Marquée par l’absence des grandes figures de l’opposition, notamment le Juwa de l’ancien président Sambi, cette rencontre a également suggéré la révision du mode de désignation des membres de la commission électorale.
Normalement, du moins selon l’article 52 de la Constitution en vigueur, la prochaine élection présidentielle doit se tenir en 2029, année où le tour échoit à l’île d’Anjouan. Toutefois, les critiques qui ont entaché les précédentes élections de ces dix dernières années restent vives. C’est dans ce cadre que des partenaires comme la Commission de l’océan Indien et l’Agence française de développement appuient le gouvernement dans la préparation des échéances à venir.
Depuis lundi, un séminaire planche sur le déroulement des cycles électoraux organisés entre 2023 et 2025. Après trois jours de travaux, une feuille de route a été officiellement remise au ministre de l’Intérieur en charge des élections, Mohamed Ahamada Assoumani. Ces recommandations sont nombreuses et attendent d’être concrétisées.
Interrogé à la fin de la cérémonie, le ministre a évoqué la modernisation de l’administration électorale, notamment en s’appuyant sur le nouveau prestataire chargé de produire les papiers biométriques ainsi que sur l’Agence nationale de développement du numérique (Anaden). « Nous avons les moyens de le faire dans les meilleurs délais », a-t-il déclaré d’un air confiant. Le chef de la sécurité intérieure a reconnu que la confiance entre les institutions et les acteurs politiques s’est fortement étiolée.
« Mais il faut dépasser les idées partisanes en mettant en avant l’intérêt général. L’apparition de citoyens décédés sur les listes a toujours été source de problèmes. J’ai noté parmi les recommandations les plus importantes la révision du fichier électoral. Ces problèmes doivent être résolus », a poursuivi le ministre Mohamed Ahamada, qui a souligné que la loi exige une révision annuelle du fichier électoral et que, cette fois-ci, le vote de la diaspora doit être étudié.
Projet de loi avant 2028
Si les principaux partis d’opposition, à l’instar du Juwa de l’ancien raïs Sambi, ont brillé par leur absence lors de ce séminaire, les opposants présents ne se sont pas abstenus de formuler des propositions.
« Il reste à les traduire en projet de loi, ce qui demeure le seul moyen d’espérer des élections transparentes », a indiqué Latuf Abdou, représentant du collectif Anjouan 2029. Cet ancien membre de la commission électorale indépendante estime que la présence d’autres leaders de l’opposition aurait pesé face au pouvoir, bien représenté dans cet atelier de bilan sur les cycles électoraux des trois dernières années.
« Nous nous sommes mis d’accord sur la nécessité de changer le mode de désignation des membres des organes de gestion des élections, à savoir la commission électorale et la chambre électorale de la Cour suprême. Le consensus doit primer. Certains recommandent une répartition entre pouvoir, opposition et société civile. Nous, nous prônons une commission apolitique composée d’hommes de médias et d’enseignants », a détaillé Latuf Abdou.
Depuis la révision constitutionnelle de 2018, dont la tenue est toujours contestée par l’opposition, les juges de la haute juridiction sont nommés uniquement par le président de l’Union des Comores. La dernière modification constitutionnelle a fait disparaître les représentants qui siégeaient au nom des trois vice-présidents issus des îles, lesquels étaient élus en même temps que le président de l’Union.
Mais, selon Latuf, il n’est pas trop tard : « J’appelle les opposants qui n’ont pas pris part au séminaire à se tenir prêts à venir à l’Assemblée nationale pour défendre l’intégration des recommandations. Car si, d’ici la fin de 2027, le gouvernement ne le fait pas, il appartiendra alors à chaque candidat souhaitant se présenter aux prochaines élections d’en tirer les conséquences », conclut-il, défenseur régulier du tour d’Anjouan.
Vote électronique
Présent lui aussi au séminaire au nom du Front insulaire pour la défense de l’intérêt d’Anjouan, Mohamed Jaffar Abbas n’a pas caché sa méfiance :
« En réalité, ce séminaire n’est qu’une montagne qui a accouché d’une souris. Ce qui a été dit et proposé par le gouvernement n’est qu’une redondance de ce que le cadre de concertation n’a jamais cessé de défendre et qui, au final, a toujours été rejeté pour favoriser des hold-up électoraux successifs », a-t-il dénoncé.
L’ancien coordinateur des candidats de l’opposition lors des élections de 2024 a toutefois formulé une proposition : l’introduction du vote électronique.
« Ce serait une révolution dans l’organisation des élections : aucune possibilité de fraude, de bourrage ou de procès-verbaux falsifiés. En deux jours de discussion, on peut aussi retenir le plaidoyer pour la promulgation de la loi sur le statut de l’opposition et le vote de la diaspora », a-t-il ajouté.
Cofinancé par des partenaires étrangers comme l’AFD, le séminaire n’aura de sens qu’avec un suivi rigoureux.
« L’évaluation du cycle électoral que nous lançons aujourd’hui s’inscrit pleinement dans une logique d’amélioration continue et d’appropriation nationale : il s’agit avant tout d’un exercice porté par les autorités compétentes, en particulier par le ministère en charge des élections », a rappelé l’ambassadeur de France, Étienne Chapon, lundi lors de l’ouverture des travaux.
« Le gouvernement veillera à entreprendre les réformes législatives électorales par des politiques de renforcement de l’expertise électorale, pour plus d’adaptation et une démocratie plus apaisée », a promis hier le ministre de l’Intérieur.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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