mêmes vulnérabilités », a-t-il affirmé en rappelant les conséquences des passages ces dernières années des cyclones Idaï, Batsiraï, Garance, Chido et Gezani dans la région sud-ouest de l’océan Indien. Il a rappelé le rôle « d’appui technique » des Communes pour l’arrivée des premiers secours, le rétablissement des services essentiels, l’accompagnement des familles et la reconstruction du quotidien. « Cette réalité donne tout son sens à la coopération entre collectivités. Car, si nos défis sont communs, nos réponses ont tout intérêt à l’être également et c’est précisément la raison d’être de l’AVCOI », a-t-il déclaré.

Lors de la table ronde consacrée à la résilience territoriale, le maire de Mamoudzou est revenu plus en détail sur l’expérience de sa commune après le passage du cyclone Chido, en décembre 2024, puis de Dikeledi quatre semaines plus tard. Il a rappelé que plus de 11 000 personnes avaient dû être hébergées dans 21 centres d’accueil, que plus de 6 000 familles sinistrées avaient été recensées et que les écoles avaient pu rouvrir en seulement six semaines pour accueillir 18 000 élèves, malgré des agents municipaux eux-mêmes touchés par la catastrophe. Le maire a toutefois pointé du doigt les limites auxquelles sont confrontées les communes lors de tels événements. Selon lui, la première réponse d’urgence repose presque exclusivement sur les budgets ordinaires des collectivités, en l’absence de fonds dédiés immédiatement mobilisables.

Il a également dénoncé des procédures administratives conçues « pour le temps calme », obligeant parfois les élus à agir dans l’urgence avant même que les dispositifs de financement ne puissent être activés. « Les guichets d’aide existent, mais ils exigent des dossiers, des chiffres et des délais au moment précis où la collectivité est à terre », a-t-il résumé, estimant que les aides profitent souvent davantage aux collectivités les mieux armées administrativement qu’à celles qui en ont le plus besoin.

Pour renforcer la résilience des territoires, Soumaïla Abdilwahedou a plaidé pour la mise en place d’accords de solidarité préalables entre les villes de l’AVCOI, l’élaboration d’outils communs permettant d’évaluer rapidement les besoins après une catastrophe, mais aussi un financement accru de la préparation aux crises, et pas uniquement de la reconstruction. Selon lui, chaque euro investi dans l’anticipation permet d’en économiser plusieurs lors des interventions d’urgence.

Une édition consacrée à la jeunesse francophone

Cette édition était avant tout placée sous le signe de « la jeunesse francophone comme moteur de la coopération régionale ». Les participants ont réfléchi aux moyens d’associer davantage les jeunes aux politiques locales, notamment dans les domaines du numérique, de l’innovation, de la transition écologique et de l’intelligence artificielle, afin d’accompagner les transformations des collectivités de l’océan Indien.

Pour le coprésident sortant de l’AVCOI, la jeunesse constitue « la première richesse » de la région. Créative, engagée, connectée et familière des outils numériques, elle représente un atout majeur pour accompagner les transformations auxquelles les collectivités sont confrontées, qu’il s’agisse de la transition écologique, de l’intelligence artificielle, de la modernisation des services publics ou encore du renforcement de la résilience face aux crises climatiques.

Soumaïla Abdilwahedou a estimé que les compétences dont les territoires auront besoin « existent déjà en grande partie chez leurs jeunes » et que la coopération régionale doit désormais favoriser la circulation des talents entre les îles. Les échanges ont ainsi porté sur la manière d’offrir davantage d’espaces d’engagement, de mobilité et d’expériences aux jeunes francophones, afin qu’ils deviennent de véritables acteurs du développement territorial et de la coopération dans l’océan Indien.

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Concours coranique régional 2026 : un événement spirituel qui rapproche les îles de l’océan Indien

Concours coranique régional 2026 : un événement spirituel qui rapproche les îles de l'océan Indien

Ce vendredi 24 juillet, Mayotte accueille la seconde édition du Concours coranique régional. Les délégations de neuf îles de l’océan Indien seront présentes à cet événement consacré à la jeunesse, à la culture et à l’éducation. Il se déroulera tout le week-end, jusqu’au 26 juillet.

