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Pour la reprise du port de Longoni, le compte à rebours a commencé

Pour la reprise du port de Longoni, le compte à rebours a commencé

Forts de leur expérience des services départementaux, les Mahorais demeurent sceptiques quant à la capacité de Ben Issa Ousséni à concrétiser son choix de créer un établissement public industriel et commercial (EPIC) afin d’assurer la gestion du port de Longoni à compter du 1er septembre 2026.

Citoyens et acteurs économiques redoutent le pire : un blocage complet, pour une durée indéterminée, de la seule porte d’entrée de près de 80 % des marchandises destinées au territoire, ainsi que d’une source de revenus non négligeable pour l’Assemblée départementale de Mayotte.

Une posture qui vaut au président du Département une avalanche de critiques et de soupçons de toutes parts. Mais le conseiller départemental de M’Tsangamouji ne semble pas s’en émouvoir. Pour ses détracteurs, les affaires passent avant tout, au mépris des règles de bienséance et de bonne gouvernance. Quant au sort du Mahorais ordinaire, il viendra bien après le déluge.

Silence radio. Le Département-Région semble s’employer à semer le chaos dans l’économie de Mayotte en orchestrant la paralysie du port de Longoni à compter du 1er septembre 2026. Si l’ensemble des acteurs de l’île s’efforce d’afficher un calme apparent, beaucoup reconnaissent éprouver une profonde inquiétude lorsqu’ils imaginent le scénario de la reprise en main de cette infrastructure stratégique, à moins de deux mois de la date butoir fixée par la justice administrative pour la restitution des clés.

Un constat semble largement partagé au sein de la population : l’incapacité présumée des services départementaux à faire vivre l’EPIC, formule retenue par Ben Issa Ousséni pour assurer la gestion du port à l’expiration de la délégation de service public (DSP), désormais interrompue, qui avait été confiée à Mayotte Channel Gateway jusqu’en 2028.

« Là-haut, il n’y a que des incapables. Tous les Mahorais le savent, même si beaucoup préfèrent faire semblant de l’ignorer afin de ne pas jeter l’opprobre sur l’ensemble du personnel. Qu’on le veuille ou non, le vin est désormais tiré et nous allons tous devoir le boire jusqu’à la lie. Il n’y aura plus de faux-semblants : nous devrons assumer collectivement le choix d’avoir porté cette majorité aux commandes de l’île. »

La dureté de ces propos, tenus par Djamal-Eddine Mahamoud, commerçant à Mamoudzou, illustre le profond clivage qui s’est installé au sein de la population face aux risques que fait peser sur l’avenir économique de Mayotte le bras de fer opposant le chef de l’exécutif local, Ben Issa Ousséni, à Ida Nel, figure incontournable du monde des affaires à Mayotte.

« En dehors des cercles du pouvoir politique, les Mahorais ne sont pas dupes. Nous avons tous compris que nous ne comptons pas dans ce bras de fer. Il s’agit uniquement d’une question d’argent, de beaucoup d’argent, que rapporte le port de Longoni et que le président du Département cherche à récupérer, au mépris des règles de bonne gouvernance. Toutes ces histoires de statut ne sont que de la poudre aux yeux ; le véritable enjeu est ailleurs. »

Cette opinion est exprimée par Zaïnaba Moussa, habitante de Majicavo-Dubaï, où elle tient un commerce de vêtements et de vaisselle importés de Chine. Elle ne cache pas non plus son pessimisme quant à la future gestion du port sous l’autorité départementale.

Une avalanche de critiques qui laisse Ben Issa Ousséni de marbre

« Si ces gens étaient compétents en quoi que ce soit, cela se saurait. Les usagers n’auraient pas surnommé cette institution le « Conseil géré mal ». Ils nous font honte tous les jours. Mais c’est aussi notre faute, car leurs actes sont la conséquence des bulletins que nous avons déposés dans les urnes lors des dernières élections. Ce qui est certain, c’est qu’aucun de ces élus ne se soucie réellement de la vie de ses concitoyens. Ils ne pensent qu’à leurs propres intérêts, et cela est profondément révoltant. »

La commerçante préfère ne pas aller plus loin dans ses commentaires. Mais n’en a-t-elle pas déjà suffisamment dit ?

Un autre usager du port, rencontré devant les bureaux d’une agence de transit, explique que ce qui compte à ses yeux n’est pas tant le statut du futur gestionnaire appelé à succéder à Mayotte Channel Gateway que sa capacité à maintenir le niveau de performance actuel, voire à l’améliorer.

Oumouri Abdallah livre, quant à lui, une analyse particulièrement sévère : « Le véritable problème de cette île, c’est que les intérêts d’une minorité continuent de faire le malheur du plus grand nombre, qui accepte de subir sans réagir. Ailleurs, une telle affaire aurait déjà poussé les consommateurs à descendre dans la rue pour dénoncer une prise d’otage dictée par les ambitions personnelles d’un responsable politique qui veut cumuler toutes les casquettes, au risque d’être à la fois juge et partie.

Comment comprendre la position de Ben Issa Ousséni lorsqu’il figure parmi les principaux transitaires opérant à Longoni, préside le Département-Région, qui définit la stratégie économique du territoire, tout en devant assurer également la présidence de l’EPIC appelé à gérer le port à partir du mois de septembre ? Si cela ne constitue pas une confusion des genres, j’aimerais que l’on m’explique ce que c’est. »

Le terme est désormais lâché. Cette critique n’est plus seulement le fait des opposants politiques du conseiller départemental de M’Tsangamouji. Elle s’exprime désormais dans la rue, portée par une population lassée des difficultés quotidiennes auxquelles est confrontée Mayotte. Si le cyclone Chido a aggravé la situation depuis le 14 décembre 2024, les difficultés étaient bien antérieures à cette catastrophe.

Des milliers d’hommes et de femmes s’interrogent aujourd’hui sur les véritables motivations qui conduisent le président de l’Assemblée départementale à poursuivre une stratégie que beaucoup jugent suicidaire. Ils peinent à comprendre son obstination alors que le Département traverse une situation financière extrêmement fragile et que l’État ne semble pas disposé, en réalité, à investir un euro dans le port de Longoni.

Pourtant, malgré les déclarations rassurantes de Ben Issa Ousséni, un courrier adressé en 2017 par Élisabeth Borne, alors ministre chargée des Transports, au président de la Chambre régionale des comptes, éclaire d’un jour particulier la position de l’État.

Dès 2017, Élisabeth Borne mettait en garde la Chambre régionale des comptes contre le risque de déstabilisation de l’économie mahoraise qu’une reprise du port de Longoni pourrait entraîner.

Contrairement au discours que le Département-Région tente de faire passer auprès de la population, ce n’est pas Paris qui chercherait à reprendre le contrôle du port, mais plutôt Ben Issa Ousséni qui donnerait le sentiment de vouloir s’en dessaisir… pour mieux en reprendre la maîtrise par d’autres voies.

Les différentes sources consultées convergent vers cette analyse, qui apparaît aujourd’hui comme la plus cohérente au regard des éléments disponibles.

Ce constat soulève également de nombreuses interrogations sur les choix budgétaires du Département. Comment sera financé le fonctionnement de cet EPIC en cours de création ? Comment seront assurés les investissements indispensables au maintien de l’activité du port afin d’éviter une paralysie de l’économie mahoraise ?

« Essayez donc de comprendre le discours de nos élus départementaux. Il n’y a plus un centime pour le social, la jeunesse ou la culture, mais il y aurait huit millions d’euros disponibles pour satisfaire les ambitions financières de leur président. »

Cette interrogation est également partagée par plusieurs acteurs bancaires de la place, qui rappellent que Mayotte Channel Gateway et sa dirigeante ne présentent aucune difficulté de solvabilité auprès des établissements financiers, qu’ils soient locaux, nationaux ou internationaux.

« Même en prenant suffisamment de recul pour examiner ce dossier sous tous les angles, il est difficile de ne pas s’interroger sur la méthode retenue par le président du Département. Beaucoup de zones d’ombre subsistent et donnent le sentiment que toute la vérité n’a pas encore été dite aux Mahorais », confie, sous couvert d’anonymat, un banquier de la place.

Bien que cette correspondance d’Élisabeth Borne remonte à 2017, elle semble avoir anticipé les difficultés auxquelles Mayotte est aujourd’hui confrontée.

Dans cette lettre, l’ancienne ministre revient en détail sur l’origine et le statut juridique des ports d’État de Guyane, de Martinique et de La Réunion, en les comparant au cas particulier du port de Longoni. Elle explique pourquoi une reprise par l’État apparaît juridiquement beaucoup plus complexe dans le cas de Mayotte.

Le document est explicite : depuis les transferts de compétences liés à la décentralisation en 2004, le port de Longoni constitue un bien appartenant au Département. Élisabeth Borne soulignait déjà les risques économiques majeurs qu’une remise en cause de cette situation pourrait provoquer.

Ces éléments permettent de mieux comprendre les réserves exprimées par les services de l’État à Mayotte concernant la stratégie actuellement poursuivie par le Département-Région.

Une question demeure donc : que cherche réellement Ben Issa Ousséni dans ce dossier ? Quels bénéfices pourrait-il retirer d’une déstabilisation de l’économie mahoraise et de la paix sociale ?

Il appartient désormais au président de l’Assemblée départementale, directement concerné par ce dossier, d’apporter des réponses claires aux Mahoraises et aux Mahorais. Il revient également à l’État de démontrer son impartialité dans l’exercice du contrôle de légalité, ainsi qu’à la Chambre régionale des comptes de poursuivre sa mission de contrôle de l’utilisation des deniers publics, y compris sous les cocotiers de Mayotte, à plus de 10 000 kilomètres de l’Hexagone.

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Jeux des Îles 2027 : Mayotte face au défi de la préparation

Jeux des Îles 2027 Mayotte face au défi de la préparation
À un an des Jeux des Îles 2027, le mouvement sportif mahorais appelle à dépasser les polémiques pour accélérer la préparation des athlètes et faire de cette compétition un tremplin vers l'organisation des Jeux à Mayotte en 2035.

Alors que la participation de Mayotte aux Jeux des Îles de l’océan Indien 2027, prévus aux Comores, continue de susciter des débats, les acteurs du mouvement sportif mahorais affichent un discours commun : le temps est désormais à la préparation des athlètes plutôt qu’aux polémiques politiques.

Réunis autour du Comité régional olympique et sportif (CROS) de Mayotte, les représentants des fédérations, des clubs et des sportifs ont réaffirmé leur volonté de participer à cette compétition régionale, considérée comme une étape essentielle vers le haut niveau et un tremplin en vue de l’organisation des Jeux des Îles à Mayotte en 2035.

