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Mayotte : les braconniers de Papani condamnés à deux ans de prison ferme en appel

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Relaxés pour vice de procédure, les deux hommes qui avaient été interpellés sur la barge en avril alors qu’ils transportaient 65 kilos de viande de tortue ont été jugés en appel jeudi. Absents lors de l’audience, ils ont écopé d’une peine de deux ans d’emprisonnement et sont condamnés à verser 1.000 euros de dommages et intérêts à chaque partie civile, à savoir des associations environnementales et le conseil départemental. Une peine inédite. 

Après plusieurs dizaines de minutes de délibération, les trois juges regagnent enfin la petite salle d’audience de la cour d’appel de Mamoudzou. Les yeux rivés sur les magistrats, les représentants des associations environnementales et du conseil départemental retiennent leur souffle, dans l’espoir que la peine prononcée contre les braconniers de la plage de Papani, jugés puis relaxés en comparution immédiate trois mois plus tôt, soit à la hauteur des faits qui leur sont reprochés. Enfin, le jugement tombe : les deux hommes sont condamnés à deux ans de prison ferme et doivent en sus verser 1.000 euros de dommages et intérêts à chacune des quatre parties civiles. Une victoire pour les Naturalistes, Oulanga Na Nyamba, Sea Shepherd France et la collectivité territoriale. À l’autre bout de la salle, Loïc Thouvignon, chef du service départemental de l’office français de la biodiversité (OFB), et témoin clé dans l’affaire, esquisse un sourire. Lui qui vit et exerce sur l’île depuis près de 20 ans ne se souvient pas avoir un jour entendu plus lourde condamnation dans ce genre de procès. Un procès auquel les prévenus ne se sont pas présentés, empêchant de facto leur avocat de plaider, et donc, de faire valoir l’exception de nullité qui, en premier instance, leur avait permis d’échapper à la justice. Ils font désormais l’objet d’un mandat d’arrêt. 

Le 28 avril, plusieurs agents du STM remarquent, sur la barge, une odeur nauséabonde qui semblerait se dégager de lourds sacs, portés par plusieurs individus. Ils préviennent alors immédiatement les affaires maritimes, qui passent elles-mêmes le relais à la brigade de gendarmerie de Petite-Terre. L’amphidrome est rappelé à quai, à Dzaoudzi. Deux de ses passagers, identifiés comme les porteurs des cabas suspects sont interpellés. L’office français de la biodiversité intervient à son tour et examine le contenu des sacs. « Deux foies et deux appareils digestifs de tortues vertes », rappelle Loïc Thouvignon devant les magistrats. « Quel âge avaient ces tortues ? », interroge le juge. « Sûrement une vingtaine d’années. C’était deux adultes, de taille assez importante. » 65 kilos de viande seront ainsi saisis. 

Libérés malgré leurs aveux 

Les mis en cause sont conduits au commissariat le jour même. Dès le début de leur garde à vue, ils admettent avoir tué et dépecé les animaux la veille, sur la plage de Papani en Petite-Terre, avant de cacher leur chair encore fraîche dans un champ à proximité, en attendant, devine-t-on, de pouvoir livrer le commanditaire. Face aux enquêteurs, l’un des deux suspects reconnaîtra même qu’il s’agit de son troisième acte de braconnage depuis le début du confinement. À la vue de ces aveux, la culpabilité des hommes semble clairement établie. Pourtant, le lendemain, ils sortiront de leur comparution immédiate libres, relaxés pour vice de procédure, puisqu’ils n’avaient pas eu le droit d’être assisté par un avocat lors de leur garde à vue. Si cette disposition est en effet prévue par la loi, l’état d’urgence sanitaire avait permis, dès le début du confinement, d’y déroger. 

« Les débats ont été, en première instance, un petit peu rapides », a ainsi estimé jeudi l’avocate générale, Maître Lacroix. « Si les prévenus sont absents aujourd’hui, c’est peut-être qu’ils ont peur. C’est un honneur pour Mayotte d’avoir autant d’espèces protégées, et c’est un devoir pour chacun des les respecter », a-t-elle plaidé avant de requérir un an de prison ferme contre chacun des accusés. C’est finalement le double qui sera prononcé. Pourtant, « d’aussi lourdes condamnations dans le cadre d’une affaire de braconnage étaient jusqu’alors très rares », se souvient le chef départemental de l’office français de la biodiversité. En effet, jusqu’en janvier dernier, les braconniers reconnus coupables ne pouvaient s’exposer à une condamnation plus lourde. Or, dans les tribunaux français, les peines maximales sont rarement appliquées. Mais, depuis maintenant six mois, cette durée a été revue à la hausse pour finalement être fixée à trois ans. De quoi réprimer un peu plus les auteurs de chasse illégale. « Le verdict est enfin à la hauteur des enjeux », sourit Michel Charpentier, président des Naturalistes. 

À Mayotte, le réseau d’échouage des mammifères marins et tortues estime qu’au moins un braconnage a lieu chaque nuit, moment privilégié pour la ponte. Un phénomène qui impacte inévitablement la biodiversité de toute la région, les tortues nées à Mayotte nageant dans les eaux africaines et malgaches, avant de revenir pondre sur la plage où elles ont elles-mêmes vu le jour. « Cette nuit-là, ils (les braconniers, ndlr) ont guetté les tortues venues pondre, venues participer à la régénération de l’espèce. Et celles-ci se sont retrouvées face à des hommes venus les exterminer. Ils ont dépecé les animaux alors qu’ils étaient encore vivants, et c’est parfaitement assumé ! », a défendu jeudi l’avocate de Sea Shepherd, Maître Mattoir. Désormais, c’est aussi parfaitement condamné.

La mixité, une spécificité de Mayotte

Après le budget des ménages la semaine dernière, l’Insee livre les résultats de sa deuxième enquête basée sur le recensement de 2017. Cette fois, ce sont les couples du territoire qui sont étudiés. Un chiffre ressort tout particulièrement : un tiers des couples de l’île sont mixtes. 

Les études se suivent… et ne se ressemblent pas toujours. Après le budget des ménages la semaine dernière, c’est en effet un tout autre sujet que l’Insee a présenté hier : le profil des couples, conclusion d’une étude toujours basée sur le recensement de 2017. Évidemment, compte tenu du sujet, seuls les habitants de l’île de 14 ans ou plus ont été pris en compte ici. Et c’est là une première donnée : la moitié des habitants de Mayotte de cette catégorie vit en couple, sous un même toit. Ce n’est toutefois pas le chiffre le plus parlant. Point par point, voilà ce qu’il nous faut retenir. 

Un tiers des couples sont mixtes 

C’est sur cette donnée – 29% pour être précis, soit 37.600 couples – que l’Insee a choisi de titrer. Et pour cause : la mixité à Mayotte est bien plus fréquente qu’en métropole, où seuls 12% des couples sont concernés. Attention toutefois, on n’entend pas là une mixité de couleurs ou d’origine, mais de nationalité. Ainsi, un couple considéré comme mixte aux yeux de l’étude est composé d’une personne née en France – que ce soit en métropole ou à Mayotte – et d’une personne née à l’étranger. Explication de ce constat : « la part plus importante de résidents d’origine étrangère » à Mayotte par rapport à la métropole. Si ce taux de 29% reste stable depuis 2012, un autre augmente en revanche très fortement : celui des couples composés de deux personnes nées aux Comores. Une augmentation de 10 points à imputer à « une immigration importante » qui porte à 42% le taux de couples où les deux conjoints sont nés à l’étranger, ceux-ci étant nés « essentiellement aux Comores ». À l’inverse, la part des couples unissant deux personnes nées en France perd huit points et, au sein de ceux-ci, seuls 2% des couples sont composés d’un natif de Mayotte et d’un natif d’un autre département. Enfin, 58% des couples sont composés d’au moins un conjoint né en France. 

Des femmes plus souvent célibataires après 30 ans 

Si les femmes débutent leur vie de couple très tôt à Mayotte – 7% d’entre elles vivent déjà en couple entre 14 et 19 ans, contre seulement 2% en métropole –, elles demeurent moins souvent en couple après 30 ans : 63% à Mayotte contre 70% en métropole. Et cette différence s’accentue au-delà de 35 ans. Le contraire des hommes qui, en ce qui les concerne, vivent peu en couple avant 25 ans, mais le sont de plus en plus au-delà : 50% des 25-29 ans (contre 45% en métropole) et 80% au-delà (contre 70% en métropole). Globalement, les femmes vivent moins souvent en couple que les hommes : 46% des femmes et 54% des hommes. Constat identique en métropole : 55% des femmes et 60% des hommes). 

Un écart d’âge deux fois plus grand qu’en métropole 

De ce précédent constat en découle un autre : les écarts d’âge entre conjoints et conjointes sont élevés à Mayotte avec huit ans d’écart en moyenne, contre quatre ans en métropole. Et dans huit couples sur dix, c’est l’homme qui est plus âgé que sa conjointe. Cet écart dépasse même 15 ans dans 12% des cas. Des écarts élevés qui concernent le plus souvent les couples dont l’homme a plus de 60 ans : 33% des hommes en couple âgés de 60 à 74 ans vivent ainsi avec des femmes d’au moins 15 ans plus jeune, contre à peine 4% en métropole. Dans le détail, l’écart d’âge moyen entre conjoints est de 10 ans dans les couples mixtes, de huit ans dans les couples étrangers, et de sept ans dans les couples français. 

L’enfant, suite logique à la vie de couple 

C’est là une autre spécificité forte du département : seulement 17% des couples vivent sans enfants, contre 50% en métropole. L’âge de maternité est également plus bas à Mayotte, et la mise en couple s’accompagne très souvent de l’arrivée d’un enfant, même lorsque les conjoints sont très jeunes : seuls 33 % des couples dans lesquels la femme a moins de 20 ans vivent sans enfant, contre 80 % en métropole. En ce qui concerne les couples composés de conjoints nés tous les deux à l’étranger, seuls 11% des couples n’ont pas d’enfant. Une part bien plus élevée pour les couples unissant deux personnes nées en métropole et qui vivent à Mayotte puisqu’elle est de 50%. 

Des profils au même niveau d’instruction 

Dernier constat : les personnes qui vivent en couple ont souvent le même niveau d’instruction. 70 % des conjoints ont en effet le même niveau de diplôme, « alors que la probabilité que deux personnes de sexe différent prises au hasard parmi l’ensemble des habitants de Mayotte aient le même niveau de diplôme n’est que de 52 % ». « En particulier », rajoute l’Insee, « 7% des couples sont formés de deux personnes diplômées de l’enseignement supérieur, alors que la probabilité théorique que deux personnes de Mayotte soient diplômées du supérieur n’est que de 1 %. » Un profil statistique qui se retrouve également sur la question de l’emploi : « Deux conjoints ont bien plus souvent le même statut face [à lui] (68%) que deux personnes prises au hasard dans l’ensemble de la population (59 %). » En métropole, 51 % des conjoints ont le même niveau de diplôme, et 78 % ont le même statut d’emploi.

Munia Dinouraini, une benjamine prête à redistribuer les cartes de la politique

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Novice en politique, la benjamine de 27 ans du nouveau conseil municipal de Mamoudzou, membre de la majorité, ne veut pas faire de la figuration au cours des six prochaines années. Au contraire, elle compte bien jouer des coudes pour se faire entendre et défendre ses dossiers avec hargne. Portrait d’une enfant de M’Tsapéré, prédestinée à un tel engagement. 