Le Forum culturel des îles de l’océan Indien battra son plein au gymnase Jean-François Hory et à la MJC de M’gombani, à Mamoudzou. Des jeunes de moins de 25 ans venus de tous les horizons se réuniront : Mayotte, les Comores, Madagascar, La Réunion, les Seychelles, Maurice, Rodrigues, les Maldives et Zanzibar. Organisé par l’association Tandhum Cour’an Mayotte, en collaboration avec le Conseil cadial, cet événement vise à promouvoir auprès des jeunes des valeurs de fraternité, de respect et d’excellence.

Au programme de ces trois jours : des compétitions de lecture du Coran, dont une épreuve consacrée aux 30 Juz, mais aussi une conférence sur la place de l’éducation traditionnelle dans les sociétés de l’océan Indien, ainsi que des ateliers et des temps de partage conviviaux. La société mahoraise sera également mise à l’honneur à travers la transmission de valeurs essentielles telles que le respect, la discipline, la responsabilité et la cohésion sociale. Les différentes délégations seront d’ailleurs accueillies au sein de familles mahoraises.

À travers ce rassemblement, les organisateurs ambitionnent de renforcer les liens entre les îles de l’océan Indien tout en valorisant une jeunesse engagée. Ils considèrent également cette rencontre culturelle comme un outil de prévention contre les phénomènes de radicalisation et un moyen de promouvoir le vivre-ensemble ainsi que l’intégration régionale. Une cagnotte est encore mise à disposition pour faire preuve de générosité.

Elle contribue notamment au financement de « l’accueil des délégations internationales, l’hébergement et la restauration des participants, l’organisation des formations et du concours, l’encadrement pédagogique et logistique, ainsi que les récompenses destinées à encourager les jeunes ». L’association précise : « À travers ce projet, nous souhaitons mettre en avant la beauté et l’ouverture de l’islam, valoriser l’apprentissage du Coran, encourager une pratique saine et éducative de notre religion, et montrer qu’elle est un véritable levier d’éducation, de paix et de cohésion sociale pour la jeunesse.

Chaque don, quel que soit son montant, contribue directement à la réussite de cet événement et permet à Mayotte de rayonner à l’échelle régionale, tant par la qualité de sa jeunesse que par la richesse de son identité culturelle et religieuse.

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Associations : pourquoi tant de projets s’essoufflent après quelques mois ?

Associations : pourquoi tant de projets s'essoufflent après quelques mois ?
* image d'illustration générée par ia

Créées avec enthousiasme pour répondre à des besoins sociaux, culturels ou sportifs, de nombreuses associations voient le jour chaque année à Mayotte. Pourtant, certaines cessent rapidement leurs activités, parfois quelques mois seulement après leur lancement. Derrière ces disparitions se cachent des difficultés financières, administratives et humaines qui fragilisent le tissu associatif de l’île.

À Mayotte, les associations occupent une place essentielle dans la vie locale. Elles organisent des activités sportives, accompagnent les jeunes, soutiennent les familles, proposent des actions culturelles ou interviennent dans le domaine de la solidarité. Chaque année, de nouvelles structures sont créées, portées par des habitants désireux de répondre aux besoins de leur quartier ou de leur commune.

Mais derrière cet élan, une autre réalité apparaît : de nombreuses associations peinent à durer. Certaines interrompent leurs activités quelques mois après leur création, faute de moyens ou de bénévoles.

Des projets lancés avec enthousiasme

Créer une association est une démarche relativement simple sur le plan administratif. Quelques personnes motivées suffisent pour déposer des statuts et déclarer la structure. Cet accès facilité encourage les initiatives, notamment chez les jeunes.

Cependant, transformer une idée en projet durable demande bien davantage. Une fois les premières activités passées, les responsables doivent gérer les démarches administratives, rechercher des financements, tenir une comptabilité, mobiliser des bénévoles et assurer une communication régulière. Autant de missions qui reposent souvent sur un nombre très limité de personnes.

« Beaucoup d’associations naissent autour d’un événement ou d’un projet ponctuel, mais lorsqu’il faut maintenir une activité toute l’année, cela devient beaucoup plus compliqué », explique un responsable associatif.

Le financement, principal obstacle

L’une des premières difficultés concerne le financement. Les cotisations des adhérents sont souvent insuffisantes pour couvrir les dépenses liées au matériel, aux assurances, aux déplacements ou à la location d’équipements.

