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Comores : un homme condamné à 17 ans de prison pour agression sexuelle

Comores : un homme condamné à 17 ans de prison pour agression sexuelle

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Le sexagénaire qui n’a pas nié les faits s’avère par ailleurs être un proche du père de la fillette, au point de se faire appeler papa par celle-ci âgée de 4 ans, représentée seulement au procès par son avocat.

La première session annuelle de la cour d’assises se poursuit au tribunal de Moroni. Si des dossiers de crime de sang sont programmés, la majorité des affaires jugées ou en attente concernent des agressions sexuelles commises sur des mineurs. Hier, la cour avait appelé à la barre un sexagénaire au nom de Said Ahamada. Connu sous le sobriquet de « connait tout », ce père de famille a reconnu avoir agressé sexuellement une fillette de 4 ans. A l’issue de l’audience, la cour l’a déclaré coupable et condamné à 17 ans de réclusion criminelle.

A la partie civile, elle s’est vu accorder des dommages et intérêts de 2 000 000 de francs, près de 4000 euros, soit la moitié de la somme sollicitée par l’avocat de la famille de la fille, absente au procès. Habillé en combinaison orange, floquée prisonnier par derrière, Said, n’était pas capable de rester debout. C’est d’ailleurs pour ses problèmes de santé que son avocat a demandé qu’ils passent en premier. S’il est malade, le prévenu se servant du micro n’avait en revanche aucune difficulté à s’exprimer au point de faire comprendre à la cour qu’il a compris l’acte d’accusation lue en français par la greffière en chef. Toutefois, au moment où de raconter en détails les faits pour lesquels il se trouve en détention, M « Connait tout », a déclaré ne se souvenir de rien car il était ivre au moment de l’acte.

Oublie

 » Je ne me rappelle pas de quelque chose. Je n’étais pas conscient. Je suis sorti de la mosquée et j’étais pris à partie. Quand la raison est revenue, on m’a dit ce que j’ai commis« , assure-t-il. Né un 11 octobre 1965, Said avait pourtant tout déballé pendant son audition à la gendarmerie. La présidente de la cour a pris le soin de lire attentivement ses déclarations ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre sa ligne de défense basée sur la disparition de tout souvenir. Les faits eux remontent au mois de février 2026. Selon le procès-verbal d’audition établi le jour de l’agression, le prévenu a abusé de la fillette dans son atelier. Cet électricien, père de 5 enfants l’avait trouvée dehors en train de jouer avec des amies. La petite lui a demandé du pain alors que Said partait acheter du crédit. Il lui a dit d’attendre son retour. Une fois avec elle, il lui a remis 200 francs comoriens après l’agression.

En plus d’avoir joué l’amnésique, bien qu’il ait reconnu le viol, le sexagénaire a mis en avant son ivresse au moment de la commission de l’infraction.  » J’avais bu 4 bouteilles de vodka« , déclare-t-il au tribunal.  » J’ai pris mon café le matin, et à partir de 8h j’ai commencé à me picoler« , a poursuivi, l’agresseur ajoutant qu’il savait pertinemment que l’ivresse pouvait conduire à des actes graves. Le comble, non seulement la petite l’appelait papa, en raison de son amitié avec son père biologique, mais le prévenu est l’oncle du géniteur de la fille dont la culotte avait été retrouvée imbibée de sang.   » Pour ce lien, on peut affirmer qu’il exerçait une autorité sur la petite« , a fait observer Maitre Abdillahi, qui défend la victime.

Proche de la victime

L’ordonnance de renvoi avait déjà retenu l’infraction d’agression sexuelle avec contrainte, menace et contrainte. Pendant sa plaidoirie, la partie civile a tenu à écarter toute circonstance atténuante, liée à l’état d’ébriété du sexagénaire. Même si la défense a essayé de mettre en avant le caractère irréprochable de son client, jamais arrêté avant cet acte, le parquet général a appelé la cour à tenir compte du traumatisme psychologique que cet enfant va devoir affronter durant toute sa vie.  » On voit beaucoup de victimes raconter ce qu’elles ont vécu sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas volontaire« , a illustré le parquetier. « Lorsque l’agression est commise sur une mineure de moins de 18 ans, par un ascendant ayant autorité ou sous l’emprise de produits stupéfiants, la peine va de 15ans à 20 ans de réclusion criminelle. Je ne vous demande pas les peines les plus sévères mais de rendre justice « , avait conclu le parquet général qui s’était déclaré favorable à ce que M Said puisse recevoir des soins vu son état.  Pour appuyer sa requête qui a fini par être entendue, le conseil du sexagénaire a relevé que son client devait retourner à Madagascar en juin dernier dans un rendez-vous médical.  » Depuis 4 mois il est à l’hôpital El-maarouf. Donc quand vous rendrez votre décision, n’oubliez pas que la santé est un droit universel« , a rappelé l’avocat du prévenu, certificat médical à la main.

Les cartes de Mayotte en relief de retour à la vente

Les cartes de Mayotte en relief de retour à la vente

Les cartes de Mayotte en relief 3D sont de nouveau disponibles à la vente sur le site de Mayotte Hebdo. Au format A3, ces cartes thermoformées permettent de découvrir autrement la géographie de l’île, de ses reliefs montagneux jusqu’aux profondeurs du lagon.

Proposées au prix de 29,80 euros l’unité, elles représentent notamment le mont Bénara, point culminant de Mayotte, les villages, les routes ainsi que la barrière de corail. Elles peuvent aussi bien servir de support pédagogique dans les établissements scolaires que d’objet décoratif ou de souvenir à offrir.

Les cartes sont disponibles en quantité limitée sur mayottehebdo.com, avec des tarifs dégressifs pour les achats en lots de trois ou dix exemplaires. La livraison est proposée à Mayotte, à La Réunion et en métropole.

Mohamed Elanrif Bamcolo nommé DGS du Grand Nord de Mayotte

Mohamed Elanrif Bamcolo nommé DGS du Grand Nord de Mayotte

La Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM) a recruté Mohamed Elanrif Bamcolo au poste de directeur général des services (DGS). Il s’agit d’une première pour l’intercommunalité, qui n’avait jusqu’ici jamais disposé d’un directeur général des services à temps plein. Sous l’autorité de la présidente, Roukia Kassidi, il sera chargé de coordonner les services administratifs et d’assurer le suivi des projets de la collectivité, qui regroupe 16 villages. Sa nomination doit contribuer à renforcer l’organisation et le fonctionnement de l’intercommunalité.

Anchya Bamana demande que les mesures nationales pour les lycées s’appliquent aussi à Mayotte

Anchya Bamana demande que les mesures nationales pour les lycées s’appliquent aussi à Mayotte

Dans un courrier adressé le 9 octobre au ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, la députée Anchya Bamana demande que Mayotte bénéficie des mesures annoncées au niveau national face aux difficultés des lycées.

Le 4 octobre, le Premier ministre avait annoncé cinq chantiers pour répondre aux préoccupations des lycéens, tandis que le 8 octobre, le déploiement de 3 000 professeurs remplaçants avait été annoncé. La députée souhaite que ces dispositifs prennent aussi en compte les besoins spécifiques du territoire.

Dans une note consacrée aux onze lycées publics de l’île, elle recense des difficultés touchant les conditions d’enseignement, les équipements, l’hygiène et la sécurité. Au lycée polyvalent du Nord, à Acoua, environ 2 300 élèves sont accueillis pour une capacité estimée à 1 500 places. La communauté éducative demande notamment cinq divisions et cinq salles modulaires supplémentaires, davantage de personnels et la construction d’une cantine.

Au lycée Younoussa-Bamana, à Mamoudzou, les classes peuvent atteindre 38 élèves. Des cours ne sont pas assurés faute d’enseignants, tandis que les élèves dénoncent l’état des sanitaires, le manque de mobilier et des journées trop longues. À Sada, les problèmes d’emploi du temps, les ordinateurs défaillants et les pannes de climatisation s’ajoutent à des agressions signalées aux abords de l’établissement. Une quarantaine de personnels ont exercé leur droit de retrait le 14 septembre.

Au lycée de Bandrélé, les élèves ont dénoncé la surcharge des classes, les difficultés de transport en bus et les collations, ainsi que des sommes non versées pour des stages déjà effectués. À Dembéni, des postes d’enseignants manquent et des cours sont annulés. Des intrusions et des violences signalées en juin ont entraîné des confinements et une évacuation, tandis que des caillassages ont été rapportés sur les trajets.

La sécurité reste également une préoccupation au lycée Tani Malandi, à Chirongui, où des affrontements et des jets de projectiles ont été signalés le 30 septembre, ainsi qu’au lycée professionnel de Dzoumogné, où des violences aux abords et des caillassages de bus ont été rapportés. Au lycée des Lumières, les enseignants signalent une connexion internet insuffisante et un renouvellement fréquent des équipes. Les étudiants de BTS ont aussi rencontré des difficultés pour rattraper les cours perdus après le cyclone Chido, notamment en raison des horaires de bus.

Pour le lycée des métiers du goût et des saveurs, à Kawéni, les documents recensent des problèmes de sécurité signalés en novembre 2025, mais la députée demande un état des lieux actualisé des personnels, des cours, des cuisines et des équipements de formation. Au lycée polyvalent de Petite-Terre, à Pamandzi, les coupures d’eau perturbent les enseignements et l’utilisation des sanitaires. Une pétition d’élèves réclame la suspension des cours lorsque l’eau manque au point de compromettre l’hygiène et l’hydratation.

Enfin, au lycée Gustave-Eiffel, à Kahani, la note souligne des inquiétudes sur l’orientation d’élèves vers des filières professionnelles qu’ils n’ont pas choisies et demande un bilan des postes, des salles et des équipements d’atelier.

Au-delà des situations propres à chaque établissement, Anchya Bamana alerte sur le manque de personnels de santé scolaire : selon les éléments qu’elle avait présentés dans un avis budgétaire en 2024, Mayotte ne comptait alors que deux médecins et une vingtaine d’infirmières pour 117 000 élèves. Elle évoque également les locaux saturés de l’Université de Mayotte, le manque d’enseignants-chercheurs et l’absence de logements Crous.

La députée demande que les réponses de l’État précisent les postes à pourvoir, les travaux et les équipements nécessaires, les financements ainsi que les échéances. Elle souhaite que les annonces nationales se traduisent par des améliorations concrètes pour les élèves et les personnels mahorais.

La députée rappelle que les difficultés persistent depuis trop longtemps et réclame que les élèves puissent “suivre et assurer tous les cours”, disposer de matériel adapté et accéder à des sanitaires utilisables, à l’eau et à une restauration suffisante. Elle conclut en appelant à “la même considération et la même mobilisation de l’État que dans l’Hexagone”, afin que les difficultés rencontrées pendant la scolarité ne compromettent plus la poursuite des études.

Six jeunes de Mayotte attendus au Sénat

Haki Za Wanatsa lance un appel aux dons pour faire entendre la voix des jeunes de Mayotte au Sénat

À quatre semaines des États généraux des droits de l’enfant, prévus le 21 novembre à Paris, Haki Za Wanatsa – Collectif CIDE Outre-mer lance un appel à la solidarité. L’association doit réunir 15.000 euros pour permettre à six jeunes de Mayotte de participer à cette rencontre nationale, après huit mois d’ateliers consacrés notamment à l’égalité et à la lutte contre les violences.

La participation de la délégation mahoraise aux États généraux des droits de l’enfant est menacée. Dans un communiqué daté de ce lundi 12 octobre, Haki Za Wanatsa – Collectif CIDE Outre-mer lance un appel à la solidarité pour réunir les 15.000 euros nécessaires au déplacement de six jeunes à Paris. La rencontre est prévue le 21 novembre prochain au Sénat, dans le cadre d’un événement consacré aux droits de l’enfant.

À moins de quatre semaines du départ, les financements sollicités par l’association restent en attente. Elle indique ne pas pouvoir assumer seule le coût de cette semaine de rencontres, de découvertes et d’engagement. L’appel “Leur voix compte” s’adresse donc aux citoyens, aux associations, aux entreprises et aux partenaires susceptibles de contribuer à la collecte, accessible sur HelloAsso.

Le budget prévisionnel de 15 000 euros doit financer une semaine à Paris pour six jeunes et deux accompagnateurs. Sur cette somme, 6 000 euros sont prévus pour les billets d’avion, sur la base de cinq billets estimés à 1 200 euros chacun. Les 9 000 euros restants doivent couvrir l’hébergement, les déplacements sur place, les billets de train aller-retour de deux étudiants qui rejoindront le groupe depuis l’Hexagone, ainsi que les frais liés à l’accompagnement de la délégation. Si le déplacement ne pouvait finalement pas avoir lieu, les fonds collectés seraient affectés à d’autres actions de l’association en faveur de la participation et de l’engagement des jeunes de Mayotte.

Huit mois pour faire entendre la parole des jeunes

Derrière ce déplacement se trouvent plusieurs mois de travail menés dans le cadre des ateliers Kalima Débat Jeunes. Pendant près de huit mois, plus de 400 jeunes issus d’une dizaine de communes de Mayotte ont participé à ces temps d’échange, plusieurs heures par semaine. Les discussions ont notamment porté sur l’égalité et la lutte contre toutes les formes de violence, en particulier les violences sexistes et sexuelles.

L’éloquence leur a servi de support pour interroger les réalités qu’ils rencontrent, confronter leurs points de vue et élaborer des propositions collectives.

Pour l’association, le déplacement à Paris doit permettre de prolonger cette démarche en donnant à six jeunes l’occasion de porter cette parole auprès d’institutions et d’associations engagées pour les droits des femmes et des enfants.