12h30. Munia Dinouraini pousse la porte de la BRED. Sa longue chevelure s’envole dans la bourrasque de l’appel d’air, tandis que son large sourire, pigmenté d’un rouge à lèvre, rayonne depuis l’obscurité. « N’oubliez pas le gel hydroalcoolique à l’entrée », signale la responsable clientèle particulier, tout en se rendant en direction de son bureau. Du haut de ses 27 ans, la benjamine du nouveau conseil municipal de Mamoudzou dégage une certaine aisance et une assurance déconcertante à l’heure de son « premier entretien » post-élection, mais aussi une ressemblance frappante avec Michelle Obama dans son tailleur bleu. Des vertus qui expliquent peut-être la nouvelle corde à son arc ? Pas vraiment. « Cette fibre politique », comme elle aime le répéter, elle la tisse depuis bien plus longtemps. Revenue sur son île natale en juin 2018 pour passer les vacances, la jeune diplômée de l’ESSEC, la grande école de commerce de Cergy, doit repartir quelques semaines plus tard pour travailler dans le consulting à Londres. Mais une réflexion auprès des siens chamboule alors ses plans professionnels. « Mon père m’a expliqué que pour devenir quelqu’un, il faut être chez soi. Il est important d’avoir la reconnaissance de ses pairs et de pouvoir participer au développement de son territoire. » Ce discours sonne alors comme une évidence pour Munia Dinouraini. « À partir de là, j’ai eu cette envie de m’engager en politique. » Une volonté également nourrit par son appétence pour l’essayiste américain, Anthony Robbins, dont les ouvrages lui permettent de « m’améliorer en tant que personne ». Profondément intéressée par le développement personnel, elle considère que « la vision du bonheur est la contribution à autrui, le sentiment d’avoir pu aider sa communauté ». L’essence même de l’engagement politique en soi. 

Elle s’engage alors aux côtés de M’Colo Mainty Dhinouraine et rejoint le Mouvement pour le Développement de Mayotte. Là voilà propulsée en deuxième position sur la liste du candidat à la mairie. Son âge ? « Un atout », rétorque-t-elle du tac au tac. « Le MDM s’est très peu renouvelé ces dernières années. Depuis le combat pour la départementalisation, il avait du mal à trouver un nouveau souffle. Avec Soiyinri Mhoudoir, l’autre « jeune », on nous a tout de suite offert la possibilité de prendre la parole durant les meetings », souligne celle qui a participé à la gestion de la communication au cours de la campagne. Une manière pour le parti de redorer son blason, englué dans des tensions internes depuis de longs mois, mais aussi de préparer les prochains scrutins, en plaçant ses nouveaux talents sur le devant de la scène. L’entre-deux-tours marque le ralliement du MDM au LR d’Ambdilwahedou Soumaila. Une coalition qui ne freine pas les ardeurs de Munia Dinouraini. Figure marquante, elle devient officiellement adjointe lors de l’investiture de dimanche dernier. 

Les finances ou l’insertion dans son viseur 

Moins d’une semaine plus tard, il est encore trop tôt pour connaître son futur rôle au sein de la municipalité. « J’ai envoyé mes délégations de prédilection », sourit l’ancienne responsable achat chez Bourbon distribution. Et tout naturellement, son regard se pose sur un poste « très prisé », à savoir les finances. Une attribution qui peut coller à son parcours estudiantin, marqué par la gestion et le marketing international, qui lui a notamment fait découvrir Singapour. L’autre domaine qui l’attire tout autant ? L’insertion des jeunes, avec qui elle a longuement échangé au cours des derniers mois. « L’oisiveté extrême dans laquelle ils sont m’a vraiment touché ! » Pour leur venir en aide, il lui apparaît nécessaire de subventionner des centres dédiés, pour former aux métiers du sport, de l’art et de la culture dans l’optique de « pouvoir en faire des champions », et d’insister sur la formation. Une ambition qui demande énormément de moyens… « L’idée serait d’être épaulée par une structure pour monter ces dossiers d’envergure et qui ne serait là que pour chercher des financement, tels que le fonds social européen. » D’ici là, elle réfléchit déjà à créer une association dans ce sens-là. 

Ambitieuse, Munia Dinouraini veut aller vite et loin, quitte à bouger l’échiquier politique. « S’il faut que je tape à la porte des personnes concernées pour que mes projets aboutissent, j’irai sans problème. Je les défendrai avec hargne ! », insiste l’habitante originaire du quartier de Mandzarisoa à M’Tsapéré. Travailleuse, elle souhaite marquer son territoire dès le début pour ne pas se faire marcher sur les pieds, quitte à aménager ses horaires à la banque populaire pour s’investir à 100% dans ses nouvelles fonctions. « Ambdil porte beaucoup d’espoir sur moi, je n’ai pas envie de le décevoir », souligne l’aînée d’une fratrie de sept enfants, qui a conscience de la pression sur ses épaules. « Il faut que je redouble d’effort pour démontrer que je mérite ma place. » Et à ce petit jeu-là, pas question de faire les choses à moitié. Celle qui se définit comme carriériste veut être une élue de proximité et surtout à l’écoute de ses administrés. « Je ne vais pas fermer ma porte à double tours ou changer de numéro. » Au contraire : « Mon apparence et mon âge pourraient donner l’impression que je ne compte pas m’investir. Je vais travailler sur mon image pour faire en sorte que je sois respectée à ma juste valeur ! » Une poigne de fer dans un gant de velours ?!

Un quartier en feu à Trévani, Mayotte

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C’est une vraie scène de guérilla qui s’est déroulée dans la nuit de mercredi à jeudi à Trévani. Le quartier appelé Troca était en feu. L’incendie a volontairement été déclenché par une quarantaine de jeunes. Aucun blessé n’est à déplorer, mais des familles se retrouvent sans domicile. 

20h00. Heure du début du cauchemar pour une partie des habitants de Trévani. Selon la gendarmerie nationale, une quarantaine de jeunes armés de coupe coupe terrorisent les passants et habitants du quartier de Troca à Trévani en jetant des pétards sur les voitures et les maisons. La gendarmerie qui patrouillait à Dzoumogné a rapidement été dépêchée sur place. 32 gendarmes mobiles et 12 militaires sont envoyés à Trévani. Ils se retrouvent face à un incendie initié volontairement dans une cour et qui s’est propagé à plusieurs cases en taules. L’incendie a rapidement été maîtrisé par les sapeurs-pompiers mais a laissé de lourdes conséquences. “Nous avons évacué une soixantaine d’occupants. Les gendarmes ont même dû évacuer à dos d’homme les personnes les plus vulnérables avant l’arrivée des pompiers. L’incendie a complètement mis en cendre deux habitations et deux familles ont dû être relogées”, indique le général Philippe Leclercq, commandant de la gendarmerie à Mayotte. La mairie de Koungou a proposé de les installer à l’école maternelle de Trévani, avant de trouver une meilleure solution, mais les familles étaient réticentes selon le DGS de la mairie de Koungou, Alain Manteau. Certaines personnes ont préféré se loger chez des proches. “Sur les 10 personnes qui ont perdu leurs logements, 7 sont allées chez leurs familles à Majicavo et 3 ont été relogées par un adjoint au maire”, précise Alain Manteau. Sur le long terme, la mairie pourrait aider ces personnes à trouver un logement dans la mesure où elles vivaient dans ces cases en taules légalement… 

L’évacuation des habitants et la maîtrise de l’incendie n’ont pas ramené le calme dans le quartier cette nuit-là. Les militaires de la gendarmerie ont tenté d’interpeller les auteurs des faits, en vain. “Ces individus ont continué à être très agressifs envers les gendarmes par jets de pierres comme c’est malheureusement la tradition ici, ce qui nous a conduit à mettre en œuvre les techniques pour les disperser”, évoque le général Leclercq. Le dispositif a été levé vers minuit. Malgré les quatre heures d’intervention, il leur a été impossible d’identifier les jeunes à l’origine de l’incendie mais une enquête judiciaire est ouverte. La gendarmerie ignore les raisons qui ont motivé de tels actes, même si les rumeurs vont bon train sur les réseaux sociaux. 

Une violence disproportionnée ? 

Un scénario similaire s’était produit à Labattoir il y a quelques semaines. Ces actes criminels dépassent l’entendement. “Malheureusement, les raisons sont souvent inconnues. Elles peuvent être multiples mais la plupart du temps elles sont totalement disproportionnées par rapport à la manière dont ces conflits sont résolus”, regrette le commandant de la gendarmerie. En effet, un simple vol de chien ou de vélo peut mener à une riposte d’une violence inouïe. “Ce sont des bandes qui sont extrêmement volatiles, qui agissent par regroupement de circonstance et il n’y a pas beaucoup de logique derrière tout ça. Ils sont juste dans la recherche de l’affrontement et de l’affirmation d’une autorité territoriale”, ajoute le général Leclercq. Encore une fois, ce dernier appelle tous les acteurs à trouver une solution efficace, car la gendarmerie ne peut pas s’en charger seule. 

Elle est pourtant dans la ligne de mire de ces jeunes qui multiplient les actes de provocation pour attirer les gendarmes. “Le niveau d’exposition des militaires de la gendarmerie à Mayotte est de très haute intensité. Mais on continuera tant que cela sera nécessaire. Personne chez nous ne se laisse désabuser ou abattre”, affirme fièrement le commandant de la gendarmerie. Même si cela signifie qu’ils doivent sacrifier des nuits à ces missions qui blessent leurs troupes.

Protection des tortues à Mayotte : une affaire d’environnement, et l’affaire de tous

Alors que les deux braconniers arrêtés quelques mois plus tôt, puis relaxés pour vice de procédure, seront rejugés ce jeudi, les Naturalistes ont dévoilé leurs prochains projets. Objectif : sensibiliser le plus grand nombre à la protection des tortues marines, et poursuivre, dans la durée, les opérations de suivi des populations. 

Les associations environnementales retiennent leur souffle. Ce jeudi, les deux braconniers de la plage de Papani, surpris alors qu’ils transportaient de la viande fraîche de tortue, retourneront au tribunal où ils seront jugés en appel. Courant avril, ils avaient été relaxés in extremis pour vice de procédure. Depuis, et alors que le confinement avait marqué une recrudescence des actes de braconnage, ceux-ci sont repartis encore de plus belle. « Comme une partie des forces de l’ordre était mobilisée sur autre chose, les braconniers avaient le terrain complètement libre et là, ça leur a donné un sentiment d’impunité », souffle Michel Charpentier, président des Naturalistes, l’une des parties civiles dans cette affaire. Concernant les deux mis en cause, ils encourent des peines maximales de deux ans d’emprisonnement ferme et de 150.000 euros d’amende. 

En sus des dizaines de corps retrouvés sur la petite plage de Moya, au cours des quatre derniers mois, l’association a recensé plus d’une douzaine de cadavres ou de traces de braconnage à Saziley, où elle mène, deux nuits par semaine, des opérations de surveillance et de suivi des populations, ces plages étant l’un des sites de ponte les plus actifs de l’île. C’est donc tout naturellement que la communauté de communes du Sud a été choisie par les Naturalistes pour accueillir pendant neuf mois, à compter de juillet, le projet Life4Best financé par l’Europe. Ainsi, jusqu’au mois de mars 2021, 12 conférences aux thématiques différentes se tiendront dans toutes les localités du secteur pour sensibiliser le grand public à la protection des tortues marines, du braconnage jusqu’aux bonnes pratiques d’observation. D’autres activités de plus grande ampleur, comme des « voulé naturalistes », se tiendront pour attirer l’attention des élus, des techniciens et des partenaires financiers notamment. 

Une centaine de sites potentiels de ponte 

« Nous (les Naturalistes, ndlr) sommes très motivés, mais quand bien même nous doublerions nos capacités, cela serait encore très insuffisant », défend Michel Charpentier. D’où l’intérêt de sensibiliser les habitants et de mener en amont des opérations auprès des scolaires et des travaux pratiques sur les plages de ponte. « La surveillance et la protection ne peuvent pas être l’affaire que des associations ou des pouvoirs publics. Il y a à Mayotte une centaine de plages qui sont potentiellement des sites de ponte et seules les plus fréquentées peuvent être vraiment surveillées par les associations… », déplorent encore les Naturalistes. 