Les subventions publiques constituent alors une ressource importante. Mais leur obtention suppose des dossiers administratifs parfois complexes, auxquels toutes les petites structures ne sont pas préparées.

Certaines associations renoncent également à solliciter des aides faute d’accompagnement ou de connaissance des dispositifs existants.

Le manque de bénévoles fragilise les structures

Autre difficulté majeure : la mobilisation des bénévoles. Si beaucoup de personnes participent aux événements organisés, elles sont moins nombreuses à s’investir durablement dans la gestion quotidienne.

Présidence, secrétariat, trésorerie ou organisation des activités reposent souvent sur les mêmes personnes. Avec le temps, la fatigue s’installe et certains responsables préfèrent mettre fin au projet plutôt que de poursuivre seuls.

Cette situation est d’autant plus marquée lorsque les fondateurs reprennent leurs études, changent d’emploi ou quittent l’île.

Des besoins toujours présents

Malgré ces difficultés, le monde associatif demeure un acteur incontournable à Mayotte. Dans plusieurs communes, les associations complètent l’action des collectivités en proposant des activités pendant les vacances scolaires, des événements sportifs, des ateliers culturels ou encore un accompagnement social auprès des jeunes.

Pour de nombreux habitants, elles constituent parfois le seul espace de loisirs ou d’engagement citoyen.

Plusieurs acteurs estiment qu’un meilleur accompagnement des nouveaux dirigeants, notamment sur les questions administratives, financières et juridiques, permettrait d’améliorer la pérennité des projets.

Renforcer l’accompagnement pour faire durer les initiatives

À l’heure où les besoins des habitants restent importants, la question de la solidité du tissu associatif devient un enjeu de développement local. Former les bénévoles, simplifier certaines démarches administratives et faciliter l’accès aux financements pourraient contribuer à assurer la continuité d’initiatives souvent essentielles pour la population.

Car si créer une association est relativement accessible, la faire vivre dans la durée reste un véritable défi. À Mayotte, la vitalité du monde associatif ne dépend pas seulement de la motivation de ses fondateurs, mais aussi des moyens mis à leur disposition pour transformer leurs idées en projets durables.

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Aviculture : le préfet à la rencontre d’une filière en quête de structuration

Aviculture : le préfet à la rencontre d'une filière en quête de structuration

Mercredi 22 juillet, Frédéric Poisot s’est rendu sur une exploitation avicole de Mroalé. Dix-neuf mois après le passage du cyclone Chido, qui avait détruit une soixantaine de bâtiments d’élevage, le préfet est allé à la rencontre des professionnels de la filière pour réaffirmer le soutien de l’État. Les aviculteurs, eux, alertent : les ambitions d’autosuffisance alimentaire resteront hors de portée si les infrastructures ne sont pas renforcées.

C’est une visite de terrain que Frédéric Poisot a voulue « concrète ». Mercredi 22 juillet, le préfet de Mayotte s’est déplacé sur une exploitation avicole de Mroalé afin d’échanger avec les acteurs de la filière volaille mahoraise et de mesurer les défis auxquels ils restent confrontés près de deux ans après le cyclone Chido.

« Les femmes et les hommes qui produisent sur l’île et qui la font vivre par leur travail doivent être accompagnés. C’est tout le sens de ma démarche », a déclaré le représentant de l’État.

Sur place, Elhad-Dine Harouna, président de l’Abattoir de volailles de Mayotte (AVM), a présenté l’organisation et les ambitions de la filière. « À travers nos exploitations, nous employons 84 salariés. Notre objectif est de proposer aux consommateurs des produits de qualité tout en assurant un partage équitable de la valeur ajoutée entre les différents maillons de la chaîne », explique-t-il.

Le dirigeant revendique également une gestion tournée vers le développement de l’activité plutôt que vers la rémunération des actionnaires. « Depuis que je suis président, aucun dividende n’a été versé. Tous les bénéfices sont réinvestis au service de la filière », souligne-t-il.

Une reconstruction encore inachevée

Le cyclone Chido a durement frappé l’aviculture mahoraise. Sur les 62 bâtiments d’élevage que comptait le groupement, une soixantaine ont été détruits ou gravement endommagés.