Au programme figurent des découvertes artistiques et culturelles, mais surtout la participation aux États généraux des droits de l’enfant, organisés au Sénat le 21 novembre, où se retrouveront des jeunes venus d’autres départements et régions. Cette rencontre a pour objectif de donner la parole aux jeunes sur les violences et les difficultés qu’ils rencontrent, mais aussi de recueillir leurs propositions pour mieux protéger les enfants et faire respecter leurs droits.

Un programme engagé depuis quatre ans

Cette délégation s’inscrit dans un dispositif développé depuis quatre ans par Haki Za Wanatsa. L’édition 2026 des Débats Jeunes – Kalima a notamment réuni près de 400 élèves de 13 établissements scolaires de l’île. La finale, organisée le 6 juin dernier au lycée des Lumières, avait rassemblé plus de 200 personnes autour de débats sur l’éducation, l’environnement, les réseaux sociaux, les émotions ou encore l’égalité.

Les participants devaient intégrer à leurs interventions une réflexion sur l’égalité entre les femmes et les hommes, les violences sexistes et sexuelles ou les discriminations de genre. Cette édition résultait de la fusion de deux dispositifs éducatifs portés par l’Académie de Mayotte et Haki Za Wanatsa – Collectif CIDE Outre-mer.

L’association, restructurée en 2018 autour de la défense des droits de l’enfant et des droits des femmes, inscrit cette démarche dans l’article 12 de la Convention internationale des droits de l’enfant, qui reconnaît le droit des enfants à exprimer leur opinion sur les questions qui les concernent. Elle fédère également un collectif d’une trentaine d’associations, majoritairement mahoraises, mais aussi issues d’autres territoires ultramarins et de l’Hexagone.

Pour Haki Za Wanatsa, réunir les 15.000 euros nécessaires devient désormais une condition pour que ces huit mois de mobilisation trouvent leur prolongement à Paris et que la jeunesse de Mayotte soit représentée lors de ce rendez-vous national.

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Tortues marines à Mayotte : un centre de soins attendu pour mieux les protéger

Tortues marines à Mayotte : un centre de soins attendu pour mieux les protéger

François-Elie Paute est le responsable du pôle connaissance et capacitaires soins tortues marine de l’association Oulanga depuis maintenant neuf ans. L’association œuvre pour la protection des tortues marines, mène des actions de sensibilisation auprès du public et participe à la prise en charge des tortues marines en détresse.

Aujourd’hui, il va nous expliquer comment l’association agit concrètement pour assurer la protection de ces espèces, mais aussi nous faire le point sur l’avancement du projet de création d’un centre de soins dédié aux tortues marines.

Flash Info : l’association Oulanga œuvre depuis plusieurs années à Mayotte pour la protection des tortues marines. Quelles sont vos principales actions sur le terrain et, avec le recul, avez-vous constaté une évolution de la situation, notamment concernant le braconnage des tortues marines ?  

François-Elie Paute : L’association Oulanga est une ancienne association, créée en 1998. À ses débuts, elle fonctionnait uniquement grâce à des bénévoles et s’était constituée dans un contexte de lutte contre le braconnage des tortues marines. Mais, au fil du temps, ils se sont rendu compte que ces actions n’étaient pas suffisantes pour lutter efficacement contre ce phénomène. L’association a donc progressivement structuré ses activités autour de plusieurs domaines d’intervention. Aujourd’hui, elle s’organise en trois pôles, qui permettent de diversifier ses actions en faveur de la protection des tortues marines.

Le premier est le pôle Sensibilisation. Des professionnels interviennent régulièrement dans les établissements scolaires, mais aussi auprès du grand public, afin de sensibiliser à la protection des tortues marines.Le deuxième est le pôle Connaissance, dont je suis responsable. Son objectif est de développer les connaissances scientifiques sur les tortues marines présentes à Mayotte, afin de mieux comprendre ces espèces et leurs besoins.Enfin, le troisième est le pôle Protection, auquel je participe également. Il s’agit d’agir concrètement sur le terrain pour lutter contre le braconnage, en collaboration avec différents partenaires.Depuis 2025, l’association anime également le réseau Échouages des mammifères marins et des tortues marines de Mayotte, auparavant coordonné par le Parc naturel marin.

F.I : Depuis la création de l’association en 1998, avez-vous constaté une évolution du braconnage des tortues marines à Mayotte ? Est-ce que ce phénomène a augmenté au fil des années, ou les actions de surveillance et les sanctions mises en place ont-elles permis de faire évoluer la situation ?

F.P : À Mayotte, de nombreuses tortues marines sont victimes de braconnage. Mais lorsqu’aucun témoin n’est présent pour constater ces actes, ils ne sont pas comptabilisés dans les chiffres officiels.L’île compte plus de 300 plages, dont environ 180 sont fréquentées par les tortues marines pour la ponte. Il est donc particulièrement difficile de surveiller l’ensemble de ces sites et d’évaluer précisément l’ampleur du braconnage.C’est pour cette raison que nous avons mis en place un réseau de suivi en 2010, afin de mieux recenser les cas de braconnage et d’obtenir des données plus fiables.Selon nos estimations, entre 100 et 300 tortues marines sont braconnées chaque année à Mayotte. Ces chiffres constituent toutefois un minimum, car tous les actes ne sont pas observés et recensés. Le nombre réel pourrait donc être bien plus élevé.Nous réalisons également des suivis plus réguliers sur certaines plages, ce qui nous permet d’observer les évolutions locales. Cependant, une baisse du braconnage sur une plage ne signifie pas nécessairement que la situation s’améliore à l’échelle de Mayotte, puisque le phénomène peut se déplacer vers d’autres sites.Aujourd’hui, nous pouvons donc estimer qu’entre 100 et 300 tortues marines sont braconnées chaque année à Mayotte, depuis la mise en place du réseau en 2010, sans pouvoir déterminer précisément le nombre réel de victimes.

F.I : Je me souviens avoir vu des reportages sur des personnes qui effectuaient des patrouilles nocturnes sur les plages pour surveiller les tortues marines et les protéger du braconnage. Est-ce que votre association joue-t-elle dans ce dispositif ?

F.P : En effet, une équipe dédiée à la protection des tortues marines a été mise en place dans le cadre du Pacte Tortues, créé par la préfecture de Mayotte. Plusieurs associations et naturalistes bénéficient de ce dispositif, notamment Regard du Cœur et Oulanga.De notre côté, au sein de l’association Oulanga, nous intervenons principalement sur Petite-Terre et dans l’ouest de Mayotte. Nos équipes assurent une surveillance des plages afin de repérer les éventuels actes de braconnage.Nous travaillons en collaboration avec les forces de l’ordre, mais nous n’intervenons pas directement auprès des braconniers. Notre rôle consiste plutôt à observer le terrain, à recueillir des informations et à signaler les activités suspectes aux autorités compétentes.Nous effectuons également des sorties en journée pour observer les plages et suivre la situation. D’ailleurs, lorsque vous m’avez contacté ce matin, j’étais justement sur le terrain pour vérifier ce qui se passait sur certaines plages.Il est essentiel de se rendre régulièrement sur place, car certaines plages sont peu surveillées. Pour savoir si des actes de braconnage ont lieu, il faut pouvoir observer le terrain et assurer un suivi régulier.

F.I : Aujourd’hui, vous portez un projet de création d’un centre de soins pour les tortues marines à Mayotte. Quelles seront ses missions et comment permettra-t-elle de prendre en charge les tortues blessées ?

F.P :  Le braconnage n’est pas la seule menace qui pèse sur les tortues marines à Mayotte. La pêche représente également un danger important, notamment la pêche accidentelle. Contrairement à la pêche ciblée, où les pêcheurs cherchent volontairement à capturer des tortues, il arrive que des tortues soient accidentellement prises dans des filets ou blessées par des hameçons alors que les pêcheurs cherchent à capturer des poissons. Nous estimons qu’au moins 60 tortues marines par an auraient besoin de soins à la suite de ce type d’incident.

Depuis plusieurs années, nous récupérons des tortues blessées et travaillons avec un vétérinaire pour leur apporter les premiers soins. Cependant, leur prise en charge ne s’arrête pas aux soins vétérinaires. Comme pour un être humain hospitalisé, il est nécessaire de surveiller ensuite l’évolution de leur état de santé et de s’assurer de leur rétablissement. C’est précisément pour répondre à ce besoin que nous avons lancé le projet de création d’un centre de soins à Mayotte. Les besoins sont de plus en plus importants sur le territoire. Une autre menace est également liée à l’augmentation du trafic maritime. Avec davantage de bateaux en circulation, les collisions avec les tortues marines sont de plus en plus fréquentes. Nous retrouvons régulièrement des tortues présentant des blessures caractéristiques de chocs avec des embarcations, notamment au niveau de leur carapace.

Donc on peut les retrouver encore vivants et si on n’a pas les infrastructures et notamment en fait un centre de soins qui est équipé de bassins avec de long mer filtrées pour garder ses animaux vivants, c’est aujourd’hui très compliqué pour nous de le faire donc on est un peu dans une situation où on le fait, mais on relâche directement l’animal dans la nature sans vraiment avoir l’assurance que il est toujours en bonne santé. Voilà donc on a fait ce projet-là il y a plusieurs années maintenant. On a eu plusieurs difficultés qui sont arrivées. Au début c’était avec la guerre en Ukraine qui a fait augmenter un peu tous les prix des matériaux On a eu Shido et depuis Shido, le projet est à l’arrêt. On avait des financements qui étaient fléchés qui ont été redistribués On doit remettre à jour notre plan de financement qui est en cours qui est en cours aujourd’hui.

F.I : Aujourd’hui, le projet de centre de soins est à l’arrêt. Avez-vous une idée du délai nécessaire pour relancer le projet ? Pensez-vous pouvoir reprendre les travaux dans les prochains mois, ou faudra-t-il encore attendre plusieurs années avant que le centre puisse voir le jour ? 

F.P :  ça dépend vraiment des financements plus vite on trouvera le reste d’argent nécessaire. C’est autour de 1 million d’euros. On a déjà la moitié. On a des discussions en cours avec des avec des financiers, notamment sur des fonds européens dès qu’on peut reprendre, on reprendra et la particularité de ce centre de soins, c’est pas uniquement un centre de soins. Je parlais tout à l’heure grosses missions de l’association c’est de faire la sensibilisation et en fait, on a un musée qui est associé à ce centre de soins, on a toute une muséographie qu’on a prévue qu’on a imaginé autour de la tortue pour accueillir les scolaires et le grand public dans cette maison de la tortue.

F.I : Lorsqu’une tortue marine est soignée puis relâchée dans son milieu naturel, est-il possible de suivre son évolution par la suite ? À l’étranger ou dans l’Hexagone , certains centres de soins équipent les animaux de balises pour observer leurs déplacements et vérifier leur état de santé. Est-ce une pratique que vous envisagez également à Mayotte, ou avez-vous déjà mis en place ce type de suivi ?

F.P : Alors c’est prévu, pas plus tard que hier on a commandé des balises justement pour suivre ces animaux après des soins donc ça c’est des choses qu’on prévoit de faire donc elles vont arriver d’ici quelques mois ça vient des États-Unis mais voilà l’idée c’est de voir en fonction des soins qu’on prodigue sur ces individus-là, voir un peu comment ils vont réagir dans le milieu s’ils vont survivre et si oui combien de temps Voilà donc ça c’est notre première question et après on a d’autres questions savoir où est-ce qu’ils vont se reproduire ou s’alimenter donc  ça nous permet aussi de répondre à ces questions.

J’imagine que dans quelques mois après il faut avoir l’opportunité d’avoir un animal quand même en bonne santé et c’est un peu la problématique que je disais c’est qu’aujourd’hui on les relâche. Mais pas forcément en très bonne santé, on n’a pas l’infrastructure pour vraiment faire en sorte de garder l’animal, le surveiller, faire en sorte qu’il reprenne des forces pour le relâcher, on va dire dans de bonnes conditions et donc mettre une balise sur l’animal qui n’est pas en très bonne santé, on va devoir se poser la question et voilà c’est toujours une balance entre le succès de réussite ou pas on verra on verra si l’occasion se présente.

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À Mayotte, Jenny Hippocrate alerte sur la prise en charge de la drépanocytose

À Mayotte, Jenny Hippocrate alerte sur la prise en charge de la drépanocytose
Jenny Hippocrate, chevalier de la Légion d’honneur et officier de l’ordre national du Mérite, alerte sur les difficultés de prise en charge de la drépanocytose à Mayotte.

En visite à Mayotte, Jenny Hippocrate, présidente de l’Association pour l’information et la prévention de la drépanocytose (APIPD), souhaite dresser un état des lieux des besoins des malades. Entre manque de moyens et difficultés d’accès aux soins, elle entend porter les préoccupations des familles auprès des autorités sanitaires nationales.

« Il y a de gros manquements à Mayotte. » Après une première visite à l’hôpital, Jenny Hippocrate exprime ses inquiétudes sur l’accompagnement des personnes atteintes de drépanocytose. « Il manque du matériel, il manque des moyens humains », affirme-t-elle. Selon la présidente de l’APIPD, la prise en charge des urgences doit notamment être améliorée. Son déplacement doit permettre de recueillir les besoins des patients, de leurs proches et des professionnels de santé.

Cette démarche intervient dans un territoire où la mortalité infantile demeure élevée. Selon l’Insee, Mayotte présente un taux de 10,4 décès avant l’âge d’un an pour 1 000 naissances vivantes sur la période 2022-2024, contre 3,7 dans l’Hexagone. Ces chiffres concernent les décès toutes causes confondues et ne mesurent donc pas la mortalité liée à la drépanocytose. Les données mahoraises sur les décès sont également probablement sous-estimées, précise l’institut.

Rapprocher les familles des soins

« Il y a des populations très, très loin du système de santé », souligne Jenny Hippocrate. Elle évoque notamment les difficultés rencontrées par certaines familles étrangères, dont des familles comoriennes. Pour faciliter leurs déplacements, elle avance une piste concrète. « Pourquoi pas avoir une voiture pour aller chercher » les malades, propose-t-elle. L’objectif est de réduire les obstacles à une prise en charge rapide.

« Je veux rapprocher la population du système de santé, la population qui est à l’écart », insiste-t-elle. Elle souhaite aussi soutenir l’association locale Drep’Action, qui, selon elle, ne dispose pas de locaux. « Je leur ai déjà proposé certaines choses pour leur venir en aide, notamment au niveau financier », indique la responsable associative.

Mieux reconnaître la douleur et les signes d’alerte

Maladie héréditaire du sang, la drépanocytose peut entraîner des complications dès les premiers mois de vie. La Haute Autorité de santé souligne l’importance du dépistage et d’une prise en charge précoce pour limiter les risques. Chez les enfants atteints de moins de cinq ans, les infections constituent la première cause de décès.

Pour Jenny Hippocrate, l’accompagnement passe aussi par l’information des familles et la reconnaissance de la souffrance des patients. « Ne pas sous-évaluer la douleur », insiste-t-elle. Elle défend l’éducation thérapeutique pour aider les malades à connaître leur corps et à repérer les symptômes susceptibles de signaler une complication. « Quand on connaît son ennemi, la bataille est à moitié gagnée », résume-t-elle.

Son engagement est né du diagnostic de son fils, atteint de drépanocytose il y a plus de trente ans. « J’ai compris que c’était le grand combat de ma vie », raconte-t-elle. Aujourd’hui, elle souhaite poursuivre ce combat auprès des familles mahoraises, en renforçant la prévention et en luttant contre les tabous qui entourent la maladie.

À Mayotte, la drépanocytose constitue un enjeu de santé publique. Selon les chiffres rapportés en juin 2026s, Deux nouveau-nés par jour sont identifiés comme porteurs sains, sans développer la maladie. Deux parents porteurs sains peuvent néanmoins la transmettre à leur enfant. Le Centre hospitalier de Mayotte développe ainsi des actions de dépistage et d’accompagnement des futurs parents, parallèlement à la sensibilisation de la population.

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Taxe foncière à Mamoudzou : le collectif TCTF appelle à une nouvelle mobilisation après sa rencontre avec le maire

Taxe foncière à Mamoudzou : le collectif TCTF appelle à une nouvelle mobilisation après sa rencontre avec le maire

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Après une rencontre sans accord avec le maire de Mamoudzou, le collectif TCTF appelle à une nouvelle mobilisation dimanche 18 octobre contre la hausse des impôts locaux. Ambdilwahedou Soumaïla justifie cette décision par les dépenses de reconstruction après le cyclone Chido et promet une baisse des taux à partir de 2029. Une réponse qui ne satisfait pas les contestataires, lesquels mettent également en cause la gestion financière de la commune.

La taxe foncière a quasiment doublé à Mamoudzou en 2026. Voté en avril, le taux appliqué aux propriétés bâties est passé de 9,17 % à 17,93 %, soit une augmentation de 95,5 %. Celui des propriétés non bâties a également fortement progressé, passant de 4,23 % à 8,27 %. Ces hausses doivent rapporter environ six millions d’euros supplémentaires à la commune.

C’est pour obtenir une révision de ces taux que le collectif TCTF avait sollicité une rencontre avec le maire. Mercredi 7 octobre, une délégation a été reçue à l’hôtel de ville par Ambdilwahedou Soumaïla, accompagné de plusieurs élus municipaux, sans parvenir à trouver un terrain d’entente.

La mairie invoque les dépenses de reconstruction après Chido

Dans un communiqué publié dimanche 11 octobre, la Ville rappelle qu’elle n’avait pas augmenté ses taux entre 2020 et 2025, malgré les différentes crises traversées par le territoire. Elle explique avoir été contrainte de les relever cette année pour faire face aux dépenses engendrées par le cyclone Chido.

La municipalité évalue à 91,7 millions d’euros les dégâts occasionnés à son patrimoine, notamment aux écoles, aux bâtiments publics et à la voirie. Or, les indemnisations des assurances sont plafonnées à 12 millions d’euros, dont huit millions déjà perçus. Les aides de l’État, selon la Ville, tardent à être versées et ne couvrent au mieux que 80 % des opérations éligibles.

Pour engager les travaux sans attendre, la commune explique avoir mobilisé ses propres ressources et contracté des emprunts. Elle assure également avoir réduit de 10 % les indemnités de ses élus et engagé des économies de fonctionnement. Les recettes fiscales supplémentaires doivent contribuer à la reconstruction, mais aussi au financement des services municipaux.

« Sans Chido, les taux n’auraient pas augmenté. Je m’engage à les revoir à la baisse à partir de 2029, et je reste à l’écoute de chaque habitant », affirme Ambdilwahedou Soumaïla.

« Aucune négociation possible », dénonce le collectif

Ces explications n’ont pas convaincu le collectif TCTF. Dans une déclaration diffusée après la rencontre, ses membres affirment s’être heurtés à une « fin de non-recevoir », sans possibilité de négocier les nouveaux taux. Ils disent avoir interrogé le maire sur la gestion des finances communales et sur la réalité du gel des embauches. Selon leur récit, celui-ci leur aurait répondu que la gestion de la commune était son problème et non le leur.

Le collectif estime par ailleurs que les difficultés financières de Mamoudzou ne peuvent être imputées uniquement au cyclone. Il évoque un déficit de 53 millions d’euros fin 2025. Ce montant semble toutefois correspondre à l’encours de dette de la commune, qui atteignait 53,86 millions d’euros à cette date. Si ces deux notions ne doivent pas être confondues, les finances de Mamoudzou avaient déjà attiré l’attention de la Chambre régionale des comptes, qui avait notamment relevé un déficit corrigé de 11,87 millions d’euros pour l’exercice 2024.

Pour le collectif, cette hausse des taxes foncières représente un effort supplémentaire difficilement supportable pour des habitants encore confrontés aux conséquences de Chido. Ses membres rappellent que de nombreuses familles n’ont toujours pas pu reconstruire leur logement et vivent encore sous des toitures bâchées.

Faute d’accord avec la municipalité, le collectif entend poursuivre sa mobilisation. Un nouveau rassemblement est annoncé dimanche 18 octobre, à 15 h 30, sur la place Makango, à Mamoudzou, pour continuer à réclamer une révision des taux sans attendre 2029.

Zéna M’Déré : défense de sa mémoire et du destin politique de Mayotte

Zéna M’Déré : défense de sa mémoire et du destin politique de Mayotte

Propos de Jean-Paul Lecoq (PCF) et rejet de la résolution pour l’entrée au Panthéon de la cheffe des chatouilleuses : Anchya BAMANA dénonce un mépris inacceptable du choix des Mahorais.

Le jeudi 8 octobre 2026, l’Assemblée nationale a rejeté, par 158 voix contre 133, la proposition de résolution invitant le Gouvernement à engager les démarches en vue de l’entrée au Panthéon d’Olympe de Gouges, de l’abbé Charles-Michel de l’Épée et de Zéna M’Déré. Présenté par Jean-Philippe Tanguy (RN) et cosigné par Anchya BAMANA, ce texte voulait honorer celle qui a conduit, de 1966 à 1976, le combat des chatouilleuses pour que Mayotte reste française.

Au cours du débat, le député Jean-Paul Lecoq (PCF) a présenté le maintien de Mayotte dans la République comme « un acte d’impérialisme qui n’a pas à être glorifié au Panthéon ». Il a affirmé que ce maintien violait le droit international, comparé la situation de Mayotte à celle du Sahara occidental et jugé la décolonisation de l’île « inachevée ».

« Ces propos sont une insulte à la mémoire de Zéna M’Déré, à toutes les chatouilleuses et à l’ensemble des Mahorais. Un député de la Nation a osé, dans l’hémicycle, nier le choix d’un peuple de rester français. Je ne le laisserai pas passer. »

Ces arguments ne résistent pas aux faits. Les Mahorais ont été consultés, et ils ont répondu. Le 22 décembre 1974, ils ont rejeté l’indépendance à 63,82 %. Le 8 février 1976, ils ont choisi de demeurer dans la République à 99,4 %. Le 2 juillet 2000, ils ont approuvé l’accord sur l’avenir de Mayotte à 72,94 %. Le 29 mars 2009, ils se sont prononcés à 95,2 % pour la départementalisation. Quatre fois en trente-cinq ans, la même volonté s’est exprimée dans les urnes.

M.Lecoq invoque le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et s’emmêle les pinceaux dans ses propres contradictions idéologiques. Les Mahorais ont exercé ce droit, librement et à plusieurs reprises. Prétendre leur imposer un destin qu’ils ont refusé, voilà ce qui relèverait de l’impérialisme. Aucune résolution adoptée à New York ne peut effacer la volonté qu’un peuple a exprimée dans les urnes. Quant à la comparaison avec le Sahara occidental, elle ne tient pas : à Mayotte, le peuple a été consulté, et il a tranché.

L’histoire contredit tout autant la thèse d’une « décolonisation inachevée ». Mayotte est française depuis 1841, plus de quarante ans avant que les autres îles de l’archipel ne passent sous protectorat français. Le mouvement des chatouilleuses est né en 1966, lorsque la capitale du territoire a été transférée de Dzaoudzi à Moroni. « Nous voulons rester Français pour être libres », proclamait alors le Mouvement populaire mahorais, porté notamment par Younoussa Bamana, père de la députée, aux côtés de Zéna M’Déré. Les Mahorais ont choisi la France, et ils l’ont choisie pour être libres.

M.Lecoq soutient encore que l’on « enrôle » Zéna M’Déré « dans un combat qui n’était pas le sien ». C’est exactement l’inverse. Dès 1966, elle est allée défendre l’ancrage de Mayotte à la France devant le président du conseil de gouvernement des Comores. Sous sa conduite, des centaines de femmes ont mené une résistance populaire et pacifique contre le rattachement de Mayotte aux Comores. Ce combat a coûté la vie à Zakia Madi, tuée le 13 octobre 1969 à Mamoudzou par la garde comorienne. Demain marquera le cinquante-septième anniversaire de sa mort.

D’autres orateurs ont préféré faire le procès du Rassemblement national plutôt que de parler de Zéna M’Déré. Colette Capdevielle (PS) a dénoncé une opération de « relooking historique », tout en reconnaissant que l’engagement de Zéna M’Déré méritait le respect. Elle s’est pourtant opposée au texte. Refuser un hommage à une héroïne française en raison de l’étiquette de ceux qui le proposent relève de l’aveuglement partisan.

L’engagement d’Anchya BAMANA pour la mémoire des chatouilleuses n’a rien d’une opération de circonstance. En octobre 2024, elle rendait hommage à Zakia Madi puis à Zéna M’Déré, et souhaitait dès décembre 2024 que l’Assemblée nationale honore ces femmes. Quant aux rumeurs d’exhumation colportées avant le vote, elles étaient fausses : une entrée au Panthéon peut être symbolique, comme celle de Joséphine Baker, dont la dépouille repose toujours à Monaco.

Le rejet de cette résolution ne ferme aucune porte : l’entrée au Panthéon relève de la décision du Président de la République. Anchya BAMANA en appelle solennellement à lui. Garant des institutions, de l’intégrité du territoire et de l’histoire de la République française, il lui appartient de reconnaître le combat de celles qui ont voulu que Mayotte reste française, en décidant l’entrée de Zéna M’Déré au Panthéon. La députée apporte son plein soutien au Collectif Mayotte en souffrance, au collectif Ré-MaA et aux organisations mahoraises qui exigent de Jean-Paul Lecoq des excuses publiques. « La dignité de Mayotte n’est pas négociable », rappellent-ils à juste titre.

« M. Lecoq peut parler d’impérialisme, une majorité de députés peut voter contre Zéna M’Déré : rien n’y changera. Les Mahorais sont fiers d’être Français. Ils l’ont dit dans les urnes, ils l’ont payé du sang de Zakia Madi, ils le revendiquent chaque jour. Nous défendrons toujours notre histoire, notre identité et nos droits, à commencer par celui de rendre hommage à celles et ceux qui se sont battus pour Mayotte. Je porterai ce combat partout, tout le temps et quoi qu’il arrive. »

Rahachiri… Sibabu Ya Maoré[1] !

[1] Nous sommes vigilants pour Mayotte

Hommage à Zakia Madi : « Suluhu karivendeze ! »

Hommage à Zakia Madi : « Suluhu karivendeze ! »

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Le 13 octobre 1969, la jeune Zakia Madi tombait sous les tirs de la garde comorienne à la jetée de Mamoudzou. Première martyre du Mouvement populaire mahorais, cette figure emblématique des Chatouilleuses a payé de sa vie le combat pour le maintien de Mayotte dans la République française. Cinquante-sept ans après ce drame, retour sur une journée tragique qui a scellé le destin de l’île aux parfums et contribué à forger l’identité politique mahoraise.

Lundi 13 octobre 1969 : plus de 500 manifestants, la plupart des militantes soroda, étaient réunis à la jetée de Mamoudzou pour tenter d’empêcher un notable de Mtsapéré, Ahmed Soilihi, de traverser et prendre l’avion pour Moroni. Proche du président du conseil de gouvernement du territoire des Comores, le Grand-Comorien Saïd Mohamed Cheikh, et du sénateur des Comores et futur « père de l’indépendance », l’Anjouanais Ahmed Abdallah Abderamane, l’imam de la mosquée de Mtsapéré Ahmed Soilihi dit « Hamada Kélé », serrer-la-main de la première heure, avait été approché par les deux responsables du territoire pour devenir conseiller économique et social en remplacement du Mahorais Marcel Henry, le principal responsable du Mouvement populaire mahorais (MPM) que présidait Zena Mdere. Après avoir confisqué à leur seul profit les mandats de députés à l’Assemblée nationale, avec le Grand-Comorien Saïd Ibrahim et l’Anjouanais Mohamed Ahmed, et au Sénat, avec Ahmed Abdallah, les dirigeants grands-comoriens et anjouanais entendaient priver le Mouvement populaire mahorais de tout lien avec Paris, de manière que la voix de Mayotte ne puisse plus être portée auprès du gouvernement français et des partis politiques nationaux. Pour ce faire, il fallait remplacer Marcel Henry par un affidé du gouvernement territorial, fonction qu’allait remplir avec zéle Ahmed Soilihi. Sur les conseils d’Ahmed Abdallah, Ahmed Soilihi avait surtout, ce jour-là, pour projet de partir à Moroni en vue de présenter, en compagnie d’autres notables complices des autorités de Moroni, les « excuses de Mayotte » pour l’accueil qu’avait reçu, le 2 août 1966 à Pamandzi en Petite-Terre, Saïd Mohamed Cheikh, contraint de repartir à son avion sous les huées des Chatouilleuses.

Qu’Ahmed Soilihi et son cortège de serrer-la-main viennent défier les Chatouilleuses était une provocation préméditée. Vivant à Mtsapéré, dont il était originaire, il aurait pu depuis là emprunter une pirogue pour gagner la Petite-Terre, comme le lui avait d’ailleurs recommandé le commandant Roy, responsable de la brigade de gendarmerie de Pamandzi. Il a préféré suivre les instructions du préfet anjouanais, Abdulkarim Saïd Omar, nommé à Mayotte par les autorités de Moroni et ayant reçu d’Ahmed Abdallah l’ordre d’user de toute la force nécessaire afin de vaincre la résistance des militants du Mouvement populaire mahorais. Depuis l’occupation pacifique par les Chatouilleuses de l’ORTF et la manifestation qui l’avait suivie, en janvier 1967, Saïd Mohamed Cheikh et Ahmed Abdallah jugeaient les peines prononcées par la justice contre les soroda trop légères à leur goût ; ils avaient alors exigé à la chambre des députés des Comores que les députés mahorais fussent fusillés ! Ils avaient obtenu, avec la loi du 3 janvier 1968 dont le député anjouanais Mohamed Ahmed était le rapporteur à l’Assemblée nationale, le transfert de la sécurité intérieure, auparavant de la responsabilité du haut-commissaire de la République, aux mains du gouvernement territorial, ce qui leur laissait désormais les coudées franches pour réprimer les militants du MPM qui refusaient de leur prêter allégeance. Ils avaient aussi recruté en nombre et armé des membres de la garde des Comores, devenue une véritable milice au service des dirigeants grands-comoriens et anjouanais du territoire de l’archipel. Tout était en place pour mater les militants mahorais, coupables de « rébellion » aux yeux de Moroni pour la seule raison qu’ils exprimaient du désaccord politique. L’ancien député de Mayotte à la Chambre des députés des Comores, de 1972 à 1975, et premier conseiller général de Mtsamboro, à partir de 1977, Younoussa ben Ali, présent à cette manifestation, le notait récemment : « Il y eut de la provocation de la part d’Ahmed Soilihi, qui voulait montrer qu’il était dans le camp de l’autorité et de la puissance. »

Il n’y avait pas de barge ce lundi 13 octobre. Depuis Labattoir, fief soroda, où elle résidait avec sa mère adoptive Zaina Msoilihina, sa véritable mère Haroussi Mardjani vivant à Ouangani, autre fief soroda où elle était née, la jeune Zakia Madi était venue à Mamoudzou par la pointe Mahabou en pirogue, accompagnée dans sa traversée de Coco Djoumoi, Mariama Mwatrouwa « Mouchoula » et Ali Souffou. Ce petit groupe avait rejoint les Chatouilleuses et les militants soroda qui se trouvaient déjà à l’embarcadère de la Grande-Terre.

A la vue d’Ahmed Soilihi, toute la foule présente scanda « Suluhu karivendze ! » (la réconciliation, nous n’en voulons pas !). Il n’était pas question pour les défenseurs de Mayotte de prêter allégeance à Saïd Mohamed Cheikh et au pouvoir de Moroni. Le préfet anjouanais Abdulkarim avait mobilisé, depuis la veille, non seulement la gendarmerie, désormais placée sous les ordres des autorités du territoire des Comores, mais aussi la quasi totalité des effectifs de la section de Mayotte de la garde comorienne, les gardes comoriens étant conduits par le sergent-chef Attoumani Moussa – père de l’écrivain Nassur Attoumani. Alors que les Chatouilleuses protestaient, criaient à la trahison de Mayotte par Ahmed Soilihi, et s’interposaient pour l’empêcher de prendre une petite navette maritime qui l’attendait, un des membres des forces de l’ordre, Soidiki Hadji, sortit un revolver et tenta de briser la foule. Il fut désarmé par plusieurs courageuses militantes et c’est à cet instant que la garde comorienne, ayant reçu du préfet Abdulkarim l’ordre d’intervenir s’il était nécessaire, tira sur la foule des grenades. Plus d’une vingtaine au total, dira le rapport d’enquête judiciaire. Quelques grenades lacrymogènes mais aussi des grenades offensives, pourtant peu utiles pour le maintien de l’ordre lors de la manifestation d’une foule pacifique et désarmée. Zakia Madi, atteinte par l’une de ces grenades offensives, fut tuée et tomba à la mer. Le rapport de son autopsie, réalisé par deux médecins après l’exhumation de son corps, fut formel : elle présentait des éclats de la grenade qui l’avait atteinte à l’abdomen. La répression des manifestants par la garde comorienne atteignit un tel degré de violence que plus d’une vingtaine d’entre eux furent grièvement blessés ce 13 octobre. Ainsi de Ma Ainou, présidente de la section de Kawéni du Mouvement populaire mahorais, évacuée, après quelques soins sommaires à l’hôpital de Dzaoudzi, vers celui de Moroni où elle resta plusieurs mois, comme d’autres soroda, tous subissant durant de leur convalescence des brimades incessantes et un harcèlement répété de la part des autorités comoriennes.

La jeune Zakia Madi fut enterrée le jour-même, à Labattoir. La nouvelle de son meurtre par la garde comorienne fit très vite le tour de l’île et dès le lendemain, des militants soroda envisagèrent de se venger des serrer-la-main. Il fallut aux quatre députés mahorais, Marcel Henry, Younoussa Bamana, Zoubert Adinani et Abdallah Houmadi, des trésors de persuasion pour calmer la population mahoraise très remontée contre les autorités de Moroni, leurs obligés à Mayotte et leur milice la garde des Comores. « La justice va faire son travail et elle punira les coupables de ce crime odieux », tentèrent-ils d’expliquer. Il n’en fut pourtant rien.

« Les responsables moraux de la tuerie du 13 octobre »

Un premier jugement, rendu le 1er avril 1972 par un juge de section de Mamoudzou du Tribunal correctionnel de Moroni, nommé à ces fonctions à la demande du Grand-Comorien Saïd Ibrahim et sur intervention de celui-ci auprès du garde des Sceaux de l’époque, et proche des autorités de Moroni, prononça la relaxe des membres de la Garde des Comores inculpés d’homicide involontaire et blessures involontaires – des charges bien faibles au regard des éléments du dossier. Les faits étaient pourtant accablants. Comme on le peut le lire dans le compte rendu judiciaire, « aucune sommation régulière n’a été faite à la foule (…) avant l’usage des grenades » et, « contrairement à ce qu’ont déclaré les gardes [des Comores], la foule n’était pas armée et n’avait déclenché aucune action violente, hormis (…) le désarmement d’un inspecteur de police ». Dans un courrier adressé au ministre des Départements et territoires d’outre-mer, le Haut-commissaire du territoire des Comores Jacques Mouradian n’hésitait pas à pointer la partialité du magistrat, tout en désignant les véritables commanditaires, « responsables moraux » des crimes perpétrés par la garde comorienne : « Le juge qui a rendu cette sentence est Monsieur (…), magistrat retraité, recruté à titre temporaire à la suite d’une intervention directe du Président Saïd Ibrahim auprès du garde des Sceaux, et à l’insu de votre prédécesseur et de moi-même, dans des conditions qui, lorsque nous les avions connues, avaient appelé de notre part les plus expresses réserves. Il s’agit en effet d’un magistrat qui a longtemps vécu à Mayotte où il a des attaches familiales, des biens immobiliers et des amitiés dans le clan de ceux que je considère, pour ma part, comme étant les responsables moraux de la tuerie du 13 octobre 1969. L’ensemble de ces éléments ne me paraît pas étranger à la façon dont le jugement a été rendu. »

Le parquet, pour lequel la responsabilité des gardes comoriens ne laissait pas place au doute, fit appel mais le tribunal supérieur d’appel de Moroni, s’il infirma le premier jugement le 18 août 1972, reconnaissant la culpabilité des cinq membres de la garde comorienne, fut d’une clémence assez courante à l’époque à l’égard de la milice de Moroni.

Verdict prononcé, justice bafoué

La décision notait bien que les prévenus, ayant agi « ensemble et de concert », avaient « causé la mort de la femme Zakia Houmadi », causé des blessures graves à neuf autres chatouilleuses ainsi qu’à deux hommes, et des blessures moins graves à trois autres militantes du MPM. Mais les peines infligées étaient très légères, au regard de la gravité des faits, de 3 à 6 mois de prison pour les gardes comoriens, le plus souvent avec sursis. Soit des peines moindres que celles auxquelles avaient été condamnées plusieurs des Chatouilleuses, Zena Mderé, Zaïna Boinali Tavanday (Zaïna Méresse) et Moitsoumou Djaha en tête, ainsi qu’une douzaine d’autre militantes, en février 1967 au lendemain de l’occupation pacifique de la station de l’ORTF à Labattoir et la participation à une manifestation non autorisée. Ou des peines strictement similaires à celles infligées ce jour d’août 1972 à quelques uns des manifestants ayant commis le 13 octobre 1969 de menues violences, en état de légitime défense, à l’égard des membres de la garde comorienne. « Prévenus d’avoir dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, ensemble et de concert, exercé des violences et des voies de fait contre le garde territorial (…) en le ceinturant, le projetant au sol et en lui arrachant son fusil, avec cette circonstance qu’il était alors en service », disait la décision, quatre soroda furent condamnés par le tribunal de Moroni à trois mois de prison, même peine que pour deux autres militants ayant eux désarmé Soidiki Hadji de son revolver. Les lanceurs de grenades de la milice comorienne et les lanceurs de cailloux en réponse traités sur pied d’égalité : telle était la conception singulière de la justice qu’avaient les magistrats exerçant à Moroni, plus prompts à se ranger du côté du gouvernement du territoire, c’est-à-dire des oppresseurs, qu’à protéger les victimes de ses agissements. Il faut dire que par un simple coup de fil à Jacques Foccart, Saïd Mohamed Cheikh ou Ahmed Abdallah pouvaient faire muter hors du territoire un magistrat dont les jugements de leur convenaient pas.

Justice n’a jamais été véritablement rendue, ni à Zakia Madi, ni aux autres chatouilleuses victimes des sévices de la garde comorienne ce 13 octobre 1969. Dans la mémoire collective, le souvenir de cette militante de Mayotte française fut très vite honoré : trois dahira furent organisés, l’un à Pamandzi peu après sa mort tragique, les autres à Labattoir puis à Mamoudzou les années suivantes. On continue de lui rendre hommage, lors de maulida shenge, à la mémoire de la chatouilleuse – comme ce fut le cas dimanche dernier dans son village natal de Ouangani. Première martyre du Mouvement populaire mahorais, Zakia Madi demeure le symbole toujours vivant de la résistance des Mahoraises et des Mahorais face à l’oppression de Moroni et aux exactions dont ils furent en permanence victimes, au temps du régime d’autonomie interne du territoire de l’archipel des Comores.

Pour avoir brûlé son fils de 8 ans au visage, une mère condamnée à deux ans de prison avec sursis

Pour avoir brûlé son fils de 8 ans au visage, une mère condamnée à deux ans de prison avec sursis

Une mère de famille a été condamnée à deux ans de prison avec sursis probatoire pour avoir brûlé son fils de huit ans au visage à l’aide d’un couteau chauffé sur une gazinière. Devant le tribunal correctionnel, elle a soutenu qu’il s’agissait d’un accident, tout en reconnaissant avoir voulu effrayer l’enfant. Une version contestée par le garçon, présent à l’audience, et qui n’a pas convaincu les magistrats.

« N’aie pas peur de moi, je suis ta mère. » Assise face au tribunal, une femme d’une trentaine d’années s’adresse à son fils de huit ans, présent dans la salle d’audience. Les pieds se balançant sous sa chaise, le petit garçon écoute sa mère revenir sur les circonstances dans lesquelles il a été brûlé au visage. Une blessure au second degré, s’étendant de la paupière inférieure jusqu’à la lèvre.

À la barre, la prévenue ne conteste pas avoir chauffé le couteau, mais assure que la brûlure était accidentelle. Elle raconte avoir découvert que son fils avait fumé une cigarette en son absence. Furieuse, elle aurait voulu savoir où il se l’était procurée. « J’étais tellement en colère que j’ai chauffé le couteau », explique-t-elle. Son intention, affirme-t-elle, était uniquement de lui faire peur pour obtenir une réponse. Le couteau aurait alors accidentellement touché son visage.

« Moi, je ne peux pas comprendre que vous trouviez logique de prendre un couteau chauffé à blanc pour lui faire répondre à une question », lui rétorque la magistrate. D’autant que le récit de l’enfant est différent. Lors de ses auditions, le garçon a affirmé que sa mère lui avait volontairement appliqué la lame brûlante sur le visage. Il a également décrit d’autres violences, comme des coups portés avec un câble de chargeur de téléphone ou des branchages.

Un enfant terrorisé à l’idée de rentrer chez lui

Les investigations ont mis en évidence des traces de blessures plus anciennes. Auprès du psychologue, le garçon a également fait état de cauchemars, survenant deux fois par semaine, et de sa peur de retourner vivre auprès de sa mère. À huit ans, il expliquait préférer rester dehors plutôt que de rentrer chez lui et risquer une punition. Ses frères et sœurs auraient également subi des violences.

Autre élément qui interpelle le tribunal : après la brûlure, la mère n’a pas fait soigner son fils. Ni consultation médicale, ni passage à la pharmacie, ni même application de pommade. L’enfant s’est rendu à l’école avec sa blessure, avant qu’une enseignante ne donne l’alerte. Les quatre enfants vivant avec leur mère ont depuis été placés sous la protection de la justice.

Interrogée à plusieurs reprises sur ce que son fils a pu ressentir, la prévenue revient systématiquement sur l’épisode de la cigarette. Lorsqu’une assesseure lui demande si elle s’est excusée, elle répond lui avoir expliqué que son geste n’était pas intentionnel. « C’était un accident, moi je te pardonne parce que tu n’es qu’un enfant », rapporte-t-elle.

« Ce n’est pas de l’éducation, c’est de la maltraitance »

Invitée par le procureur à s’adresser directement à son fils présent dans la salle, la mère se lance dans un long discours sur les sacrifices consentis pour l’élever, le nourrir et le scolariser. Elle évoque aussi les espoirs qu’elle place en lui pour son avenir. « Je ne l’aurais pas tué parce que je compte énormément sur lui », affirme-t-elle.

« Beaucoup de paroles où vous parlez de vous, je n’ai pas entendu d’excuse », relève le procureur, qui déplore son « absence d’empathie » et son incapacité à prendre du recul.

« Mettre au monde un enfant ne suffit pas à faire de vous une mère. Être une mère, c’est aussi le protéger. Il y a effectivement les espoirs que vous avez en cet enfant, mais il y a aussi les espoirs que votre enfant a en vous, le premier étant que vous ne soyez pas une menace pour lui » commente à son tour la juge.

Même constat du côté de l’avocat de l’enfant, Me Abdel Lattuf, qui revient notamment sur une expression employée par la prévenue : son fils serait désormais « l’enfant des juges ». Il y voit une manière de se décharger de sa responsabilité. « C’est une phrase qu’on entend ici et là à Mayotte. On entend dire qu’on ne peut pas éduquer nos enfants comme on veut, mais ça, ce n’est pas de l’éducation, c’est de la maltraitance », insiste-t-il. Pour l’avocat, le garçon gardera toute sa vie sur son visage la trace de ce que lui a fait subir sa mère.

Le ministère public estime également que les violences ne peuvent être réduites à un simple accident. Les déclarations de l’enfant, corroborées par celles de sa petite sœur, ainsi que la présence d’anciennes blessures témoignent, selon lui, de violences répétées. Il requiert trois ans d’emprisonnement, dont deux assortis d’un sursis probatoire, ainsi que le retrait total de l’autorité parentale sur le garçon.

En défense, l’avocat de la mère évoque une femme dépassée par la colère et le sentiment d’échec face au comportement de son fils. Il insiste également sur la souffrance provoquée par le placement de ses quatre enfants, qu’il présente comme une sanction déjà considérable.

Avant que le tribunal ne se retire pour délibérer, la prévenue supplie les magistrats de ne pas l’envoyer en prison. « Je souffre énormément », affirme-t-elle, demandant à rester libre et à bénéficier d’un accompagnement pour démontrer qu’elle a compris la gravité de ses actes et qu’elle ne recommencera pas.

Le tribunal la déclare finalement coupable et la condamne à deux ans d’emprisonnement entièrement assortis d’un sursis probatoire de deux ans. Elle devra notamment suivre un stage de parentalité, respecter des obligations de formation ou d’insertion professionnelle et s’acquitter des sommes dues aux parties civiles.

Les magistrats ne se prononcent pas sur le retrait de l’autorité parentale, une procédure étant déjà engagée devant le juge aux affaires familiales. Ils écartent également l’interdiction du territoire français, compte tenu de la présence à Mayotte de ses enfants, toujours suivis par le juge des enfants. La mère évite ainsi l’incarcération. Ses quatre enfants, eux, restent placés. Quant au garçon de huit ans, il a confié au psychologue vouloir devenir militaire, pour « tuer les méchants et sauver les gentils ».

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À Koungou, les bénévoles du Baobab Intègre ramassent les déchets et veulent changer les mentalités

À Koungou, les bénévoles du Baobab Intègre ramassent les déchets et veulent changer les mentalités
Depuis mai 2026 l’association multiplie les actions de ramassage des déchets à travers les quartiers du village de Koungou. Un élan de solidarité qui améliore les conditions de vie de tous.

Créée en mai dernier, l’association Le Baobab Intègre se mobilise chaque samedi à Koungou pour lutter contre l’accumulation des déchets et les risques environnementaux et sanitaires qu’ils entraînent. Au-delà du nettoyage, elle veut redorer l’image des quartiers et offrir de nouvelles perspectives à la jeunesse.

Canettes, bouteilles, sachets en plastique, emballages en carton…, rien n’échappe aux petites mains des bénévoles de l’association Le Baobab Intègre, ce samedi 10 octobre au matin, sur les hauteurs du village de Koungou, dans le quartier de Caroboina. En quelques minutes, munis de râteaux et de pinces, ils débarrassent les ruelles de leurs déchets, sous le regard des habitants, ravis pour certains, étonnés pour d’autres de voir tous ces bénévoles, gilets jaunes sur le dos, déterminés à en découdre avec les ordures.

“Une fois qu’elles sont lancées on ne peut plus les arrêter”, lance avec le sourire, Assani Attoumani, 24 ans, président de l’association, à propos des femmes mobilisées ce matin, venues en nombre. Rakcham, 24 ans, ou encore Nachmi, 20 ans, ne rateraient pour rien au monde les actions de ramassage des déchets et de nettoyage du quartier, organisées chaque samedi par l’association.

“L’entraide, rendre le quartier propre, sensibiliser les gens pour ne pas qu’ils jettent leurs déchets dans la nature, c’est ça qui est bien !”, remarque Rakcham, qui porte fièrement le gilet au logo de l’association. “Il faut que les gens changent leurs habitudes, les anciens ne savent pas, c’est à nous de faire bouger les choses chez nous”.

“J’ai rejoint l’association car j’avais peur pour les enfants qui jouent ici et qui risquent de se faire mal dans les détritus et qui risquent d’avoir des maladies”, souligne Nachmi, en tenant un sac poubelle dans les mains.

“Si on laisse les déchets par terre, ils se retrouvent dans la mer, où alors ils se coincent dans les caniveaux et ça créer des débordements dans tout Koungou”, ajoute Rakcham, qui se souvient des fortes pluies et des inondations de mars dernier qui ont emporté des habitations et submergé le terrain de football.

“Les habitants avaient besoin d’un tel élan, ils ont vite adhéré”

À l’approche de la prochaine saison des pluies, tous mesurent désormais l’importance de débarrasser les lits des rivières et des ruisseaux de leurs déchets pour éviter de nouvelles catastrophes. Un travail de l’ombre, d’intérêt général, peu visible depuis la route nationale, mais qui pourrait pourtant avoir des répercussions sur l’ensemble du village en contrebas.

Créée en mai 2026 par six amis originaires du quartier, qui n’en pouvaient plus de crouler sous les déchets, l’association compte désormais plus de 150 bénévoles : des femmes, des hommes de tous âges, mais aussi des jeunes.

“On a commencé à nettoyer la rivière au centre du quartier pour éviter que nos enfants, nos familles, vivent dans une poubelle. On s’est dit qu’il faut qu’on débarrasse notre quartier des ordures, qu’on fasse notre part des choses”, explique Assani Attoumani, le front perlé de sueur. “Les habitants avaient besoin d’un tel élan, ils ont vite adhéré”.

Situé derrière l’école maternelle et élémentaire Koungou Plateau, sur un terrain escarpé aux routes de terre étroites et cabossées, le quartier de Caroboina n’est pas accessible aux camions-poubelles. Aucune benne à ordures n’y est installée. Faute de moyens, mais aussi de volonté, certaines personnes jettent tout simplement leurs déchets au sol ou dans de petites ravines, qui permettent d’évacuer les eaux de pluie.

En plus de ramasser les déchets, les bénévoles essaient de faire changer les mentalités, notamment en encourageant les familles à jeter leurs sacs dans les poubelles situées plus bas dans le village, en passant par leurs enfants qui se rendent à l’école.

Ramasser les déchets, un moyen pour s’en sortir

“On sait très bien que si on laisse les déchets tomber dans le lagon il n’y aura plus de poissons, plus de tortues, plus rien. Les pêcheurs ne vont plus pouvoir nous nourrir”, observe Achi en plissant les yeux vers le lagon qui se dessine au large. A 32 ans, il a grandi dans le quartier de Caroboina, et il souhaite plus que tout changer l’image de son quartier, à travers l’association.

“Quand on entend Koungou Jamaïque on pense aux dakous, oui il y a des délinquants, mais ils ne viennent pas tous d’ici. Dans ce quartier il y a beaucoup de familles, des mamies, des papis, des enfants”, constate-t-il. “Le souci c’est qu’avec cette image, plus personne n’a envie de venir ici, notamment ceux qui y ont grandi. Si on s’y implique tous on peut vraiment faire changer les choses”.

Petit à petit l’association tente d’agir sur tous les fronts. Elle a ainsi ouvert une petite salle de classe d’aides aux devoirs, qui accueille le samedi et le dimanche des enfants pour les aider à apprendre l’alphabet, les mathématiques, leurs apprendre à lire.

“On sensibilise les jeunes pour leur faire comprendre que le travail, c’est bien et que ceux qui braquent les gens finissent toujours mal, qu’ils meurent ou qu’ils se retrouvent en prison”, insiste Assani Attoumani.

L’association accompagne également ses membres, dont la plupart sont étrangers et sans papiers, dans leurs démarches administratives ainsi que pour accéder à des formations. Un accompagnement qui peut commencer par une action aussi concrète que le nettoyage des ordures. “Le plus gros problème ici, ce sont les jeunes qui ont eu leur bac et qui, sans titre de séjour, se retrouvent sans rien à faire. Il y en a de plus en plus”, déplore le président de l’association.

C’est le cas de Nachmi qui, depuis la fin du lycée, attend toujours que sa demande de titre de séjour soit traitée. “On nous a dit que participer aux actions de nettoyage pouvait nous aider dans notre dossier ou pour obtenir une formation. Donc j’y crois, je m’investis”, confie la jeune femme.

“Oui, ça peut les aider, notamment pour prouver à l’administration qu’ils sont présents depuis un certain temps sur le territoire”, confirme Assani Attoumani.

L’association cherche du soutien pour continuer ses efforts et s’agrandir

En attendant, l’association souhaite agrandir son terrain d’action, et rêve d’étendre sa méthode à travers les autres villages de Koungou.

“On ne veut pas rester cantonnés dans notre quartier, on aimerait aller à Trévani, Majicavo, par exemple”, projette Achi, enthousiaste qui voit en ses actions aussi un moyen d’apaiser les conflits inter-villages.

Mais pour ce faire le Baobab Intègre cherche du soutien de la part des pouvoirs publics, notamment la Ville de Koungou, ne serait-ce que pour l’obtention de matériel de base, gants, casquettes, masques, sacs poubelles, râteaux, pinces, bottes, ou encore packs d’eau. “Il nous faudrait aussi un soutien logistique par rapport au déplacement, vu qu’on se rapproche des 200 bénévoles”, poursuit Assani Attoumani. “L’enjeu est de protéger les membres et de garder tout le monde motivé qu’ils ne se découragent pas au bout de plusieurs ramassages”.

“Nous aussi, on est là, on est civilisés ! Nous sommes des jeunes de Koungou, nés à Koungou, qui voulons améliorer les choses”.

Le découragement n’est pourtant pas à l’ordre du jour pour les bénévoles ce samedi matin, malgré la présence de nombreux déchets, dont certains réapparaissent sur des terrains déjà nettoyés par l’association. “Il y a un mois, c’était propre, et là, les déchets sont de retour. Il faudra du temps pour que les mentalités changent”, souffle une bénévole.

“Nous aussi, on est là, on est civilisés ! Nous sommes des jeunes de Koungou, nés à Koungou, qui voulons améliorer les choses”, affirme Achi, “On fait ça pour tout le monde !”.

Au bout de deux heures de ramassage, la benne apportée par le SIDEVAM dans la ruelle devant l’école est presque pleine. Mais sur les pentes, les déchets sont encore nombreux. “On reviendra”, assure Assani Attoumani, déterminé, malgré l’ampleur de la tâche. Il le sait, le travail sera long et éprouvant.

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Assassinat de Shana : condamné à 30 ans de réclusion, le jeune homme rejugé en appel dès ce lundi

Assassinat de Shana : condamné à 30 ans de réclusion, le jeune homme rejugé en appel dès ce lundi

Condamné en novembre 2025 à 30 ans de réclusion criminelle pour l’assassinat de Shana, une adolescente de 15 ans, le jeune homme comparaît de nouveau devant la cour d’assises des mineurs de Saint-Denis, à La Réunion, à partir de ce lundi 12 octobre. Son procès en appel doit se poursuivre jusqu’au vendredi 16 octobre.

L’affaire avait profondément marqué La Réunion en septembre 2023. Shana, 15 ans, avait été attirée dans un guet-apens après avoir fait la connaissance d’une adolescente sur les réseaux sociaux. Le 17 septembre, son père avait signalé sa disparition au commissariat de Saint-Denis. Son corps avait finalement été retrouvé quelques jours plus tard dans une ancienne usine sucrière désaffectée de Pierrefonds, à Saint-Pierre.