L’année dernière, l’association avait dû abandonner son opération de suivi à Saziley après seulement quelques mois, faute de fonds. Un projet qui a été relancé au mois de février, avec cette fois pour objectif de poursuivre les bivouacs réguliers de suivi sur un an et demi, afin de déterminer plus précisément les périodes de pics et de creux de ponte, et par conséquent, d’estimer un peu mieux les populations de tortues qui fréquentent le lagon. Mais la structure espère pouvoir aller plus loin et devrait déposer d’ici quelques jours une note de concept pour un second projet européen, qui s’étalerait cette fois sur cinq ans, en partenariat avec l’association Oulanga Na Nyamba et le centre de recherche et de soins Kélonia, basé à Saint-Leu, sur l’île de La Réunion. 

La fête de la mer et des littoraux débarque à Mayotte 

Du 17 au 19 juillet, Mayotte, à l’instar de tous les autres départements, accueillera la seconde édition de la fête de la mer et des littoraux. Cette année, les Naturalistes se mobilisent autour de différents thèmes, comme la pollution par les déchets plastiques, la découverte du milieu naturel au sens large et son évolution. Ainsi, différentes opérations se tiendront sur les plages de Saziley ainsi qu’à M’Tsamboro, où un focus sera fait sur le projet Leselam, ou lutte contre l’érosion des sols et l’envasement du lagon. Parallèlement, les bénévoles ont commencé à ramasser différents déchets, lors des bivouacs de surveillance dans le Sud, qu’ils revaloriseront, dès la rentrée prochaine, avec les jeunes de l’île.

Ali Nizary, président de l’UDAF à Mayotte : l’indispensable développement des CCAS

À la suite du scrutin municipal, le président de l’Union départementale des associations familiales (UDAF), Ali Nizary, a adressé une lettre aux communes de l’île. Il y rappelle l’importance des centres communaux d’action sociale (CCAS) à Mayotte et la nécessité de leur donner toute leur place au sein de la société. Un travail qui doit être soutenu pour répondre aux nombreux enjeux sociaux du département. 

Flash Infos : À l’issue de ces élections municipales, l’UDAF demande aux communes – et en particulier aux nouveaux maires – que l’accent soit particulièrement mis sur les CCAS. Vous dîtes que ces organismes correspondent particulièrement bien à Mayotte… 

Ali Nizary : Les CCAS développent l’action sociale des communes, et ce sont elles le premier échelon pour les familles, le premier service de proximité. Quand les familles ont un problème, c’est donc vers les CCAS qu’elles se tournent. Ensuite, ils développent en leur sein une série de dispositifs pour permettre aux familles de s’informer, mais aussi de trouver des solutions à leurs problématiques. C’est vraiment une porte d’entrée pour elles. C’est pour cela que nous insistons afin que les CCAS soient suffisamment équipés et outillés : il ne faut pas que les familles soient perdues. 

FI : Ils sont toutefois relativement jeunes à Mayotte. Que doivent-ils améliorer ? 

A. N. : Ce qui leur manque, c’est qu’ils soient identifiés par les familles comme étant des services pouvant leur donner les premières informations. De ce point de vue-là, les CCAS doivent encore faire des efforts. Il leur faut aussi des techniciens, des personnes formées, des travailleurs sociaux. Certains n’en ont pas encore, mais c’est indispensable. Quelqu’un qui est formé à cela est plus à même d’identifier la problématique d’une famille, de l’orienter et de l’accompagner. Malgré tout, ces organismes marchent assez bien chez nous pour leur jeune âge, et l’évolution va dans le bon sens. Ils sont composés d’élus et d’associations, et ce couple-là fonctionne bien. C’est pourquoi nous disons aux communes que l’UDAF est toujours là pour impulser le mouvement et pour pousser les associations à prendre leur place au sein des CCAS. Ils sont face à des enjeux qui sont énormes. 

FI : Des enjeux qui se sont révélés prégnants durant la crise sanitaire… 

AN : Tout à fait. Mais les CCAS, le tissu associatif, la communauté, l’engagement citoyen étaient mobilisés. La question de la solidarité dans notre société est une valeur centrale, et elle doit se retrouver au sein des CCAS. 

FI : Vous soulignez l’importance de la vie associative et des initiatives citoyennes sur le territoire. Mais comment structurer tous ces échelons de solidarité ? 

AN : Au sein de l’UDAF, nous avons déjà un travail énorme à mener. Il nous faut sensibiliser le tissu associatif à son rôle et sa place au sein des CCAS. Ils sont aussi là pour écouter les associations et à travers elles, écouter les doléances des familles. Il y quatre types d’associations : celles qui s’occupent des personnes âgées, celles qui s’occupent des personnes handicapées, les associations familiales – fédérées au sein de l’UDAF –, et celles qui luttent contre l’exclusion. Si ces quatre types d’association se mobilisent, alors on peut couvrir la totalité des problématiques que rencontrent les familles. On compte donc organiser d’ici la fin de l’année 2021 une formation financée par l’Union nationale des associations familiales (UNAF), qui donnera beaucoup d’éléments et d’outils aux associations et à leurs rôles dans les CCAS.

À Mayotte, des vacances ludiques et apprenantes pour lutter contre l’oisiveté

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Les vacances d’été auront une toute autre saveur pour les élèves mahorais cette année. Ceux qui le souhaitent pourront participer au dispositif “vacances apprenantes” mis en place par le rectorat. L’objectif est d’apprendre, de consolider les acquis tout en s’amusant. 

Habituellement, les vacances apprenantes ne sont organisées que pour les petites vacances. Coronavirus oblige, l’Éducation nationale a dû revoir sa copie et a prolongé le dispositif aux vacances d’été. Quatre programmes sont proposés par le rectorat et ses partenaires (les mairies, les associations, les différents services de l’État). Stage de réussite, école ouverte, été du pro, colonies apprenantes, chacun a un objectif bien précis mais tous ont la même ligne de conduite : apprendre de façon ludique. “L’idée est de consolider les fondamentaux (lire, écrire, compter et le respect d’autrui) à l’école primaire et les compétences acquises au collège. Tout cela de façon ludique. Si l’enfant rentre chez lui en disant qu’il n’a pas appris, il n’a fait que jouer, alors la mission est accomplie”, explique Balbine Ollier, en charge du dispositif de l’école ouverte. 

Les vacances apprenantes existent dans tout le pays. La consigne nationale veut que les enfants qui ont le plus décroché soient prioritaires lors des inscriptions qui se font sur la base du volontariat. Mais à Mayotte, beaucoup d’élèves sont concernés, alors les établissements privilégient ceux qui sont en fin de primaire pour préparer l’entrée en sixième et ceux qui sont en fin de collège pour préparer l’arrivée au lycée. Avec la crise sanitaire, le nombre d’élèves qui peuvent participer aux différents dispositifs a été revu à la hausse. “Le budget a été multiplié par sept, c’est-à-dire que l’on peut accueillir sept fois les dispositifs qui existaient auparavant. C’est important car plus les élèves feront ces activités ludiques et apprenantes, moins ils seront en difficulté à la rentrée”, selon Balbine Ollier. À titre d’exemple, les cinq établissements scolaires de la ville de Mamoudzou concernés pour l’école ouverte représentent à eux-seuls un montant de 150.000c euros. Petit bémol, toutes les communes de Mayotte ne seront pas couvertes par ces dispositifs. Pour l’heure, seulement quatre collèges et sept écoles primaires ouvriront leurs portes cet été. La région du sud de l’île est la plus déserte. 

L’environnement au cœur des colonies 

L’île a la chance d’avoir une nature très riche et les vacances apprenantes la mettront en valeur. Notamment à travers des colonies non pas de vacances mais éducatives et pédagogiques. Elles sont organisées par la direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS). “Nous allons travailler sur des activités de nature, sur l’écologie, l’environnement, les sciences naturelles et du sport. On essaye d’être un peu plus dans les activités de découverte, grâce à nos associations partenaires”, annonce Patrick Bonfils, directeur de la DRJSCS. 22 séjours d’une semaine à chaque fois sont prévus pour le mois de juillet et début août. Le chiffre est cependant amené à augmenter puisque les organisateurs estiment que ce n’est pas suffisant et souhaitent étaler ces colonies au mois d’août. Les contenus seront plus pédagogiques et les enfants seront sensibilisés aux questions du développement durable, de l’écologie, des problématiques environnementales en général. Ces colonies sont également une aubaine pour les parents qui ne débourseront pratiquement rien. “Les colonies sont majoritairement prises en charge par l’État. Il versera aux associations 500 euros par enfant, et si c’est une mairie qui organise, c’est 400 euros par enfant”, indique Patrick Bonfils. Pour inscrire son enfant, il faut se renseigner auprès du directeur de son école ou directement auprès des associations. Les places seront limitées puisqu’à cause de la crise sanitaire, les colonies ne pourront accueillir que 10 enfants. Le premier arrivé sera le premier servi.

Trois mois de prison avec sursis pour Daniel Zaïdani, dans l’affaire de la SPL 976

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L’ancien président du conseil départemental et actuel conseiller départemental de Pamandzi était jugé avec l’ex-directeur général de la Société publique locale 976 pour des faits d’atteinte à l’égalité des marchés publics. Les deux prévenus ont été reconnus coupables. 

À peine annoncée, la condamnation de Daniel Zaïdani aura fait réagir les réseaux sociaux, déçus par le manque de sévérité de la peine. L’ancien président du conseil départemental a été jugé coupable ce mercredi par le tribunal correctionnel de Mamoudzou, dans l’affaire qui l’opposait ainsi que Saidi Issouf Andrianavélo Kelimanjaka à la Société publique locale (SPL) 976 et au conseil départemental. Les deux prévenus ont écopé respectivement de trois et six mois de prison avec sursis, pour atteinte à la liberté d’accès ou à l’égalité des candidats dans les marchés publics et abus de bien social. Les magistrats ont rejeté les demandes de non-inscription de la peine au casier judiciaire. 

Or pour les commentateurs des réseaux sociaux, il s’agit là d’une condamnation bien clémente, au regard des soupçons qui pesaient sur les deux prévenus. Tout juste auront-ils à s’acquitter des frais de procédure, alors qu’un rapport de la Chambre régionale des comptes déplorait, en 2017, des “recours à des procédures irrégulières” ayant conduit, au total, à “plus de 100.000 euros (…) payés à des prestataires extérieurs sollicités sans publicité ni mise en concurrence préalables”. 

Mais, comme le précise l’avocat de Daniel Zaïdani, un seul fait était reproché à son client dans cette affaire, à savoir la signature d’un bon de 30.000 euros pour permettre la création de la SPL. Pour sa défense, le conseil de l’ex-président cite notamment l’ex-article 28 du code des marchés publics alors en vigueur, qui permettait de passer une commande sans publicité et sans mise en concurrence lorsque « ces formalités sont impossibles ou manifestement inutiles en raison de l’objet du marché, de son montant ou du faible degré de concurrence dans le secteur considéré ». D’après lui, le statut hybride de la SPL, relativement récent au moment des faits, et relevant à la fois du droit privé et public, ne permettait pas une mise en concurrence efficace. 

Aucune action de la SPL 976 n’avait abouti 

Pour bien comprendre le contexte dans lequel la signature de cette commande a eu lieu, il faut remonter à 2012, et à la création de la Société publique locale (SPL) 976. Cet organisme, lancé par Daniel Zaïdani alors président du conseil départemental, avait pour objectif de favoriser le développement économique de Mayotte, d’abord en permettant l’accession à la propriété pour les revenus médians, et ensuite en attirant des financements extérieurs. Les activités de cette société étaient centrées sur des opérations d’aménagement et de construction pour les collectivités locales. Problème : cinq ans après, un rapport de la CRC notait qu’aucun des projets attribués à la SPL 976 n’avait abouti au moment de son enquête. La subvention du Département notamment, d’un montant d’1 million d’euros, versée “en pure perte”, avait donc été détournée de son objet et avait davantage “servi au fonctionnement courant de la structure”. “Entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2016, 1,5 millions d’euros de fonds publics ont été dépensés, dont 71 % pour des charges de personnel, sans réaliser de chiffre d’affaires”, soulignaient aussi les observateurs des comptes publics. 