Face à cette catastrophe, les professionnels ont rapidement organisé la relance de l’activité. « Il y a eu un effort considérable de la filière pour accompagner les éleveurs dans les premiers mois de la reconstruction. Nous avons fait venir des tôles, du matériel et nous avons même avancé des fonds à plusieurs exploitants afin qu’ils puissent redémarrer leur activité », rappelle Elhad-Dine Harouna.

Pour Frédéric Poisot, cette mobilisation mérite aujourd’hui un accompagnement renforcé de la puissance publique.

« Lors de Chido, ils n’ont pas baissé les bras. Nous leur devons désormais de structurer durablement cette filière afin de consolider l’ensemble de la chaîne de production alimentaire. Cela passe notamment par le développement de la production locale, depuis la naissance des poussins jusqu’à la transformation », a-t-il affirmé.

Le préfet a rappelé que plusieurs partenaires financiers, dont la Banque des Territoires, peuvent accompagner les investissements nécessaires. Il souhaite également faciliter l’accès aux dispositifs existants.

« Notre stratégie consiste d’abord à identifier les ressources du territoire, puis à mobiliser les financements afin de renforcer les exploitations. Nous devons aussi accompagner les agriculteurs sur les questions foncières et simplifier les procédures administratives pour permettre aux filières de se développer et d’atteindre progressivement l’objectif d’autosuffisance alimentaire », a-t-il expliqué.

Des infrastructures indispensables

Si les professionnels saluent l’écoute des pouvoirs publics, ils rappellent que les ambitions affichées ne pourront être atteintes sans investissements industriels conséquents.

« Les objectifs de production annoncés, qui visent entre 2 000 et 5 000 tonnes, resteront inatteignables tant que les infrastructures industrielles ne seront pas adaptées », avertit le président de l’AVM.

La création d’outils de production performants, notamment dans l’alimentation animale et la transformation, apparaît aujourd’hui comme une condition essentielle au développement de la filière.

Le préfet fixe, pour sa part, deux priorités : consolider les exploitations existantes afin d’accroître les capacités de production et susciter des vocations chez les jeunes Mahorais pour assurer le renouvellement des générations d’éleveurs.

Parallèlement, le Conseil départemental a déjà sanctuarisé une enveloppe de 350 000 euros destinée à soutenir les investissements favorisant la transition agroécologique des exploitations agricoles de Mayotte.

Un nouveau rendez-vous entre les représentants de l’AVM et le préfet est prévu en septembre. Il permettra de présenter le projet d’usine de fabrication d’aliments pour animaux à Longoni, mais également d’aborder la modernisation des exploitations et les perspectives de développement de l’ensemble de la filière avicole mahoraise.

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Au RSMA de Mayotte, Matthieu Toyer prend le relais de Benjamin Soubra

Au RSMA de Mayotte, Matthieu Toyer prend le relais de Benjamin Soubra

Après deux années à la tête du Régiment du service militaire adapté de Mayotte, le colonel Benjamin Soubra a transmis le commandement au colonel Matthieu Toyer, ce jeudi 23 juillet, au quartier de Hell, à Combani. Le nouveau chef de corps devra notamment conduire la montée en puissance du régiment, avec une compagnie supplémentaire envisagée dans la région de Chirongui.

« Vous reconnaîtrez désormais pour votre chef le colonel Matthieu Toyer, ici présent, et vous lui obéirez en tout ce qu’il vous commandera. » Prononcée devant les personnels réunis sur la place d’armes, la formule a officiellement marqué le changement de commandement au RSMA de Mayotte. La cérémonie était présidée par le général Patrice Bellon, commandant le Service militaire adapté, en présence notamment du général de division Laurent Domenico, commandant supérieur des Forces armées dans la zone sud de l’océan Indien.

Un m’biwi interprété par de jeunes volontaires féminines a précédé la cérémonie militaire. Une manière d’associer le protocole aux traditions locales, particulièrement chère au colonel Benjamin Soubra, qui achève son deuxième séjour à Mayotte.

Benjamin Soubra, deux années marquées par Chido

Arrivé à la tête du RSMA en 2024, Benjamin Soubra aura traversé le cyclone Chido et les longs mois de reconstruction qui ont suivi. Le général Patrice Bellon a salué un chef ayant préparé son régiment « avec lucidité et rigueur », puis commandé ses personnels « avec courage et détermination » dans l’adversité.