Une année de préparation déjà perdue

Pour Fahdedine Madi Ali, président de l’Académie mahoraise des talents sportifs (AMTS), le principal problème est désormais le retard accumulé dans la préparation. « Nous sommes déjà à un an de l’échéance. Une préparation de ce niveau demande au minimum deux ans », explique-t-il. Selon lui, les difficultés administratives et le retard dans le versement des subventions ont freiné le travail engagé depuis plusieurs mois. « Il ne faut pas attendre les derniers mois. Il faut identifier les athlètes, les accompagner, financer leur préparation et programmer les stages de confrontation. »

Le responsable rappelle que les Jeux ne se résument pas au déplacement de la délégation. Les engagements financiers interviennent bien avant la compétition, avec notamment le versement d’acomptes et l’organisation de la préparation sportive. Il estime également que les collectivités locales se mobilisent trop souvent à l’approche des Jeux. « Nos élus se réveillent à chaque fois à la veille des Jeux des Îles », regrette-t-il, appelant à construire une véritable stratégie sportive permanente.

Des Jeux indispensables pour progresser

Pour les sportifs de haut niveau, l’enjeu dépasse largement la seule question de la participation. Ancienne athlète internationale, championne de France du 60 mètres en salle en 2019 et médaillée de l’engagement ultramarin, Nasrane Bacar rappelle qu’une qualification ne s’improvise pas. « Il faut déjà être qualifié dans sa discipline. Cela demande des stages de préparation, des compétitions de référence et d’être en forme au moment des dates limites de qualification », souligne-t-elle.

Elle reconnaît que les retards de financement ont parfois compliqué les préparations par le passé, même si les situations finissaient généralement par être régularisées. Pour l’ancienne sprinteuse, les Jeux des Îles constituent avant tout une compétition sportive. « Pendant la préparation, l’athlète ne pense pas aux polémiques. Il pense à sa performance. » Elle comprend toutefois que les débats autour du contexte politique puissent susciter des interrogations chez certains sportifs.

Même constat pour Hakim Ali Abdou, membre du bureau du Cross et du Conseil international des Jeux (CIJ). « Nous allons là-bas pour faire du sport, pas pour autre chose. Nous ne sommes pas des politiques, nous sommes des compétiteurs. Nous voulons concourir contre nos frères, nos voisins et nos camarades sportifs. » Il se montre confiant quant à l’accompagnement des autorités françaises. « Les autorités compétentes nous ont toujours accompagnés. Je ne pense pas qu’il y aura de changement. » Selon lui, la participation de 2027 doit aussi permettre à Mayotte d’acquérir de l’expérience avant d’accueillir les Jeux en 2035. « Nous avons un projet. Nous cherchons de l’expérience pour être prêts lorsque Mayotte organisera les Jeux. »

Il indique par ailleurs qu’une réunion organisée en mai entre les différentes parties prenantes s’est déroulée dans un climat constructif et que le comité d’organisation comorien affiche sa volonté de faire de cette édition « la meilleure organisation des Jeux des Îles ».

2027, une étape décisive avant 2035

Les responsables sportifs rappellent également les progrès réalisés par Mayotte depuis près de vingt ans. Selon le CROS, le territoire est passé de trois médailles en 2007 à quarante en 2023, illustrant la montée en puissance du sport mahorais. Fahdedine Madi Ali cite notamment les performances d’athlètes mahorais comme Daourina, champion du monde U20 de handball avec l’équipe de France, pour démontrer que les sportifs du territoire sont désormais capables de rivaliser au plus haut niveau.

Au-delà de la compétition elle-même, les responsables sportifs voient dans l’édition 2027 un test grandeur nature. « 2027 sera observé de très près », estime Fahdedine Madi Ali. À ses yeux, chacun doit faire preuve de responsabilité afin d’éviter que les débats politiques ne pénalisent les athlètes.

Le communiqué publié par le CROS insiste dans le même sens. Le mouvement sportif rappelle que les Jeux représentent bien plus qu’une compétition : ils constituent un projet de développement pour la jeunesse, un levier de reconstruction après le passage du cyclone Chido et une étape essentielle dans la perspective d’accueillir les Jeux des Îles à Mayotte en 2035.

Les dirigeants assurent également que les questions de sécurité font l’objet d’un travail conjoint entre le Conseil international des Jeux, le comité d’organisation, les services de l’État, l’ambassade de France aux Comores et le CROS de Mayotte.

Pour le mouvement sportif, l’objectif reste inchangé : poursuivre la préparation des athlètes et faire des Jeux des Îles un outil de développement durable du sport mahorais, au-delà des débats institutionnels.

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À Ouangani, la dernière présentation au drapeau du colonel Soubra, chef de corps du RSMA

À Ouangani, la dernière présentation au drapeau du colonel Soubra, chef de corps du RSMA
« Je suis comme un chef de famille fier de montrer sa famille, parce que c’est une belle famille » confie le colonel Soubra qui met à l’honneur les cadres du RSMA devant le sous-préfet de Mayotte et le maire de Ouangani.

Le colonel Benjamin Soubra a présidé, à Ouangani, sa dernière présentation au drapeau en tant que chef de corps du RSMA de Mayotte. Avant de quitter son commandement le 23 juillet prochain, il a mis à l’honneur les volontaires du contingent de mai 2026, engagés depuis deux mois dans leur parcours de formation et d’insertion.

Sur le terrain de football de Ouangani, transformé pour l’occasion en place d’armes, la cérémonie de ce mercredi 8 juillet avait une double portée. Pour les nouveaux volontaires du Régiment du service militaire adapté, elle marquait une étape officielle de leur parcours. Pour le colonel Benjamin Soubra, elle avait une dimension plus personnelle : après deux années à la tête du RSMA de Mayotte, il présidait sa dernière présentation au drapeau.

« On ne se lasse pas de ce genre de manifestation », confie le chef de corps, arrivé à Mayotte en juillet 2024 et appelé à passer le commandement le 23 juillet. Il rejoindra ensuite la direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), au ministère des Armées, à Paris.

« Un fort attachement à Mayotte » 

Ému, le colonel Soubra a confié son lien particulier avec l’île, où il avait déjà servi il y a une dizaine d’années. « Je retiens un fort attachement à Mayotte, à ce territoire, à sa population, à ses traditions », explique-t-il. Le chef de corps dit repartir avec la conviction que la jeunesse mahoraise « a tout pour réussir ». « Je les vois tous les jours, donc je sais qu’ils sont capables de tout », affirme-t-il.

« Je repars épuisé, parce que je me suis dédié à la tâche. J’ai servi cette jeunesse pendant deux ans au maximum de mes capacités », souligne le colonel Soubra. Selon lui, les volontaires « ont répondu présent » en parvenant à se former puis à s’insérer. Le RSMA de Mayotte accompagne environ 850 jeunes par an, avec un taux d’insertion qui dépasse aujourd’hui les 80 %, selon le chef de corps. « Quand on les encadre, quand on les forme, quand on leur donne un peu d’amour, ils réussissent. »

Une cérémonie au cœur de la population

La présentation au drapeau est organisée après les deux premiers mois de formation militaire initiale. Elle marque l’entrée symbolique des volontaires dans la vie du régiment, avant leur passage en formation professionnelle. Les jeunes apprennent alors les métiers d’agent d’entretien du bâtiment, d’installateur fibre optique, d’installateur sanitaire et plomberie, de constructeur professionnel en voirie et réseaux divers ou encore d’agent magasinier.

« Cette cérémonie marque solennellement votre entrée dans l’histoire du régiment, mais surtout dans votre propre histoire », a déclaré le colonel Soubra aux volontaires du contingent de mai 2026. « En rejoignant nos rangs, vous avez fait le choix courageux de prendre votre avenir en main. »

Le RSMA organise régulièrement ces cérémonies en dehors de son site de Combani, afin de placer les volontaires « au cœur de la population » et de montrer le travail mené au sein du régiment. Cette fois, la commune d’accueil avait une résonance particulière, après les tensions et violences qui ont marqué le secteur ces derniers temps.

« Revenir ici avec des jeunes qui sont l’avenir du régiment et qui montrent qu’ils ont réussi, ça témoigne aussi qu’il y a une partie de la jeunesse qui peut réussir », souligne le colonel Soubra. « Il n’y a pas que des jeunes qui jettent des cailloux et qui brûlent les poubelles. Il y a des jeunes qui veulent réussir. Venir à Ouangani, c’était un message d’espoir, de paix. »

« Apprendre à se tenir droit »

Dans son discours, le chef de corps a remercié la commune, son maire, le conseil municipal, les agents et les habitants pour leur accueil. Il a également salué le rôle des familles, présentes aux côtés des volontaires. « Votre soutien est une force. Grâce à vous, ces jeunes peuvent s’engager et se construire », leur a-t-il adressé. « Soyez fiers de vos filles, de vos fils, de vos sœurs, de vos frères, et même, pour les plus jeunes, de vos parents. Ils rejoignent aujourd’hui la grande famille du service militaire adapté, celle des volontaires qui acceptent librement une mission exigeante, porteuse de transformation. »

Avant de saluer pour la première fois le drapeau du régiment, les volontaires ont été appelés à mesurer la portée de cet engagement. Le drapeau du RSMA de Mayotte est décoré de la médaille d’or pour acte de courage et de dévouement, en reconnaissance de l’engagement du régiment au service de la population mahoraise notamment lors du cyclone Chido, puis de la tempête Dikeledi. « Cette décoration ne célèbre pas seulement le passé, elle vous engage », a rappelé le colonel.

Pour sa dernière présentation au drapeau, Benjamin Soubra a ainsi adressé un ultime message aux jeunes volontaires : « Soyez dignes de cet emblème, soyez fiers de votre engagement. »

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Un engagement pour développer le logement étudiant à Mayotte et à La Réunion

Un engagement pour développer le logement étudiant à Mayotte et à La Réunion

Dans le cadre du plan d’action national visant à construire 45 000 logements étudiants d’ici à 2027, une convention a été signée le 2 juillet dernier par Bénédicte Durand, présidente du Cnous, Pierre-Olivier Sempere, directeur général du Crous de La Réunion et de Mayotte, ainsi qu’Alexis Rouque, directeur régional Océan Indien de la Banque des Territoires.

Cette démarche a pour objectif d’accélérer la construction de 500 logements étudiants dans les territoires ultramarins. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre du programme « Agir pour le logement étudiant ». Déployé dans toute la France et initié par la Banque des Territoires, ce programme poursuit aussi une ambition plus lointaine décuplée : créer 75 000 logements étudiants, neufs ou réhabilités, d’ici à 2030.

Selon la Banque des Territoires, ce projet prévoit la réalisation de 200 logements à Mayotte, à proximité du campus de Dembéni, ainsi que la construction d’une résidence de 300 logements à Saint-Denis de La Réunion. Ces aménagements s’inscrivent dans une démarche à la fois sociale, territoriale et écologique. Ils seront réalisés avec l’assistance d’opérateurs tiers, selon des montages juridiques et financiers adaptés aux besoins spécifiques de chacun des territoires insulaires. La Réunion et Mayotte connaissent une croissance démographique étudiante inédite, avec une augmentation respective de 30 % et 200 % du nombre d’étudiants en une décennie.

« Le besoin à court terme en logements est estimé à 900 logements à La Réunion et à 200 logements à Mayotte », indique le communiqué de la Banque des Territoires. Ce projet constitue une réponse coordonnée aux défis liés au logement étudiant et vise à répondre durablement aux besoins des territoires. Cette convention engagée depuis l’an dernier entre la Banque des Territoires et le Cnous,  s’inscrit dans une dynamique plus large. Les différents acteurs espèrent précisément « accélérer la production de logements étudiants en articulation avec les politiques publiques, renforcer la cohésion sociale en proposant des solutions d’hébergement accessibles, et intégrer les enjeux écologiques dans la conception des résidences (îlots de chaleur, densification, maîtrise d’usage) ».

Le soutien financier de la Banque des Territoires et les prochaines étapes

La Banque des Territoires prévoit une enveloppe prévisionnelle de cofinancement de 320 000 euros destinée aux études nécessaires à la réalisation des projets de construction. Ce soutien couvrira notamment « des études de programmation et de faisabilité pour les résidences de Dembéni et Saint-Denis, une assistance à maîtrise d’ouvrage afin d’évaluer les montages juridiques et financiers les plus adaptés, ainsi que des diagnostics techniques et environnementaux visant à intégrer les enjeux de transformation écologique ».

Ces études seront cofinancées jusqu’à 80 % par la Banque des Territoires. Les analyses préalables aux projets de Dembéni et de Saint-Denis seront lancées en cette année 2026. L’objectif est d’engager les opérations de construction avant 2030. Les modalités de portage (bailleurs sociaux, montages juridiques innovants) seront établies en fonction des résultats des études menées.

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Usage des armes : les forces de l’ordre bientôt mieux protégés par la loi ?

Usage des armes : les forces de l’ordre bientôt mieux protégés par la loi ?

Les députés ont donné leur feu vert à une réforme qui pourrait modifier en profondeur le traitement judiciaire des policiers et des gendarmes faisant usage de leur arme en intervention. Adoptée en première lecture à l’Assemblée nationale, la proposition de loi instaure une présomption de légitime défense dans les situations déjà prévues par le Code de la sécurité intérieure.

Concrètement, les forces de l’ordre seront désormais présumées avoir agi dans un cadre légal lorsqu’elles utilisent leur arme de façon absolument nécessaire et strictement proportionnée dans l’un des cinq cas définis par la loi. Cette présomption reste toutefois réversible si l’enquête met en évidence des éléments contraires.

Cette réforme répond à une demande de longue date des organisations syndicales de policiers, qui dénoncent les conséquences immédiates auxquelles sont confrontés les agents après un tir en service. L’objectif affiché est de leur offrir une meilleure protection juridique tout en maintenant le contrôle de l’autorité judiciaire sur chaque affaire.

Les situations concernées ne changent pas. Elles couvrent notamment les cas où la vie des policiers, des gendarmes ou d’autrui est directement menacée, les refus d’obtempérer présentant un danger grave, l’empêchement de la fuite d’une personne susceptible de mettre des vies en péril, ainsi que les situations de périple meurtrier.

Les députés ont également choisi d’étendre le dispositif, dans certains cas, aux policiers municipaux et aux surveillants pénitentiaires, élargissant ainsi le champ d’application de cette protection juridique.

À Mayotte, cette évolution est accueillie favorablement par le syndicat de police UN1TE, qui estime que le texte permettra de mieux prendre en compte les réalités du terrain. Le syndicat rappelle néanmoins que cette présomption ne constitue pas une immunité pour les forces de l’ordre et qu’elle ne fait pas obstacle à l’ouverture d’enquêtes lorsque les circonstances l’exigent.

Le vote intervient alors que les questions liées à l’usage des armes restent au cœur de l’actualité judiciaire. À Mayotte, procès du policier devant la cour d’assises a ravivé le débat sur l’appréciation de la légitime défense et sur les responsabilités des agents confrontés à des interventions particulièrement dangereuses.

Adoptée avec le soutien du gouvernement, de la majorité présidentielle ainsi que d’une partie de l’opposition, la proposition de loi doit désormais être examinée par le Sénat. Son parcours parlementaire déterminera si cette nouvelle protection juridique des forces de l’ordre entre définitivement dans le droit français.

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Des perturbations attendues aux 100 Villas et à Kaweni

Des perturbations attendues aux 100 Villas et à Kaweni

Les déplacements seront perturbés pendant plusieurs semaines à Mamoudzou. La commune met en place des restrictions temporaires de circulation sur l’avenue Zéna Mdéré, aux 100 Villas, ainsi que dans la zone NPRU de Kaweni, en raison de travaux d’aménagement.

Aux 100 Villas, le chantier se déroule jusqu’au 3 octobre 2026, tandis qu’à Kaweni, les travaux auront lieu du 10 juillet au 7 septembre 2026 dans le cadre de l’aménagement lié à la future ligne de bus à haut niveau de service Caribus.

Selon l’avancement des interventions, la circulation pourra être alternée ou régulée par des agents. Le stationnement sera ponctuellement interdit et la vitesse limitée à 30 km/h. La commune assure que l’accès aux riverains sera maintenu lorsque les conditions du chantier le permettront et invite les automobilistes à anticiper leurs trajets et à respecter la signalisation temporaire.

Le pied d’un conducteur de deux-roues écrasé par un camion de 19 tonnes au niveau du Baobab

Le pied d’un conducteur de deux-roues écrasé par un camion de 19 tonnes au niveau du Baobab

Un grave accident de la circulation s’est produit ce mardi après-midi à Mtsapéré, au niveau du centre commercial Baobab. Un conducteur de deux-roues, âgé de 41 ans, a été grièvement blessé après que son pied droit a été écrasé par un camion de travaux d’environ 19 tonnes.

Selon les premiers éléments, les faits se sont déroulés vers 16h30. Le deux-roues et le poids lourd étaient immobilisés à un feu rouge lorsque, au moment du redémarrage, le conducteur du deux-roues aurait perdu l’équilibre avant de chuter à proximité immédiate du camion. Le poids lourd aurait alors roulé sur son pied droit, lui occasionnant de graves blessures.

Rapidement alertés, les sapeurs-pompiers, la police municipale et les services de secours se sont rendus sur les lieux pour prendre en charge la victime. L’homme a ensuite été transporté aux urgences afin de recevoir les soins nécessaires.

D’après les premières informations, le deux-roues impliqué pourrait être un taxi-moto. Les circonstances exactes de l’accident restent à préciser et une enquête devra déterminer les responsabilités de chacun.

Petite-Terre : 300 enfants équipés de kits d’hygiène pour promouvoir les bons réflexes santé

Petite-Terre : 300 enfants équipés de kits d'hygiène pour promouvoir les bons réflexes santé

La Communauté de communes de Petite-Terre poursuit son action en faveur de la santé des plus jeunes. Les 23 et 25 juin derniers, 300 enfants ont reçu un kit d’hygiène dans le cadre du projet « Éducation à la santé : hygiène corporelle et alimentation équilibrée », porté par le Programme de Réussite Éducative (PRE) avec le soutien de l’Agence régionale de santé (ARS) Mayotte.

Au total, 250 élèves des écoles Pamandzi 7, Labattoir 3 et Labattoir 4, ainsi que 50 enfants suivis par le PRE et l’École du Civisme, ont bénéficié de cette opération. Chaque kit comprend des produits essentiels du quotidien : savon, gel douche, shampoing, brosse à dents et dentifrice. Au-delà de la distribution, ces outils servent de support à des ateliers de sensibilisation consacrés à l’hygiène corporelle, à la santé bucco-dentaire, à l’alimentation équilibrée, au sommeil et à l’activité physique.

Ce programme fait suite à une première phase lancée en octobre 2024 auprès de 350 élèves. Son objectif est d’atteindre progressivement 800 bénéficiaires sur l’ensemble de Petite-Terre.

À l’origine de cette initiative, un constat préoccupant dressé en 2022 par les équipes du PRE : près d’un enfant sur quatre accompagné ne disposait pas des produits nécessaires à une hygiène corporelle et bucco-dentaire régulière, en raison de difficultés financières ou d’un manque de sensibilisation.

Les ateliers sont animés par plusieurs partenaires spécialisés, dont Santé Sud, l’Union française pour la santé bucco-dentaire (UFSBD), l’Association Profession Sport Loisirs (APSL) et Rédiab Ylang. Les enseignants saluent l’implication des élèves, tandis que les familles observent déjà des changements positifs dans les habitudes quotidiennes, notamment un brossage des dents plus régulier et un meilleur lavage des mains.

Inscrite dans les actions du Programme de Réussite Éducative, cette démarche s’intègre également aux objectifs du futur Contrat local de santé intercommunal de Petite-Terre. La collectivité ambitionne désormais d’étendre ce dispositif à l’ensemble des enfants d’une même tranche d’âge afin de renforcer durablement la prévention et l’égalité d’accès aux actions de santé sur le territoire.

Un an de prison avec sursis pour le policier de la BAC

Un an de prison avec sursis pour le policier de la BAC

Le policier de la brigade anticriminalité (BAC) qui avait abattu le suspect de pédocriminalité surnommé « le Hibou », lors d’une opération menée à Tsararano en juillet 2025, a été condamné ce mardi 8 juillet par la cour d’assises de Mayotte à un an de prison avec sursis, un an d’interdiction d’exercer une fonction publique et 1 054 euros d’amende.

Le fonctionnaire, qui comparaissait depuis lundi devant la cour d’assises, était poursuivi pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ainsi que pour atteinte à la liberté individuelle par une personne dépositaire de l’autorité publique.

Les faits remontent au 13 juillet 2024, lors d’une opération destinée à interpeller le « Hibou », recherché dans une affaire de pédocriminalité.

Pour le localiser, les enquêteurs avaient convaincu l’un de ses proches de lui tendre un piège en simulant un départ vers les Comores. Cet homme avait été interpellé la veille et conduit au commissariat. Selon l’accusation, il aurait été placé en cellule, interrogé par les policiers de la BAC sur les activités du suspect, puis retenu toute la nuit.

Le lendemain, alors qu’il attendait toujours d’être pris en charge par le Groupe d’appui opérationnel (GAO), la durée légale de sa retenue étant dépassée, les policiers l’ont remis en liberté. À sa sortie, les agents de la BAC l’ont de nouveau sollicité afin de préparer l’opération d’interpellation.

Dans l’après-midi, le « Hibou » monte dans un taxi à Tsoundzou en direction de Sada. Arrivé au carrefour de Tsararano, le véhicule est bloqué par deux voitures de police. Les policiers interviennent alors pour procéder à son arrestation.