Des rémunérations douteuses 

En plus de ces irrégularités, le directeur général Saidi Issouf placé à la tête de la structure par Daniel Zaïdani, récupérait les coquettes sommes de 30.408 euros, en rémunération rétroactive versée au titre de l’exercice 2012, ainsi que 16.333,32 euros de salaires sur les mois de novembre et décembre 2012. Le principal intéressé, dans sa réponse à la chambre, ne “contestait plus avoir perçu deux mois de salaires indus”, relevait d’ailleurs le rapport. Et de son côté, Daniel Zaïdani faisait voter en septembre 2014 au conseil départemental une délibération lui autorisant à recevoir une rémunération exceptionnelle de près de 100.000 euros annuel, finalement ramenée à 16.000 euros dans les relevés des comptes courants pour l’année 2014. 

Encore dans le viseur de la justice 

Au vu de cette gestion calamiteuse, la présidente de la SPL 976 issue de la nouvelle majorité du conseil départemental, Bichara Bouhari Payet, décidait en 2015 de porter plainte. Et les conclusions de la Chambre régionale des comptes poussaient finalement le parquet à se saisir de l’enquête en 2017, pour atteinte à l’égalité des marchés publics. Enquête qui s’est soldée par un procès le 1er juillet, et dont le jugement a été rendu ce mercredi 8 juillet. Le parquet comme les prévenus ont vingt jours pour faire appel de la décision. “Pour l’instant mon client hésite”, rapporte Maître Benoît Jorion. Pour lui, cette décision du tribunal est mitigée, car “elle dit en substance “vous n’êtes coupable qu’à moitié”. S’il était innocent, il devait être acquitté, s’il était coupable, il aurait dû y avoir une peine d’inéligibilité”, poursuit-il. “On a vraiment le sentiment qu’il y a une volonté d’attraper un gros poisson, dans cette affaire comme dans d’autres.” 

Il faut dire que cette affaire n’est pas la seule casserole que traîne le médiatique ex-président du conseil départemental, pour des faits datant de la même période. En décembre 2019, Daniel Zaïdani avait été placé en garde à vue pour des soupçons de prise illégale d’intérêts au sujet de la vente d’un terrain familial pendant l’exercice de ses fonctions. Le conseil général avait accordé une subvention à l’acheteur, la mairie de Kani-Kéli, mais c’est l’ex-président qui avait signé la vente pour le compte de sa famille. Et en 2013 et 2017, il était mis en examen pour détournement de fonds publics dans le cadre de la venue du groupe de musique Sexion d’Assaut en 2012 à Mayotte, l’organisation d’un foutari pour ses proches et pour des subventions accordées à des associations détournées des fins pour lesquelles elles avaient été attribuées. Ces affaires n’ont pas encore été jugées.

Sébastien Lecornu remplace Annick Girardin au ministère des Outre-mer

Avec le remaniement ministériel de lundi, c’est un nouveau ministre des Outre-mer qui échoie aux territoires ultramarins. Sébastien Lecornu remplace en effet Annick Girardin, qui récupère pour sa part le ministère de la Mer, recréé sous le gouvernement Castex. 

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un critère déterminant, c’est une surprise : le nouveau ministre de l’Outre-mer, Sébastien Lecornu, n’est pas lui-même ultramarin. Une première depuis 2009. Nommé lundi soir par le nouveau premier ministre, Jean Castex, en remplacement d’Annick Girardin, le désormais ministre référent des Ultramarins aura donc provoqué quelques étonnements parmi lesquels celui du député européen Younous Omarjee (FI) sur son fil Twitter : « Plus d’Ultramarin au ministère des Outre-mer. Vive le temps des colonies ! »

Sans aller jusque-là, le député de Mayotte, Mansour Kamardine, regrette aussi, non pas qu’il ne soit pas Ultramarin, mais qu’il ne soit pas Mahorais. « C’est un point de déception », confirme l’élu en expliquant : « Le gouvernement n’a pas été à même d’assumer le fait que Mayotte soit française. Toutes les collectivités ultramarines ont déjà eu l’occasion d’avoir un ministre à l’exception de Mayotte. Alors j’espérais que cette heure serait venue et qu’un des enfants du département soit nommé au gouvernement. Cela aurait été un signal fort d’intégration de Mayotte dans la République. Ce signal n’est finalement pas venu, mais je ne désespère pas que cela soit le cas un jour. » 

Une origine continentale sur laquelle est revenu Sébastien Lecornu lors de son allocution, hier, à l’occasion de la passation de pouvoir avec son prédécesseur. « C’est déjà largement commenté : je ne suis pas issu d’un territoire d’Outre-mer. [Mais] la République, elle est qu’une. On l’aime et ce n’est pas une affaire de carte d’identité, c’est une affaire de cœur. Et le cœur j’en aurai », a-t-il répondu, mettant un terme à cette mini-polémique.

Car ce n’est pas tant sur ses origines ultramarines ou non qu’un ministre des Outre-mer est attendu, que sur sa capacité à prendre en compte les spécificités de ces territoires dispersés aux quatre coins du globe et qui valent parfois à la France le qualificatif de « pays sur lequel le soleil ne se couche jamais ». Et pour ce qui la concerne, des spécificités, Mayotte n’en manque pas. Ce que rappelle Mansour Kamardine : « L’Outre-mer est plurielle. Chaque territoire est déjà un enjeu en soit, et au milieu d’eux, l’enjeu mahorais est encore plus particulier. » Et pour cause : « C’est le territoire le plus pauvre de France. Cette pauvreté gagne encore du terrain parce que les mesures de fond n’ont pas été prises. Il est donc plus qu’urgent de tenir la promesse d’améliorer les aides sociales à Mayotte et d’étendre les dispositifs qui n’y sont pas encore. Cela a été annoncé pour le 30 décembre, nous sommes en juillet, et ce n’est pas encore fait. Ce chantier doit donc désormais être mené et accéléré. » Pour le député, ce n’est pas tout : « Pour que Mayotte progresse, elle doit aussi s’appuyer sur son économie et les infrastructures qui la soutiennent, comme la piste longue, une université de plein exercice, un réseau routier amélioré, le haut débit, des services publics reparamétrés et mis à niveau, etc. » Et d’espérer voir se mettre en place sous l’égide de ce nouveau ministre « un véritable plan de développement qui parle aux Mahorais. Nos jeunes, face aux difficultés, s’en vont. Nous ne pouvons pas continuer dans cette direction. Mayotte ne saura se construire qu’avec les Mahorais et sa jeunesse ». 

« Attendre des élus locaux »

Un point de vue que le député pourra expliciter directement à Sébastien Lecornu si celui-ci décide de recevoir les élus locaux pour appréhender l’ampleur des chantiers à mener. Si aucun agenda n’est encore prévu en ce sens, il l’a assuré : « Je vais beaucoup attendre des élus locaux d’Outre-mer. (…) L’État a besoin des collectivités territoriales d’Outre-mer et ces dernières ont besoin de l’État. Ces dernières années, quand les uns ou les autres ont pu jouer l’un contre l’autre, ce sont nos concitoyens ultramarins qui ont payé l’addition. Je tends donc la main aux élus locaux afin que nous puissions nous mettre au travail. »

Une annonce attendue car, dans un communiqué envoyé à la suite à cette nomination, le président du conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadani, expliquait sa volonté de « me rapprocher de lui pour évoquer les dossiers stratégiques pour Mayotte et sa population, qu’il s’agisse de la convergence des droits sociaux, du désenclavement effectif de l’île avec la nécessaire piste longue, de la reconnaissance de Mayotte dans sa région avec une participation pleine et entière à la Commission de l’océan Indien (COI), de la transformation du port de Longoni en grand port maritime pour ne citer que ces dossiers importants ».

Des élus locaux dont il connaît par ailleurs bien la fonction. Ancien président du conseil départemental de l’Eure entre 2015 et 2017, Sébastien Lecornu était surtout, jusqu’à sa nomination à la rue Oudinot, ministre en charge des collectivités territoriales depuis octobre 2018. Une responsabilité qui l’aura notamment amené à animer le Grand débat national consécutif à la crise des Gilets jaunes. L’expérience satisfait d’ailleurs quelques élus ultramarins, soulignant, à l’instar de la Guadeloupéenne Josette Borel-Lincertin, sa connaissance des dossiers et son approche d’élu local. 

Girardin prend la mer

Quant à Annick Girardin, elle ne reste pas sans rien puisqu’elle prend la tête du ministère de la Mer, recréé – la précédente institution du genre date de 30 ans – à l’occasion de ce remaniement. Un ministère qui ne sera donc pas tout à fait coupé des Outre-mer, ceux-ci participant largement aux 11 millions de mètres carrés du domaine maritime français. L’ex-ministre des Outre-mer n’a d’ailleurs pas manqué de le souligner, pas plus que d’avoir un mot pour Mayotte, territoire qu’elle aura visité à plusieurs reprises et qui lui aura donné du fil à retordre. « Mayotte, un territoire que j’ai découvert », s’est-elle rappelée lors son allocution de départ. « Un territoire à qui j’ai dit dès les premiers jours qu’il n’avait pas eu l’intérêt qu’il méritait. Je crois pouvoir dire aujourd’hui que nous avons été au rendez-vous de ses difficultés. Il reste du travail mais nous avons avancé. Les moyens sont là, les engagements aussi. Il nous faut finaliser un certain nombre d’actions. » Reste désormais à prendre son successeur au mot.

 

 

Approvisionnements : les effets “boule de neige” du confinement pour les entreprises mahoraises

À Mayotte, très dépendante de l’extérieur pour se réapprovisionner, les entreprises subissent toujours les conséquences du confinement. Outre la distribution alimentaire, des fournisseurs de produits de construction ou ménagers, comme Ballou ou Disma, peinent à assurer leurs stocks. 

Ici, c’est un four micro-ondes qui n’a pas pu sortir à temps de son usine en Chine. Là, un conteneur de voitures qui tarde à débarquer à Mayotte. Après plus de deux mois de confinement, l’heure de la reprise économique tant attendue est enfin arrivée. Mais pour les entreprises, qui, comme Mayotte dans son ensemble, dépendent toujours beaucoup des arrivages extérieurs, la relance reste encore bien timide. En cause d’abord : des retards dans l’arrivée des bateaux. “Les livraisons ne sont pas conformes à ce qui est annoncé, on ne peut pas gérer une entreprise si les délais ne sont pas respectés”, assène Safdar Ballou, le gérant de la société d’électroménager Ballou.

Des conséquences à la chaîne

Si le Covid-19 et le confinement peuvent expliquer une large partie de ces retards, certaines chaînes de production ayant été interrompues ou fortement ralenties, d’autres facteurs pèsent aussi dans la balance. Et visiblement, les compagnies maritimes qui assurent le transport des marchandises depuis la métropole ou l’Asie y sont aussi un peu pour quelque chose. D’après des transitaires, les armateurs qui livrent à Mayotte, comme CMA-CGM ou MSC, ont en effet réduit leur nombre de rotations par mois. Résultat, les délais de livraison sont allongés, et il faut parfois compter jusqu’à 80 jours pour acheminer le conteneur jusqu’au port – contre maximum 60 jours en temps normal. Conséquence du confinement ou non, une escale effectuée en mars à Mombasa au Kenya aurait aussi retardé la livraison de marchandises. “Les compagnies maritimes n’ont pas assez de produits, et c’est l’acheminement vers Mayotte qui pose problème”, résume Safdar Ballou.

Or, tous ces retards finissent par avoir des conséquences “par ricochet” sur l’activité économique. “Mon client, qui est dans la vente de véhicules, attend son conteneur échoué à Mombasa depuis le mois de mars. Et à force d’attendre, certains de ses propres clients finissent par se désister”, relate le gérant de la société de transitaire Adam Transit. Les entreprises, déjà frappées par la crise économique due au confinement, doivent supporter de nouveaux coups durs pour leur trésorerie. “Quand on reçoit dix conteneurs en même temps, cela devient compliqué de tous les sortir du port”, explique Akil Kassamaly, le gérant de Disma. 