Après le passage du cyclone, le RSMA avait participé aux opérations de secours et de soutien à la population, tout en travaillant à reprendre ses activités de recrutement, de formation et d’insertion. Benjamin Soubra laisse, selon le général, « un régiment plus fort, plus performant et durablement ancré dans son environnement ».

« Les chefs passent, mais le régiment demeure et la mission continue », a résumé le colonel à l’issue de la cérémonie. Il dit quitter Mayotte partagé entre la satisfaction du travail accompli et la tristesse de s’éloigner d’un territoire auquel il est profondément attaché. « J’aime les Mahorais, leur territoire, leur culture et toute cette richesse qui nous accompagne quotidiennement. »

Le chef de corps sortant a également été fait chevalier de la Légion d’honneur. Une distinction qu’il a souhaité partager avec l’ensemble de ses personnels. « Elle est le fruit du travail de tous mes cadres et de tous mes volontaires. C’est aussi leur décoration », a-t-il déclaré. Dix autres distinctions ont été remises au cours de la cérémonie.

Benjamin Soubra rejoindra désormais Paris, où il prendra des fonctions au sein de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées.

Le plan « Impact » comme feuille de route

Âgé de 44 ans, marié et père de trois enfants, le colonel Matthieu Toyer est officier des troupes de marine, saint-cyrien et breveté de l’École de guerre. Spécialiste du combat blindé, il a servi au 1er Régiment d’infanterie de marine d’Angoulême avant d’occuper plusieurs fonctions au sein du Service militaire adapté.

Il a notamment été affecté en Guyane entre 2010 et 2012, puis en Polynésie française comme directeur des opérations de 2022 à 2024. Cette prise de commandement constitue donc sa troisième expérience au sein du SMA, mais sa première affectation à Mayotte.

Le nouveau chef de corps entend s’inscrire « dans la continuité » de son prédécesseur, tout en préparant une nouvelle étape dans le développement du régiment. Dans le cadre du plan « Impact » du Service militaire adapté, Matthieu Toyer devra notamment piloter l’augmentation des capacités d’accueil et de formation. Le projet comprend la création d’une compagnie supplémentaire, envisagée dans la région de Chirongui, ainsi que la préparation d’une compagnie de réserve opérationnelle. Cette dernière doit renforcer la capacité du régiment à intervenir en soutien du territoire, notamment après une catastrophe naturelle.

Pendant la semaine de transition, Benjamin Soubra l’a accompagné dans la prise en main des dossiers du régiment et lui a partagé son attachement à Mayotte. « Il m’a transmis sa passion et son amour du territoire mahorais. Je crois que je suis déjà embarqué », sourit le colonel Matthieu Toyer.

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Comores : le taux d’endettement recule à 29 % du PIB en 2025, selon le ministère des Finances

Comores : le taux d'endettement recule à 29 % du PIB en 2025, selon le ministère des Finances

Dans son dernier rapport sur la viabilité de la dette publique, le ministère comorien des Finances indique que le taux d’endettement du pays s’établit à 29 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, contre 30,3 % un an plus tôt. L’encours total de la dette atteint 230,35 milliards de francs comoriens, avec une forte prédominance de la dette extérieure, qui représente 77,4 % du portefeuille.

Ces dernières années, les autorités comoriennes ont multiplié les projets d’infrastructures, dont le plus emblématique est la construction du nouvel hôpital national El-Maarouf. Si ces investissements sont jugés essentiels au développement du pays, ils alimentent également les interrogations sur leur mode de financement, largement assuré par des emprunts contractés auprès de bailleurs internationaux.

Le dernier bulletin de la dette publique, publié par le ministère des Finances à travers la Direction de la dette publique et accompagné d’une analyse de viabilité de la dette, se veut toutefois rassurant. Selon ce document, la structure globale de l’endettement demeure stable, avec un coût de financement relativement faible et un taux d’intérêt moyen pondéré d’environ 1,03 %. À la fin du mois de décembre 2025, le taux d’endettement public s’établissait à 29 % du PIB en valeur nominale, contre 30,3 % en 2024. La dette publique regroupe l’ensemble des engagements financiers contractés ou garantis par l’État, qu’ils soient extérieurs ou intérieurs.

