Camp de Tsoundzou : la colère d’Anchya Bamana face à une situation “indigne”

La députée Anchya Bamana a visité le camp de migrants de Tsoundzou 2 ce mardi après-midi, afin de se rendre compte « sur le terrain » des conditions de vie réelles de ses habitants. Sa conclusion est sans appel : pour elle, ce camp doit être démantelé en urgence.

« Ce camp de la honte doit être démantelé ! Ce ne sont pas des conditions de vie dignes pour des êtres humains ! », a martelé à de nombreuses reprises la députée Anchya Bamana lors de sa visite du camp de migrants de Tsoundzou 2 ce mardi après-midi. Initialement prévue avec le préfet François-Xavier Bieuville, ce dernier a annulé sa venue au dernier moment en raison de la présence, non souhaitée par ses services et lui, de la presse conviée par la députée.

Il faut dire que la question du camp de migrants dure depuis plusieurs années à Mayotte et n’a toujours pas trouvé, à ce jour, de solution satisfaisante pour les Mahorais. Initialement installé au stade de Cavani, un premier camp avait été démantelé en 2024 suite au mouvement de colère des riverains, qui avait « dégénéré » en un grand blocage de toutes les routes de l’île pour un mois par le Collectif des Citoyens 2018. Mais ce premier démantèlement n’a fait en réalité que « déplacer » le problème puisqu’un nouveau camp s’est installé à Tsoundzou 2 très peu de temps après.

Plusieurs centaines de migrants sont certes envoyés régulièrement dans l’hexagone, mais les arrivées étant continuelles, le camp, à l’image du « tonneau des Danaïdes », ne désemplit pas. Et c’est bien ce que reproche Anchya Bamana au Gouvernement français. « Les routes de migrations sont désormais bien connues, pourquoi la France n’intercepte-elle pas les bateaux dans les eaux internationales ? », s’interroge-t-elle, très en colère. Elle appelle également à une accélération du traitement des dossiers à la préfecture afin « d’envoyer dans l’hexagone, en faisant jouer la solidarité nationale, les personnes qui bénéficient du droit d’asile et de renvoyer dans leur pays, en activant les voies diplomatiques, ceux qui n’en bénéficient pas ». Elle a envoyé plusieurs courriers en ce sens au Premier ministre Sébastien Lecornu ainsi qu’aux ministres de l’Intérieur et des Affaires Etrangères pour qu’ils s’emparent du problème. Sans succès jusqu’à présent.

Le rejet de la construction d’un camp « officiel » pour accueillir les migrants

Si la question du camp de migrants de Tsoundzou est loin d’être nouvelle, elle « revient sur le tapis » dernièrement dans les discours des femmes et hommes politiques du fait de la récente annonce du préfet de sa volonté, avec l’accord du gouvernement, de « construire un camp officiel pour accueillir les migrants dans de bonnes conditions ». « Une fois que les migrants seront bien installés dans ce camp officiel, toute l’île de Mayotte risque de devenir un camp géant », s’alarme la députée Anchya Bamana, qui craint « un appel d’air » si les conditions d’accueil des migrants à Mayotte s’améliorent. « Mayotte n’a pas les moyens de les accueillir. Il faut les envoyer en France hexagonale là où la France pourra les héberger dignement », affirme-t-elle. Ce raisonnement contient toutefois une faille logique d’une ampleur manifeste : comme la France ne peut (ou ne souhaite ?) pas empêcher les migrants d’accoster à Mayotte et que, en tant que demandeurs d’asile, ils ont légalement le droit de rester sur le territoire en attendant de savoir si leur demande d’asile sera acceptée ou non, où les loger en attendant ? « Nulle part à Mayotte ! », tonitrue la députée. Une position qui manque un tantinet de pragmatisme étant donné l’intensification des flux migratoire un peu partout dans le monde et l’extrême difficultés des gouvernements à les contrôler.

Lors de sa visite, Anchya Bamana a également tenté de faire passer le message aux migrants « d’arrêter de venir à Mayotte car cette île n’a pas les moyens de vous accueillir dignement ». Sauf que, pour ces personnes venues majoritairement de pays en guerre comme le Congo, la misère du camp n’est rien à côté du risque quotidien de se faire tuer. « Les gens qui viennent ne savent pas forcément dans quelles conditions ils vont être accueillis, mais ils fuient le danger au jour le jour. Donc, même s’ils savaient, ils continueraient à venir. Ici, c’est vrai que les conditions sont dures, mais au moins on ne risque pas de se faire tuer comme chez nous. Même la délinquance, ce n’est rien à côté de ce qu’on vit là-bas », nous confie Kennedy, le référent du camp venu du Congo. Autant dire donc que le message d’Anchya Bamana aura du mal à passer…

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Journaliste

Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.

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