Le poids des tarifs portuaires

Car il ne faut pas oublier que les tarifs pratiqués au port restent particulièrement élevés. “Compte tenu de ces tarifs, ce surcoût se ressent particulièrement sur les produits à faible valeur ajoutée, comme les produits de construction – ciment, colle, enduit, carreaux…”, poursuit-il. Rien que pour l’acconage d’un conteneur de carreaux, il faut débourser près de 1.000 euros, d’après lui. “À La Réunion, le même service doit revenir à 300 euros maximum”, chiffre-t-il encore. Et c’est sans compter les coûts de stockage pour l’occupation du terre-plein. Passés les cinq jours de franchise, ces frais peuvent vite monter en flèche. Entre les commandes qui se chevauchent, et la timide reprise de l’activité économique, les entreprises peinent donc parfois à payer leur dû. D’autant plus que les transitaires, qui ont eux-mêmes été fragilisés pendant le confinement, ne leur font plus d’avances. “C’est un effet boule de neige. Nous avons eu des surcoûts et nous avons dû demander un report d’échéances pour les douanes”, rapporte Safdar Ballou.

Heureusement, ces coûts supplémentaires ne devraient pas, pour l’instant, se ressentir sur les prix pratiqués pour les consommateurs mahorais. Une bonne nouvelle, quand on sait qu’avec “les tarifs pratiqués au port depuis 2017, le sac de ciment, par exemple, a pris 10 ou 20 centimes”, note Safdar Ballou. Mais le gérant de l’enseigne rouge se veut rassurant : “Je pense que cet effet boule de neige est en train de se normaliser, et nous sommes plutôt optimistes.” Les bateaux continuent d’ailleurs d’affluer au port ces derniers jours, éloignant la menace d’une rupture de stocks. Du côté de Disma, les commandes, qui ont pu être à nouveau effectuées à partir de la mi-avril, devraient arriver au mois d’août. Et remplir des étagères vidées à vitesse grand V pendant le confinement, parfois par des particuliers… en manque d’occupations ?

MCG déboutée par le Conseil d’État : toujours le flou sur les tarifs au port

Nouvel épisode judiciaire au port de Longoni. Mayotte Channel Gateway a été déboutée le 19 mai dernier par le Conseil d’État dans son pourvoi contre la décision de la cour administrative d’appel de Paris du 22 octobre dernier.

Depuis son arrivée à la délégation de service public, l’entreprise d’Ida Nel fait régulièrement l’objet de contestations au sujet des tarifs élevés qu’elle pratique. En effet, en 2016, le président du conseil départemental avait d’abord approuvé l’ensemble des tarifs proposés par le délégataire, avant de rectifier cette grille en septembre 2016. Le cabinet mandaté CATRAM avait relevé les “pratiques inacceptables”, concernant les tarifs d’utilisation des grues et RTG. Après un recours de l’Union Maritime de Mayotte (UMM) contre l’arrêté du président du conseil départemental validant les premiers tarifs, débouté par le tribunal administratif de Mayotte, la cour administrative d’appel de Paris avait annulé le 22 octobre 2019, l’ordonnance du tribunal administratif de Mayotte, et l’arrêté du président du conseil départemental. Résultat, les tarifs de 2016 concernant les grues et RTG, ne sont plus valides. Et le Conseil d’État vient de confirmer cette décision en déboutant le pourvoi de MCG. Reste à savoir quels tarifs devront désormais être appliqués. Contacté, Jacques-Martial Henry, le chargé de mission d’Ida Nel, botte en touche : “Nous allons voir le jugement du Conseil d’État et se positionner en conséquence.” Le responsable considère toutefois que les tarifs de 2016 correspondent aux investissements réalisés. Et même s’ils sont désormais caduques, Jacques-Martial Henry tient à remettre les points sur les “i”. “La délégation de service public est très claire, si les tarifs ne permettent pas d’équilibrer le budget, il reviendra au conseil général, et donc aux contribuables mahorais, de payer. En aucun cas la DSP ne peut être déficitaire, et encore moins sur des investissements – concernant les grues et RTG – qui ont été validés en 2015”, souligne-t-il.

 

 

Le commandant du PSIG grièvement blessé à Dzoumogné

Nouvelle nuit de tensions à Dzoumogné. Le commandant du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie de Mamoudzou a été grièvement blessé par un jet de pierres lors d’une intervention dans le village du nord, lundi, vers 1h15 du matin. Frappé au visage, il a subi une double fracture de la mâchoire qui lui vaut 45 jours d’incapacité temporaire de travail (ITT) et d’être évacué ce jour à La Réunion pour une opération chirurgicale. Au moment du drame, la patrouille du PSIG de Mamoudzou était à la recherche d’un véhicule qui avait servi à deux individus pour prendre la fuite après une tentative de cambriolage d’un magasin alimentaire spécialisé dans les produits surgelés. “Le PSIG y est allé avec deux autres véhicules et sur le retour, la patrouille est tombée dans un traquenard et des individus ont commencé à les caillasser”, relate le général Philippe Leclercq, commandant de la gendarmerie nationale dans l’île.

Ce ne sont pas là pas les premières violences qui frappent le nord de l’île, ni le village de Dzoumogné. Face aux violences aux abords de leur lieu de travail, les employés du dispensaire exercent leur droit de retrait, depuis vendredi et l’intrusion d’une bande armée dans l’établissement médical. “Le secteur nous mobilise pas mal, et nous faisons en effet le constat d’une prise à partie par des bandes de jeunes qui agissent par désœuvrement ou provocation”, confirme le général Philippe Leclercq. Mais si ce genre de prises à partie peut donner l’impression que les individus cherchent à attirer les forces de l’ordre dans des guet-apens dans le but de les caillasser, le chef de la gendarmerie nationale se veut plus nuancé : “cela peut faire partie du mode opératoire adverse, mais nos unités sont éprouvées à ce type de pratiques et nous essayons d’éviter que des faits imaginaires puissent entraîner une embuscade. Et en réalité, le mode d’action n’est pas si élaboré, et relève davantage de la prise à partie d’opportunités”, souligne-t-il.

 

« Le bac à Mayotte n’a pas été bradé »

Le suspens n’est plus de mise. Tous les bacheliers connaissent les résultats qui concluent une année de bac si particulière. Cette année, le taux de réussite est en hausse chez nous. La bienveillance recommandée par l’Éducation nationale a porté ses fruits.

Les résultats du baccalauréat ont officiellement été dévoilés ce 7 juillet au niveau national. À Mayotte, les bacheliers ont eu le privilège d’être fixés sur leur sort avant les autres comme chaque année. Le taux de réussite de cette année est plutôt satisfaisant sur l’ensemble du pays. Il s’élève à 91,5% au niveau national, avant les rattrapages, soit une augmentation de 13,8 points par rapport à l’année dernière. Chez nous, les chiffres ont également explosé. 80.1% des candidats de la filière générale ont été admis. Le chiffre passe à 76.5% pour la filière technologique et monte à 90.4% pour le bac professionnel. Ces résultats sont encourageants mais il est important de rappeler que l’année scolaire 2018-2019 a été particulièrement catastrophique à Mayotte. Les élèves n’avaient pas pu bénéficier de l’accompagnement nécessaire à cause des grèves. 

Cette édition 2020 est dans le collimateur de certains qui parlent d’un bac au rabais. Une critique que réfute Gilles Halbout, le recteur de l’académie de Mayotte. “Cette année, c’est vrai qu’on a de meilleurs taux de réussite, c’est le résultat de la consigne nationale qui nous demandait d’être bienveillants. Mais le bac de Mayotte n’a pas été bradé.” 

Parcoursup, un indicateur plus explicite

“L’indicateur qu’il faut prendre en compte est le taux d’admission sur Parcoursup parce que les élèves sont admis grâce à leur dossier scolaire et aucune université ou école n’a envie de faire de cadeau, peu importe le contexte particulier de cette année”, rappelle Gilles Halbout. À ce sujet, les lycéens mahorais sont plutôt bien placés. Actuellement 82% des élèves qui ont formulé des vœux ont été acceptés dans l’une des formations qu’ils ont demandées. 95% des candidats du bac général ont obtenu une réponse favorable, 77% de la filière technologique, et 69% de la filière professionnelle. “Cette année, il y a eu un déclic, les formations de l’enseignement supérieur se sont rendues compte que les Mahorais réussissent aussi. On a une visibilité qu’on n’avait pas avant”, se réjouit le recteur.

Mayotte dernier de la classe

Malgré les efforts des élèves mahorais, Mayotte est encore à la traîne. Les taux de réussites sont toujours inférieurs aux moyennes nationales car l’histoire de l’Éducation nationale est plus récente sur le territoire. Les enfants ne sont pas toujours scolarisés en maternelle. De plus, les élèves n’évoluent pas dans les mêmes conditions que ceux de la métropole. Le recteur en est parfaitement conscient et souhaite rattraper le retard même si cela ne se fera pas en quelques années. “Cela passera par la scolarisation de plus en plus tôt. Nous allons également améliorer les conditions de scolarisation, notamment au collège en mettant en place des dispositifs d’adaptation des publics en difficulté pour remettre à niveau les fondamentaux. Enfin, les élèves ne seront plus orientés dans les filières générales par défaut.” En attendant, l’académie de Mayotte souhaite préparer rapidement les bacheliers de cette année à intégrer l’enseignement supérieur et à vivre loin de leurs parents. Chose qui n’a pas été faite à cause du contexte particulier de cette année.

Essais Coviplasm : « Il ne faudrait pas que les Mahorais subissent des choses qu’ils ne comprennent pas »

Les essais thérapeutiques dits Coviplasm n’ont pas encore débuté à Mayotte. Pour autant, les représentants des usagers du système de santé rappellent qu’à l’heure où aucune conclusion définitive n’a été rendue concernant ces tests, il demeurera capital d’informer clairement tous les potentiels candidats. 

Il y a encore quelques semaines, son nom ne parlait qu’à une poignée d’initiés. Désormais, le Coviplasm est sur toutes les lèvres, particulièrement en Guyane et à Mayotte. Les deux départements d’Outre-mer devraient accueillir des centres d’essai thérapeutique visant à transférer du plasma sanguin de patients guéris du Covid-19 à d’autres encore en convalescence. Si pour l’heure, le CHM, en charge d’encadrer ces recherches scientifiques, n’a pas commencé à recenser les premiers cobayes – les tests reposant impérativement sur la base du volontariat –, les associations et les représentants des usagers du système de santé à Mayotte alertent quant aux risques d’une mauvaise communication. 

« Le manque d’information alimente un climat de défiance et interroge sur le respect du consentement éclairé des participants à de tels essais », prévenait déjà quelques jours plus tôt France Assos Santé à propos de la situation sanitaire en Guyane. Il aura fallu peu de temps pour que le relais local de la structure monte à son tour au créneau. France Assos Santé Mayotte (anciennement France Assos Santé océan Indien) a ainsi rappelé aux différents acteurs de santé « qu’il est proscrit de faire la promotion d’une recherche clinique en mettant en avant un bénéfice individuel ou populationnel. Ce bénéfice n’est pas prouvé tant que les résultats définitifs ne sont pas connus ». Or, en l’état, « il est hasardeux de parler de Coviplasm comme d’une « solution thérapeutique » comme on a pu l’entendre. La recherche clinique ne peut et ne doit en aucun cas être considérée et présentée comme du soin », explique les représentants des usagers du système de santé. 

L’importance du « consentement éclairé » 

Ainsi, si tout patient volontaire doit signer un formulaire de « consentement éclairé », attestant qu’il a bénéficié, objectivement et sans pression aucune, d’informations « loyales, claires et adaptées à son degré de compréhension ». Des notions qui devront se heurter à certaines spécificités locales. « Il ne faudrait pas que les Mahorais subissent des choses qu’ils ne comprennent pas », insiste Antufati Hafidou, porte-parole de France Assos Santé Mayotte. Car si les premiers essais déjà menés en métropole et aux États-Unis notamment sont, certes, « prometteurs » selon certains chercheurs, les résultats définitifs n’ont pas encore été publiés par la communauté scientifique. D’où l’importance d’une transparence absolue entre le corps médical et les patients qui accepteraient de participer à ces essais. 

Au début de la crise, l’ARS et les autres institutions ont veillé – parfois tardivement – à une large diffusion des messages relatifs à la santé publique. Mais, plus de trois mois plus tard, France Assos Santé Mayotte, chargé de fournir à tous les usagers du système de santé une aide morale, pratique, financière, sociale ou juridique, estime que pour une partie non négligeable de la population, la compréhension de ces informations aurait été particulièrement longues, du fait de la fracture numérique, de l’état d’isolement de certains, ou encore du plurilinguisme local. « Même les messages traduits en mahorais et en kibushi le sont de façon françisé », s’inquiète Antufati Hafidou. « Il y a encore beaucoup de gens qui ne les comprennent pas. » Depuis que l’épidémie de Covid-19 secoue le territoire, la structure explique intervenir fréquemment auprès de personnes qui ne savent pas, par exemple, comment porter ou laver leurs masques, et ignorent parfois même sa durée de vie – un masque en tissu grand public ne pouvant servir qu’à 30 utilisations. 

« Nous sommes les acteurs les plus proches des usagers », rappelle France Assos Santé Mayotte. « Mais depuis le début de la crise, nous ne sommes pas vraiment pris en compte lorsque nous nous adressons aux autorités pour demander des moyens plus adaptés. » Or, aucune information n’a été faite concernant les possibles essais cliniques à venir dans le 101ème département, un scénario que l’association a découvert en même temps que le grand public. Comment, dans ce contexte, pourra-t-elle accompagner les potentiels volontaires ? 

Aucun volontaire à ce jour 

Si la question demeure capitale, le CHM a expliqué, lundi, qu’aucun malade ne s’était encore porté volontaire à ce jour. « Si on n’a pas un échantillon assez grand de candidats, nous ne lancerons rien », a précisé la direction, aucune conclusion ne pouvait évidemment être scientifiquement établie en se basant sur un infime nombre de malades. Mais les premiers essais ne débuteront pas nécessairement dès lors qu’un premier patient acceptera de participer aux essais Coviplasm. « Sur le principe, la direction et les médecins sont d’accord, mais il y aussi l’opinion publique qui joue son rôle puisque le sujet est devenu politique… », reconnaît encore le CHM. 

La semaine dernière, l’infectiologue et chercheuse Karine Lacombe, celle-là même qui avait projeté devant l’Assemblée nationale d’étendre les essais thérapeutiques à Mayotte et la Guyane, annulait son voyage vers Cayenne, face à l’hostilité de la population, des élus locaux et même du préfet quant aux tests qu’elle entend y mener, et les laissant par conséquent en suspens. Si le sort de Mayotte n’est pas encore tout à fait clair, l’île, où le virus circule encore, reste un territoire de premier choix, alors qu’en métropole, où l’épidémie décline, beaucoup de patients hospitalisés ne remplissent pas les critères d’inclusion pour bénéficier de l’essai plasma. Affaire à suivre donc.

Violences conjugales à Mayotte : une mineure victime du cycle de l’emprise

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En plein confinement, une jeune femme de 17 ans a dû subir les coups de son mari. Et deux mois après sa plainte, l’épouse aurait bien aimé qu’il reparte libre… 

“On s’est juste poussé.” À part des hochements de tête et quelques “oui” ou “non”, cette réponse est à peu près la seule que les juges obtiendront ce lundi. Malgré son salouva flamboyant, la jeune femme qui se tient la tête basse entre une avocate et une administrateur ad hoc, chuchote comme si elle voulait surtout se faire oublier. Assis à sa droite, le prévenu, son mari, de onze ans son aîné, serre compulsivement ses poings – ceux-là mêmes qu’il a utilisés pour la “pousser” à cause d’une histoire de téléphone portable. Derrière, la mère de la jeune femme, un peu avachie sur son banc, hausse parfois les sourcils sous le foulard rouge qui lui enserre la tête. Sa fille, mineure, n’a que 17 ans. Et les circonstances ont poussé la justice à nommer un autre représentant légal pour cette procédure… 

Face au silence de l’adolescente, la juge reprend textuellement la plainte, retranscrite dans le procès-verbal joint au dossier. Les faits remontent au 8 mai 2020. Cet après-midi-là, une dispute éclate au domicile conjugal. En cause : un appel entre la victime et sa sœur à la suite duquel le mari décide de suspendre la ligne. Quand la jeune femme tente de demander pourquoi et de récupérer son téléphone, le ton monte. “Il m’a poussée, il m’a giflée à la tête, tordu la main, étranglée”, récite la juge en reprenant le procès-verbal. Les voisins finissent par intervenir pour séparer le couple et constatent alors une plaie sanglante sur le dos de l’épouse. C’est au moins la deuxième fois que son mari la frappe, et casse son téléphone portable. 

Colère et pression familiale 

La victime décide alors de porter plainte… jusqu’à aujourd’hui. “J’étais en colère quand j’ai dit ça”, répond-t-elle à la magistrate qui lui demande si le récit qu’elle vient de lui lire correspond à ce qu’elle a vécu. L’administrateur ad hoc, appelée elle aussi à témoigner, confirme que la jeune femme “a immédiatement demandé si elle pouvait retirer sa plainte, stopper l’instruction judiciaire”. Une demande, également répétée par sa famille, qui, toujours selon l’administrateur ad hoc, exerce “énormément de pression” sur elle. “Est-ce que vous avez bien compris que vous n’êtes responsable de rien, que vous êtes une victime aujourd’hui ?”, soulève alors le substitut du procureur. En effet, le retrait d’une plainte n’entraîne pas systématiquement l’arrêt des poursuites. Et dans cette affaire, c’est le parquet qui a décidé de continuer la procédure jusqu’à cette comparution. 

Trois condamnations pour violences conjugales 

Il faut dire que le profil du prévenu ne plaidait pas vraiment en sa faveur. Au moment des faits, il a à sa cheville un bracelet électronique, qu’il porte pour des faits similaires. Trois condamnations récentes figurent dans son casier judiciaire, toutes pour des violences conjugales. Pourtant, entendu à la barre, le mari nie avoir un comportement violent, alors même que ses précédentes peines, en prison ferme, en sursis et assorties d’un bracelet électronique, viennent avec une obligation de soins pour régler ses problèmes de colère. Il dément aussi avoir été violent envers sa femme de 17 ans, qui aurait tout commencé, d’après lui. Quand on lui demande s’il serait prêt à se remettre avec elle, il assène : “si elle s’excuse, oui”. De son côté, la jeune épouse souffle : “s’il veut bien…” 

Le cycle de l’emprise 

Et c’est bien là tout le drame. “Nous sommes témoins du fameux cycle de l’emprise, tant décrit par les psychologues”, résume le substitut du procureur. De la dispute, aux coups, à la réconciliation, en passant parfois par le dépôt puis le retrait de la plainte, elles sont environ 213.000 femmes en France à connaître ce cercle vicieux chaque année. Et ce chiffre, issu de l’enquête “Cadre de vie et sécurité” de 2012-2019 – INSEE-ONDRP-SSMSI, ne prend pas en compte les mineures… Il ne prend pas non plus en compte la période du confinement, qui, à en croire Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité femmes-hommes, aurait conduit à une hausse de 36% des signalements. À Mayotte, l’association pour la condition féminine et aide aux victimes (ACFAV), particulièrement sollicitée au téléphone pendant cette période de crise sanitaire, avait elle aussi confirmé une montée en flèche des violences par rapport à l’année dernière. Un fait, que même l’avocat de la défense a tenu à remettre sur la table, tout en défendant que les faits de violence rapportés dans la plainte n’étaient pas avérés. Mais le tribunal en décidera autrement : le prévenu est jugé coupable et écope de 18 mois de prison, dont six avec sursis – auxquels s’ajoutent la révocation de quatre mois de sursis de sa précédente condamnation. Après ses 16 mois sous les verrous, il aura interdiction d’entrer en contact avec sa conjointe.

Restauration : bientôt un japonais à Mayotte

Mayotte ne fait pas peur à tout le monde. Preuve en est avec Kamel Guerraoui qui s’apprête à ouvrir sa troisième entreprise sur le territoire. Et c’est d’une nouveauté qu’il s’agira puisque c’est un restaurant japonais qui accueillera prochainement les gourmands aux Hauts-Vallons. 

Un restaurant japonais à Mayotte ? Certes, il en existe bien un ou deux cuisinant quelques spécialités, mais aucun qui soit entièrement dédié à l’art culinaire du pays du soleil levant. Ikajo, son nom, sera donc le premier du genre et devinez quoi : il devrait ouvrir ses portes prochainement aux Hauts-Vallons, sur la place principale du quartier. À l’origine du projet, Kamel Guerraoui. Son objectif : « Restituer les saveurs des plats de la culture japonaise et proposer aux habitants de Mamoudzou et plus largement de toute l’île une nourriture différente. » Que les amateurs de goûts plus locaux se rassurent toutefois : une partie de la carte sera consacrée à de la « cuisine fusion », comprendre un mélange de saveur entre le Japon et Mayotte. D’ailleurs, si une partie des produits sera importée, faute de se trouver sur place, une autre sera, elle, du terroir. Le poisson évidemment – excepté le saumon et l’anguille toutefois –, mais aussi certains fruits et légumes. « Si on peut travailler avec des producteurs locaux d’avocats, de mangues, d’ananas, etc., tant mieux ! », se réjouit le gérant en poursuivant : « J’ai une large préférence à travailler localement dès que possible pour participer au développement et au circuit économique de l’île. » Pour relever ce challenge gustatif, Kamel Guerraoui a fait venir à Mayotte un chef fort « de 20 ans d’expérience dans la cuisine japonaise, très impliqué dans les nouveaux projets et qui dispose d’une riche expérience à l’international puisqu’il a travaillé au Portugal, à Hong-Kong, à Monaco, en Norvège, ou encore à La Réunion », s’enthousiasme-t-il. Alléchant. 

Côté personnel, hormis pour le chef, c’est sur les compétences locales que compte s’appuyer le gérant. Et dès qu’on parle de compétences dans la restauration, le RSMA est là. C’est au sein des jeunes de l’institution que Kamel Guerraoui ira donc puiser ses aide-cuisiniers, serveurs, etc. : deux recrutements pour commencer, puis cinq envisagés à terme. « Travailler avec des gens qui ont un certain état d’esprit et un certain savoir-être », comme le dit l’entrepreneur, c’est l’objectif affiché de cette démarche. D’autant que pour le personnel qui sera recruté, c’est là « une bonne expérience, avec une nouvelle spécialité qui ne demande qu’à exploser. À La Réunion, le secteur de la cuisine japonaise est en plein boom depuis deux ou trois ans, avec toute une nouvelle génération de restaurateurs. Les habitants de Mayotte ont, eux aussi envie de retrouver ces saveurs qu’ils ont pu découvrir ailleurs ». 

Le restaurant, implanté au rez-de-chaussée de l’immeuble Manek, aux Hauts-Vallons, disposera d’une cinquantaine de couverts : 30 en salle et 20 en terrasse. Compte tenu de la législation du moment, liée au Covid-19 et aux mesures sanitaires à respecter, c’est d’ailleurs sur cette terrasse aménagée que se fera le service d’Ikajo jusqu’à ce que le quotidien des Mahorais redevienne enfin normal. 

De la confiance dans le territoire 

Originaire de région parisienne et à Mayotte depuis « très peu de temps », Kamel et sa femme se sont pris d’amour pour le territoire, qu’ils ont découvert durant un an, en 2016, à l’occasion d’un premier séjour professionnel. « Cela a été un coup de cœur pour la population, l’île, le lagon, tout. Venir à Mayotte, c’était venir dans un endroit où la société de consommation et l’individualisme ne sont pas encore prépondérants et où les valeurs de partage et d’échange sont plus présentes qu’ailleurs », se rappelle l’homme. Alors, à l’issue de cette année de découverte, il fait le choix de rester et de s’investir dans l’économie du territoire avec d’abord une société d’import, puis un magasin d’ameublement moderne, Style et sofa. Avec Ikajo, l’entrepreneur ajoute désormais une corde à son arc, et confirme la confiance qu’il a dans le territoire, malgré les difficultés qu’on lui connaît. Et de l’assurer : « Ce sont des projets qui me motivent, je n’ai donc pas de crainte. J’ai confiance en Mayotte, c’est un jeune département qui ne peut pas courir encore aussi vite que La Réunion, mais Mayotte c’est une vision à 20 ans. Il faut être patient avec l’île et cela viendra, je n’ai aucun doute là-dessus. Les Mahorais ont fait le choix d’avoir une histoire liée à la France, et c’est à mon avis le bon car, grâce à cela ils peuvent avoir accès à des compétences et à des expériences qui permettent de se développer. »

Cérémonies d’investitures hautes en couleurs à Mayotte

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Le week-end dernier a été rythmé par les cérémonies d’investiture des maires fraîchement élus ou réélus. L’occasion pour eux de prendre officiellement leurs fonctions. Mais les scènes de foules et d’embrassades constatées un peu partout sur l’île feraient presque oublier la pandémie.

À Mayotte, les cérémonies d’investiture des maires sont particulièrement folkloriques et festives. C’est entre chants traditionnels et discours solennels que les nouveaux maires ont endossé l’écharpe tricolore tant convoitée. Et si dans les autres départements de France, les investitures se sont déroulées sans artifices, chez nous l’ambiance était toute autre. Le week-end dernier, les cérémonies d’investiture avaient des allures de Manzaraka. Dans chaque commune, des centaines et des centaines de personnes se sont réunies sous des chapiteaux, sur les places publiques, ou encore dans les MJC. Les colliers de fleurs ont refait leur apparition. Les femmes ont sorti leurs plus beaux salouvas et les hommes leurs plus beaux costumes. Le tout animé par les différentes associations de chants et danses traditionnels mahorais. Les maires ont été accueillis tels des célébrités et ils ont dû se plier au jeu des embrassades, des bains de foule, et des selfies, oubliant complètement les mesures barrières répétées inlassablement depuis des mois. Certaines communes ont tenté tant bien que mal de les faire respecter. À Mamoudzou par exemple, un cordon de sécurité empêchait les personnes non conviées à la cérémonie d’y accéder. Ces dernières se sont cependant regroupées derrière les barrières de sécurité. Et le nouveau maire, Ambdilwahedou Soumaila, s’est finalement retrouvé encerclé par ses partisans dans un moment de joie. À M’tsamboro, tous les administrés étaient invités à prendre part à la cérémonie. La mairie avait mis à disposition des masques, mais cela n’a visiblement pas été suffisant puisque beaucoup n’en portaient pas. De plus, elles se sont ruées sur le maire pour l’embrasser et prendre des photos. “Nous avons fait le nécessaire mais dans des groupements comme celui-là, il est très difficile de respecter les gestes barrières. Chez nous, les gens croient beaucoup en Dieu et s’en remettent à lui en pensant qu’il ne leur arrivera rien”, explique Ben Kassim Ali Hamidi, organisateur de la cérémonie d’investiture du maire de M’tsamboro.

Des surprises, des larmes, et des promesses

L’émotion était bien présente lors de ces cérémonies. À Mamoudzou, le nouveau maire a fondu en larmes dans les bras de sa mère. À M’tsamboro, Laïthidine Ben Said, a essuyé discrètement quelques lames lorsqu’il est monté sur l’estrade pour endosser son écharpe. Mais les cérémonies ont surtout été marquées par les discours des premiers magistrats qui semblent réaliser l’ampleur du travail qui les attend. “Je pense aux responsabilités qui me pèsent aujourd’hui”, avoue Said Andhanouni, nouveau maire de Chirongui. “La priorité est de rétablir très rapidement la sécurité, la sécurité et la sécurité”, martèle Youssouf Ambdi, nouveau maire de Ouangani. “Je vais mettre en place un plan d’investissement pluriannuel pour savoir les programmes prioritaires et les faire en urgence”, indique Laïthidine Ben Said, nouveau maire de M’tsamboro.

 

Afin de prendre officiellement leurs fonctions, les candidats élus le 28 juin devaient être investis par les conseillers municipaux via un énième vote. Tous ont été élus sans grande difficulté mais non sans quelques surprises. À Mamoudzou, le candidat du premier tour Jacques-Martial Henry a à nouveau présenté sa candidature sous les regards effarés du public. Une audace qui lui a tout de même permis de récolter neuf voix. À M’tsamboro et à Chirongui, les maires se sont confrontés à des votes blancs qui en ont surpris plus d’un. 6 votes blancs pour la commune du nord-ouest qui ont installé un silence inattendu à chaque fois. Une manière pour l’opposition de rappeler qu’ils ne seront jamais bien loin.

À Mamoudzou, Ambdilwahedou Soumaila s’installe dans le fauteuil de maire pour « réussir »

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Ce dimanche se déroulait la cérémonie d’investiture du nouveau maire de Mamoudzou. Un événement marqué par l’intronisation d’Ambdilwahedou Soumaila, qui a rameuté de nombreux habitants et créé quelques scènes de liesse ahurissantes, pas tout à fait protocolaires en cette période de crise sanitaire. Dans son discours, le nouvel homme fort de la commune chef-lieu a promis de jouer la carte du rassemblement pour réussir ensemble.

Dimanche. 10h. Habitants et sympathisants affluent au compte-gouttes sur le parvis de la MJC de M’Gombani, pour prendre part à l’installation du conseil municipal. Crise sanitaire oblige, beaucoup n’ont pas le privilège de passer le cordon de sécurité et se retrouvent agglutinés derrière une ribambelle de barrières installées tout autour pour suivre ce rendez-vous solennel. Un attroupement conséquent qui justifie le retard à l’allumage de vingt-cinq minutes. Laps de temps durant lequel l’organisation s’époumone tant bien que mal à rappeler le port obligatoire du masque et le respect des gestes barrières.

10h30. Le calme s’installe enfin. Convié à présider l’investiture, le doyen des 49 nouveaux élus une semaine plus tôt, Chihabouddine Ben Youssouf, déclare la séance ouverte. Forte de ses 35 sièges, la liste Réussir Ensemble annonce, en toute logique, la candidature de son chef de file, Ambdilwahedou Soumaila au poste de maire. Imaginant ne pas devoir se confronter à un nouvel adversaire dans les urnes, ce dernier apprend dans une stupeur générale sa confrontation avec Jacques-Martial Henry. Incompréhension totale… Comment expliquer une telle décision ? « C’est une initiative personnelle et non validée par Elyassir [Manroufou, de la liste Mamoudzou c’est nous ensemble] », souffle après coup l’un des acteurs de la campagne pour Hamidani Magoma. « Je pense que c’est histoire qu’il n’y ait pas une logique de candidat unique. Mais c’est juste pour le fun démocratique, on va dire. » Un culot qui permet tout de même à l’ancien conseiller départemental de recueillir 9 soutiens, mais qui ne l’empêche évidemment pas de déjouer les pronostics.

« Le poids des responsabilités »

11h11. Explosion de joie. Ambdilwahedou Soumaila devient officiellement le nouveau maire de la commune chef-lieu, avec 37 voix, soit 75% du suffrage exprimé. La foule se précipite immédiatement sur le nouvel homme fort de la municipalité, créant un chaos incontrôlable, pour immortaliser le moment. Une scène surréaliste… Une image forte dans la vie politique mais déraisonnable, voire choquante, en cette période de Covid-19. Au bout de quelques minutes, un retour à la raison s’opère enfin. Laissant la possibilité de procéder à une passation de pouvoir en bonne et due forme sur l’estrade. Mohamed Majani, le maire sortant, peut alors confier l’écharpe tricolore, symbole porté par les titulaires de fonctions électives, à son successeur. Empreint d’émotion, Ambdilwahedou Soumaila débute son allocution en rendant hommage à l’ancien député, Abdoulatifou Aly, décédé le 27 juin dernier. Après la minute de silence, place aux paroles. Bon orateur, le néo premier magistrat manie les mots avec aisance et fluidité. « Je mesure pleinement, le poids des responsabilités qui sont désormais les miennes devant les administrés de Mamoudzou, dont les attentes légitimes sont nombreuses », souligne-t-il, avant de réaffirmer son engagement, à savoir d’être « au service des concitoyennes et concitoyens de tous les quartiers ». « Notre victoire n’est pas celle d’un parti ni d’un camp, c’est une victoire collective, celle de l’ensemble de la population, qui exige un grand rassemblement des responsables politiques. Le défi que nous devons relever ensemble, nous tous, les 49 élus de cette assemblée est grand. Nous devons nous mobiliser, main dans la main, avec nos partenaires, chacun à sa juste place, pour construire une ville pour tous, aux rendez-vous des enjeux de son temps. » Et les défis qui se présentent face à lui sont nombreux : propreté, développement durable, jeunesse, sécurité, emploi, aménagement équilibré du territoire… « Mamoudzou doit devenir une ville propre, belle et sûre ; une chance pour tous ses enfants, quelques soient leurs origines, sans distinction aucune ; elle doit s’ouvrir à la région et au monde et tirer profit de la révolution numérique en cours pour consolider son développement économique et social. »

Pendant près de vingt minutes, l’enfant de Tsoundzou multiplie les louanges à l’égard des agents de la ville, des personnalités politiques, du monde économique et associatif, mais aussi et surtout de sa famille. Si l’embrassade avec sa femme et ses deux garçons sur scène prête à sourire, le moment marquant reste la longue accolade avec sa maman. En pleurs, Ambdilwahedou Soumaila prend alors conscience du devoir qui l’attend au cours de son mandat. « La commune de Mamoudzou c’est nous, c’est vous. Ensemble, nous devons réussir. Et ensemble, nous allons réussir. » Un slogan prémonitoire ? Réponse dans six ans.

14 adjoints élus dans la foulée

Après le discours d’Ambdilwahedou Soumaila, les 49 membres du conseil municipal sont une deuxième fois passés dans l’isoloir pour élire la liste des 14 adjoints. Et sans grande surprise, celle-ci a largement reçu le feu vert des élus. On retrouve Dhinouraine M’Colo Mainty, Hamidani Magoma, Nourainya Loutoufi, Zoulfati Madi, Toiyfou Ridjali, Soiyinri Mhoudoir, Munia Dinouraini, Inayatie Kassim, Dhoul-Mahamouid Mohamed, Assane Mohamed, Rabia Assan, Hadia Madi Assani, Said Djanfar Mohamed et Moina Fatima Ibrahim.

Pourquoi 180 passagers ont vu leur vol Mayotte-Réunion annulé ce vendredi ?

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La reprise des vols commerciaux par Air Austral est encore timide. Et ce vendredi 3 juillet, 180 passagers ont vu leur réservation annulée à la dernière minute à cause d’une restriction de la capacité de voyageurs à l’arrivée, à l’aéroport de Saint Denis.

“Tous les vols annulés”, une population “prise en otage”, “situation ubuesque”… Sur les réseaux sociaux, les commentaires fusent, de la part de voyageurs coincés à Mayotte depuis plusieurs mois et qui aimeraient bien, enfin, atterrir à La Réunion. Et si possible, pas en Evasan. Dans leur viseur : les autorités – préfectures de La Réunion et de Mayotte, Agences régionales de santé (ARS) – et bien sûr Air Austral. Il faut dire que la compagnie est une cible idéale, alors que les vols commerciaux commencent tout juste à reprendre dans un contexte de crise sanitaire encore palpable. Surtout à Mayotte, où le virus circule toujours activement. Mercredi dernier, la compagnie a dû avertir 180 passagers qu’ils ne pourraient pas s’envoler comme prévu vendredi 3 juillet. La raison ? “Pour cause de limitation de capacité de traitement sanitaire à l’arrivée à La Réunion, nous sommes au regret de vous informer que votre réservation est annulée”, ont reçu par SMS les voyageurs concernés.