 » Jusqu’à une période récente, l’absence d’une stratégie de dette à moyen terme et la mise en œuvre incomplète de l’analyse de la viabilité de la dette limitaient la capacité de l’État à communiquer régulièrement sur sa situation d’endettement. D’où la publication de ce bulletin, qui présente la situation du portefeuille de la dette de l’administration centrale, des dettes garanties, des engagements ainsi que des arriérés « , précise le rapport, consultable en ligne.

Une dette principalement détenue par des créanciers internationaux

À la fin de l’année 2025, l’encours total de la dette publique atteignait 230,35 milliards de francs comoriens, soit un peu plus de 467 millions d’euros. La dette extérieure représente 77,4 % de cet encours, soit 177,17 milliards de francs comoriens.  Elle est essentiellement détenue par des créanciers multilatéraux, qui concentrent 51 % de la dette extérieure. Parmi les principaux bailleurs figurent le Fonds monétaire international (FMI), l’Association internationale de développement (IDA), filiale du Groupe de la Banque mondiale, ainsi que le Fonds de l’OPEP pour le développement international.

Les créanciers bilatéraux représentent, quant à eux, 46 % de la dette extérieure. Les principaux prêteurs sont Exim Bank of China, Exim Bank India, le Fonds koweïtien pour le développement économique arabe et le Fonds saoudien de développement.

Les créanciers commerciaux demeurent très minoritaires

 » Les créanciers commerciaux extérieurs représentent environ 3 % de l’encours, essentiellement constitué de prêts accordés par la Banque de commerce et de développement de l’Afrique orientale et australe. Cette structure traduit un recours majoritaire aux financements concessionnels multilatéraux et bilatéraux, dans un contexte de faible accès aux marchés financiers internationaux « , souligne le rapport.

L’analyse montre également qu’entre 2020 et 2025, la part de la dette extérieure n’est jamais descendue sous le seuil de 81,65 % de la dette publique totale.
Pour les auteurs du rapport, cette situation s’explique par le recours privilégié à des financements concessionnels, généralement assortis de taux d’intérêt faibles et de longues maturités, ce qui permet de limiter le coût du service de la dette par rapport à la dette intérieure, plus onéreuse.
Ils soulignent par ailleurs que la quasi-totalité des emprunts est contractée à taux fixe, limitant ainsi l’exposition aux variations des taux d’intérêt.

 » La dette de l’administration centrale représente 27,5 % du PIB en 2025 et demeure largement dominée par la dette extérieure, qui équivaut à 23 % du PIB, soit 81 % de l’encours total. Cette structure reflète le recours continu aux financements concessionnels des institutions multilatérales et des bailleurs bilatéraux, dans un contexte de marché domestique encore peu développé « , indiquent les analystes.

Une dette intérieure plus coûteuse

Les projections du ministère montrent que le service de la dette extérieure devrait augmenter entre 2025 et 2030, avec des niveaux particulièrement élevés entre 2025 et 2027, avant un reflux attendu à partir de 2028.

La dette intérieure, estimée à 52,07 milliards de francs comoriens, demeure quant à elle plus coûteuse, avec un taux d’intérêt moyen proche de 2 %. L’analyse des risques de refinancement fait apparaître une maturité moyenne résiduelle de 9,5 ans pour l’ensemble du portefeuille de la dette. En revanche, 12,4 % de l’encours arrive à échéance dans l’année, principalement en raison des emprunts intérieurs, dont les maturités sont plus courtes.

Le rapport évoque également les dettes garanties par l’État. La dette garantie extérieure atteint 1,11 milliard de francs comoriens, principalement liée à des financements contractés par la Meck Moroni auprès de la Banque islamique de développement.
 » Son poids relatif augmente progressivement depuis le début de la période jusqu’en 2025, ce qui accroît l’exposition de l’État aux risques liés aux créanciers extérieurs « , souligne le document.
La dette garantie intérieure représente désormais l’essentiel des engagements conditionnels de l’État, avec un encours de 11,502 milliards de francs comoriens à la fin de l’année 2025.

Enfin, le rapport attire l’attention sur les arriérés de paiement. Ceux relatifs à la dette extérieure atteignent 2,105 milliards de francs comoriens, dont 82,23 % sont dus à Exim Bank India. Ce prêt, contracté en 2015 pour financer un projet de centrale électrique au fioul lourd, reste à ce jour bloqué. Les arriérés de la dette intérieure s’élèvent, pour leur part, à 14,5 milliards de francs comoriens.

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