Les investigations avaient permis d’identifier deux adolescents, une jeune fille de 14 ans et son compagnon de 16 ans, qui avaient reconnu avoir donné la mort à la victime.

Jugé en novembre 2025, le jeune homme avait été condamné à 30 ans de réclusion criminelle, assortis de dix années de suivi socio-judiciaire. La cour avait écarté l’excuse de minorité, permettant de prononcer cette peine, la plus lourde encourue par un mineur de son âge. Il avait fait appel quelques jours après le verdict.

Sa coaccusée avait, elle, été condamnée le 12 septembre 2025 à 20 ans de réclusion criminelle et dix ans de suivi socio-judiciaire. Cette décision est désormais définitive.

Âgé aujourd’hui de 19 ans, le jeune homme sera rejugé toute la semaine devant la cour d’assises des mineurs. En raison de sa minorité au moment des faits, les débats se dérouleront à publicité restreinte.

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Abal-Kassim Cheik Ahamed élu vice-président de la Conférence régionale des recteurs

Abal-Kassim Cheik Ahamed élu vice-président de la Conférence régionale des recteurs
Élu vice-président de la Conférence régionale des recteurs d’Afrique australe et de l’océan Indien, Abal-Kassim Cheik Ahamed s’est appuyé sur l’expérience du cyclone Chido pour proposer d’organiser la solidarité universitaire avant les catastrophes plutôt qu’après.

Le président de l’Université de Mayotte, Abal-Kassim Cheik Ahamed, a été élu vice-président de la Conférence régionale des recteurs (C2R) d’Afrique australe et de l’océan Indien, réunie mercredi 7 octobre à Antananarivo. Il y a également proposé une réflexion sur un protocole régional de résilience universitaire face aux crises climatiques.

Organisée par l’Agence universitaire de la Francophonie (AUF) à l’Université d’Antananarivo, cette rencontre a été marquée par le renouvellement du bureau de la C2R. Joëlle Perreau, vice-chancelière de l’Université des Seychelles, en a été élue présidente. Abal-Kassim Cheik Ahamed rejoint le bureau en qualité de vice-président, selon le communiqué de l’Université de Mayotte publié le 9 octobre.

Les échanges ont porté sur plusieurs enjeux de coopération entre les établissements d’enseignement supérieur de la région : numérique et intelligence artificielle, valorisation de la recherche, paix et gestion des conflits, changement climatique, mobilités régionales, montage de projets et cofinancements.

Anticiper les conséquences des crises climatiques

Chargé d’animer la séquence consacrée au changement climatique et au développement durable, le président de l’Université de Mayotte s’est appuyé sur l’expérience du cyclone Chido. Il a évoqué les conséquences des crises climatiques sur les populations et les infrastructures, mais aussi sur la continuité des activités universitaires et les parcours étudiants.

Abal-Kassim Cheik Ahamed a proposé d’engager, au sein de la C2R, une réflexion sur la construction d’un protocole régional de résilience universitaire. L’objectif serait d’organiser la solidarité entre établissements en amont des catastrophes, en renforçant la prévention des risques et la préparation à la gestion des crises. Le communiqué ne fait toutefois pas état de l’adoption d’un tel protocole à ce stade.

Pour l’Université de Mayotte, cette participation et l’entrée de son président au bureau de la C2R s’inscrivent dans une volonté de développer des coopérations durables avec les établissements d’Afrique australe et de l’océan Indien.

Une présidence à renouveler en décembre

Le mandat d’Abal-Kassim Cheik Ahamed arrive à échéance le 14 décembre 2026. Un avis de vacance publié au Journal officiel du 22 août prévoit que la présidence sera à pourvoir à cette date. Le président est nommé par le ministre chargé de l’Enseignement supérieur, sur proposition du conseil d’administration, pour cinq ans, renouvelables une fois. Dans un entretien publié le 7 septembre, le président sortant n’avait pas annoncé sa candidature à un nouveau mandat, sans fermer la porte à cette possibilité.

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Caillassages à Tsararano : deux jeunes de 18 ans condamnés à six mois de prison ferme

Caillassages à Tsararano : deux jeunes de 18 ans condamnés à six mois de prison ferme
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En marge du blocus du lycée de Tsararano, plusieurs individus s’en sont pris aux forces de l’ordre lundi 5 octobre. Trois jours après ces affrontements, deux jeunes hommes de 18 ans ont été condamnés à six mois de prison ferme, jeudi, par le tribunal judiciaire de Mamoudzou. Tous deux ont nié avoir participé aux jets de pierres, malgré les témoignages de plusieurs policiers municipaux et d’un gendarme.

Dès 8 heures ce lundi 5 octobre, une trentaine d’individus se rassemblent aux abords du lycée de Tsararano, dans la commune de Dembéni. Certains tentent de pénétrer dans l’établissement, tandis que des pierres sont lancées, nécessitant l’intervention des gendarmes, rapidement rejoints par des renforts. Alors que la situation semble s’apaiser, de nouveaux groupes se forment près du collège et érigent un barrage enflammé sur la route. À l’intérieur du lycée, où les élèves sont confinés, les pompiers interviennent pour des malaises. La police municipale est également mobilisée pour gérer la circulation et dégager la chaussée.

Les forces de l’ordre sont prises pour cible. Un gendarme reçoit deux pavés, un autre est blessé au genou par un projectile, tandis qu’un véhicule est frappé à coups de barre de fer. Aucune incapacité totale de travail (ITT) n’est toutefois retenue pour les militaires.

Les deux jeunes hommes sont interpellés à la suite de ces affrontements. Présentés en comparution immédiate ce jeudi 8 octobre devant le tribunal judiciaire de Mamoudzou, ils sont condamnés pour violences contre des gendarmes et participation à un attroupement avec arme.

« Je vous jure que moi, je n’y étais pas »

Au cœur du dossier figurent les déclarations de deux policiers municipaux, qui affirment avoir reconnu les prévenus parmi les auteurs des jets de pierres. Habitués à les croiser à Tsararano, ils les ont également identifiés sur des planches photographiques. Un gendarme venu de métropole affirme lui aussi avoir reconnu l’un des participants.

Face au tribunal, les prévenus maintiennent une tout autre version. Le premier raconte s’être rendu à la rivière pour se laver dans la matinée. Il assure avoir entendu des explosions sans comprendre ce qui se passait, avant de rejoindre le secteur pour un rendez-vous à la Croix-Rouge. Mais ses explications ne convainquent pas la présidente du tribunal. Les vérifications effectuées au cours de l’enquête n’ont pas permis de confirmer l’existence de ce rendez-vous. Une cagoule a également été découverte dans son sac, que le prévenu affirme avoir conservée pour réaliser des photographies destinées aux réseaux sociaux.

« Il faut arrêter de croire que vous vivez dans une série télé », lui lance la magistrate, rappelant que les témoignages constituent des éléments de preuve et que les policiers municipaux n’ont aucun intérêt à le mettre en cause à tort.

De son côté, le second prévenu explique qu’il se rendait chez quelqu’un pour se faire coiffer lorsqu’il a aperçu des embouteillages. Il se serait arrêté pour observer les événements avant d’être interpellé. « En tout cas, moi, je n’ai rien fait, je n’ai rien lancé », assure-t-il, estimant avoir été confondu avec un autre individu.

La présidente peine toutefois à comprendre pourquoi plusieurs agents, qui connaissent bien les deux jeunes hommes, les auraient désignés à tort. Elle s’étonne également qu’ils soient restés à proximité d’affrontements aussi violents, alors qu’ils ont déjà eu affaire à la justice pour des faits similaires.

« Hier, vous étiez en Ligue 2, maintenant en Ligue des champions »

Les deux prévenus, tout juste majeurs, sont déjà connus de la justice. Le premier a notamment été condamné par le tribunal pour enfants, en mai 2026, à six mois de prison avec sursis probatoire, tandis que le second fait l’objet d’autres procédures pour des faits d’attroupement et de violences urbaines, dans lesquelles il n’a pas encore été jugé.

Le procureur déplore de retrouver devant lui des jeunes à peine sortis de la minorité, poursuivis pour des faits similaires à ceux qui les avaient déjà conduits devant la justice. Il souligne également le décalage entre les revendications du mouvement lycéen et les violences commises à Tsararano, où les jets de pierres et les barrages enflammés n’avaient, selon lui, plus rien à voir avec la mobilisation scolaire.

« Hier, vous étiez en Ligue 2, maintenant en Ligue des champions. Il va falloir assumer vos actes », lance-t-il, rappelant que les conséquences pénales ne sont plus les mêmes depuis leur passage à la majorité.

Pour le ministère public, les déclarations des deux hommes manquent de crédibilité face aux témoignages recueillis. Il requiert dix mois d’emprisonnement contre le premier, ainsi que la révocation de son précédent sursis probatoire de six mois. Contre le second, il demande dix mois de prison, dont quatre assortis d’un sursis simple. Le maintien en détention est également requis pour les deux prévenus.

« On en a tous marre du caillassage, mais cela ne suffit pas pour condamner »

La défense invite le tribunal à ne pas laisser le passé judiciaire des prévenus influencer son appréciation des faits. Leur avocat souligne la constance de leurs déclarations depuis leur garde à vue : ils ne contestent pas s’être trouvés à proximité des affrontements, mais nient avoir participé aux violences.

Pour l’avocat, leur présence sur les lieux ne suffit pas à établir leur participation aux jets de pierres. Il appelle ainsi les magistrats à examiner avec prudence les témoignages et les circonstances des identifications. « On en a tous marre du caillassage, mais cela ne suffit pas pour condamner des personnes », insiste-t-il, rappelant la nécessité de démontrer l’implication personnelle de chacun.

Une argumentation qui n’a finalement pas convaincu le tribunal. Les deux prévenus sont reconnus coupables et condamnés chacun à six mois d’emprisonnement ferme, avec maintien en détention et interdiction de détenir une arme pendant cinq ans. Pour le premier, le tribunal prononce également la révocation de deux mois du sursis accordé en mai dernier par le tribunal pour enfants.

Avant de clore l’audience, la présidente adresse une dernière mise en garde aux deux jeunes hommes. « Il faudrait arrêter de se moquer du monde en disant que c’est toujours la faute des autres », lance-t-elle. « Le tribunal va changer, chacun va vivre sa vie et vous, vous serez là. Demandez-vous si c’est là que vous voyez votre avenir. »

A Mayotte, le mouvement des lycéens résistera-t-il à l’épreuve des vacances scolaires ?

A Mayotte, le mouvement des lycéens résistera-t-il à l’épreuve des vacances scolaires ?
Ce jeudi matin au lycée des Lumières, les élèves étaient encore pleinement mobilisés

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Après plusieurs journées de mobilisation dans les lycées de Mayotte, le calme semblait revenir ce jeudi 8 octobre dans les établissements, malgré de nombreuses absences liées à l’inquiétude des familles. Au lycée des Lumières, à Kaweni, une vingtaine d’enseignants ont fait grève pour soutenir les revendications des élèves, tandis que la direction s’efforce d’apporter de premières réponses. Mais à la veille des vacances de la Toussaint, une question se pose : le mouvement parviendra-t-il à reprendre après deux semaines d’interruption ?

Une vingtaine d’enseignants grévistes, des banderoles accrochées devant les grilles du lycée des Lumières et un établissement fonctionnant au ralenti : ce jeudi matin, au lycée des Lumières à Kaweni, la mobilisation lycéenne entamée mardi se poursuivait sous une forme plus calme. Après les élèves, c’était au tour d’une partie des professeurs de se mettre en grève pour soutenir leurs revendications.

La veille, une assemblée générale avait réuni enseignants et personnels de l’établissement pour faire le point sur la situation. Alors que la consigne nationale était plutôt de fermer les lycées concernés par les troubles, Éric Gaucy, proviseur par intérim des Lumières et également proviseur adjoint à Tsararano, a choisi de maintenir une ouverture partielle. Ce jeudi, seuls les élèves de terminale et de BTS étaient accueillis.

Une solution qui ne fait pas l’unanimité. Pour une enseignante rencontrée sur place, cette réduction des effectifs contribue aussi à “ limiter la mobilisation” . “ Mais c’est toujours mieux qu’une fermeture complète “, reconnaît-elle.

Des devis pour les toilettes, les fontaines et les climatiseurs

Le proviseur semble néanmoins avoir entendu les revendications des élèves. Sans attendre, Éric Gaucy a entrepris de faire établir des devis pour plusieurs réparations relevant directement de ses compétences : remise en état des sanitaires et des fontaines à eau, réparation des climatiseurs et sécurisation des fenêtres exposées aux caillassages.

Des premières mesures concrètes, même si elles ne suffiront évidemment pas à résoudre l’ensemble des difficultés dénoncées depuis mardi : sureffectifs, manque de salles et d’enseignants, bâtiments dégradés ou encore transports scolaires imposant à certains élèves des journées allant de 5 heures du matin à 20 heures.

“On sait très bien que tous ces problèmes ne vont pas se régler d’un coup de baguette magique”, souligne une enseignante gréviste, consciente que les moyens financiers nécessaires dépassent largement ceux dont dispose la direction de l’établissement. Mais, selon elle, l’enjeu est également de montrer que Mayotte participe pleinement au mouvement national. « Nous avons parmi les lycées les plus chargés de France. Il est important que Mayotte soit présente dans cette mobilisation », insiste-t-elle.

Le rectorat accusé de “vouloir gagner du temps”

Mercredi, dix représentants du Conseil de la vie lycéenne (CVL), cinq titulaires et leurs cinq suppléants, ont également participé à une visioconférence avec le rectorat. Parmi les réponses apportées figure la mise en place d’une plateforme nationale destinée à recueillir les revendications des élèves.

Une initiative jugée largement insuffisante par les enseignants mobilisés. “ Il n’y a aucun engagement concret “, déplore l’une d’entre eux, qui regrette notamment l’absence de rencontre directe entre les représentants lycéens et le ministre de l’Éducation nationale.

Pour cette enseignante, le rectorat chercherait surtout à temporiser jusqu’aux vacances scolaires, dans l’espoir que la mobilisation s’essouffle. Une interprétation partagée par plusieurs soutiens du mouvement, mais qui reste leur appréciation de la situation.

Le calendrier pourrait effectivement jouer un rôle déterminant. À Mayotte, les vacances de la Toussaint débuteront après les cours du samedi 10 octobre, avec une reprise prévue le lundi 26 octobre. Deux semaines durant lesquelles les lycéens ne se retrouveront plus quotidiennement dans leurs établissements.

Un retour au calme, mais des parents toujours inquiets

Ailleurs sur le territoire, la situation semblait globalement plus apaisée ce jeudi, même si les inquiétudes des familles se traduisaient par de nombreuses absences. Au lycée polyvalent de Kaweni, théâtre de violents affrontements mardi, les cours ont repris normalement selon la direction. À Tsararano, quelques élèves se sont encore rassemblés devant l’établissement sous surveillance des gendarmes, sans troubles signalés. À Kahani, les effectifs étaient particulièrement réduits dans les transports scolaires, certains parents préférant garder leurs enfants à la maison.

À Chirongui, après les violences de mardi et le boycott des cours par des familles mercredi, une reprise était également prévue ce jeudi, accompagnée d’un temps d’échange sur les événements.

À Sada, où de nouveaux incidents ont éclaté mercredi aux abords du lycée, certains parents appellent désormais leurs enfants à “changer de stratégie”.  Sans remettre en cause leurs revendications, ils souhaitent que les manifestations se déroulent à l’intérieur de l’établissement, en concertation avec la direction, afin d’éviter que des jeunes extérieurs au lycée ne profitent du mouvement pour s’y infiltrer et provoquer des violences.

Reste désormais à savoir si cette accalmie annonce la fin du mouvement ou seulement une parenthèse. Aux Lumières, personne ne semble pouvoir dire aujourd’hui si les élèves reprendront leur mobilisation au retour des vacances. L’éventuelle participation de certains lycéens au mouvement des Gilets jaunes annoncé pour le 17 octobre demeure tout aussi incertaine.

Nadia Manteau, une entrepreneure au service de l’humain

Nadia Manteau, une entrepreneure au service de l’humain
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Nadia Manteau est une entrepreneure ayant créé son entreprise début 2026. Adhérente de PLAMFE Mayotte, elle souhaite intégrer le programme « Femmes et Résilience » 2027-2028 afin de bénéficier de l’accompagnement proposé par l’association, développer son activité et renforcer ses compétences entrepreneuriales.

Nadia Manteau est une entrepreneure dont l’activité est profondément tournée vers l’humain. Animée par un amour particulier pour les autres, elle accompagne les personnes dans leur recherche de réponses et les aide à avancer dans leur cheminement. Aujourd’hui, elle nous partage son parcours, son expérience et les raisons qui l’ont poussée à se lancer dans l’entrepreneuriat.

Flash info : Qui-êtes vous ?

Nadia Manteau : Alors moi, c’est Nadia Manteau. Je suis arrivée à Mayotte en 2018, j’ai travaillé pour la jeunesse, dans l’insertion plus exactement pendant six années dans un CCAS.

F.I :  Étiez-vous salariée ?

N.M : Oui, j’ai d’abord travaillé en tant que contractuelle dans la fonction publique, avant de devenir fonctionnaire. Puis, j’ai tout simplement fait un burn-out.

F.I : Est-ce que ce burn-out était lié à une charge de travail ?

N.M : Plusieurs choses se sont accumulées… En tant que femme, je pense qu’il faut jongler entre le travail, les enfants et tout le reste. Ce n’est pas que je n’en étais pas capable, c’est simplement que cet équilibre n’est pas toujours évident à trouver. Je me suis surtout sentie seule face à tout ça. Je me suis épuisée moi-même. Ce n’est la faute de personne. C’est simplement que, pendant un temps, je ne me suis pas suffisamment écoutée.

F.I : Est-ce que tous ces éléments vous ont poussée à créer votre propre entreprise ?

N.M : Alors, en fait, après mon burn-out, j’ai décidé de reprendre mes études. Je voulais faire autre chose, tout en restant dans l’accompagnement. En parallèle, j’ai également entrepris un véritable travail sur moi-même, qui m’a permis de mieux me comprendre. J’interviens aussi auprès d’organismes de formation et d’employeurs, autour de la gestion du stress. Mon objectif est d’amener chacun à trouver ses propres réponses et à avancer par lui-même, d’être autonome.

F.I : Est-ce que vous avez créé votre entreprise à la suite de vos études ?

N.M : C’est ça. Je ne trouvais plus vraiment de sens à ce que je faisais et j’avais besoin de donner un nouveau sens à ma vie. J’ai choisi de transformer ce que j’avais moi-même traversé en une force pour accompagner les autres. Cela fait maintenant près de trois ans que je me forme dans l’accompagnement humain, à travers différentes approches. Aujourd’hui, j’accompagne des femmes et des hommes qui sont à la recherche de sens ou qui se sentent bloqués dans une sphère de leur vie, qu’elle soit familiale, conjugale ou professionnelle. Mon objectif est de les accompagner à trouver leurs propres réponses et à avancer par eux-mêmes.

F.I : Donc, votre accompagnement consiste à aider les personnes à retrouver du sens dans leur vie ?

N.M : C’est plutôt les accompagner à trouver les réponses à leurs blocages, parce qu’au fond, ce sont eux qui détiennent leurs propres réponses. Le coaching et l’accompagnement amène la personne a l’autonomie, à comprendre ses propres mécanismes.  Moi, je ne suis pas là pour leur donner des réponses, mais pour les accompagner dans leur réflexion. Ces réponses peuvent parfois être enfouies ou bloquées par les injonctions reçues depuis l’enfance, ou encore la pression sociale. Mon rôle est donc de les aider à se reconnecter à eux-mêmes pour qu’ils puissent trouver leurs propres réponses.

F.I : Et concrètement, comment accompagnez-vous les personnes ? Quels outils utilisez-vous pour les aider à comprendre leurs blocages et à trouver leurs propres réponses ?

N.M : J’ai obtenu ma certification de coach, j’ai fait plusieurs stages en métropole notamment sur la Communication non violente, la PNL, la prise de parole en public. Mon cursus était vraiment complet. Je me forme actuellement sur l’approche somatique, c’est-à-dire apprendre à écouter son corps. C’est une véritable reconnexion à soi et à son corps, parce que nos réponses ne se trouvent pas uniquement dans notre tête. Le corps a aussi beaucoup de choses à nous dire.

F.I : Donc la somatique fait partie des outils que vous proposez dans vos accompagnements ?

N.M : Je vais utiliser différents outils, notamment la visualisation. Je me suis également formée en numérologie stratégique. Je travaille aussi à travers le rire, je suis animatrice en yoga du rire. Mais l’accompagnement demande également un véritable travail personnel. Par exemple, ce matin, j’ai reçu quelqu’un à qui j’ai proposé de faire chaque jour des exercices de gratitude. L’objectif est de l’amener progressivement à porter un autre regard sur elle-même et sur ce qu’elle vit.

F.I : Quel est exactement le nom de votre entreprise ?

N.M : C’est mon nom de famille suivi de « Manteauring », qui est le nom de mon entreprise. Pour moi, le mentoring, c’est l’image d’un mentor qui est dans le coin du ring et qui offre un espace pour souffler, se recentrer et repartir grâce à son expérience et à son expertise.  Tout ce que je propose dans mes accompagnements, les exercices et les outils que j’utilise, ce sont des choses que j’ai moi-même expérimentées et vécues. Je transmets donc ce que j’ai appris à travers mon propre parcours. J’interviens aussi auprès d’organismes de formation et d’employeurs, autour de la gestion du stress. Mon objectif est d’amener chacun à trouver ses propres réponses et à avancer par lui-même, d’être autonome.

F.I : Comment avez-vous connu l’association PLAMFE Mayotte ?

N.M : Je l’ai connue grâce à Chantal. C’est elle qui m’en a parlé pour la première fois. On s’était rencontrées et elle m’a proposé de prendre rendez-vous avec la Présidente pour qu’elle m’explique le fonctionnement de la PLAMFE de Mayotte. Elle m’a alors proposé de venir à l’une de leurs rencontres mensuelles. Avant de m’engager, j’ai quand même voulu me renseigner sur PLAMFE Mayotte, comprendre ce que c’était et ce que l’association proposait. J’ai fait quelques recherches et j’ai trouvé l’idée vraiment intéressante, parce que c’est exactement ce que je recherche aujourd’hui : une sonorité de femmes qui se soutiennent, s’entraide et avance ensemble pour aller plus loin.

F.I : En tant qu’adhérente, quels accompagnements bénéficiez-vous de la part de l’association ?

N.M : Pour l’instant, je n’ai pas encore bénéficié d’accompagnement, parce que mon adhésion est assez récente. J’ai adhéré au mois de mars dernier. Le programme Femmes et Résilience était bouclé quand je suis rentrée dans l’association. J’ai plusieurs projets en tête et j’aimerais justement pouvoir bénéficier de l’accompagnement de PLAMFE Mayotte pour m’aider à les concrétiser et à les faire aboutir.

F.I : Cela signifie que, puisque le programme « Femmes et Résilience » 2026-2027 se termine en juin 2027, vous envisagez de vous inscrire au programme pour l’année 2027-2028 ?

N.M : Oui, c’est ça. Mais j’ai également d’autres projets que j’aimerais mettre en place à Mayotte, et j’aimerais pouvoir bénéficier de l’appui de PLAMFE pour les concrétiser. Je pense aussi que faire partie d’une association comme celle-ci, qui a quand même une dimension internationale et qui est présente dans 17 pays, est très enrichissant. Cela permet d’aller au-delà de Mayotte, de découvrir ce qui se fait ailleurs, de bénéficier des expertises et des expériences des autres pays, et les adapter à Mayotte.

F.I : Et concrètement, comment se déroule cet accompagnement autour de l’harmonie homme-femme ?

N.M : Ces ateliers invitent chacun à mieux comprendre sa manière de vivre la relation et à découvrir celle de l’autre. Nos attentes sont souvent influencées par notre histoire familiale, notre éducation et les représentations transmises par notre entourage. Les réseaux sociaux mettent en scène des couples idéalisés, et nous finissons parfois par comparer notre histoire à une vitrine.

À travers des échanges et des exercices pratiques, nous explorons ces habitudes pour sortir des reproches, exprimer plus clairement nos besoins et écouter ceux de l’autre. L’objectif est de construire des relations plus conscientes, plus apaisées et respectueuses de chacun.

De la même manière, les hommes ne savent pas forcément comment les femmes fonctionnent. Souvent, leur vision de la femme est influencée par ce qu’ils ont entendu de leur père, de leurs oncles ou de leur entourage.

F.I : Depuis que vous avez intégré l’association PLAMFE Mayotte, est-ce que vous vous sentez davantage rassurée et moins stressée ?

N.M : Non, je n’attends pas de PLAMFE qu’elle me rassure par rapport à ça. La gestion du stress, j’ai appris à la travailler à travers les exercices que je pratique. Donc, aujourd’hui, je ne me sens pas particulièrement stressée dans mon parcours d’auto-entrepreneuse. Ce que j’attends de PLAMFE, en revanche, c’est vraiment un soutien. Par exemple, lorsque j’aurai besoin de rechercher des financements, de développer mes projets ou de les mettre concrètement en place, j’aimerais pouvoir compter sur l’association et bénéficier de son accompagnement.

F.I : Donc, si je comprends bien, votre activité est avant tout centrée sur l’humain. Vous avez d’ailleurs parlé d’un « amour très particulier » pour l’humain. Pouvez-vous nous expliquer ce que cela représente pour vous et nous parler un peu de cette relation que vous avez avec les autres ?

N.M : J’ai toujours été curieuse de comprendre les autres : ce qu’ils pensent, leur manière de vivre, leur façon de voir le monde. Je suis arrivée à Mayotte avec une véritable ouverture du cœur. J’avais entendu parler de cette île dès 1984. C’était un rêve d’adolescente, et finalement, ce rêve est devenu une réalité. Et je dirais que Mayotte m’a beaucoup appris sur l’humain et surtout sur moi-même. En huit années ici, j’ai appris davantage sur les relations humaines que durant toutes les années qui ont précédé. Ce que j’ai découvert et appris à Mayotte, je le considère comme un véritable cadeau qui m’a été offert.

F.I : Donc, est-ce que c’est votre expérience à Mayotte qui a renforcé cet amour que vous avez pour l’humain ?

N.M : Oui, je pense que j’avais déjà cet amour de l’humain avant. Mais Mayotte a, quelque part, appuyé sur le bouton qui a ouvert une porte. J’ai toujours été quelqu’un de très curieux des autres, mais pas dans le sens intrusif.

“Jean-Paul Lecoq : les Mahorais attendent des explications et des excuses publiques”

“Jean-Paul Lecoq : les Mahorais attendent des explications et des excuses publiques”
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Monsieur le Député,

Votre récente intervention devant la représentation nationale, au cours de laquelle vous avez tenu des propos remettant en cause la souveraineté française de Mayotte et évoqué des éléments historiques erronés, appelle de notre part une réaction ferme.