“Je me suis rendue directement à l’agence, et ils m’ont expliqué que je pouvais opter pour un report ou une annulation. J’ai choisi le report à la première date disponible, le 21 juillet, mais ils m’ont prévenue que ce vol aussi risquait d’être annulé”, raconte cette résidente de La Réunion, qui tente de faire venir sa mère souffrante depuis déjà trois mois. Un ophtalmologue lui a en effet conseillé de se rendre rapidement dans le département voisin pour consulter un spécialiste. “Son avion devait décoller aujourd’hui. J’avais prévu de passer par la préfecture, mais quand j’avais effectué une demande pour moi, je n’avais jamais eu de suite”, hésite la jeune femme. Une autre s’inquiète pour son vol prévu la semaine prochaine, alors qu’un collègue a vu le sien annulé cette semaine, “pour raison d’Evasan”. “Devant lui, il y avait trente personnes dans la même situation…”, rapporte la future passagère.

Un vol par semaine vers La Réunion

Qu’elle soit rassurée : contrairement à ce qui a pu être écrit sur les réseaux sociaux, tous les vols vers La Réunion n’ont pas été annulés. En réalité, depuis la réouverture de l’aéroport, le programme des vols reste le même, à savoir un vol par semaine en provenance de Mayotte et à destination de La Réunion ; cinq vols par semaine en sens inverse. “Même planning pour la semaine prochaine, et a minima, nous devrions avoir la possibilité de maintenir ce rythme-là, mais nous avons des discussions hebdomadaires avec l’ensemble des autorités concernées, à savoir les préfectures et ARS de Mayotte et de La Réunion, et bien sûr notre autorité de tutelle, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC)”, présente Stéphanie Bégert, la directrice de la communication d’Air Austral. Par ailleurs, quatre vols Dzaoudzi-Paris étaient au planning du 29 juin au 5 juillet, et à compter du 6 juillet, cinq rotations sont programmées.

Une restriction, tombée cette semaine

Quid du couac de ce vendredi ? “Les autorités demandent à ce qu’on se plie à leurs autorisations, et nous avons eu, cette semaine seulement, l’annonce de la restriction du nombre de passagers”, développe la responsable. Une restriction qui s’explique par le processus mis en place à l’arrivée à La Réunion, pour éviter la propagation du coronavirus entre les deux départements. Quand ils arrivent, les passagers doivent effectuer un contrôle et ceux qui n’ont pas été testés 72h maximum avant leur vol peuvent être dirigés vers une zone dédiée au dépistage. “Toutes ces modalités conduisent à limiter le nombre de passagers pour que les traitements puissent se faire dans les meilleures conditions”, explique Stéphanie Bégert.

Résultat, suite à l’annonce de la limitation à 250 du nombre de passagers sur le vol Dzaoudzi – Saint-Denis prévu ce vendredi, la compagnie n’a eu d’autre choix que d’annuler “aléatoirement” les réservations de 180 passagers. Et si cette situation n’avait pas eu lieu la semaine dernière, c’est parce que, d’une part, l’appareil mobilisé, un Boeing 787, ne contenait que 242 passagers – contre les 430 que pouvait transporter le Boeing 777 de ce vendredi – et d’autre part, les autorités n’avaient pas encore communiqué ces restrictions à Air Austral. Les voyageurs inscrits sur le vol du 10 juillet n’ont, a priori, pas trop de souci à se faire, car ils s’envoleront avec un Boeing 787 d’une capacité maximale de 262 places (10 sièges sont réservés pour le transport de civières).

Des tests obligatoires ?

Bien sûr, la situation pourrait être amenée à évoluer, dans un sens comme dans l’autre. Du côté de La Réunion, les professionnels de santé s’inquiètent du risque de propagation du virus par des voyageurs en provenance de Mayotte, toujours en orange sur la carte. D’après nos confrères de Réunion La 1ère, leurs représentants ont demandé à la préfecture un dépistage systématique et obligatoire pour les passagers au départ de Mayotte. Une information qui n’a pas été confirmée à ce jour par l’ARS de Mayotte, qui conseille toutefois aux voyageurs de se faire dépister 72h avant leur voyage, sur prescription médicale et au laboratoire privé de Mayotte.

En route avec Co’reindré, l’application de partage de véhicule à Mayotte

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Faire du covoiturage, louer ou mettre en location une voiture entre particuliers à Mayotte… Ce sont les services que propose la nouvelle application Co’reindré créée par un jeune mahorais et qui incite les Mahorais à changer leurs habitudes.

Tout est parti d’un tour de Mayotte qui ne s’est pas déroulé comme prévu. En 2017, un groupe d’étudiants mahorais venus passer des vacances à Mayotte ont souhaité faire le tour de l’île. La mission s’avérera compliquée car ils n’ont pas de voiture et rencontrent beaucoup de mal à trouver une solution qui leur convienne. Les prix des véhicules de location ne sont pas à leur portée, et il n’existe pas de transport qui permet de faire le tour de Mayotte. Vient alors l’idée de créer une plateforme qui mettrait en relation directement les particuliers entre eux. L’objectif est de pouvoir louer ou faire louer un véhicule, mais également de faire du covoiturage. Ainsi naîtra Co’reindré. “Nous avons créé une application qui sera disponible sur toutes les plateformes. Chacun pourra proposer son service de location ou de covoiturage et les demandeurs pourront entrer en contact avec eux facilement”, explique Said, le créateur de Co’reindré. L’inscription sera simplifiée, mais il faudra se soumettre à certaines conditions. Le locataire d’une voiture devra avoir au minimum trois ans de permis, et le propriétaire devra attester que son véhicule est en règle en fournissant les documents nécessaires. Chacun sera libre de fixer le prix qui lui convient, mais les plus malins se rendront rapidement compte que les petits prix font de bonnes affaires. La société récupère 30% du chiffre pour les locations, et les sommes récoltées pour le covoiturage seront intégralement versées à la personne qui le propose. Cependant, selon le fondateur, “cela risque d’évoluer dans le temps, en fonction du succès ou pas de ce service”. L’application et le site Co’reindré devraient être opérationnels dès la fin du mois de juillet “pour que les gens puissent profiter des vacances autrement et circuler plus facilement”.

Une concurrence pour les professionnels

Said est enthousiasmé par son projet, il est cependant conscient qu’il risque de s’attirer les foudres des chauffeurs de taxis et des agences de location de véhicules. “Je ne pense pas leur faire de l’ombre et même si c’est le cas, la concurrence n’est pas toujours mauvaise”, clame-t-il. Il voit en ce projet, un moyen de fluidifier la circulation sur les routes qui peut s’avérer être un vrai calvaire aux heures de pointe. “Cette application sera bénéfique pour tout le monde car des personnes peuvent partager une voiture au lieu de prendre chacun la sienne, ainsi on diminuerait les bouchons”, indique le fondateur. La forte diminution des embouteillages et des voitures sur la route engendrerait également une baisse de la pollution atmosphérique et sonore qui étouffe les habitants.

Un concept très similaire existe déjà dans l’Hexagone, et Said espère rencontrer le même succès. “Sur les réseaux sociaux, je vois beaucoup de personnes mettre en location leur voiture ou chercher un covoiturage. Il y a une réelle demande à Mayotte, le marché est bien présent, il faut maintenant savoir l’exploiter.” En espérant que les Mahorais si fidèles à leurs taxis et à leurs voitures seront prêts à changer leurs habitudes.

Un centre de soins des tortues marines bientôt créé à Mayotte

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L’association environnementale Oulanga Na Nyamba a dévoilé les premières esquisses de sa future maison de la tortue. Avec une ouverture prévue en 2022, la structure devrait inclure le premier centre de soins de l’île pour les animaux blessés et un musée dédié. Objectif : prendre en charge une vingtaine de tortues à l’année et accueillir, dans le même temps, quelque 7.000 visiteurs.

Préserver l’environnement, sensibiliser le grand public et même créer une plus-value touristique. Nombreux sont les enjeux du futur centre de soins des tortues marines de l’association Oulanga Na Nyamba, dont l’ouverture est prévue d’ici deux ans en Petite-Terre. « Ça fait plusieurs années que tous les acteurs engagés en faveur de l’environnement ont défini ce besoin, et jusqu’à présent, il n’y a aucune structure pour accueillir les animaux marins blessés », pointe du doigt Jeanne Wagner, biologiste marine et directrice de l’association.

Depuis 2010, tout animal mort ou blessé peut être signalé auprès du réseau d’échouage mahorais de mammifères marins et de tortues marines (Remmat), qui, si nécessaire, peut faire appel à un vétérinaire. Problème : aucun lieu de convalescence n’existe. « On fait avec les moyens du bord, mais ce n’est pas toujours optimal », regrette la directrice d’Oulanga Na Nyamba, dont l’organisation est elle-même membre du Remmat. Ainsi, seulement deux à quatre tortues blessées sont prises en charge chaque année. « Malheureusement, certaines sont relâchées sans presque aucun soin, parce que nous ne sommes pas capables de les prendre en charge », déplore Jeanne Wagner. C’est par exemple le cas lorsque la carapace de l’animal est sévèrement cassée, ou qu’un membre a été arraché par un chien.

Des tortues et des hommes

Mais pour ériger le centre de soins des tortues, baptisé la Kaz’a Nyamba, encore fallait-il trouver un terrain adapté, facilement accessible, au bord de l’eau et à proximité d’un cabinet vétérinaire. Finalement, après plusieurs années de recherches foncières menées par Oulanga Na Nyamba, le maire de Dzaoudzi-Labattoir finit par proposer une parcelle en cours d’aménagement sur le boulevard des Crabes. Un énorme pas en avant pour le projet, à tel point que celui-ci prend même une nouvelle dimension. « À la base, ça devait être un centre de soins d’urgence, mais vu l’engouement des acteurs et des financeurs, on s’est dit qu’il serait bien de rajouter une structure de sensibilisation où on peut accueillir résidents, touristes et scolaires, ce qui manque cruellement à Mayotte », dévoile Jeanne Wagner. En somme, une version mahoraise de Kélonia, clinique et musée des tortues implantés à Saint-Leu sur l’île de La Réunion, et qui collabore par ailleurs avec l’association dans le cadre du projet régional Life qui vise à suivre et protéger les populations locales.

« On compte accueillir 7.000 visiteurs par an », projette l’association Oulanga Na Nyamba. « En réalité, ce n’est pas soigner les tortues qui va le plus permettre de les protéger, mais plutôt le fait de sensibiliser le public en valorisant cet animal d’une manière différente, et que cela devienne un levier de responsabilisation de la population. On peut faire de l’éducation grâce et autour de la tortue », dont beaucoup d’individus en détresse ne sont, aujourd’hui encore, jamais signalés. Pourtant, il n’est pas rare que certaines d’entre elles soient victimes d’accident de pêche. « Ce qui revient le plus souvent, ce sont des tortues qui ont avalé un hameçon par accident », explique Jeanne Wagner. Si dans la plupart des cas, « les pêcheurs jouent le jeu » en relâchant la prise, le crochet métallique lui, reste dans la bouche de l’animal qui finit par déclencher une infection, possiblement fatale si elle n’est pas soignée.

À travers les premières esquisses du bâtiment, Oulanga Na Nyamba envisage, à ce stade, d’installer six bassins dans lesquels seraient accueillies, sur une période moyenne de deux mois, les tortues en convalescence. Soit une vingtaine d’individus pris en charge à l’année. « Mais selon les recours, ce nombre pourra évoluer », précise l’association, dont le projet devrait également permettre d’apporter un intérêt touristique supplémentaire au territoire, le centre Kélonia représentant, sur l’île intense, l’un des lieux de visite les plus fréquentés depuis plusieurs années.

Ces premières esquisses du bâtiment du futur centre de soins des tortues sont susceptibles d’évoluer.

 Signalez les animaux blessés ou échoués

Si vous rencontrez une tortue ou tout mammifère marin mort ou vivant échoué, signalez-le sans délai en contactant le Remmat au 06.39.69.41.41, afin de permettre sa prise en charge par un vétérinaire. Les équipes du réseau d’échouage vous indiqueront la marche à sui

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes