La semaine dernière, la commission d’enquête sur les inégalités outre-mer a enchaîné les auditions de responsables politiques et administratifs. À travers ces échanges, une même réalité s’est dessinée : celle d’inégalités profondes, persistantes, et parfois encore mal mesurées.
Mercredi, Manuel Valls, ancien Premier ministre et ex-ministre des Outre-mer, a été auditionné à huis clos. Le lendemain, l’intervention de Benjamin Haddad, ministre délégué auprès du ministre de l’Europe et des affaires étrangères, chargé de l’Europe, a déplacé le regard vers Bruxelles. Le ministre a insisté sur le rôle stratégique des outre-mer pour l’Union européenne, rappelant leur poids géopolitique, maritime et environnemental. Mais il a aussi reconnu les limites du système actuel : des financements importants existent, mais ils restent difficiles d’accès et souvent mal adaptés aux réalités locales. Il a admis surtout que l’Europe « n’est pas encore au rendez-vous ».
La question sanitaire, elle, a mis en lumière une autre facette des inégalités. Devant la commission, Didier Lepelletier, directeur général de la santé, a décrit des territoires confrontés à une situation globalement moins favorable qu’en métropole. Les maladies chroniques y sont plus fréquentes, la mortalité infantile plus élevée et les risques environnementaux plus nombreux. À Mayotte, la jeunesse de la population et les contraintes liées à la croissance démographique accentuent encore la pression sur un système de santé déjà fragilisé. L’État tente désormais d’anticiper davantage les crises, plutôt que de simplement y répondre dans l’urgence.
Sur le terrain économique et fiscal, l’audition de la directrice générale des finances publiques, Amélie Verdier, a révélé une difficulté plus inattendue. L’administration ne dispose pas d’une vision territorialisée complète des recettes et des dépenses publiques, ce qui limite sa capacité à mesurer précisément les inégalités entre territoires. Dans le même temps, elle a souligné l’existence de nombreux dispositifs spécifiques aux outre-mer, notamment en matière fiscale, ainsi qu’un effort renforcé à Mayotte où les effectifs ont fortement augmenté ces dernières années pour accompagner les transformations du territoire.
Enfin, l’enseignement supérieur est apparu comme l’un des marqueurs les plus nets de ces écarts. Devant les sénateurs, Olivier Ginez, directeur général de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle, a rappelé que les étudiants ultramarins étaient proportionnellement plus nombreux à être boursiers et moins nombreux à réussir leur parcours universitaire. L’offre de formation plus limitée, le coût de la mobilité vers l’Hexagone et les conditions de vie ont expliqué en partie ces difficultés, même si des progrès ont été observés avec le développement d’universités locales et de dispositifs d’aide renforcés.
Vendredi, Gérald Darmanin, ministre de la justice et ancien ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, a également été auditionné à huis clos.
Au fil de ces auditions, une conclusion s’est imposée : les inégalités outre-mer ne relèvent pas d’un seul facteur, mais d’un enchevêtrement de réalités économiques, sociales, sanitaires et institutionnelles.
La commission d’enquête doit encore poursuivre ses travaux avant de rendre ses conclusions. Mais une chose est déjà claire : sans meilleure connaissance des réalités locales et sans politiques plus adaptées, la promesse d’égalité républicaine reste, pour beaucoup d’ultramarins, un objectif encore lointain.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































