« J’insiste, ce sont des parcelles qui appartiennent au cadastre à des Français d’origine mahoraise. » Le préfet de Mayotte a lancé hier matin, à Labattoir, la cinquième opération de l’année de lutte contre l’habitat indigne et les flux financiers illicites. Quatre propriétaires de parcelles contenant une dizaine d’habitations de fortune auront à s’expliquer devant la justice. Des sommes d’argent ont été saisies au cours de cette opération et leur provenance sera déterminée par des enquêtes judiciaires.
« Kinguiya » est une opération à visages multiples qui peut notamment intégrer des actions du Codaf, dont la lutte contre les marchands de sommeil. C’est dans ce cadre qu’une opération, préparée depuis de longues semaines, s’est déroulée aux premières heures du jour, hier mardi, dans le quartier « Ciné 2000 », à cheval entre les communes de Dzaoudzi-Labattoir et Pamandzi. « Cela nous permet de démontrer qu’il y a des parcelles appartenant à des Mahorais et qui sont louées dans des conditions insalubres », a expliqué à la presse le préfet François-Xavier Bieuville, présent sur les lieux aux côtés des forces de gendarmerie.
La zone en question avait précédemment fait l’objet d’investigations de la gendarmerie, grâce auxquelles les autorités avaient réussi à identifier les propriétaires de quatre parcelles (répertoriées au cadastre), appuyées par une enquête sociale permettant d’identifier les familles d’origine étrangère qui y résident (dont certaines en situation irrégulière).
« C’est d’abord une opération Codaf de lutte contre l’habitat insalubre ; voyez vous-mêmes : ce sont des habitations qui ne sont pas reliées correctement à l’électricité, avec des dangers apparents, une eau non contrôlée. C’est donc, premièrement, une opération de lutte contre l’habitat indigne », a insisté le préfet.
Le lien ayant été établi entre les propriétaires et les occupants des lieux, un certain nombre d’infractions ont pu être relevées sur le plan judiciaire lors de la préparation de l’opération d’hier matin. Des poursuites judiciaires vont être engagées afin que les responsables puissent être condamnés.
Une somme d’argent liquide ayant été saisie au cours de cette opération, une deuxième phase, dite d’enquête judiciaire, va démarrer avec pour objectif de démontrer l’existence de locations illégales de bâtiments, sans déclaration de revenus au fisc et en infraction avec les codes de l’urbanisme et de l’habitation, notamment en matière d’accès à l’eau et à l’électricité.
François-Xavier Bieuville prévient que la démolition de ces habitations de fortune ne saurait tarder. Des relogements seront proposés aux personnes éligibles dans le cadre de la loi Élan. Des résidents de ce quartier informel en situation irrégulière ont été appréhendés et feront l’objet d’une reconduite à la frontière.
Sur les quatre parcelles concernées, les autorités ont identifié une dizaine d’habitations. Dans une note adressée à la presse quelques heures plus tard, la préfecture a indiqué avoir comptabilisé 145 opérations Codaf depuis le début de l’année, celle d’hier matin étant la cinquième spécifiquement consacrée à la lutte contre les marchands de sommeil. Ces opérations auraient mobilisé 840 agents appartenant à différents services de l’État (police, gendarmerie, inspection du travail, douanes, DRFIP, DGCCRF, DEETS, DAAF, DEALM, OFB, ONF, CSSM, URSSAF, ARS).
« L’année 2026 se caractérise également par une intensification des contrôles et un élargissement des champs d’intervention. » La préfecture indique clairement que de nouveaux domaines identifiés vont s’ajouter aux cibles traditionnelles que sont la restauration, le bâtiment, les flux financiers et la protection de l’environnement. Prochains secteurs susceptibles de faire l’objet de contrôles du Codaf : les auto-écoles, les taxis clandestins et les établissements de transfert d’argent.
Journaliste politique & économique



































