Comores : une grève contre les hausses des prix des carburants paralyse le pays

Au lendemain du discours du président Azali Assoumani, annonçant une augmentation des prix des produits pétroliers sans donner de détails, le syndicat des transporteurs de la Grande Comore avait averti qu’il ne serait pas en mesure d’acheter ce carburant, optant pour une grève soutenue par les commerçants.  

C’est la première réaction d’envergure venant des automobilistes depuis l’annonce de la hausse des prix des carburants, actée samedi par la signature de plusieurs arrêtés cosignés par les ministres des finances, de l’économie et celui de l’énergie. Quelques heures après la publication de la décision, les représentants des cellules du syndicat des transports ont déclaré à l’unanimité ne pas être en mesure de s’approvisionner en carburant avec les nouveaux tarifs. L’État a augmenté à hauteur de 46% le prix du litre du gazole à la pompe, tandis que celui de l’essence a grimpé à 1000fc (2 euros) le litre, soit 33%.

Le pétrole lui a connu une hausse de 28.5%. Des ajustements qui passent mal au sein de l’opinion, notamment les transporteurs qui observent depuis ce lundi 11 mai, une grève d’une durée illimitée, respectée aussi bien à Anjouan qu’à Mohéli.  » Comme nous l’avions annoncé il y a quelques jours, nous ne pourrons pas acheter le carburant à ce prix-là. Ainsi, en commun accord avec les cellules de Mohéli et Anjouan ici présentes, nous garderons nos voitures chez nous jusqu’à ce que le gouvernement trouve une solution« , avait alerté, samedi, le porte-parole des cellules du syndicat des transporteurs au niveau de la Grande Comore, Ali Djae.

Sans surprise, le mouvement de grève a été largement suivi aussi bien dans la capitale que dans les périphéries où les rues étaient presque désertes. Hier durant notre reportage nous menant vers la capitale depuis Hambu région située au sud-ouest de l’île, on pouvait parcourir les localités sans encombrement. L’absence de taxis et bus qui assurent le transport en commun était surtout remarquable, signe que les chauffeurs sont solidaires. Selon nos informations, les autorités ont invité le syndicat des transporteurs dans des négociations mais celui-ci a refusé, à en croire Elarif Djoumoi, secrétaire général de la cellule de Hamahame. Ce dernier fait partie des trois personnes désignées pour accompagner les représentants du syndicat dans toute discussion avec l’État.

Amende de 500 euros

Certes à Moroni aucun véhicule de transport ne circulait, mais la ville ne semblait morte pour autant. Vers 8h du matin, certains véhicules faisaient la queue devant les station-services du sud de la capitale pendant que les voitures des particuliers roulaient calmement. En revanche, les embouteillages avaient disparu.  » Dimanche quand je voulais regagner Moroni, j’ai dû faire 4 escales d’une localité à une autre. Aucun bus ne sortait. Au nord, il a été annoncé que le chauffeur qui ne respecterait pas la grève écoperait d’une amende de 500 euros« , a témoigné Ali Kari, chauffeur du journal Al-watwan. Employée du ministère de l’Environnement, Mariama ne s’est pas dérangée.  » J’ai dû confier mes trois enfants à leur oncle qui était à Foumbouni, chef-lieu du sud. Il rentrait à Moroni et les a emmenés. Ils devront rester à Moroni pour ne pas rater les cours, le temps que la grève cesse« , a-t-elle fait savoir, à Flash Infos. Preuve que la grève prend de l’ampleur, les pécheurs et les cellules des camionneurs du port de Moroni sont rentrés dans le mouvement.  » Nous ne pouvons pas tenir car si le transport d’un colis vers le nord de l’île coûtait 200 euros, qui pourra payer encore plus cher. Nous appelons les autorités à revoir leurs prix« , a plaidé un chauffeur de camion dans une vidéo publiée sur Facebook.

Jusqu’à 11h, les gares de Moroni étaient encore désertes, mais pas seulement à cause des transporteurs. Les commerçants ont eux aussi emboité le pas. Cette décision a été prise avant-hier, à l’issue d’une réunion organisée dans un hôtel de la place. Et ce lundi, beaucoup de magasins avaient fermé, comme nous l’avons constaté dans le quartier de Magoudjou. Toutefois, dans les deux grands marchés, l’ambiance était au rendez-vous. Les vendeurs étaient là, travaillaient comme si de rien n’était. Notons qu’après l’annonce de la hausse des prix des carburants, le gouvernement a dévoilé une série de mesure censées aider la population.

Mesures d’accompagnement

Parmi celles-ci, on y retrouve un abattement de 40% sur les droits des douanes pour éviter une explosion des prix des produits de base. Le secrétariat général du gouvernement a également indiqué que l’État réduit les voyages officiels (mais Azali a quand même fait le déplacement au Kenya pour l’Africa Forward). Mais ces annonces sont déjà décriées. Dans un communiqué publié ce lundi, le conseil du patronat comorien a déploré la hausse des prix des carburants.  » Nous reconnaissons que cette décision, bien que prévisible au regard du contexte international, n’en demeure pas moins douloureuse pour l’ensemble du tissu économique comorien. Pour autant, on tient à souligner avec clarté que cette hausse aura des répercussions significatives et durables sur l’activité du secteur privé comorien. Les coûts d’exploitation vont mécaniquement augmenter dans tous les secteurs sans exception : du petit commerce à l’industrie. Les entreprises, en particulier les PME et les TPE qui constituent l’ossature de notre économie, verront leurs marges se réduire, leur trésorerie se fragiliser et leur compétitivité s’éroder« , liste le conseil du patronat qui a émis des recommandations comme le rallongement de la durée d’application de l’abattement de 40% de trois (3) à six (6) mois, pour permettre une meilleure absorption des chocs par les opérateurs et les ménages. Il faut savoir que l’augmentation des prix des carburants va fortement impacter le quotidien du Comorien. Déjà les vendeurs d’eau, principaux pourvoyeurs de la ressource douce aux habitants de la capitale ont prévenu que le prix du bidon ne restera pas inchangé. Comme quoi l’effet domino n’est pas une chimère.

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