Comores : « Coupez ces cheveux que ne je saurais voir »

Des policiers du commissariat central de Moroni ont coupé de force les chevelures qui dépassent des jeunes qu’ils rencontraient dans les rues de la capitale, suscitant une vague d’indignation bien que le ministre de l’éducation ait publiquement apporté son soutien à ces agissements sous prétexte de préservation de l’identité comorienne.

Alors que les Comoriens étaient préoccupés par la hausse des prix des carburants, annoncée, le lundi 4 mai par le chef de l’État, voilà qu’un autre sujet de société s’invite dans le débat public, plus particulièrement sur les réseaux sociaux. Depuis jeudi, des vidéos publiées sur Facebook dans lesquelles on y voit des policiers munis de ciseaux encercler et raser les crânes des jeunes aux cheveux longs au vu et au su des passants continuent encore de susciter la controverse.

L’opération déjà organisée en août 2025 s’est déroulée dans les rues de la capitale, Moroni. Le pire, il se trouve que certaines victimes avaient couvert leurs têtes par des chapeaux ou bonnets. Le bloggeur qui diffusait en direct a tendu le micro à l’un des agents de la force publique pour en savoir un peu plus, mais ce dernier sera dissuadé de s’exprimer par ses collègues l’invitant à poursuivre le chemin. Dans la foulée, nombreux sont les citoyens qui ont dénoncé les agissements des agents de police.  » Préserver l’identité, la religion et les valeurs d’un peuple est important. Aucun pays ne peut avancer en oubliant ses racines, sa culture et ses principes. Mais quand certains comportements apparaissent chez la jeunesse, il faut aussi se demander pourquoi cela arrive. Derrière chaque dérive, il y a souvent un manque de dialogue, d’éducation, d’encadrement ou un échec quelque part dans la transmission des valeurs« , a réagi un internaute. Jusqu’ici, ni la police qui pourtant dispose d’une page Facebook alimentée régulièrement ces temps-ci, ni le ministère de l’Intérieur n’ont communiqué.

Identité  

Seul le ministre de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur, Bacar Mvoulana, toujours prompt à réagir sur tous les débats de Facebook a apporté son soutien à la police.  » Depuis quelques heures, beaucoup critiquent la police nationale après la diffusion d’une vidéo montrant des jeunes contraints de couper leurs tresses dans les rues de Moroni. Chacun est libre d’avoir son opinion, mais il faut aussi regarder cette situation avec responsabilité et honnêteté. Les Comores ne sont pas un pays sans identité. Nous sommes une nation musulmane, attachée à des valeurs religieuses, coutumières et culturelles qui ont toujours façonné notre société. Ces valeurs méritent respect et préservation, surtout à une époque où beaucoup de comportements extérieurs cherchent à s’imposer à notre jeunesse« , a-t-il posté sur sa page personnelle, jeudi. Le ministre soutient que le rasage des crânes dans les rues sert à défendre les mœurs et coutumes.  » Défendre nos mœurs et notre culture ne signifie pas être contre les jeunes ni contre la modernité. Bien au contraire. Notre jeunesse doit évoluer, réussir et s’ouvrir au monde, mais sans oublier qui elle est et d’où elle vient. Aujourd’hui, certains parlent uniquement de liberté individuelle, mais toute liberté a aussi des limites lorsqu’il s’agit du respect des principes d’une société, de sa religion et de ses traditions. La police nationale a aussi pour mission de préserver l’ordre social et les repères de notre pays« , a-t-il poursuivi tout en reconnaissant qu’un travail de sensibilisation était nécessaire.

Base légale, humiliation

Mais déjà la question de la base légale de l’opération est sujette à interrogations. Des juristes dénoncent ces agissements prévus nulle part, selon eux.   » Ce sont des mesures qui n’ont aucune base légale, c’est un abus de pouvoir des hommes en tenue mais rien absolument rien ne prévoit le rasage des cheveux longs sinon les hommes religieux seraient tous des « Zidanes ». Il s’agit également d’une violation grave de l’intégrité physique de l’humain donc une violation grave d’un des piliers des droits de l’homme« , a condamné, l’avocat Maitre Djamal el-dine Bacar, contacté par Flash Infos. Le juriste a ajouté que  » le faire en public le rend encore grave à cause de l’humiliation. Ces gens-là, certains étaient en pleurs pendant que les policiers se filmaient entre de rire en commentant ces abus. Ce que la police a fait est condamnable venant d’une institution qui devait faire respecter la loi et honte aux autorités politiques qui cautionnent ces abus« . Souvent connue pour son silence dans les cas de violation flagrante des droits humains, la commission nationale des droits de l’homme et des libertés (Cndhl) est même cette fois-ci montée au créneau. « La Commission rappelle que les forces de sécurité, notamment la Police Nationale, jouent un rôle essentiel dans la préservation de l’ordre public et de la sécurité des personnes et des biens. Toutefois, l’exercice de cette mission doit, en toutes circonstances, respecter les principes de légalité, de la proportionnalité et du respect de la dignité humaine« , rappelle-t-elle dans son communiqué publié vendredi.  La Cndhl invite ainsi les autorités compétentes, notamment les responsables de la Police nationale, à veiller au respect scrupuleux des droits fondamentaux dans toutes les opérations de terrain.

Les artistes comme Abdallah Chihabidine, ont aussi dénoncé l’opération de la police.  » Dans un état de droit, nul doit etre humilié, violenté ou puni arbitrairement. La mission des forces de l’ordre est de protéger les citoyens. La loi ne donne à personne le droit d’humilier un individu ou d’exercer des violences gratuites« , a rappelé, l’ancien directeur du célèbre studio 1. Le Docteur en sociologie Mistoihi Abdillahi, interpelle ceux qui citent l’islam pour justifier les rasages dans les rues de Moroni. « Je ne suis pas islamologue, mais j’ai visité plusieurs pays musulmans et prié avec beaucoup d’hommes aux cheveux longs. Et je ne cesserai de le répéter, plus on s’intéresse aux choses inutiles, plus choses importantes nous échapperont« , a-t-il conclu.

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