Comores : huit stations-service privées en grève depuis samedi

Dans un communiqué, les huit fournisseurs, dont la majorité sont implantés dans la capitale, dénoncent une concurrence déloyale dans le secteur des hydrocarbures, notamment de la part de la société comorienne qui fournit les produits pétroliers.

C’est une crise de plus qui vient pénaliser les usagers de la route, déjà à bout à cause de la pénurie de carburant qui frappe le pays. Dans une déclaration rendue publique vendredi soir, les principales stations-service privées de Moroni ont annoncé observer, à compter du samedi 18 avril, une grève marquée par la suspension de toutes leurs commandes auprès de la Société comorienne des hydrocarbures (SCH).

« Dans un contexte de tension exceptionnelle sur l’approvisionnement en carburant, lié notamment aux perturbations internationales affectant le détroit d’Ormuz, plusieurs stations-service indépendantes opérant aux Comores souhaitent alerter l’opinion publique, les autorités compétentes et les acteurs économiques sur des dysfonctionnements graves affectant la distribution des hydrocarbures », introduisent les patrons signataires des stations sises à Moroni et dans ses environs.

La décision de baisser les rideaux a pour but de dénoncer des pratiques anticoncurrentielles dans le secteur des hydrocarbures. Depuis le 1er avril, l’entreprise publique, qui détient le monopole de la fourniture de carburant sur le territoire national, a ouvert, au sud de la capitale, sa propre station-service pour faciliter l’approvisionnement et l’accessibilité des produits pétroliers.

La cérémonie avait réuni de nombreuses personnalités étatiques, notamment le directeur de cabinet chargé de la Défense. Mais voilà que, deux semaines plus tard, la station se trouve sur la sellette.

Traitement prioritaire

En effet, les huit stations indépendantes l’accusent de bénéficier d’un traitement de faveur.

« Parallèlement, il est constaté que la station exploitée par la Société comorienne des hydrocarbures (SCH), notamment celle située à Malouzini, bénéficie d’un traitement prioritaire manifeste dans l’approvisionnement, avec des livraisons régulières et des volumes supérieurs, y compris en période de pénurie, alors que les stations indépendantes subissent retards et restrictions », note le collectif des stations-service privées.

Le communiqué de ce vendredi ajoute : « Nous, stations signataires, constatons aussi, de manière répétée, une dégradation significative de nos conditions d’approvisionnement, caractérisée par des retards fréquents de livraison, des volumes insuffisants et une absence de prévisibilité dans la distribution. »

Au moment où nous écrivions ces lignes, samedi, la Société comorienne des hydrocarbures n’avait pas réagi. Une source interne a seulement exprimé son étonnement face à ce mouvement des stations-service.

« Les stations viennent habituellement nous faire part de leurs problèmes avant de faire grève. Cette fois-ci, cela n’a pas été le cas. Et nous démentons les accusations selon lesquelles nous distribuons le carburant de façon inéquitable en favorisant notre station », a indiqué notre source, qui a réitéré la disponibilité de l’entreprise publique pour des pourparlers.

Déjà confrontés à une pénurie de carburant depuis mardi, les automobilistes doivent donc supporter cette nouvelle crise. Dans leur communiqué, les stations indépendantes relèvent plusieurs pratiques du fournisseur national des hydrocarbures. On y trouve une liste de cinq griefs, parmi lesquels des retards affectant principalement les stations privées, des anomalies persistantes dans la chaîne de transport et de distribution, ainsi que des pratiques de démarchage direct auprès de la clientèle des stations indépendantes.

« Cette situation se traduit concrètement par une différence notable dans les horaires d’exploitation : la majorité des stations indépendantes sont contraintes de fermer dès la fin d’après-midi, entre 17 h et 18 h, faute de stock, alors que la station de la SCH à Malouzini reste ouverte jusqu’à des horaires très tardifs, parfois au-delà de minuit, grâce à un niveau d’approvisionnement largement supérieur », illustrent les signataires, qui appellent à la mise en place de critères clairs et transparents de répartition du carburant.

Juge et partie

Les huit stations réclament également un traitement égal entre tous les opérateurs, le renforcement des mécanismes de contrôle de la chaîne logistique et la cessation de toute pratique susceptible de fausser la concurrence.

Au-delà des faveurs dont elle bénéficierait, c’est l’ouverture même de la station de la Société comorienne des hydrocarbures qui est décriée.

« Sa mission est d’importer et de distribuer le carburant, pas de devenir détaillant. Sinon, il y a un risque de voir les stations privées disparaître », prévient un opérateur du secteur des hydrocarbures.

Selon lui, il s’agit d’un retour en arrière : « Dans les années 1990, les cinq stations qui existaient appartenaient à la société Comores Hydrocarbures, qui ne pouvait alors être juge et partie en raison de ses statuts. La libéralisation du marché, issue de négociations avec le gouvernement et la Banque mondiale, a conduit à la cession de ces stations à des opérateurs privés. Aujourd’hui, on est en train de revenir sur des réformes fondamentales qui visaient à organiser le secteur des hydrocarbures. Il faut le rappeler aux autorités », a-t-il lancé.

Du côté de la direction de la Société comorienne des hydrocarbures, on affirme que la porte des négociations reste ouverte.

Ce n’est pas la première fois qu’une crise empoisonne les relations entre la direction des hydrocarbures et ses principaux clients, à savoir les stations-service. En septembre 2022, celles-ci avaient déclenché une grève pour protester contre l’exigence de payer comptant avant la livraison du carburant.

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