Selon les éléments du dossier, le suspect se serait porté plusieurs coups de couteau à l’abdomen avant de retourner son arme contre un policier de la BAC monté dans le taxi. L’accusé a alors ouvert le feu à trois reprises, tuant le suspect.

Les circonstances précises des tirs ont constitué le principal point de débat du procès. Les éléments versés au dossier montrent le suspect assis seul à l’arrière du véhicule, derrière le conducteur, lorsqu’un policier monte dans le taxi, reçoit un coup de couteau puis en ressort.

Pour l’accusation, au moment où les coups de feu sont tirés, le policier blessé avait déjà quitté le véhicule et le suspect ne représentait plus une menace immédiate, ce qui exclurait la légitime défense.

La défense a contesté cette analyse. Elle s’est notamment appuyée sur les propos du policier blessé, qui a déclaré à son collègue : « Tu m’as sauvé la vie. »

À la barre, l’accusé a expliqué avoir agi face à un homme devenu incontrôlable. « Il s’est ouvert le ventre puis a agité ses couteaux. Il n’avait plus rien à perdre et aurait pu menacer la vie de tout le monde », a-t-il déclaré.

L’autre volet du procès concernait les conditions dans lesquelles le proche du suspect avait été utilisé comme indicateur. L’accusation a dénoncé une privation illégale de liberté, estimant qu’il n’était pas libre de ses mouvements lors de cette seconde prise en charge par les policiers.

La défense a, au contraire, soutenu que l’intéressé avait accepté de collaborer volontairement avec les enquêteurs, affirmant qu’il souhaitait les aider en contrepartie de l’obtention de papiers français.

Les débats ont également porté sur plusieurs irrégularités de procédure, notamment les conditions de rétention du proche du suspect et le respect des délais légaux. Les jurés se sont enfin interrogés sur la présence, lors de l’opération, d’un journaliste présenté comme proche du policier poursuivi. L’accusation y a vu un élément pouvant laisser penser que l’opération avait été préparée en vue d’être documentée, relevant notamment que les policiers de la BAC portaient des cagoules lors de l’intervention.

À l’issue de deux jours d’audience, la cour d’assises de Mayotte a reconnu le policier coupable et l’a condamné à un an de prison avec sursis, à un an d’interdiction d’exercer une fonction publique ainsi qu’à une amende de 1 054 euros.

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“323 153 habitants c’est notre dernier mot” : l’Insee publie les premiers résultats du recensement

“323 153 habitants c’est notre dernier mot” : l’Insee publie les premiers résultats du recensement
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C’est un chiffre attendu, scruté, et déjà appelé à alimenter le débat public. Au 1er janvier 2026, Mayotte compte 323 153 habitants. L’Insee a présenté ce mardi 7 juillet au matin les premiers résultats du recensement exhaustif conduit entre novembre 2025 et janvier 2026, un exercice exceptionnel décidé après le passage du cyclone Chido. « 323 153, c’est notre dernier mot« , a déclaré Pierre Greffet, directeur interrégional de l’Insee La Réunion-Mayotte.  » Pour répondre à la question « combien sommes-nous?« , nous sommes à 323 153. Et la réponse est sans ambiguïté« , a ajouté Jamel Mekkaoui, chef de la division études à l’Insee.

Par rapport au précédent recensement exhaustif de septembre 2017, la population augmente de 26 %, soit 66 635 habitants supplémentaires. En moyenne, Mayotte a donc gagné environ 8 000 habitants par an sur la période, avec une croissance annuelle de 2,8 %. Le rythme reste le plus élevé de tous les départements français, même s’il ralentit par rapport à la période 2012-2017, où il atteignait 3,8 % par an. Depuis 2002, la population mahoraise a tout simplement doublé.

Cette hausse continue pèse sur un territoire de 375 km². La densité atteint désormais 860 habitants au km², contre 690 en 2017. Mayotte devient ainsi le sixième département français le plus dense, derrière cinq départements d’Île-de-France. Une comparaison d’autant plus frappante que le logement collectif reste très minoritaire dans l’île : il ne représentait que 8 % des logements en 2024, avant Chido.

UNE DÉMOGRAPHIE PORTÉE PAR LES NAISSANCES ET PAS PAR LES MIGRATIONS

La croissance démographique mahoraise est d’abord une affaire de naissances. Selon l’Insee, la hausse de la population entre 2017 et 2026 s’explique uniquement par un solde naturel très positif, c’est-à-dire la différence entre les naissances et les décès. Entre septembre 2017 et fin 2025, l’excédent des naissances sur les décès atteint 73 200 personnes, soit 8 800 habitants supplémentaires par an en moyenne.

Le solde migratoire apparent, lui, redevient légèrement négatif. Entre 2017 et 2026, l’Insee estime qu’il y aurait eu en moyenne 800 sorties de plus que d’entrées chaque année. Cela ne signifie pas que les mouvements migratoires sont faibles. L’institut souligne au contraire que ce solde traduit deux dynamiques opposées : des arrivées depuis l’étranger plus nombreuses que les départs vers ces pays mais également des départs importants de Mayotte vers l’Hexagone ou La Réunion.  » On parle beaucoup des kwassas (…) mais on n’a pas toujours en tête les départs importants des personnes qui résident à Mayotte et qui vont s’installer dans l’Hexagone ou à La Réunion, notamment les étudiants. »

Ainsi, chaque année, en moyenne, 5 400 personnes déclarent avoir quitté Mayotte l’année précédente pour s’installer dans un autre département français.

MAMOUDZOU CONCENTRE TROIS HABITANTS SUR DIX

La population augmente dans toutes les communes, mais pas au même rythme. Aucune commune ne perd d’habitants, contrairement à ce qui avait été observé lors de la période précédente. Mamoudzou reste de très loin la commune la plus peuplée, avec 94 603 habitants. Le chef-lieu gagne 23 170 habitants depuis 2017. Trois habitants de Mayotte sur dix résident désormais à Mamoudzou, qui devient la troisième ville la plus peuplée des Outre-mer, derrière Saint-Denis et Saint-Paul à La Réunion.

Avec Koungou, qui compte 36 971 habitants, Dzaoudzi, 20 336 habitants, et Pamandzi, 11 446 habitants, la moitié de la population vit dans le quart nord-est de l’île.

UN RECENSEMENT « EXHAUSTIF, GÉNÉRAL ET PRÉCIS« 

L’Insee savait que ce chiffre de 323 153 habitants serait contesté, alors que circulent dans le débat public des estimations de 400 000, voire 500 000 habitants. L’institut a donc insisté sur la méthode. « On s’attendait à ce que nos chiffres soient challengés« , a reconnu Pierre Greffet, qui défend un recensement  » exhaustif, général et précis « .

D’avril à août 2025, l’Insee a d’abord cartographié les logements, avec une validation des 17 communes. Vingt-cinq enquêteurs ont sillonné l’île, y compris les quartiers informels et les cases en tôle. Au total, 70 000 bâtiments à usage d’habitation ont été recensés.

Des photos aériennes et des outils d’intelligence artificielle ont aidé à préparer le travail, puis la vérification s’est faite sur le terrain. L’Insee assure que tous les quartiers ont été couverts, et notamment le camp de Tsoundzou ou encore l’îlot Mtsamboro. La collecte auprès des habitants s’est déroulée du 27 novembre 2025 au 24 janvier 2026. Environ 299 600 bulletins individuels ont été remplis sur papier, auxquels s’ajoutent 11 000 réponses par Internet. Le numérique reste marginal, avec un taux d’environ 3,5 %, mais la collecte globale est jugée solide : seuls 3 % des logements n’ont pas été enquêtés, contre 4 % dans les autres territoires français. Ces logements ont malgré tout été intégrés dans l’estimation finale.  » On a du mal à croire que les 3 % restants abriteraient 100 000 personnes« , a relevé Pierre Greffet.

 » SI ON RAISONNE PAR L’ABSURDE » : L’INSEE ÉCARTE L’HYPOTHÈSE DES 400 000 HABITANTS

Pour défendre la solidité de son chiffre, l’Insee l’a comparé à d’autres données : les effectifs scolaires, les données de natalité, les flux aéroportuaires ou encore les importations de riz. À chaque fois, selon l’Insee, les ordres de grandeur observés confortent la population recensée.

Pierre Greffet a notamment repris le raisonnement à partir des naissances.  » Si on raisonne par l’absurde« , a-t-il expliqué, partir d’une population de 400 000 habitants conduirait à un indice de fécondité inférieur à trois enfants par femme. Un niveau jugé «  totalement incohérent  » avec les enquêtes menées sur les familles à Mayotte, où la taille des ménages et le nombre d’enfants restent élevés.

Même logique avec les importations de riz. Rapportées à une population beaucoup plus importante, elles feraient chuter la consommation moyenne à un niveau proche de celui de La Réunion, ce qui paraît peu crédible à l’Insee au regard des habitudes alimentaires locales. Les effectifs scolaires du rectorat livrent aussi un signal cohérent : le nombre d’enfants recensés en âge d’être scolarisés reste légèrement supérieur au nombre d’élèves effectivement inscrits, sans faire apparaître d’écart massif qui accréditerait l’hypothèse d’une population très sous-estimée.

 » L’histoire est globalement cohérente« , a résumé Pierre Greffet. Pour l’Insee, le chiffre publié ce mardi n’est donc pas seulement le résultat d’une opération de terrain : il s’inscrit dans une tendance démographique longue, compatible avec les autres données disponibles.

Le chiffre diffusé correspond à la population municipale. En fin d’année, un décret authentifiera les données de recensement de Mayotte et de chacune de ses communes. Il intégrera aussi la population dite  » comptée à part « , notamment les étudiants dont la résidence habituelle se trouve ailleurs mais qui conservent un lien avec leur commune d’origine. Cette population totale servira notamment au calcul de la dotation globale de fonctionnement.

L’Insee prévoit également de publier, d’ici la fin de l’année, une première analyse détaillée des habitants et des logements, avec des éléments sur la structure par âge, la proportion d’étrangers, la part du bâti en tôle ou encore la situation post-Chido. D’autres publications suivront en 2027. A partir de cette date, Mayotte doit revenir au droit commun des enquêtes annuelles de recensement, avec quelques adaptations locales : dans les grandes communes, la collecte se fera chaque année par cinquième, afin d’obtenir une vision exhaustive au bout de cinq ans.

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Recensement : Estelle Youssouffa dénonce une « fiction administrative qui va nous tuer »

Recensement : Estelle Youssouffa dénonce une "fiction administrative qui va nous tuer"

À l’issue de la présentation des résultats aux élus, organisée mardi après-midi au Centre Kinga à Kawéni, dans une salle clairsemée en raison d’une réunion organisée au même moment avec la préfecture sur l’immigration clandestine, Estelle Youssouffa n’a pas caché sa colère.

« L’Insee publie de la fiction officielle », attaque la députée, estimant que l’institut présente un résultat déconnecté de la réalité locale. « C’est une institution qui n’a jamais tort, qui est la risée de la statistique mondiale« , poursuit la parlementaire. Elle vise notamment le solde migratoire apparent, que l’Insee estime légèrement négatif bien qu’important. « L’Insee est capable de produire un solde migratoire sans les données maritimes sur un archipel. Ne serait-ce que ça, c’est quand même assez dingo« , juge-t-elle. « Ils n’ont pris en compte que les entrées et les sorties par l’aéroport, sur une île. C’est quand même problématique.« 

Contacté par la suite, l’Insee répond que le solde migratoire n’est pas calculé en additionnant séparément les arrivées et les départs selon leur mode de transport. Il est déduit de l’écart entre la population recensée en 2017 et celle recensée en 2026, une fois retiré l’excédent des naissances sur les décès. Selon l’institut, ce calcul intègre donc « tous les mouvements légaux comme illégaux », qu’ils se fassent par avion ou par bateau. L’Insee précise que le solde total, légèrement négatif, n’exclut pas des arrivées nombreuses depuis l’étranger, notamment par la mer, mais signifie qu’elles sont compensées par d’importants départs vers l’Hexagone et La Réunion par avion.

La députée critique aussi l’argument de la consommation de riz, utilisé par l’Insee pour conforter son chiffre. « Une consommation de riz de 225 grammes par personne et par jour à Mayotte contre 130 à La Réunion, c’est complètement délirant« , estime-t-elle. « Selon l’Insee, on ne mange pas de bananes, on ne mange pas de majimbi, on ne mange pas de manioc. On ne fait que manger du riz matin, midi et soir. » Pour elle, ce raisonnement « n’a aucune cohérence intellectuelle« , d’autant que « la moitié de la population, sont des mineurs » et mangeraient donc moins en quantité.

Estelle Youssouffa met également en doute la qualité de la collecte. « Ils sont tellement bons à Mayotte que, dans un territoire où il y a des bidonvilles, des gens qui fuient l’autorité, des caillassages, la saison des pluies et les vacances scolaires, ils ont tout recensé avec un talent inégalé« , ironise-t-elle. « Ce n’est même pas crédible, c’est littéralement incroyable. » Sur ce point, l’Insee a précisé que la période de recensement a été déterminée en concertation avec les maires, avant d’être prolongée jusqu’au 24 janvier à la demande de certaines communes.

La parlementaire dit d’autant moins accepter ces résultats qu’ils étaient très attendus. « On ne s’est pas battu pour obtenir ce recensement pour se faire bananer comme ça. C’est scandaleux« , lance-t-elle. Elle accuse même l’institut de régler ses comptes : « C’est une institution qui se venge parce que l’Insee refusait de se remettre en question. »

La députée redoute surtout les conséquences financières de ce chiffre. « C’est faux, archi-faux, et ça nous coûte à Mayotte extrêmement cher parce que ça va déterminer les dotations de l’État à nos collectivités« , prévient-elle. Elle appelle donc les élus locaux à contester le futur décret authentifiant les populations légales : « J’espère, je prie pour que les collectivités locales de Mayotte aillent en justice administrative à la publication du décret. C’est notre seul recours pour arrêter cette fiction administrative qui va nous tuer. »

« En tant que parlementaire, je n’ai aucun recours« , ajoute Estelle Youssouffa, qui espère que les collectivités « vont exercer un recours en justice administrative et attaquer le décret que va faire publier l’Insee« . Sans cela, avertit-elle, « toutes les dotations de l’État pour les collectivités de Mayotte vont être baissées en fonction de ce recensement scélérat. » Pour elle, le paradoxe est intenable : « On est quand même sur une île avec une natalité démente, une immigration hors de contrôle, et on nous explique que le solde migratoire est négatif. L’Insee marche sur la tête à Mayotte. » Les échanges avec l’institut ont d’ailleurs été tendus. À la question de savoir s’ils avaient été houleux, la députée répond désabusée : « Bah oui« .

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Le Kibosy célébré à l’hémicycle Younoussa Bamana lors de la 2e édition de « Mayotte parle en Kibosy »

Le Kibosy célébré à l'hémicycle Younoussa Bamana lors de la 2e édition de "Mayotte parle en Kibosy"

L’hémicycle Younoussa Bamana a accueilli, ce mardi 7 juillet, la deuxième édition de « Mayotte parle en kibosy », une journée entièrement consacrée à la promotion de la langue kibosy. Institutions, associations, élus, écrivains, artistes et médias se sont réunis pour mettre à l’honneur l’une des langues fondatrices de l’identité mahoraise.

Organisée par l’association Marovonio, cette journée avait pour ambition de rappeler l’importance de préserver et de transmettre les langues locales. Le kibbosy, parlé par environ 20 % de la population mahoraise, demeure un élément essentiel du patrimoine culturel de l’île.

L’émotion était palpable dans les témoignages des participants. « Je suis Mahoraise, j’ai grandi à Poroani, j’ai été au collège à Chiconi. Je suis Mahoraise, mais je ne parle pas kibosy. La jeune Congolaise assise à côté de moi parle mieux le kibosy que moi », confiait une intervenante, illustrant le défi auquel est confrontée la jeune génération face à la disparition progressive de cette langue. Au cours de cette matinée nombreux sont venus soutenir leur langues.

Les organisateurs ont tenu à remercier l’ensemble des partenaires ayant contribué au succès de cette deuxième édition : le Conseil départemental de Mayotte, son président Ben Issa Ousseni ainsi que sa vice-présidente Mouayad Ben Zouhouria, le président Cheikh Abalkassim, le président de l’association Shime Rastami Spelo, Mayotte FM, pour cette journée un rendez-vous incontournable.

Au-delà du kibushi, les intervenants ont rappelé que les langues mahoraises, qu’il s’agisse du kibushi ou du shimaoré, constituent des liens puissants avec l’histoire et l’identité de Mayotte. Elles font vivre la mémoire des ancêtres, nourrissent l’imaginaire collectif et assurent la transmission intergénérationnelle des chants, des contes et des traditions orales. Elles témoignent également des racines bantoues et malgaches de l’archipel et représentent de véritables ambassadrices de la richesse culturelle mahoraise.

La modernité était également au cœur des échanges. Le projet kibosy.org ambitionne de recenser l’ensemble du vocabulaire kibosy afin de constituer une base de données linguistique. À terme, cette ressource pourrait alimenter des outils d’intelligence artificielle et favoriser l’apprentissage de la langue auprès d’un public toujours plus large. Une démarche inspirée d’expériences déjà menées avec succès en Nouvelle-Zélande pour la langue maorie ou encore en Catalogne pour le catalan.

La journée s’est conclue par une cérémonie de remise de trophées récompensant les acteurs qui œuvrent au quotidien pour la sauvegarde et la promotion des langues mahoraises. Institutions, associations, médias et écrivains ont ainsi été distingués pour leur engagement. Une mention spéciale a été décernée au chanteur Bouhoury, salué pour sa contribution à la valorisation du kibosy à travers la musique.

Cette deuxième édition de « Mayotte parle en kibosy » confirme ainsi la volonté des acteurs locaux de faire vivre cette langue, non seulement comme un héritage à préserver, mais aussi comme un outil d’avenir capable de trouver toute sa place dans le monde numérique.

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Une multitude de raisons de censurer le gouvernement

Une multitude de raisons de censurer le gouvernement
Estelle Youssouffa, députée LIOT de Mayotte, annonce publiquement son intention de voter en faveur de la prochaine motion de censure contre le gouvernement de Sébastien Lecornu.

Elle a fait part de son intention de voter en faveur de la prochaine motion de censure qui pourrait être déposée contre le deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu. Pour justifier son choix, Estelle Youssouffa avance une longue liste de griefs à l’encontre du gouvernement en général et de plusieurs de ses membres en particulier, notamment le ministre de l’Intérieur et sa collègue chargée de la Santé, qui ont reporté, en juin, sans justification officielle, des visites programmées dans l’archipel.

Lors d’une intervention remarquée, lundi après-midi à l’Assemblée nationale, la députée mahoraise Estelle Youssouffa a averti le Premier ministre Sébastien Lecornu qu’elle voterait en faveur de la motion de censure que le groupe écologiste s’apprête à déposer contre son gouvernement. Un choix qu’elle assume pleinement, estimant que la reconstruction de l’île n’a toujours pas véritablement commencé dix-huit mois après le passage du cyclone Chido.

« Rien, à Mayotte, ne justifie de vous laisser aux affaires », a-t-elle lancé au chef du gouvernement. « Oui, l’État a fait face à l’urgence, c’est bien le moins, mais rien n’a été fait pour construire ou reconstruire cette île », a poursuivi la parlementaire, dressant un tableau sévère de ce qu’elle considère comme les manquements de l’État envers Mayotte.

« Nous avons plus de bidonvilles qu’avant, davantage de migrants et une occasion historique de reconstruire Mayotte totalement gâchée. Les collectivités et les entreprises n’ont toujours pas reçu de l’État les remboursements des opérations de nettoyage consécutives au cyclone, provoquant déficits et cessations de paiement. »

À l’instar du sénateur Saïd Omar Oili, Estelle Youssouffa affirme qu’il est impossible, pour les parlementaires mahorais, de connaître le montant réel engagé par l’État au titre de cette reconstruction promise. Elle déplore une opacité totale sur les sommes effectivement décaissées par le gouvernement Lecornu, que ce soit pour la reconstruction ou pour le PIT, entre crédits d’engagement et crédits de paiement.

L’élue de la première circonscription de Mayotte s’est voulue on ne peut plus catégorique dans sa longue liste de reproches. Selon elle, si la reconstruction était réellement engagée, l’État n’aurait aucune difficulté à rendre publics les chiffres et à rendre compte de son action.

« Nous voilà donc, nous, membres du comité de suivi de la loi de programmation pour la reconstruction de Mayotte, chargés d’examiner une reconstruction qui n’a pas lieu, privés de documents officiels et de détails budgétaires pour contrôler l’action du gouvernement et exercer notre rôle constitutionnel. »

Au passage, Estelle Youssouffa souligne que le ministre de l’Intérieur n’a même pas daigné répondre au comité de suivi sur les questions de sécurité et d’immigration.

Elle récidive dans ses attaques ciblées contre le ministre de l’Intérieur

Après cette première salve, la députée adresse également une pique au général de Facon, chargé de piloter la reconstruction de Mayotte après Chido. Comme Saïd Omar Oili avant elle, elle lui reproche de conduire sa propre stratégie de reconstruction avec « une autosatisfaction confondante face à une telle vacuité ».

Dans un style dont elle est coutumière, la députée demande à Sébastien Lecornu de lui faire signe lorsqu’il décidera de mettre fin à la « mission fiction officielle » de ce général, « qui ne sert à rien sinon à coûter de l’argent au contribuable. Vous cherchez à faire des économies ? En voilà une. Je reste constructive », ironise-t-elle.

Autre cible des critiques d’Estelle Youssouffa : le ministre de l’Intérieur, qu’elle qualifie une nouvelle fois, sur un ton provocateur, de « planqué du ministère de l’Intérieur », une expression qui lui avait déjà été reprochée. La députée estime que les annulations de trois visites ministérielles prévues à Mayotte le mois dernier lui donnent raison.

« Nous devons malheureusement admettre que certains préfèrent se planquer à Paris plutôt que de venir constater la réalité du terrain », déclare-t-elle.

Selon elle, si la ministre de la Santé avait maintenu son déplacement dans l’archipel, elle aurait constaté que le seul hôpital de l’île n’est toujours pas reconstruit, que le projet du second établissement est toujours au point mort et que les médecins français sont remplacés par des praticiens étrangers qui ne sont pas autorisés à exercer ailleurs en France.

Dans la droite ligne des critiques formulées quelques jours plus tôt par sa collègue Anchya Bamana, Estelle Youssouffa ajoute que la ministre aurait également pu constater que la tente installée pour accueillir d’éventuels malades d’Ebola est aujourd’hui occupée par des poules qui y nichent.

« Peut-être Madame la ministre aurait-elle eu un éclair de lucidité en écoutant le personnel soignant lui expliquer que, non, Mayotte ne pourra pas faire face à Ebola, qu’il est urgent de fermer et de contrôler la frontière alors que l’épidémie se propage sur le continent africain et que près de 150 migrants arrivant de cette zone entrent illégalement à Mayotte chaque mois. Sa politique de l’autruche constitue une prise de risque sanitaire totalement irresponsable », poursuit-elle.

La parlementaire évoque également le campement de migrants installé dans la mangrove de Tsoundzou, qu’elle qualifie « d’abject », estimant que le ministre de l’Intérieur aurait dû venir constater la situation par lui-même. Elle rappelle également la demande unanime des élus mahorais visant à son évacuation, ainsi que leur refus de voir ouvrir un camp officiel destiné à accueillir les migrants sur le territoire.

Estelle Youssouffa rend public le coût des reconduites à la frontière en 2025

Cerise sur le gâteau dans la virulence de son intervention, Estelle Youssouffa affirme que « depuis les Juifs et les harkis, la France en avait fini avec les camps. Vous validerez et financerez pourtant la construction d’un camp de migrants à Mayotte alors que vous n’avez pas un sou pour reconstruire notre département. Si le ministre de l’Intérieur était venu à Mayotte, il aurait peut-être compris que parler de lutte contre l’immigration clandestine avec une petite dizaine de zodiacs pour protéger un archipel relève de la farce ».

La députée estime que les chiffres des reconduites à la frontière régulièrement mis en avant par le gouvernement traduisent en réalité une libre circulation financée aux frais des Mahorais. Elle avance un coût moyen de 400 euros par personne reconduite, soit plus de 8 millions d’euros d’argent public pour financer les 21 409 expulsions réalisées en 2025.

Elle suggère au gouvernement de privilégier la prévention des entrées illégales en sollicitant le renfort de Frontex aux côtés de la Marine nationale.

Amère, la députée mahoraise a enfin rappelé l’ensemble des amendements qu’elle avait défendus lors de l’examen de la loi de programmation militaire, tous rejetés, selon elle, par le gouvernement Lecornu.

Autant de raisons qui, conclut-elle, la conduiront à voter en faveur de la prochaine motion de censure contre le deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu.

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Frais bancaires : Mayotte en tête des hausses

Frais bancaires : Mayotte en tête des hausses
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Dans son rapport annuel publié cette année, l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM) dresse le bilan des tarifs bancaires pratiqués à travers les Départements et Collectivités d’Outre-Mer entre avril 2025 et avril 2026. Mayotte enregistre certaines des hausses les plus fortes de l’Outre-mer

L’IEDOM a publié son rapport d’observation sur les tarifs bancaires à travers les Départements et Collectivités d’Outre-Mer (DCOM) de 2025-2026. Sur les 14 tarifs présentés, Mayotte affiche plusieurs des hausses les plus fortes de tout les DCOM.

L’institut observe la convergence entre les cartes à débit immédiat et à débit différé : en 2014, les deux étaient respectivement à 37,22 € et 44,07 €. Aujourd’hui les deux coûtent 46,58 €. La carte à débit immédiat a augmenté plus vite pour rattraper le coût de la carte à débit différé, maintenant les deux montent ensemble. Comparé à l’Hexagone, l’écart se creuse depuis 2020. Selon l’IEDOM, la carte à débit différé est plus rentable pour les banques, les commissions d’interchange étant plus élevées.

Les cartes à autorisation systématique vérifient le solde avant chaque paiement, sans possibilité de dépassement. Mayotte enregistre la hausse la plus marquée parmi toutes les zones pour ce produit avec plus de 6,09 % passant de 34,64 € à 36,75 €. Ce produit cible les clients les plus précaires. Mais l’écart de prix avec l’Hexagone n’a cessé de grimper, de quelques centimes en 2018 à plus de 7 € aujourd’hui. D’après l’IEDOM, c’est dû à l’accumulation de hausses plus fortes en Outre-mer depuis 2018. Les frais annuels de tenue et gestion de compte passent de 26,93 € à 27,69 €, soit +0,76 €, une évolution conforme à la moyenne des DCOM. Malgré les accords de convergence engagés depuis 2014, l’écart avec la métropole ne s’est pas résorbé, avec 5,30 € de différence. Le prix des assurances pertes ou vol augmente de 11,82 %, à 28,10€ de moyenne, c’est la hausse la plus forte, tous territoires et tous services confondus cette année (les autres géographies sont toutes sous les 2 %).

Le virement occasionnel est l’un des deux seuls services de l’Outre-Mer structurellement moins cher qu’en Hexagone, à 4,65 € à Mayotte contre 5,30 €. Les frais du premier retrait payant dans un distributeur d’une autre banque restent à 1€. Mayotte et Saint-Martin sont les seules zones où le tarif n’a pas changé cette année. Le coût des alertes SMS sur la situation du compte reste stable à 1,32 €. À Mayotte comme ailleurs, les frais d’incidents, rejets de chèques ou de prélèvement, frôlent le plafond légal. Le rejet de chèque inférieur à 50 € est à 29,31 € avec un plafond qui s’élève à 30 €. Les frais prélevés lors d’une opération qui nécessite une intervention manuelle (comme les dépassements de découvert) stagnent au plafond légal et sont les même à travers les DCOM, à 8 €, là où l’Hexagone tourne autour de 6,45 €. L’abonnement aux services de banques à distance est quasi gratuit en métropole (0,03 €). Depuis 2022, il est devenu payant spécifiquement à Mayotte et à La Réunion à 0,69 €.

Le rapport de l’IEDOM précise que 6 tarifs sur 14 augmentent en 2026 dans l’ensemble des DCOM, contre 8 l’an dernier. Mayotte affiche la même proportion, avec 6 tarifs en augmentation, les 8 autres étant stables ou gratuits. Cependant, le rapport signale quau niveau des DCOM, seuls 3 des 6 tarifs en hausse dépassent 50 centimes. À Mayotte, c’est 5 des 6 tarifs en hausse qui dépassent les 50 centimes. Parmi les indicateurs qui augmentent, les montants à Mayotte sont pour la plupart parmi les plus élevés de l’Outre-Mer.

Trois groupes bancaires présents à Mayotte : Société Générale, BPCE et Crédit Agricole, n’ont pas transmis leur nombre de comptes pour 2025. Or cette donnée sert à calculer la moyenne du territoire (plus une banque a de comptes, plus son tarif pèse dans la moyenne). Une donnée manquante ou périmée peut fausser légèrement le calcul. L’IEDOM a réutilisé les chiffres de comptes de 2024 comme solution de repli, uniquement pour Mayotte parmi les 8 territoires.

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Étudier loin de Mayotte : le coût caché d’une rentrée universitaire

Étudier loin de Mayotte : le coût caché d'une rentrée universitaire

Chaque année, plusieurs milliers de jeunes Mahorais quittent leur île pour poursuivre des études supérieures en métropole ou à La Réunion. Si certaines aides publiques permettent de financer une partie du voyage, le véritable coût de cette première rentrée dépasse largement le prix d’un billet d’avion. Entre logement, équipement, caution, transport et dépenses du quotidien, les familles doivent souvent mobiliser plusieurs milliers d’euros avant même le début des cours.

Pour de nombreux bacheliers mahorais, la rentrée universitaire marque bien plus qu’un changement d’établissement. Elle représente un départ à plus de 8 000 kilomètres de leur famille, une installation dans un environnement inconnu et surtout un investissement financier considérable.

Si le Passeport Mobilité Études de LADOM prend en charge le billet d’avion sous certaines conditions, cette aide ne couvre qu’une partie des dépenses liées à l’installation. Les étudiants doivent encore faire face à de nombreux frais indispensables pour commencer leur année universitaire.

Une facture qui grimpe rapidement

Avant même de franchir les portes de leur université, les dépenses s’accumulent. Il faut régler la caution du logement, parfois plusieurs mois de loyer d’avance, acheter le mobilier de première nécessité lorsqu’il s’agit d’un studio vide, souscrire une assurance habitation, financer les transports, ouvrir un compte bancaire ou encore acheter du matériel informatique.

À cela s’ajoutent les frais d’inscription éventuels, les fournitures universitaires, les vêtements adaptés au climat métropolitain et les dépenses alimentaires des premières semaines.

Au total, plusieurs associations étudiantes estiment qu’une première installation peut représenter entre 2 500 et 5 000 euros selon la ville d’accueil et la situation de l’étudiant.

Les aides existent, mais ne couvrent pas tout

Les étudiants mahorais peuvent bénéficier de plusieurs dispositifs : bourses sur critères sociaux du Crous, aides au logement, Passeport Mobilité Études de LADOM ou encore certaines aides des collectivités. Ces dispositifs constituent un soutien essentiel mais restent souvent insuffisants face aux dépenses immédiates de la rentrée.

Les délais administratifs compliquent également la situation. Il n’est pas rare que les premiers versements des bourses interviennent plusieurs semaines après l’installation. Durant cette période, les familles doivent avancer les frais, parfois en contractant des emprunts ou en sollicitant leur entourage.

« On découvre les dépenses au fur et à mesure »

Pour Vanessa, étudiante mahoraise arrivée à Toulouse, les premières semaines ont été particulièrement éprouvantes.

« Je pensais que le plus compliqué serait le voyage. En réalité, chaque jour apportait une nouvelle dépense : acheter une couette, des ustensiles de cuisine, payer la caution, prendre un abonnement de transport Finalement, le budget prévu a été dépassé très rapidement. »

Comme elle, beaucoup de jeunes découvrent qu’une installation loin de leur famille nécessite une autonomie financière à laquelle ils n’étaient pas toujours préparés.

Des familles qui consentent d’importants sacrifices

À Mayotte, où le niveau de vie reste inférieur à celui de l’Hexagone et où le chômage demeure élevé, financer les études d’un enfant représente un effort considérable.

Certains parents économisent plusieurs années avant le départ. D’autres multiplient les petits emplois ou sollicitent la solidarité familiale afin d’accompagner leur enfant durant les premiers mois.

Pour beaucoup, ce sacrifice est considéré comme un investissement dans l’avenir. Obtenir un diplôme est souvent perçu comme la meilleure chance d’accéder à un emploi qualifié et de contribuer ensuite au développement de Mayotte.

Une adaptation qui dépasse la question financière

Au-delà des dépenses, les étudiants doivent aussi s’adapter à un nouvel environnement. La découverte d’une grande ville, l’éloignement familial, les démarches administratives ou encore la recherche d’un emploi étudiant viennent s’ajouter au rythme des études.

Après le cyclone Chido, cette vulnérabilité des étudiants mahorais installés dans l’Hexagone est apparue avec force. Beaucoup avaient déjà signalé des difficultés économiques et psychologiques liées à l’éloignement, rappelant combien leur équilibre financier demeure fragile.

Mieux accompagner les départs

Face au nombre croissant de jeunes quittant Mayotte pour leurs études, les acteurs de la mobilité renforcent progressivement leur accompagnement. Cette année encore, LADOM a appelé les futurs étudiants à anticiper leurs démarches afin d’éviter les retards administratifs

avant la rentrée. Plus de 4 000 billets ont été financés l’an dernier pour les étudiants mahorais, illustrant l’ampleur du phénomène.

Mais au-delà du transport, plusieurs associations étudiantes plaident pour un accompagnement renforcé concernant le logement, la gestion budgétaire et les premières démarches administratives.

Car si partir étudier ouvre de nouvelles perspectives professionnelles, la réussite commence souvent bien avant le premier cours. Pour de nombreux étudiants mahorais, elle dépend aussi de leur capacité à surmonter le véritable coût de la rentrée universitaire, un défi encore largement méconnu mais bien réel.

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Marine Le Pen reste éligible à la présidentielle malgré sa condamnation en appel

Marine Le Pen reste éligible à la présidentielle malgré sa condamnation en appel

La cour d’appel de Paris a rendu, ce mardi 7 juillet, une décision aux importantes répercussions politiques dans l’affaire des assistants parlementaires européens du Front national. Si Marine Le Pen voit sa culpabilité confirmée pour détournement de fonds publics et complicité, la réduction de sa peine d’inéligibilité lui laisse la possibilité de briguer un quatrième mandat présidentiel.

La présidente du groupe Rassemblement national à l’Assemblée nationale est condamnée à trois ans d’emprisonnement, dont deux ans avec sursis et un an de prison ferme aménageable sous bracelet électronique. Elle écope également d’une amende de 100 000 euros et d’une peine d’inéligibilité de 45 mois, dont 30 mois avec sursis. Cette nouvelle décision, moins sévère sur le volet de l’inéligibilité que celle prononcée en première instance, modifie considérablement les perspectives politiques de la dirigeante du RN.

Reste une inconnue majeure : Marine Le Pen acceptera-t-elle de mener une campagne présidentielle tout en étant placée sous bracelet électronique pendant un an ? À plusieurs reprises ces derniers mois, elle avait affirmé qu’une telle situation était incompatible avec une candidature à l’élection suprême. À l’issue de l’audience, elle a quitté le palais de justice sans faire de déclaration.

Au-delà du cas de Marine Le Pen, plusieurs responsables du Rassemblement national ont également été condamnés en appel. Bruno Gollnisch écope de trois ans de prison avec sursis, de 25 000 euros d’amende et d’un an d’inéligibilité. Louis Aliot est condamné à un an de prison avec sursis, deux ans d’inéligibilité avec sursis et 5 000 euros d’amende, une décision qui lui permet de conserver son mandat de maire de Perpignan. Nicolas Bay est condamné à un an de prison avec sursis, 5 000 euros d’amende et deux ans d’inéligibilité avec sursis. Julien Odoul, quant à lui, est condamné à huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité avec sursis.

L’affaire porte sur l’utilisation des fonds destinés aux assistants parlementaires européens entre 2009 et 2016. La justice a estimé que plusieurs collaborateurs rémunérés par le Parlement européen travaillaient en réalité pour le Front national, devenu depuis le Rassemblement national. En tant que présidente du parti à partir de 2011, Marine Le Pen était poursuivie pour avoir participé à ce système et pour complicité des détournements reprochés aux autres eurodéputés.

Lors du procès en appel, le parquet général avait requis une peine de quatre ans de prison, dont un an ferme aménagé sous bracelet électronique, 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, sans exécution provisoire. Le ministère public avait présenté Marine Le Pen comme l’instigatrice d’un dispositif ayant permis, selon l’accusation, le détournement de 1,4 million d’euros de fonds européens.

Avec cet arrêt, la procédure judiciaire se poursuit sur le terrain politique. Si sa condamnation est confirmée, la réduction de son inéligibilité relance les spéculations sur une éventuelle candidature de Marine Le Pen à l’élection présidentielle, une décision qui dépendra désormais autant de sa stratégie politique que des conséquences concrètes de sa peine.

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Retour annoncé des vols directs entre Madagascar et les Comores

Retour annoncé des vols directs entre Madagascar et les Comores

Interrogé par les députés, le ministre malgache des Transports et de la Météorologie a confirmé la réouverture des frontières aériennes avec l’archipel voisin, après plus de quatre ans de fermeture. Celle-ci avait été durcie à la suite de la saisie, aux Comores, d’une importante quantité d’or, finalement restituée à la Grande Île l’an dernier.

Attendue avec impatience par les citoyens des deux pays voisins, la réouverture de la liaison aérienne entre les Comores et Madagascar pourrait intervenir dès ce mois-ci. C’est ce qu’a annoncé, lundi, le chef de l’État comorien, Azali Assoumani, dans son traditionnel discours à l’occasion des festivités marquant le 51e anniversaire de l’indépendance de l’Union des Comores.

« Comme vous l’avez constaté récemment, j’ai eu l’honneur de participer à la célébration de l’indépendance de notre pays frère, Madagascar. Les discussions que j’ai eues avec mon frère et collègue ont permis d’acter la réouverture des frontières, notamment aériennes, entre les Comores et Madagascar », a déclaré le président comorien le 6 juillet.

Trois jours plus tôt, le ministre malgache des Transports et de la Météorologie, Herizo Ramanambola Andrianavalona, avait annoncé devant les députés le retour imminent des vols directs entre Madagascar et les Comores, précisant que cette reprise interviendrait au cours du mois de juillet.

Selon le média en ligne indépendant 2424.mg, la ministre des Affaires étrangères avait apporté quelques précisions sur cette réouverture quelques minutes avant son collègue des Transports. La cheffe de la diplomatie malgache, Alice N’Diaye, a indiqué que, dans un premier temps, les liaisons Antananarivo-Moroni et Mahajanga-Moroni seraient concernées par cette reprise.

Billets jusqu’à 500 euros

À Moroni, la déclaration du président comorien n’est pas passée inaperçue, notamment sur les réseaux sociaux.

« En janvier, lorsque je suis allée accoucher à Madagascar, j’ai dû payer un billet à près de 500 euros avec une escale à Addis-Abeba. Mon mari, qui m’a rejointe le mois suivant avec notre deuxième enfant, blessé à l’école, a déboursé 1 000 euros pour deux billets. On ne peut que saluer cette réouverture », témoigne Echata.

La réouverture des frontières avec le grand voisin constitue un soulagement pour les usagers de cette ligne, fermée depuis plus de quatre ans.

« Certes, au départ, sous la présidence d’Andry Rajoelina, les autorités malgaches voulaient conditionner la reprise des vols directs à la signature d’une convention. Il était question de restituer rapidement tous les biens saisis par voie aérienne, après l’affaire des deux ressortissants malgaches arrêtés avec des lingots d’or. Mais avec le nouveau régime, cette question a été réglée lors de la visite d’Azali Assoumani à Madagascar, à l’occasion de la fête nationale, le 26 juin », rapporte une source gouvernementale.

Cette même source précise que, désormais, il appartient aux compagnies aériennes des deux pays souhaitant exploiter cette ligne de déposer leurs demandes officielles.

Côté comorien, la compagnie Royal Air, qui a inauguré le mois dernier une liaison Moroni-Dar es Salaam, s’était déjà positionnée. L’Aviation civile comorienne lui avait même délivré son certificat de transporteur aérien (CTA). Deux rotations hebdomadaires étaient prévues. Mais les blocages du côté malgache ont compromis la relance de cette desserte, initialement espérée pour décembre dernier.

Depuis quatre ans, les voyageurs souhaitant rejoindre Madagascar depuis les Comores, ou inversement, sont contraints de transiter par Addis-Abeba ou Nairobi. Ethiopian Airlines et Kenya Airways se partagent aujourd’hui ce marché, au prix d’un allongement considérable des trajets et d’une forte hausse du coût des billets.

L’affaire des lingots d’or

Pour rallier la Grande Île depuis Moroni, la plupart des voyageurs doivent désormais effectuer au moins deux heures d’escale. Certains sont même contraints de passer la nuit à Addis-Abeba avant de poursuivre leur voyage le lendemain.

Un trajet qui durait auparavant deux heures peut désormais prendre jusqu’à onze heures. Les tarifs ont également flambé, passant d’environ 300 à 600 euros, voire davantage, soit un prix proche de celui d’un billet entre Paris et Saint-Denis de La Réunion.

Cette situation pénalise particulièrement les patients comoriens qui se rendent à Madagascar pour recevoir des soins médicaux. La Grande Île demeure une destination privilégiée pour de nombreux malades comoriens, même si certains se sont tournés vers la Tanzanie, notamment en raison de la fermeture des frontières aériennes en 2020, décidée à cause de la pandémie de Covid-19, puis prolongée et durcie l’année suivante.

En décembre 2021, les douanes comoriennes avaient arrêté, à l’aéroport international de Hahaya, deux ressortissants malgaches et un Comorien qui s’apprêtaient à embarquer à bord d’un jet privé à destination de Dubaï avec près de 49 kilos d’or.

Après de fortes pressions diplomatiques, l’État malgache avait obtenu l’extradition des deux ressortissants malgaches quelques jours seulement après leur arrestation. Les 28 lingots d’or étaient toutefois restés dans les coffres de la Banque centrale des Comores.

Depuis lors, Antananarivo avait fermé sa liaison aérienne avec son voisin afin d’obtenir la restitution du précieux métal, considéré par les autorités malgaches de l’époque comme le produit d’un trafic illégal provenant de son sous-sol.

Après quatre années de tensions diplomatiques autour de ce dossier, allant jusqu’à affecter les liaisons maritimes, Moroni a finalement restitué l’or le 14 mars 2025, dans le cadre d’un accord entre les deux États, assorti du versement de 62 millions de francs au titre des marchandises non déclarées.

À l’époque, beaucoup pensaient que cette restitution entraînerait une réouverture immédiate de la liaison aérienne. Il n’en a finalement rien été.

Une chose est désormais certaine : le retour des vols directs devrait réjouir les populations des deux pays voisins de l’océan Indien.

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Vacances scolaires : les restaurateurs privés de l’effet tourisme

Vacances scolaires : les restaurateurs privés de l'effet tourisme

Les vacances scolaires ne riment pas avec hausse d’activité pour les restaurateurs mahorais. Depuis le début des congés, de nombreux établissements enregistrent une baisse de fréquentation, conséquence du départ d’une partie des habitants de l’île et d’une reprise touristique qui peine toujours à se concrétiser. Plus d’un an après le passage des cyclones Chido et Dikeledi, le secteur reste confronté à des difficultés persistantes.

Habituellement, cette période permet de compenser en partie les variations de clientèle au cours de l’année. Mais cette saison, les professionnels constatent que l’absence de visiteurs ne permet pas de remplacer les clients locaux partis en vacances. Une situation qui fragilise encore davantage des restaurants déjà éprouvés par plusieurs mois d’activité irrégulière.

Le ralentissement s’explique en grande partie par les difficultés que rencontre encore le tourisme à Mayotte. Selon les dernières données de l’INSEE, le territoire ne compte plus que 17 établissements d’hébergement touristique, dont seulement huit sont partiellement rouverts. La capacité d’accueil demeure inférieure d’environ 20 % à son niveau d’avant les cyclones, tandis que le nombre de nuitées a reculé de 14 %.

Si les hôtels affichent un taux d’occupation de 79 %, cette fréquentation est largement portée par les déplacements professionnels. Près de deux nuitées sur trois concernent des personnels mobilisés pour la reconstruction de l’île, notamment des soignants, des militaires, des forces de l’ordre ou encore des membres d’organisations humanitaires. Une clientèle indispensable à l’économie locale, mais dont les habitudes de consommation diffèrent de celles des touristes et qui profite moins aux restaurateurs.

La profession reste donc particulièrement vulnérable. Début 2025, près de 40 % des restaurants étaient encore fermés et certains établissements faisaient état d’une baisse de chiffre d’affaires pouvant atteindre 30 %. Aujourd’hui, alors que les vacances ne génèrent pas l’afflux de visiteurs espéré, de nombreux restaurateurs redoutent une nouvelle saison difficile, dans l’attente d’une véritable relance du tourisme sur le territoire.

Le retour des baleines à Mayotte relance la vigilance pour protéger une nurserie unique

Le retour des baleines à Mayotte relance la vigilance pour protéger une nurserie unique

Avec les premières observations de baleines à bosse enregistrées la semaine dernière dans le lagon de Mayotte, une nouvelle saison s’ouvre pour ces impressionnants mammifères marins. Mais au-delà du spectacle qu’offre leur présence, ce retour annuel rappelle surtout l’importance de préserver l’une des principales zones de reproduction de l’espèce dans l’océan Indien.

Chaque hiver austral, les baleines à bosse quittent les eaux froides de l’Antarctique, où elles se sont abondamment nourries, pour rejoindre les eaux tropicales de Mayotte. Elles viennent y mettre bas et élever leurs baleineaux durant les premiers mois de leur vie. Pendant tout leur séjour, elles ne s’alimentent pas et vivent exclusivement grâce aux réserves accumulées lors de leur migration.

La présence des cétacés devrait progressivement s’intensifier au cours des prochaines semaines, avec une période particulièrement favorable aux observations entre les mois d’août et de septembre. Cette affluence attire chaque année de nombreux plaisanciers, professionnels du tourisme et passionnés de nature.

Pour autant, cette proximité avec les baleines impose des règles strictes destinées à limiter les dérangements. Les embarcations doivent notamment conserver une distance minimale de 100 mètres avec les animaux, réduire leur vitesse à 5 nœuds dans un périmètre de 300 mètres et ne pas être plus de deux bateaux simultanément autour d’un même groupe. Ces précautions permettent de limiter le stress des femelles et de leurs petits, tout en évitant les risques de collision ou l’interruption de comportements essentiels comme l’allaitement.

Au-delà de leur intérêt touristique, les baleines constituent également un précieux indicateur scientifique. Les observations réalisées en mer, accompagnées de photographies, peuvent être transmises aux associations locales, qui alimentent les programmes de suivi des populations de l’océan Indien. Grâce à l’identification des individus et au recoupement des données collectées au fil des années, les chercheurs améliorent leur connaissance des routes migratoires et de l’état de conservation de cette espèce emblématique.

La saison qui débute est ainsi autant une invitation à admirer ces géantes des mers qu’un rappel de la responsabilité collective de protéger un patrimoine naturel exceptionnel.

Un policier jugé aux assises après trois tirs mortels à Tsararano

Un policier jugé aux assises après trois tirs mortels à Tsararano

Un policier de la brigade anti-criminalité (BAC) comparaît depuis ce lundi devant la cour d’assises de Mayotte pour des violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Les faits remontent au 13 juillet 2022, lors d’une opération montée pour interpeller un homme activement recherché pour des faits criminels de viols sur mineur. Le procès doit se dérouler sur deux jours, avec un verdict attendu ce mardi.

Ce jour-là, les policiers pensent tenir leur cible. L’homme, connu sous le surnom d’« Hibou », aurait trouvé refuge dans un banga près de la rivière de Tsoundzou. Pour le faire sortir, une opération est montée autour d’un faux taxi clandestin. L’idée est de lui faire croire qu’il peut quitter Mamoudzou pour rejoindre Sada, avant un départ vers les Comores.

Le dispositif se met en place aux abords du restaurant La Guinguette, à Tsoundzou. Après le désistement du conducteur initialement prévu, les policiers trouvent un chauffeur civil au bord de la route pour conduire le faux taxi clandestin. « Hibou » s’installe à l’arrière. À l’avant, côté passager, prend place l’informateur qui a servi d’intermédiaire.

Le taxi s’engage ensuite sur la RN2, en direction de Sada, encadré par deux véhicules transportant chacun un binôme de policiers. Faute de voiture disponible, les fonctionnaires ont fait appel à un journaliste de Mayotte la 1ère, qui met l’un de ses véhicules à disposition, conduit par sa femme. À Tsararano, un premier véhicule se place à contresens pour stopper le faux taxi. Le second arrive par l’arrière. Pris en tenaille, le taxi s’immobilise.

Aux premières loges, le journaliste filme l’interpellation du présumé violeur en série. Les policiers, cagoulés, progressent alors arme au poing vers la voiture.

C’est à ce moment que la situation bascule. Selon les éléments du dossier, l’homme recherché se serait porté plusieurs coups de couteau au ventre avant de retourner son arme sur un agent de la BAC. Trois coups de feu sont tirés par le policier aujourd’hui jugé. L’un touche la main, un autre atteint la portière, et un projectile traverse le poumon et l’aorte. L’homme est déclaré mort à 16h45 par le Smur. Selon l’autopsie, les plaies pulmonaires et aortiques sont à l’origine du décès.

Au cœur du procès figure donc la question de la légitime défense. L’accusé l’assure : « Je n’ai pas tiré pour tuer. J’ai tiré pour sauver quelqu’un car le chauffeur était à l’intérieur du véhicule et il était menacé. » L’accusation, elle, pointe des versions fluctuantes, des contradictions avec les constatations balistiques et l’existence d’autres options que l’usage de l’arme à feu, notamment les tasers dont les policiers étaient munis. La question d’un premier tir de sommation a aussi été abordée. Sur ce point, le directeur d’enquête a été catégorique : « Les sommations étant verbales, les tirs de sommation n’existent pas. ». « Si je comprends bien, tirer en l’air n’existe pas, hormis dans les films de cow-boy », résume la juge assesseure.

Le policier est également poursuivi pour avoir, selon l’accusation, ordonné ou accompli un acte attentatoire à la liberté individuelle. En cause : le traitement réservé à l’informateur, maintenu une nuit entière dans les geôles du commissariat sous couvert d’une procédure liée au séjour, alors qu’il aurait été utilisé pour préparer l’embuscade « en contrepartie d’un hypothétique titre de séjour. » Des échanges WhatsApp versés au dossier mettent en lumière les pressions exercées pour qu’il livre des informations sur la personne recherchée : « J’ai tout essayé pour lui retourner le cerveau, il est rodé ce type. » Plus loin : « Je viens d’intercepter le GAO ( NDLR : groupe d’appui opérationnel de la police aux frontières qui aurait dû transférer l’individu au centre de rétention administrative en vue de son éloignement ) pour qu’ils ne le prennent pas. Le gars est toujours au chaud. »

À la barre, l’accusé a contesté fermement être lié à cette seconde infraction. Il a aussi expliqué ses différentes versions par un « stress post-traumatique sévère » après l’usage de son arme.

L’enquête, confiée à la section de recherches de la gendarmerie après le refus de l’IGPN, a aussi mis en évidence une opération préparée au bar le 5X5, en marge du cadre habituel : La gendarmerie n’avait pas été informée alors que l’interpellation se déroulait dans sa zone de compétence. Une absence d’information qui a nourri les questions à l’audience sur une possible rivalité, compétition ou animosité entre services dans la course à l’interpellation de l’homme recherché.

La défense insiste, de son côté, sur la dangerosité de l’individu. Interrogé par l’avocat, le major de gendarmerie a reconnu qu’il était alors considéré comme « l’ennemi public numéro 1 » à Mayotte, avec une « dangerosité +++ ».

Ce procès prend une résonance particulière alors que l’Assemblée nationale doit examiner, ce mardi 7 juillet, une proposition de loi portée par le député LR Éric Pauget, visant à reconnaître une présomption de légitime défense aux forces de l’ordre. Dans le droit actuel, cette présomption n’existe pas pour les policiers dans l’exercice de leurs fonctions : la cour doit apprécier concrètement si l’usage de l’arme répondait à une nécessité absolue et s’il était strictement proportionné à la menace.

Le texte débattu à Paris changerait le point de départ du raisonnement : le policier serait présumé avoir agi en état de légitime défense, sauf si l’enquête démontre un usage manifestement disproportionné ou contraire à la nécessité absolue. Un débat national qui fait directement écho au dossier examiné aux assises de Mamoudzou, où l’accusé affirme avoir tiré pour sauver une vie, tandis que l’accusation conteste le cadre et les conditions de l’intervention.

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