En vous exprimant de la sorte, vous ne vous êtes pas contenté de défendre une position politique contestable et que nous contestons fermement. Vous avez porté atteinte à la mémoire de Madame Zena M’Déré, figure emblématique du mouvement populaire pour Mayotte française, dont l’engagement, le courage et la détermination ont profondément marqué l’histoire de notre territoire. Vous avez, par vos déclarations, contribué à jeter le discrédit sur une femme dont le combat est honoré par de nombreux Mahorais et dont la mémoire mérite autre chose que des jugements approximatifs formulés depuis les bancs de l’Assemblée nationale.

Que vous puissiez défendre une lecture différente de l’histoire est une chose, mais que vous le fassiez en méconnaissant manifestement la portée du combat mené par celles et ceux qui ont fait le choix de Mayotte française en est une autre. La liberté d’expression ne dispense ni de rigueur historique ni de respect envers un peuple, sa mémoire et les figures qui ont façonné son destin. Alors que Mayotte s’apprête prochainement à célébrer la mémoire de Madame Zena M’Déré sur notre île, votre intervention devant la haute représentation nationale est une HONTE !

Zena M’Déré incarne un pan majeur de l’histoire politique mahoraise. Son engagement ne saurait être balayé, dénaturé ou instrumentalisé au gré de considérations idéologiques qui ignorent les aspirations exprimées par les Mahorais. Votre fonction de député vous impose une exigence de vérité et de responsabilité. Elle ne vous confère certainement pas le droit de réécrire notre histoire en faisant fi de la mémoire de celles et ceux qui l’ont vécue.

Sur la question de la souveraineté française de Mayotte, nous vous invitons également à mesurer la gravité de vos propos. Pour les Mahorais, ce sujet n’est ni une abstraction diplomatique ni un exercice théorique destiné à satisfaire les convictions idéologiques de responsables politiques de l’extrême gauche. Il touche à notre histoire, à notre identité et au choix que notre population a défendu au fil des consultations qui ont marqué son destin et qui continue encore aujourd’hui. Ce choix mérite d’être entendu et respecté, même lorsqu’il contrarie vos propres convictions.

Dès lors, avant de prétendre donner des leçons aux Mahoraises et aux Mahorais, encore faudrait-il prendre la peine de connaître réellement son histoire. Nous vous invitons donc à sortir de votre bureau parisien, à vous confronter aux réalités du territoire et à venir écouter les Mahorais eux-mêmes, plutôt que de parler à leur place. Encore faudrait-il, bien entendu, que les Mahorais souhaitent vous accueillir après de tels propos envers la mémoire de Zena M’Déré pour vous raconter…

L’histoire de cette île car votre intervention a profondément altéré la considération que nous pouvions vous porter et votre légitimité à prétendre parler de notre territoire avec justesse et respect.

Votre parti et vos alliés ne peuvent pas davantage se soustraire à cette exigence de cohérence. Nous avons de sérieuses raisons de douter de la sincérité et de la constance de l’intérêt que vous portez aux Mahorais. Trop souvent, nous avons le sentiment que Mayotte ne retient votre attention que lorsqu’elle offre une occasion de communication politique, de posture idéologique ou de mise en scène parlementaire.

Votre positionnement en faveur de la proposition de résolution visant à garantir l’accès à l’eau à Mayotte illustre précisément cette difficulté. L’accès à l’eau est une nécessité vitale et un droit fondamental. Les Mahorais attendent des responsables politiques des actes cohérents, un engagement durable et une connaissance réelle de leurs difficultés. Ils n’ont que faire des soutiens ponctuels qui servent ensuite de caution à un discours politique en décalage avec leurs aspirations profondes. Il ne suffit pas de se saisir occasionnellement des difficultés de Mayotte pour prétendre défendre les Mahorais. Encore faut-il respecter leur histoire, reconnaître leurs choix et entendre leur voix, y compris lorsque celle-ci ne correspond pas à la ligne idéologique que l’on souhaite leur imposer.

Nous refusons que Mayotte soit traitée comme un sujet de polémique, que son histoire soit déformée au service d’un discours partisan et que la mémoire de ses figures emblématiques soit malmenée par des responsables politiques qui semblent davantage préoccupés par leurs convictions que par notre territoire. Nous ne vous demandons pas de partager nos convictions par complaisance. Nous vous demandons de respecter les faits, notre mémoire et notre dignité. Cette exigence est le minimum que les Mahorais sont en droit d’attendre d’un représentant de la Nation.

Soyons donc parfaitement clairs : vos fonctions de député ne vous autorisent ni à mépriser notre histoire ni à parler avec désinvolture du destin de Mayotte. La représentation nationale exige de ses membres qu’ils fassent preuve de discernement, de responsabilité et de respect envers l’ensemble des citoyens qu’ils sont censés représenter. À la lumière de vos déclarations, nous ne saurions vous considérer comme un interlocuteur crédible sur les questions touchant à l’histoire et aux aspirations de Mayotte tant que vous n’aurez pas clarifié votre position, reconnu la gravité de vos propos et démontré une volonté sincère de comprendre notre histoire.

Nous attendons de vous des explications précises, et non de nouvelles justifications idéologiques. Nous attendons de vous une prise de conscience, et non une tentative de minimiser la portée de vos déclarations. Vous avez fait le choix de vous exprimer publiquement sur Mayotte sur des sujets que vous ne maîtrisez pas, de ce fait, par la même posture que vous avez eue, nous vous demandons des excuses publiques !

La mémoire de Zena M’Déré mérite le respect. Le choix des Mahorais mérite d’être entendu. La dignité de Mayotte n’est pas négociable.

Nous vous invitons à en prendre pleinement la mesure.

Veuillez agréer, Monsieur le Député, l’expression de notre détermination à défendre l’histoire, la dignité et les aspirations du peuple mahorais.

De quoi meurent les Comoriens ?

De quoi meurent les Comoriens ?

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Le dernier recensement général de la population ayant produit des données sur la mortalité remonte à 2017 mais d’autres rapports sortis des années plus tard, ont également permis d’apprécier de manière non exhaustive l’évolution des décès, notamment maternels qui s’élevaient en 2024 à 101 pour 100 000 naissances vivantes.

Contrairement à d’autres pays, aux Comores, les données sur la santé ne sont pas actualisées régulièrement ce qui ne permet pas d’avoir des statistiques complètes sur des sujets comme la mortalité. Depuis le dernier récemment général de la population et de l’habitat (Rgph), réalisée en 2017, aucune autre grande enquête ne s’est penchée sur l’évolution des décès. Toutefois, il arrive de trouver quelques données ici et là dans des études axées sur d’autres indicateurs mais dans lesquelles les enquêteurs glissent un questionnaire sur la mortalité. Sur l’île d’Anjouan en revanche, la direction régionale de la santé, s’appuie depuis 6 ans sur des agents communautaires qui recensent les décès survenus dans les foyers.

D’après un échantillon qui n’est pas exhaustif, entre 2023 et 2025, près de 2271 décès communautaires ont été répertoriées, dont 1011, rien que pour l’année dernière. Les causes probables attribuées à ces disparitions, vont du diabète, en passant par les accidents cardio-vasculaires jusqu’à l’hypertension artérielle.  » Jusqu’à maintenant, je pense qu’il y a des décès qui nous échappent encore« , concède, une source au sein de la direction régionale de la santé, au niveau d’Anjouan, qui ajoute que la tranche d’âge la plus touchée oscille entre 60 à 89 ans. Les périodes de l’année durant lesquelles le bilan était élevé varient d’un mois à un autre. En 2025, par exemples, les pertes de vies communautaires à Anjouan étaient nombreuses au mois de mai, tandis qu’un an plus tôt, le pic fut observé en avril, avec 97 morts, probablement à cause du choléra qui, à l’époque était encore très présent dans le pays.

Données partielles

Pour l’état de la mortalité au niveau du territoire national, un bulletin annuel d’information sanitaire, datant de 2024, produit par le ministère de la santé, nous apprend que le taux de mortalité maternelle était de 101 décès pour 100 000 naissances vivantes. Dans une enquête à indicateurs multiples (Mics), financée par l’Unicef et publiée en novembre 2023, l’institut national de la statistique et des études économiques et démographiques (Inseed) rapportait que sur 1000 personnes de la tranche d’âge (15 et 49 ans), le taux de décès maternels était de 7.4% au cours des 7 ans précédant l’enquête, menée en 2022.

Un décès maternel est celui d’une femme enceinte ou qui est intervenu dans les 42 jours suivant la fin de la grossesse, de toute cause sauf accidents ou violence. Selon toujours le bulletin annuel d’information du ministère de la santé, il existe de fortes disparités entre les îles concernant les décès maternels et néonatals : 142 à Anjouan, 74 à la Grande Comore et 54 pour Mohéli.  Sur les causes de la mortalité, le même tableau en révèle 6 : accident de la route, choléra, décès maternels, décès néonatals, paludisme et Vih/Sida. A noter que ces données reposent sur un nombre restreint d’évènements principalement issus des analyses développées dans les sections précédentes du bulletin. « Elles ne couvrent pas l’ensemble des décès survenus en Union des Comores. Plusieurs causes majeures, telles que les maladies non transmissibles, les infections respiratoires, les traumatismes et d’autres pathologies courantes, ne sont pas incluses. Ce tableau offre donc une lecture partielle de la situation des décès et ne doit pas être interprété comme représentatif de l’ensemble de la mortalité observée en 2024« , lit-on dans le bulletin.

En février 2026, la direction de l’information et des statistiques sanitaires (Diss) avait déclaré 646 cas d’avc entre 2024 et 2025 sur le plan national. La tendance montrait que l’île de la Grande Comore est la plus touchée par rapport à Anjouan qui avait enregistré seulement 18 cas sur les 324 de l’année dernière. La Diss tirait la sonnette d’alarme sur cette situation critique car le pronostic vital est à désirer.

160 euros par an en soins

Toutefois, aucune information sur les décès liés aux Avc, n’avait été mentionnée. L’Inseed, dans son dernier recensement général de la population et de l’habitat, de 2017, révélait un taux brut de mortalité national de 7.1%.  La mortalité était élevée en milieu urbain qu’en milieu rural, tandis que les hommes mourraient beaucoup plus que les femmes. Pourtant, le pays a vu l’espérance de vie augmenter passant de 54 ans, en 1980 à 68.4 ans en 2017. « La mortalité des enfants a baissé aussi de 164.3%. Pour la mortalité néonatale et maternelle, la prématurité, l’infection fœto-maternelle et l’asphyxie, causent des hospitalisations et décès qui surviennent au service néonatal à El-maarouf« , indique, le rapport de 2017 qui note aux Comores une situation épidémiologique dominée par les infections respiratoires aigües et le paludisme bien que le pays ait connu une baisse de la prévalence du paludisme en 2013 à plus de 98%.

« D’autres maladies telles que le VIH/SIDA, la tuberculose, les arboviroses et certaines maladies non transmissibles comme l’hypertension artérielle, diabète et l’hypercholestérolémie sont toujours actifs dans le pays malgré leur baisse« , relevait l’Inseed.  Aux Comores,  selon des données du ministère de la santé, jusqu’en 2016, le système sanitaire comprenait 272 médecins dont 129 généralistes, 143 spécialistes et 27 pharmaciens, selon les différentes spécialités. On comptait par ailleurs 1817 professionnels paramédicaux, dont 432 sages-femmes diplômés d’Etat et 421 infirmiers diplômé d’Etat. En 2020, une enquête harmonisée des dépenses de consommation des ménages révélait que les ménages comoriens dépensaient en moyenne par an,  79 37, 57de francs en soins, soit  près de 160 euros. D’après un sondage publié en 2025 par Afrobarometer, sept sur 10 citoyens comoriens (70%) disent avoir manqué de médicaments ou de soins médicaux au cours des 12 derniers mois.

Près de trois sur quatre (74 %) estiment qu’il était « difficile » ou « très difficile » d’obtenir les soins ou les services médicaux nécessaires. « Sept sur 10 citoyens qui ont fréquenté un hôpital public au cours des 12 derniers mois trouvent difficile l’accès aux soins médicaux, et la majorité disent avoir été confrontés à de longs temps d’attente, au coût élevé des soins, à l’absence d’un personnel médical, à l’insuffisance de médicaments ou de matériels ainsi qu’au mauvais état des infrastructures », complète l’Ong, Afrobarometer.

Interco’976 : Charaffoudine Ramadani Toto élu président

Interco’976 : Charaffoudine Ramadani Toto élu président

Charaffoudine Ramadani Toto a été élu président d’Interco’976 ce mercredi 7 octobre 2026, lors d’une réunion organisée à Bandrélé, dans les locaux de la Communauté de communes du Sud (CCSud). Le président de la Communauté de communes de Petite-Terre succède à Ali Moussa Moussa Ben, premier président de la structure depuis sa création en avril 2025. Il a obtenu 3 voix sur 5, face à Wirdani Djae, président de la CCSud.

Interco’976 réunit les cinq intercommunalités de Mayotte : la Communauté de communes de Petite-Terre, la Communauté de communes du Sud, la Communauté d’agglomération du Grand Nord de Mayotte (CAGNM), la Communauté de communes du Centre-Ouest (3CO) et la Communauté d’agglomération Dembeni-Mamoudzou (CADEMA). La structure vise notamment à coordonner leur action sur des enjeux communs comme l’aménagement, l’habitat, la mobilité et la gestion des déchets.

Un nouveau bureau a également été constitué à l’issue du scrutin. Roukia Kassidi devient première vice-présidente, suivie d’Ambdilwahedou Soumaila comme deuxième vice-président et de Madi Ousseni Mohamadi comme troisième vice-président. Wirdani Djae occupe désormais la fonction de trésorier.

Cette nouvelle présidence doit notamment permettre de poursuivre la coordination entre les intercommunalités autour des grands dossiers du territoire, parmi lesquels la mobilité, l’aménagement, le développement économique, la transition écologique, la gestion des déchets et les services à la population.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes