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Coviplasm à Mayotte : inquiétude ou opportunité ?

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La possibilité fait polémique depuis quelques jours. Avec l’annonce de l’ouverture de centres d’essais thérapeutiques en Guyane et à Mayotte dans le cadre de l’essai clinique Coviplasm, des voix s’élèvent et l’inquiétude monte. Tout comme les rumeurs. Des rumeurs parfois folles auxquelles le CHM a souhaité répondre, en rappelant que pour l’heure, rien n’avait encore été décidé. 

Coviplasm : le nom fait polémique depuis quelques jours. Alors, si le sujet n’était pas le seul à être abordé lors de la conférence de presse du CHM (voir encadrés), hier, il y a évidemment occupé une place de choix. Pour rappel, le nom fait référence à un essai clinique destiné à transférer du plasma sanguin de patients guéris du Covid-19 à des patients encore convalescents. L’idée semble simple : le plasma en question contient des anticorps qui pourraient aider les malades à lutter contre le virus. Si les prélèvements, débutés au mois d’avril dans trois régions métropolitaines – Île-de-France, Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté –, ont pris fin à la fin de ce même mois car suffisamment de plasma avait été reçu, ils pourraient se poursuivre en Guyane et à Mayotte, territoires encore marqués en orange. Une annonce faite par la chercheuse et infectiologue Karine Lacombe lors de son audition devant l’Assemblée nationale, qui reste toutefois à prendre au conditionnel. Car la possibilité – ou ce qui a été interprété comme tel – d’être pris pour des cobayes a déclenché en Guyane une vague d’indignation, qui s’est également répandue à Mayotte, faisant de l’étude Coviplasm un sujet ô combien sensible. 

Sensibilité palpable notamment chez le président du conseil de surveillance du CHM, également vice-président du Conseil départemental en charge des affaires sociales, Issa Issa Abdou, qui juge que le sujet est désormais aussi un « sujet politique ». S’il ne se veut donc pas « aussi catégorique » que les Guyanais sur la question, en rappelant que « Mayotte n’est pas une exception puisque des prélèvements ont aussi été fait en métropole », il appelle à la « prudence » et à « la pédagogie », estimant que Coviplasm ne pourra se mettre en place que s’il y a « consensus de tout le monde et que les patients concernés donnent leur accord ». 

Un accord qui, pour les autorités sanitaires, relève de l’évidence. Ce qu’a d’ailleurs rappelé la directrice du CHM, Catherine Barbezieux, citant les protocoles cadrant les transfusions sanguines et les essais cliniques en général, et excluant de fait tout ce qui pourrait s’apparenter à un essai forcé, a fortiori sur de prétendus cobayes. « Presque tous les établissements [de santé] ont été contactés. Ce ne sont pas des savants fous ! », a-t-elle ainsi illustré, rappelant que « tout est extrêmement codifié ». Et d’estimer que « si la recherche doit entrer dans l’Outre-mer, c’est une chose positive car cela permet au patient d’accéder à des protocoles pour lesquels ce n’était pas le cas ». Pour autant, si la directrice n’a pas formulé « d’opposition de principe », elle attend d’avoir « un peu de recul » sur la question. Rien n’est encore acté donc, et « non, ces essais n’ont pas encore commencé », comme on a pu l’entendre ici ou là. 

Une chance pour soigner ? 

Moins nuancé en revanche, l’infectiologue Mohamadou Niang. Pour le docteur, c’est presqu’une évidence. « Aucun médicament [contre le Covid] n’a fait ses preuves jusqu’à présent », explique-t-il, rappelant par ailleurs que le principe d’immunité passive, c’est-à-dire le transfert de plasma, a déjà fait l’objet d’essais lors d’autres épidémies du genre et qu’il « y a eu des preuves [de son efficacité] in vitro [en laboratoire, NDLR]. Alors, pourquoi ne pas donner cette chance à des patients qui le souhaiteraient ? Des essais cliniques ont également lieu en Chine, en Europe, aux USA. Tout est contrôlé, avec un consentement signé par le patient à qui tout est expliqué clairement », plaide-t-il. Et d’appuyer son propos sur le point d’éventuels effets secondaires : « Il y a des critères d’éligibilité et des critères d’inéligibilité. Cela veut dire qu’il ne suffit pas que le patient soit d’accord, encore faut-il qu’il n’y ait pas de contre-indications pour lui. Les allergies sont par exemple des contre-indications formelles, une fièvre aussi, etc. Le plasma thérapeutique est très encadré. » De l’inquiétude ou de l’opportunité, reste désormais à savoir à quel notion Mayotte sera la plus sensible. 

 

Le service de santé des armées remballe 

Arrivé à la fin du mois de mai à Mayotte, le Service de santé des armées est sur le départ puisque sa mission ici s’est achevée lundi 29 juin. Hier, les militaires étaient d’ailleurs en train de remballer le matériel. Au total, l’unité de réanimation qu’ils ont amené avec eux aura permis de prendre en charge 18 patients, pour 162 jours cumulés en service de réanimation. « Le bilan de leur présence est très positif, avec une bonne coordination, une bonne coopération et un soutien apporté à d’autres services du CHM », s’est réjoui la directrice, Catherine Barbezieux. 

L’épidémie de Covid sur la fin ? 

Irait-on vers une fin très proche de l’épidémie de Covid-19 sur l’île ? S’il faut être prudent, les chiffres rendent confiant : « seuls 10 patients sont actuellement hospitalisés en médecine, et trois sont en réanimation », s’est réjouie Catherine Barbezieux. Une baisse « conséquente » des hospitalisations qui va de pair avec une baisse conséquente de la positivité des testés : « 10 cas positifs hier sur 117 tests réalisés. » De quoi laisser penser que l’épidémie sera peut-être bientôt « derrière nous », pour reprendre les mots de l’infectiologue Mohamadou Niang. Mise en garde toutefois de la directrice : « Il faut rester vigilants quant au respect des gestes barrières, il ne s’agit pas de se relâcher. »

Des chercheurs de toute la France étudieront Mayotte pour les quatre prochaines années

Inédit à Mayotte. Le centre national de recherche scientifique a décidé d’y consacrer son nouveau site d’étude en écologie globale. Concrètement, des chercheurs locaux et nationaux seront chargés d’étudier les modifications de l’environnement naturel mahorais, et l’impact que celles-ci peuvent avoir sur la population insulaire. Les premiers travaux concernent la subsidence de l’île et les dynamiques épidémiologiques. 

Ils sont moins d’une dizaine dans le monde. Pourtant, c’est bel et bien à Mayotte que le nouveau site d’étude en écologie globale (SEEG) du centre national de recherche scientifique (CNRS) est dédié depuis le 29 juin. Derrière ce nom un peu alambiqué, une équipe de chercheurs locaux et métropolitains, chargés d’étudier, depuis leurs laboratoires respectifs, l’environnement et la biodiversité du 101ème département au sens large, et surtout, l’impact de leurs modifications sur la population. Une approche scientifique holistique inédite pour le territoire. 

« Dans ce terme, ce n’est pas forcément le mot écologie qu’il faut retenir », explique Matthieu Jeanson, maître de conférences en géographie au CUFR de Dembéni, et chercheur pour ce nouveau SEEG. « Notre approche intègre la géographie, l’anthropologie, l’économie, le social et le sociétal… Mayotte est un territoire à fort potentiel de recherches et ses habitants sont très demandeurs, comme nous l’avons vu avec la crise sismo-volcanique. » Une crise, d’ailleurs, qui a accéléré le phénomène naturel de subsidence de l’île, au point que le centre universitaire de formation et de recherche ait décidé de lancer une vaste étude afin d’envisager les différents scénarios d’évolution du territoire du fait de son enfoncement, en analysant la situation sur le plan naturel et social. Un travail précieux, puisque jamais un phénomène d’une telle ampleur n’avait été observé auparavant sur une île habitée. 

« On étudie les possibles conséquences de cette subsidence, mais le CUFR n’a pas les moyens d’envoyer un sous-marin en mer, alors que les autres structures du site d’étude en écologie globale, si », commente encore Matthieu Jeanson. D’où l’intérêt de cette nouvelle fédération de structures en tout genre, parmi lesquelles le CUFR et le CNRS, évidemment, mais aussi la Deal, la Daf, le BRGM et le conseil départemental. « Tous les acteurs sont invités à participer à la réflexion, et des chercheurs viendront de l’extérieur pour monter des projets, ce qui nous permettra de mener des études bien plus larges et de mutualiser nos moyens », sourit le conférencier. « Le CNRS et nous-même sommes bien conscients de tout ce qu’il y à faire à Mayotte. » 

Mayotte, un joyau de biodiversité… et d’humanité 

En effet, le 101ème département constitue « la plus orientale, la plus australe et la plus ancienne (environ huit millions d’années) terre émergée de l’arc volcanique des Comores », rappelle le centre national de recherche scientifique. « Cette histoire géologique, sa position géographique et la diversité des influences humaines ont façonné un paysage très singulier avec une diversité biologique et sociale exceptionnelle. » D’autant plus que le lagon constitue le seul parc marin français avec une double barrière de corail, fait naturel extrêmement rare à l’échelle du globe, et qui permet de nourrir et de protéger un large réservoir de biodiversité animale, végétale, mais aussi humaine, l’histoire de l’archipel ayant été marquée par des flux migratoires venus d’Afrique, de Madagascar, d’Europe et d’Asie. 

Alors, au même titre que la résilience des mangroves face aux changements climatiques, l’évolution de la situation sanitaire sera aussi au cœur des préoccupations scientifiques de ce tout nouveau SEEG. « Il s’agit de décrire et comprendre les processus infectieux et chroniques en lien étroit avec les bouleversements environnementaux et sociétaux de l’île », vulgarise le CNRS. Ainsi, le rôle de vecteurs que sont les moustiques, les rongeurs, les chauves-souris ou les oiseaux marins dans l’émergence de certaines pathologies seront à l’étude pour mieux comprendre les dynamiques épidémiologiques et la façon dont elles impactent les sociétés locales. Inévitablement, la diffusion du Covid-19 à Mayotte et Madagascar sera également prise en compte, et même modélisée, à l’instar de la prévalence des maladies chroniques comme l’obésité et le diabète, largement influencés par des facteurs socio-culturels. 

L’ensemble de ces travaux s’étalera sur quatre années, durée de vie classique d’un site d’étude en écologie globale. « Mais il pourra être renouvelé si, en fonction de la production scientifique, les recherches sont toujours actives », précise le CUFR. « Certains durent depuis dix ans, et à Mayotte, on ne doute pas qu’il y ait suffisamment de matière ! » Une aubaine, alors que rares sont les témoignages de chercheurs dans la littérature insulaire.

Mayotte donne du fil à retordre à la chambre régionale des comptes

L’organe déconcentré de la Cour des comptes qui œuvre tant à Mayotte qu’à La Réunion a rendu public ce jeudi son rapport d’activité pour l’année 2019. Une année particulièrement chargée pour la juridiction veillant à la bonne utilisation des deniers publics et qui a produit pas moins de 25 rapports d’observations définitives, huit jugements des comptes et 14 avis budgétaires. Retour sur quelques moments forts pour le territoire qui ne fait pas vraiment figure de bon élève. 

« La chambre a rempli son office qui est de s’assurer du bon emploi de l’argent 

public, d’en informer le citoyen et de contribuer ainsi à l’amélioration de la qualité et de la transparence de la gestion publique locale », estime en préambule le président de la chambre régionale des comptes La Réunion-Mayotte. Une mission essentielle donc, qui prend d’autant plus d’importance dans le plus jeune mais aussi le plus pauvre département de France. Et c’est peu dire que la chambre prend son rôle très au sérieux, quitte à tancer les organismes contrôlés par ses soins. 

À Mayotte, l’ire des magistrats a ainsi pu se porter sur le très défrayé Sieam, le syndicat des eaux et de l’assainissement de Mayotte – devenu Smeam – décrit dès le titre comme « un service public défaillant face à des enjeux majeurs ». Saisie par le préfet de Mayotte au motif que les budgets eau et assainissement n’avaient pas été adoptés en équilibre réel, la chambre s’est donc penchée sur les comptes du syndicat. Lesquels méritaient également un sérieux assainissement. Dans un premier avis rendu en juin 2019, la chambre a ainsi révélé un déséquilibre budgétaire maquillé par des « insincérités ». Croulant sous des déficits colossaux, le Sieam a donc été invité par les magistrats à fermer les vannes des dépenses pour ne se concentrer que sur l’indispensable. Fin juillet, la revoilà pour examiner la nouvelle délibération censée venir corriger le budget initial. Sans grande surprise, « les mesures de redressement sont apparues trop limitées », soulignaient les magistrats qui ont donc demandé au préfet de régler le budget et proposé un large plan de redressement des finances tablant sur un retour à l’équilibre en 2021. Nul doute que la chambre se penchera à nouveau sur le cas du syndicat. 

Aide social à l’enfance, Comité du tourisme… des rapports au vitriol 

Au tour du Département, cette même année 2019, d’en prendre pour son grade. Qui plus est sur une mission de la plus haute importance quand on connaît les problématiques liées à la jeunesse sur le territoire : l’aide sociale à l’enfance. Une prérogative « insuffisamment mise en œuvre en raison de moyens limités ne permettant pas d’apporter une réponse à l’ensemble des besoins de la population et aux obligations posées par le code de l’action sociale et des familles (CASF) », notent les magistrats dans un rapport au vitriol à l’attention de la collectivité. Laquelle « privilégie le traitement des situations d’urgence et agit en prenant des mesures palliatives ; des informations préoccupantes datant de 2014 étaient encore en instance de traitement lors du contrôle mené par la chambre ». Conséquence directe, des milliers de mineurs, faute d’être repérés, ne sont pas pris en charge. Dans sa synthèse du rapport, la chambre régionale des comptes apporte tout de même une petite note d’espoir, quoique douce-amère : « Les conditions d’exercice des missions s’améliorent depuis 2018. Si le Département a lancé de nombreux chantiers concernant l’ensemble des domaines relevant de la protection de l’enfance, il est peu probable qu’il puisse atteindre les standards de prise en charge nationaux dans le cadre du schéma départemental de l’enfance et de la famille (SDEF) 2017-2020. » 

Sévère aussi, le rapport concernant le Comité du tourisme, décrit par la chambre comme une véritable coquille vide, loin de remplir ses missions pourtant censées œuvrer au développement économique de l’île au lagon. Loin, également, de remplir ses obligations réglementaires, qu’il s’agisse du temps de travail ou des conditions de rémunération des personnels. Concernant ses missions stratégiques, le comité interrogé à la suite de la publication du rapport avait expliqué se sentir bien seul, mal épaulé par le conseil départemental. Un argument entendu par la chambre dans son rapport annuel, estimant que « le travail de promotion ne pourra toutefois réellement porter ses fruits sans une impulsion dynamique des partenaires institutionnels et un effort de mise en valeur des sites touristiques, lequel incombe à d’autres acteurs publics et privés que le seul comité départemental ». 

Du mieux du côté du CHM 

Pas tendre non plus, le rapport de 2019 concernant le centre de gestion de la fonction publique territoriale de Mayotte. Irrégularités dans l’organisation des concours, politique de rémunération, comptes pas fiables… Le centre est largement épinglé par les magistrats qui n’hésitent pas à jouer les censeurs. « Ces errements sont d’autant plus contestables qu’ils émanent d’un organisme supposé référent et expert en matière de ressources humaines », pointent-ils ainsi, rappelant au centre son « devoir d’exemplarité ». 

Incendiaire, encore, le rapport sur le Sdis 976. Le service départemental d’incendie et de secours s’est ainsi fait taper sur les doigts pour sa gestion des effectifs « largement perfectible ». Pêle-mêle, on apprenait ainsi dans ce rapport que « l’absentéisme représente un coût annuel estimé à 1,7 million d’euros », que « l’organisation des gardes génère des sureffectifs de nuit équivalents à 63 agents à temps plein pour un montant annuel estimé à 2,6 millions d’euros », que « dix-sept sapeurs-pompiers mis à disposition de la société d’exploitation de l’aéroport de Mayotte ont bénéficié d’indemnités et d’heures supplémentaires dans des conditions irrégulières » ou encore que le conseil d’administration devrait encadrer la mise à disposition des logements et des véhicules pour les cadres. De quoi mettre de l’huile sur le feu quand on connaît les relations houleuses qui animent le Sdis. 

Du mieux, enfin, du côté du CHM qui, même s’il bénéficie de marges de progression concernant « le pilotage financier avec la fiabilisation des trajectoires financières, la gestion des ressources humaines et la logistique », fait figure de bon élève dans ce rapport annuel. « Dans un contexte difficile, le CHM assume au mieux la mission de santé qui lui est impartie dans le département le plus pauvre de France », écrit la chambre régionale des comptes. De quoi mettre un peu de baume au cœur dans cet inventaire, plutôt sombre, mais qui n’oublie pas les embûches auxquels font face les différents acteurs du territoire. Et de quoi « contribuer ainsi à l’amélioration de la qualité et de la transparence de la gestion publique locale » ? Éléments de réponse l’année prochaine.

Dans les coulisses d’un tournage 100% made in Mayotte

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C’est un travail de longue haleine qui verra le jour au mois d’octobre. Seconde Zone, une série policière tournée à Mayotte et qui est fortement inspirée de la culture mahoraise risque d’en intriguer plus d’un. Le téléspectateur sera entraîné dans une atmosphère fantastique très proche de la réalité. 

Un crime, du suspens, des conflits familiaux, le tout mélangé avec une bonne dose de magie vaudou. Voici la recette de la nouvelle série policière et fantastique Seconde Zone, entièrement tournée à Mayotte. L’intrigue se déroule sur une île fictive volcanique appelée Djézéré située dans l’océan Indien, inspirée de Mayotte, La Réunion ou encore Haïti. L’histoire met en scène le quotidien de Kala, jeune femme flic de retour de métropole après plusieurs années. Elle va faire équipe avec Sirius, un policier qui fonctionne encore à l’ancienne et qui a trop souvent été corrompu. La découverte macabre d’un corps va remuer de lourds secrets et perturber la vie de tous en réveillant les démons du passé. L’île est déchirée par les ambitions, les intérêts économiques, le pouvoir politique tandis que les cadavres s’accumulent et que les phénomènes inexpliqués se multiplient. En effet, la série est également inspirée en grande partie par le vaudou haïtien, les zombies, et les sorts jetés. “Le but était de faire une série policière avec des éléments de mystère et du fantastique en incluant à la fois la culture locale et la culture qu’on peut retrouver au Bénin ou en Haïti”, explique Cyril Vandendriessche, réalisateur de la série. 

Le pilote de la série sera diffusé en octobre à condition de récolter les fonds nécessaires pour financer la post-production et la distribution. “Ce n’est pas une grosse production mais on a essayé d’y argumenter la qualité d’une grosse production”, précise le réalisateur. La production a besoin de 8.500 euros pour mener à bien le projet. Une cagnotte est lancée sur la plate-forme Ulule afin que tous ceux qui le souhaitent puissent contribuer. Passer par cette plate-forme permet aussi de récompenser les contributeurs qui recevront un prix à la hauteur de leur investissement. L’avenir de la série dépend surtout du succès de ce pilote. Les autres épisodes ne seront tournés et diffusés si le premier est bien accueilli par le public. 

Les difficultés de tourner à Mayotte 

Ce projet est né de la conjugaison de plusieurs moments d’écriture sur une dizaine d’années, par Antoine Boché, et Cyril Vandendriessche depuis maintenant 3 ans. Lors de la concrétisation, ils ont été confrontés au manque criant d’investissements dans le septième art chez nous. La première difficulté a été de trouver les professionnels compétents pour une production de qualité. Les deux hommes ont fait venir trois techniciens de la métropole et de La Réunion. Ces derniers ont également dû ramener le matériel nécessaire puisque là encore Mayotte ne dispose pas des ressources adéquates. “Ici c’est très compliqué parce qu’il n’y a pas de boîte de location pour le matériel. On ne peut pas non plus juste aller au magasin et acheter”, regrette le réalisateur de la série. 

Malgré toutes ces péripéties, la mission la plus complexe a été le casting des acteurs. Il aura fallu un an et demi à l’équipe pour trouver les perles rares. Le premier rôle, Kala, est incarné par Sitti-Thourayat-Daoud, qui vient tout droit des Comores. Les autres acteurs viennent des quatre coins de Mayotte. “À Mayotte, on ne trouve pas des acteurs aussi facilement. Nous avons auditionné toutes les troupes de théâtre de l’île, nous sommes allés dans tous les lycées et collèges, et nous avons aussi fait du casting sauvage c’est-à-dire que l’on arrêtait chaque personne dans la rue qui pouvait correspondre à un personnage”, explique Cyril Vandendriessche. La stratégie sera-t-elle payante ? Chacun pourra se faire sa propre opinion lorsque le premier épisode d’une heure et demie sera diffusé au cinéma de Chirongui. En attendant, les teasers diffusés sur les réseaux sociaux rencontrent le succès espéré. 

 

Pour participer à la cagnotte cliquer sur le lien suivant : https:/fr.ulule.com/seconde-zone/ 

Pour regarder les teasers cliquer sur le lien suivant : https://www.facebook.com/echtrafilms/videos/1029690194153458/

Chronique judiciaire : Du réseau de passeurs au business de l’immigration clandestine à Mayotte

Entre 2014 et 2017, une équipe de passeurs à Mayotte a mis en place un business pour acheminer des clandestins des Comores à l’îlot Mtsamboro, puis de l’îlot aux côtes mahoraises. Et les passagers apprenaient au dernier moment qu’ils devaient payer les deux traversées….

Il avance les mains dans les poches de son grand pantalon de costume noir trop large, ses lunettes de soleil teintées de rose vissées sur le haut de son crâne. Avec sa chemise blanche assortie à ses escarpins, on pourrait presque croire que l’homme s’est mis sur son 31 pour adoucir les juges. Mais la dégaine, nonchalante, le trahit. “En garde à vue, vous avez déclaré toucher 1.500 euros par mois grâce à vos activités, que déclarez-vous aujourd’hui ?”, l’interroge la magistrate. L’homme baragouine un peu, hausse les épaules et se tapote la tête d’un air de dire : “je sais pas”. L’interprète traduit. Au suivant.

Toute la matinée, c’est peu ou prou le même sketch qui se joue, ce mercredi, au Tribunal judiciaire de Mamoudzou. Les cinq prévenus, appelés tour à tour à la barre, bottent en touche, évitent les questions, se contredisent, tandis que la juge tente de déterminer le rôle des uns et des autres dans cette nouvelle affaire de passeurs. Mais ceux-là jouent dans la cour des grands. Leur ‘‘petit’’ business, actif de 2014 à 2017, aura permis le transport de quelque 1.200 clandestins depuis les Comores voisines à Handrema, au nord de Mayotte, pour un butin total de 240.000 euros. Pas mal pour un job d’appoint. L’un des prévenus, supposé être le cerveau de la bande, aurait même touché 8.000 euros certains mois, une somme toutefois contredite par la défense.

Un stratagème lucratif

Pour faire tourner leur petite affaire, l’équipe avait mis en place une mécanique bien huilée. En lien avec des passeurs d’Anjouan, ils acheminaient depuis les Comores des clandestins jusqu’à Mayotte. Enfin… pas exactement. La première barque, payée par les migrants ou leurs proches aux passeurs anjouanais s’échouait sur les plages de l’îlot Mtsamboro. Les passagers, déjà éprouvés par la rudesse de la traversée, n’étaient alors pas au bout de leur peine, puisqu’ils devaient embarquer dans un second bateau, direction la pointe Handrema. Là, ils étaient retenus par les prévenus, qui ne les libéraient qu’après d’âpres négociations pour obtenir le paiement de leur traversée. Un stratagème plutôt lucratif, mais qui leur vaut aujourd’hui d’être également accusés d’enlèvement et séquestration, en plus de l’aide à l’entrée et au séjour de personnes en situation irrégulière…

C’est un habitant de Mayotte, qui, devant la rançon demandée pour récupérer son frère et sa mère, dénonce le réseau aux forces de l’ordre. Et la mise sur écoute de l’un des passeurs, couplée à une surveillance assidue, révèlent alors l’étendue des faits. Dans les échanges téléphoniques, les passagers clandestins deviennent des “colis”, les kwassas des “voitures”, et un lexique coloré de fruits tropicaux finit de compléter le tableau. Autant d’éléments qui prouvent, selon le ministère public, “la connaissance et un mépris de la législation française motivé par l’appât du gain” et l’existence d’un critère de bande organisée.

Mayotte, “cimetière marin”

“Ce qui est difficile, d’habitude, dans ce genre d’affaire, c’est que l’on ne retrouve souvent que des petites mains. Or, ce dossier-là est impressionnant, car l’on s’attaque à un réseau constitué. Les prévenus l’ont mis en place pour pouvoir vivre de manière pérenne et très lucrative d’un commerce morbide”, a-t-il avancé. Il faut dire que l’affaire aurait pu se résumer à ces quelques sommes – certes faramineuses -, et ce caractère organisé, si ce n’était pour le naufrage d’un des kwassas. Ce jour de novembre 2017, trois personnes perdent la vie, dont deux enfants, et trois sont portées disparues. Le sixième prévenu, qui est visé par un mandat d’arrêt et ne s’est pas présenté à l’audience, est donc aussi accusé d’homicide involontaire. “Les fonds de l’eau à Mayotte sont transformés en cité mortuaire, en cimetière marin, à cause de ces individus qui non seulement ne respectent pas la loi mais qui exploitent la misère humaine”, a encore attaqué le substitut du procureur, en demandant une sévérité de la peine proportionnelle à la gravité des faits : quatre ans de prison pour les quatre premiers prévenus ainsi qu’une interdiction du territoire français pour cinq ans, et six ans d’emprisonnement pour le chef de la bande.

Le juteux business de l’immigration

Bien entendu, les avocats de la défense ne l’entendent pas de cette oreille. Leur principal argument ? La géographie. “Est-ce que l’îlot Mtsamboro est une entité comorienne ? À écouter le ministère public, on dirait presque que l’on remettrait en question l’appartenance de cet îlot à la France”, lance Maître Ibrahim. D’après lui, il n’y a guère de différence entre les faits rapportés aujourd’hui, et les autres arrivées de kwassas sur les plages du sud de l’île. “Ces gens-là sont aussi ramenés dans les différents villages de Mayotte et on ne qualifie pas cela d’aide au séjour et à l’entrée irrégulière”, déroule l’avocat. Les prévenus avaient un business ? Les taxis aussi, expose-t-il en substance. Et même la préfecture avec les titres de séjour ; ou encore les associations “largement subventionnées”, rajoute Maître Andjilani, lui aussi conseil de certains des prévenus. “Je veux bien qu’on discute de ce business lucratif. Si ce n’était pas un business pour tout le monde, on aurait arrêté l’immigration”, tacle encore Maître Ibrahim. Bien tenté, mais sa défense ne suffira pas à adoucir le jugement, plus sévère même que les réquisitions du parquet. Le chef de bande et le pilote absent à son audience écopent de six ans, et les autres prévenus de quatre ans d’emprisonnement avec mandat de dépôt de trois ans. Une peine assortie pour tous de l’interdiction de territoire français pendant cinq ans.

J. Kerdoncuf : « Je ne vois pas en quoi il serait pire d’être intégré au CRA que de faire 12 heures en kwassa »

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Alors que plusieurs cas de coronavirus ont été détectés chez des personnes intégrées au centre de rétention administrative, Julien kerdoncuf, sous-préfet en charge de la lutte contre l’immigration clandestine, répond aux inquiétudes qu’a suscité la nouvelle. Et assure que « des protections sanitaires maximales », sont mises en place au sein d’un CRA qu’il espère prochainement redevenir point de départ des reconduites.

Flash Infos : Considérez-vous que toutes les mesures sont prises pour éviter une propagation du coronavirus au sein du centre de rétention administrative ?

Julien Kerdoncuf : Premièrement, et ce n’est pas nouveau, nous avons à Mayotte le seul centre de rétention en France à organiser un examen médical préalable à la rétention pour les personnes qui arrivent par voie maritime. Dans ce cadre, le protocole permet de savoir si l’état de santé de la personne interpellée est compatible ou non avec la rétention. Actuellement, cela permet également de déterminer si ces personnes ont des symptômes évocateurs du Covid, auquel cas elles ne sont pas placées en rétention. Deuxièmement, le CRA de Mayotte est doté d’une infirmerie particulièrement robuste pour laquelle une convention prévoit d’allonger ses horaires afin qu’elle soit ouverte 24h/24.

Par ailleurs, les personnes qui sont placées au centre sont désormais systématiquement testées. Il est vrai que parmi elles, nous avons diagnostiqué plusieurs personnes positives au coronavirus. Il s’agit d’une mère de famille accompagnée de ses quatre enfants qui ont été placés au centre d’hébergement de Tsararano lorsque les résultats sont tombés. Plus récemment, six autres cas positifs ont été testés et ont suivi le même chemin. Alors, quand on dit qu’il y a des cas de Covid en rétention, ce n’est pas le cas dès lors que le diagnostic est posé, on persuade les malades d’intégrer le centre de Tsararano le temps de leur guérison.

De plus, 5.000 masques ont été remis au CRA il y a plusieurs semaines, accompagné de gel hydroalcoolique ou encore de tenues de protection. Une formation aux gestes barrière a également été menée auprès des forces de l’ordre au tout début de l’épidémie et une autre au personnel du centre il y a une semaine. Enfin, nous avons revu l’organisation du CRA pour respecter ces mêmes gestes barrière. Concrètement, nous séparons les zones en fonction des arrivées de kwassa – seules ces personnes étant intégrées dans le centre actuellement – afin de ne pas mélanger les groupes et d’éviter de croiser les flux de personnes tant que les résultats des tests ne sont pas connus. Dernier point, les repas sont servis dans les zones et non plus au réfectoire.

L’effort est donc considérable et si, effectivement, le virus circule encore sur le territoire, tout est fait pour que le centre ne connaisse pas de vague épidémique comme on a pu le constater dans d’autres administrations par exemple.

FI : Différentes mesures que vous citez, en premier lieu le dépistage systématique, sont pourtant très récentes alors que le centre a rouvert il y a plus d’un mois. Par ailleurs, les personnes sont tout de même intégrées le temps que les résultats de leurs tests soient connus, ce qui laisse le temps à une éventuelle propagation du virus…

J. K. : C’est vrai, les tests n’ont pas été mis en place immédiatement, il y a eu plusieurs semaines de battement. Mais je rappelle que la doctrine nationale sur le sujet est de ne tester que les personnes symptomatiques. Et dans la mesure où nous procédons à un examen médical préalable à la rétention, on peut considérer que cette évaluation est déjà faite. Dès lors, on voit que l’on va, avec ce test, plus loin que la doctrine nationale.

En ce qui concerne les tests, les résultats arrivent dans les 48 heures et les groupes de kwassa ne sont, je le répète, pas mélangés et la distanciation physique est possible au vu de la taille des différentes zones du CRA. Dans ce cadre, je ne vois pas en quoi il serait pire d’être intégré au centre que de faire 12 heures de traversée dans un kwassa.

FI : Que se passerait-il si le nombre de zones venait à être inférieur au nombre de kwassas interpellés ?

J. K. : Cela ne s’est pour l’heure jamais produit. En ce qui concerne les personnes positives au coronavirus, elles sont incitées à rejoindre le centre de Tsararano et en ce qui concerne les autres, elles sont libérées au bout d’un certain temps puisque les reconduites ne peuvent malheureusement pas être effectuées. Cela libère donc de la place dans les zones que nous décontaminons après chaque passage.

FI : Pour autant, le personnel du CRA et des syndicats de police s’inquiètent de cette situation, ces derniers allant jusqu’à pointer un manque d’information de la part des autorités… Comprenez-vous cette inquiétude ?

J. K. : Mon rôle n’est pas d’alerter les syndicats de police mais les policiers qui sont sur le terrain au plus proche des dangers sanitaires. Lorsque le premier cas de Covid a été diagnostiqué, nous avons tout de suite convoqué le personnel afin de les en informer et de leur demander de renforcer leurs précautions. En ce qui concerne l’inquiétude, elle est tout à fait légitime mais relève du ressenti. Tout le monde a peur d’attraper le Covid et c’est bien normal. Mais en fournissant tous les efforts que j’ai évoqués, n’y a-t-il finalement pas moins de risque au centre qu’en allant faire ses courses ? Je comprends donc l’inquiétude et nous sommes là pour rassurer le personnel mais en parallèle de ça, il y a toutes les mesures qui forment une protection optimale contre la propagation du virus.

FI : Pour vous, il n’y a donc pas de risque à intégrer dans un même centre, par nature fermé et pendant 48h, des personnes dont on ne connaît pas l’état de santé pour, in fine, les libérer ?

J . K. : La question qu’il faut se poser est : quelle est l’alternative ? Est-ce qu’il n’est pas finalement plus sûr d’intégrer ces personnes dans un centre qui respecte toutes les précautions et qui permet d’effectuer des tests sur les personnes qui arrivent et, le cas échéant, les inviter à se protéger en intégrant le centre de Tsararano que de laisser tout le monde dans la nature dans l’ignorance de leur état de santé ? Pour moi, la réponse est assez claire.

FI : Vous adoptez un discours sanitaire quand d’autres voient dans la réouverture du CRA sans reconduites un geste essentiellement politique…

J. K. : Les reconduites ne sont effectivement pas possible pour l’heure mais si nous faisons cela, c’est que nous avons la certitude de pouvoir les reprendre dans des délais raisonnables. Le ministère des Affaires étrangères et l’Élysée sont tellement mobilisés dans la reprise des reconduites vers les Comores et Madagascar que tout laisse à penser qu’elles puissent effectivement reprendre dans les jours ou les semaines prochaines. Le juge des libertés et de la détention estime que ce n’est pas le cas dans la plupart des dossiers qui lui sont soumis mais il ne m’appartient pas de commenter ses décisions. De notre côté, notre travail est d’obtenir le plus rapidement l’accord des autorités comoriennes pour reprendre les éloignements. Nous nous activons tous très forts en ce sens en coulisse et si effectivement nous n’avons pas de date pour l’heure, tous les efforts sont faits.

FI : Les dépistages resteraient-ils systématiques ? Une personne testée positive pourrait-elle être reconduite ?

J. K : Je vais être très clair : nous n’éloignerons pas les personnes testées positives.

Drame à Hamjago : La crainte de représailles inquiète les habitants

Après un regain de violences le week-end dernier, un nouvel affrontement entre bandes rivales s’est tenu, mardi en pleine journée, à Hamjago. Un événement qui aurait, selon les habitants, provoqué la crise cardiaque d’une commerçante, décédée en tentant de sauver un jeune en train de se faire agresser. Un scénario différent de celui relaté par les forces de l’ordre, mais qui laisse toutefois craindre une possible riposte.

« On sait que ça ne va pas s’arrêter là », lâche, encore traumatisée, Faoulati. « En tant que mère de famille, je suis très angoissée pour ma sécurité et celle de mes enfants. » Quelques heures plus tôt, une autre mère de famille, elle aussi habitant dans le village d’Hamjago, perdait la vie. Il est midi, mardi, lorsque, venus de M’tsamboro, plusieurs dizaines de jeunes – une cinquantaine, selon les témoignages du voisinage – font irruption dans la commune, prêts à en découvre avec une bande rivale, chombo, parpaings et barres de fer au poing.

Sur les réseaux sociaux, un récit dramatique prend rapidement de l’ampleur. Selon plusieurs habitants, les adolescents, arrivés à hauteur de la rue Tchad, s’en seraient pris à un jeune du quartier, près d’un petit commerce. Aux premières loges du déferlement de violences qui éclate alors, la gérante de la boutique aurait tenté de s’interposer. Mais la peur, le stress et l’adrénaline auraient déclenché l’arrêt cardiaque de la femme âgée d’une cinquantaine d’années, qui décédera quelques minutes plus tard. Si cette personne est bel et bien morte d’un arrêt cardiaque, celui-ci serait toutefois survenu, selon la gendarmerie locale, plus de deux heures après les faits. Surpris du jeune âge de la victime, le médecin-légiste a alors prononcé un obstacle médico-légal. Mais face à l’hostilité de la famille et de la foule voyant l’ambulance venue chercher le corps, les examens prévus ont finalement été abandonnés.

Pourtant, alors que les appels signalant les premiers affrontements avaient fait saturer le standard du 17, une douzaine de gendarmes s’étaient une première fois rendus sur place quinze minutes après l’irruption de la bande dans le village. Trop tard, tous les assaillants ayant déjà pris la fuite. « Une fois arrivé, il n’y avait plus personne. Alors nous avons entamé des recherches entre les deux villages, mais ils avaient tous disparus dans la nature. » Dans le même temps, le Samu intervient à Hamjago, où deux jeunes, grièvement blessés par la bande de M’tsamboro avant qu’elle ne prenne la fuite, doivent être évacués sur le champ. Impuissante, Faoulati ne rate pas une seconde de la scène qui se joue, à quelques pas du domicile familial. « Les jeunes d’Hamjago ne vont pas en rester là, c’est certain », craint-elle. « Cette rivalité existe depuis plus de 30 ans… »

Si, comme à chaque fois, les auteurs de violence n’ont pu être interpellés, le secrétaire départemental du syndicat Alliance police nationale, Bacar Attoumani, suggérait, plus tôt dans la semaine et après que trois policiers aient été blessés lors d’affrontements avec des bandes de jeunes, de réitérer l’intervention du GIGN afin d’identifier, sur le terrain, les meneurs des caillassages, en les photographiant en pleine action et avant qu’ils ne prennent la fuite. Un dispositif qui avait été déployé en décembre dernier et qui avait permis de juger plusieurs agresseurs et coupeurs de route. Mais pour la gendarmerie, l’antenne normalement attelée à cette tâche est actuellement exclusivement mobilisée sur l’identification d’autres personnes impliquées dans des faits « plus graves », comme des vols à mains armés dans plusieurs commerces. En attendant, les habitants d’Hamjago ont décidé d’organiser un grand rassemblement ce jeudi à 16 heures, sur le plateau de M’tsamboro.

 

À Mamoudzou et Tsararano aussi

Alors que les policiers de Mamoudzou auraient reçu l’ordre de ne plus intervenir entre M’tsapéré et Doujani, dans l’espoir que les affrontements s’apaisent, de nouveaux affrontements ont eu lieu mardi soir dans le chef-lieu. Puis, mercredi matin à Tsararano, plusieurs élèves de Dembéni venus au lycée pour se réinscrire en vue de la prochaine rentrée scolaire, ont été pris à partie par « plusieurs jeunes non scolarisés qui les attendaient dehors », selon la gendarmerie. L’un d’entre eux aurait ainsi frappé un lycéen avec un sac banane rempli de sable et de gravas. Le jeune homme aurait tenté de se défendre avec une paire de ciseaux, mais ne réussira, finalement qu’à déchirer un bout du t-shirt de son agresseur. Les deux « victimes-agresseurs », âgés de 16 ans environ, ont été pris en charge médicalement et seront prochainement entendus par les forces de l’ordre.

Pauvreté : La dichotomie mahoraise

Le chiffre est l’un des plus parlants pour décrire la situation de Mayotte. Régulièrement employé, il va désormais changer. La part de la population vivant sous le seuil de pauvreté national passe en effet de 84% à 77%. Une baisse qui ne doit pas masquer une autre réalité : les inégalités de vie se sont creusées.

Hier, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) présentait les résultats de son enquête nationale Budget de famille, menée entre octobre 2017 et octobre 2018. Mayotte n’échappait pas à cette dernière, menée depuis 1979 en France et 1995 chez nous. C’est donc une nouvelle photographie budgétaire du territoire qui a été dévoilée, mettant à jouer les données jusqu’ici employées, datées de la précédente enquête du genre en 2011. Revue de détails.

Un taux de pauvreté qui diminue

Il faudra désormais parler de 77% – et non plus 84% comme jusqu’à présent – de la population vivant sous le seuil de pauvreté national (1.010 euros, soit 60% du revenu médian qui sépare la population en deux parts égales). Une part certes en baisse, mais qui demeure de loin la plus élevée de France, puisqu’elle est de 14% en métropole et de 53% en Guyane, autre département ultramarin pourtant souvent comparé – vraisemblablement de façon un peu trop hâtive – à Mayotte. Autant dire que le 101ème département garde largement son triste record et son statut de territoire le plus pauvre de France.

Toutefois, perception de la pauvreté divergente en fonction des territoires, l’Insee établit également un revenu médian local. Ainsi, la moitié de la population vit avec moins de 260 euros par mois. Un niveau de vie médian six fois plus faible qu’en métropole et trois fois plus faible qu’en Guyane. Et alors que celui-ci était en hausse entre 2007 et 2011, il était en retrait de 40 euros en 2018. En cause : les flux migratoires de populations pauvres entrant sur le territoire, mais aussi le départ de natifs de Mayotte, plus aisés, vers la métropole ou La Réunion.

Un écart qui se creuse

À partir de ce niveau de vie médian local, on peut déterminer une sorte de sous-seuil de pauvreté de 160 euros par mois, séparant les « bas-revenus » au-dessus (mais en dessous du seuil de pauvreté national), et les « très bas revenus » en dessous. Et c’est 42% des habitants de l’île qui vivent dans cette dernière catégorie, soit 109.000 personnes. Un part qui gagne 27.000 personnes depuis 2011. En métropole, cela représente moins de 1% de la population, et seulement 6% en Guyane. En revanche, la part des ménages à « bas revenus » baisse de huit points. Pour récapituler : la part des non-pauvres – c’est-à-dire vivant au-dessus du seuil de pauvreté national – augmente, tout comme les ménages à « très bas revenus ». En somme, les écarts de niveau de vie se creusent. Les chiffres le disent très clairement : en 2018, les 10 % les plus aisés des habitants de Mayotte ont un niveau de vie plancher – comprendre les moins aisés de cette catégorie – 6,8 fois supérieur au niveau de vie médian mahorais, contre 4 fois supérieur seulement en 2011. Pas d’emballement toutefois, il ne s’agit pas forcément de niveaux de vie mirobolants, celui-ci correspondant à peu près à un revenu de 1.800 euros par mois, soit le niveau de vie médian métropolitain.

Une pauvreté qui concerne tout le monde

Parmi les profils de la pauvreté à Mayotte, on trouve les natifs de l’étranger. Ainsi, 94 % des ménages dont la personne de référence est née à l’étranger sont pauvres. Pour autant, les natifs du territoire ne sont pas épargnés. Pour les ménages natifs de Mayotte ou d’un autre DOM, le taux de pauvreté s’établit en effet à 59 % tout de même.

Autre constat : si les ménages dont la personne de référence est chômeur ou inactif sont quasiment tous pauvres, avoir un emploi ne protège pas forcément de la pauvreté : 58 % des ménages dont la personne de référence occupe un emploi sont en effet, eux aussi pauvres.

Par ailleurs, sans surprise, l’absence de diplôme et le fait d’être une famille monoparentale sont aussi des facteurs propices à la pauvreté.

Prestations sociales : fin d’une idée reçue

Non, les prestations sociales à Mayotte ne suffisent pas à réduire la pauvreté. Leur influence sur cette problématique est d’ailleurs marginale. Elles ne représentent en effet que 17% du revenu moyen des ménages pauvres du Mayotte, ne font baisser le taux de pauvreté que de seulement deux points, et ne sont de toute façon pas accessibles à la population étrangère régularisée depuis moins de 15 ans, et a fortiori non régularisée. Par ailleurs, au-delà des questions migratoires, seules 16.000 personnes bénéficient du RSA à Mayotte. Les pensions de retraites ne sont, elles aussi, perçues que par une très faible part de la population.

Une consommation qui stagne

Autre secteur étudié par l’enquête : la consommation des ménages. Premier constat : elle stagne entre 2011 et 2018. En moyenne, un ménage mahorais consomme donc 1.190 euros par mois, une consommation moitié moindre qu’en métropole et inférieure d’un tiers à celle des autres départements ultramarins. Évidemment, cette donnée masque de forts contrastes. Les ménages à « très bas revenus » consomment ainsi quatre fois moins que les ménages « non pauvres » – un écart qui s’accentue logiquement à la lumière des analyses précédentes – et ceux à « bas revenus » consomment, eux, 2,5 fois moins que ces mêmes ménages.

Parmi les postes de dépenses, l’alimentation occupe la première place puisqu’elle représente 24% du budget. Autre donnée liée à l’alimentation, et relativement stable quel que soit le niveau de vie des ménages : 30% d’entre eux recourent à l’autoconsommation.

Derrière l’alimentation, ce sont les transports qui pèsent le plus, avec d’ailleurs une hausse de trois points (18%) du budget des ménages. Logement ensuite à hauteur de 15% du budget, surtout vrai pour les locataires puisque ce sont les loyers et les dépenses en eau et électricité qui sont ici comptabilisés, et non le remboursement des prêts immobiliers. Le poids des dépenses liées au logement dans le budget est le seul point comparable avec la métropole. Viennent ensuite l’habillement à hauteur de 10% – très élevé quel que soit le niveau de vie, une spécificité locale –, ainsi que les dépenses d’assurances et les services financiers, qui progressent depuis 2011.

Enfin, un point intéressant à soulever : s’ils disposaient de 10 % de ressources supplémentaires, 25% des ménages l’utiliseraient prioritairement pour la culture et l’éducation de leurs enfants.

Conflit social à Mayotte : Rien ne va plus entre les pompiers et leur directio

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Les conflits s’enchaînent entre le syndicat des pompiers de Mayotte, SNSPP-PATS 976 et la direction du SDIS. Menace d’une grève illimitée, accusation de discrimination raciale, la tension est palpable entre les deux partis.

On pourrait croire que tout a commencé le jour où la caserne de pompiers de Kahani a été vandalisée au mois de mai. Ce jour-là, les pompiers en colère avaient mis en cause leur direction qui aurait laissé à l’abandon le site sans aucune sécurité. En réalité, ce conflit remonte à plusieurs années. “Depuis 2012, on nous a promis de vraies rénovations mais ça n’a pas été fait. On continue sur du provisoire. Le mobilier est devenu très vétuste, il tombe tout seul. Il y a des trous partout, les rats et les poules s’en donnent à cœur joie, c’est devenu invivable”, dénonce Abdoul Karim Ahmed Allaoui, président du syndicat SNSPP-PATS 976. L’agression du 10 mai a été la goutte de trop, puisque les malfaiteurs sont entrés par le portail qui ne se fermait plus depuis des mois. Des discussions ont été enclenchées entre les représentants du personnel et la direction du SDIS, mais le 30 juin, le SNSPP-PATS 976 a déposé un préavis de grève car selon son président “il n’y a que des promesses et rien de concret”. Une version contestée par le colonel Fabrice Terrien, directeur du SDIS, qui indique que de tels propos visent à tromper les gens. Une solution provisoire a été apportée au portail, il bénéficie désormais d’une “fermeture fiable” selon lui. Le portail en question est désormais fermé grâce à une grosse chaîne et un cadenas robuste. “Nous sommes conscients que ce n’est pas suffisant, mais pour le long terme nous avons programmé un projet pour reconfigurer totalement le site de Kahani. La caserne sera remise à neuf d’ici deux ans”, affirme le directeur du SDIS. Ce projet n’est pourtant pas au goût du syndicat SNSPP-PATS 976 qui est à l’origine du préavis de grève et qui aurait boycotté les réunions. “Il y avait une réunion le 19 juin, ils ne sont pas venus. Nous avons convoqué à nouveau tout le monde le 25 juin. Nous avons présenté le rapport, il a été validé à l’unanimité par tous les partis, y compris ceux qui appellent à la grève, et le 30 juin nous avons reçu un préavis de grève qu’on ne comprend pas”, déclare le colonel Fabrice Terrien. Il avoue également être dans l’embarras parce que le processus est lancé et l’appel d’offres sera mis sur le marché sous peu. Les pompiers veulent de nouvelles négociations, au cas contraire, ils entreront en grève illimitée à partir du 8 juillet.

Discrimination ou manque d’initiative ?

La caserne de Kahani n’est pas la seule source de conflit entre le SNSPP-PATS 976 et l’administration du SDIS. Le syndicat accuse également la direction de faire une différence raciale entre trois sapeurs-pompiers qui partent à la retraite. “La direction a choisi de faire une cérémonie pour les deux Métropolitains mais pas pour le Mahorais. Cela montre encore une fois à quel point notre direction méprise les pompiers mahorais. Elle cherche à nous diviser parce que lorsqu’il s’agit des Mahorais, notre hiérarchie est insensible mais quand ce sont les autres elle s’active”, accuse Abdoul Karim Ahmed Allaoui. Le président du syndicat y voit là une provocation et une insulte envers les sapeurs-pompiers d’origine mahoraise. La direction se dit indignée par la tournure que prend le débat. Selon le directeur du SDIS, si une cérémonie n’a pas été organisée pour le Mahorais qui part à la retraite, c’est tout simplement car la demande n’a pas été faite. “C’est déplacé de parler de conflits ethniques. La prise d’initiative revient au chef de caserne ou chef de service. Celui des deux collègues métropolitains qui partent à la retraite nous a notifié sa volonté d’organiser une cérémonie, chose qui n’a pas été faite par le chef de caserne du retraité mahorais. Nous ignorons les raisons mais s’il l’avait fait nous l’aurions aussi accompagné”, souligne le colonel Fabrice Terrien. Ce dernier rappelle qu’il est encore temps d’organiser une cérémonie pour le troisième retraité à condition que son supérieur en fasse la demande.

Covid-19 : l’indignation face aux essais thérapeutiques à Mayotte et en Guyane

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L’infectiologue Karine Lacombe a annoncé sur la chaîne LCP, l’ouverture de centres d’essais thérapeutiques à Mayotte et en Guyane pour lutter contre la Covid-19. La nouvelle a enflammé la toile qui dénonce un nouveau mépris envers les Mahorais et les Guyanais.

Le 25 juin, le professeur Karine Lacombe, cheffe de service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine (Paris), était auditionnée au parlement par la commission d’enquête Covid-19. Lors de cette audition, elle a annoncé l’ouverture de centres d’essais thérapeutiques à Mayotte et en Guyane. “Nous allons ouvrir un centre à Mayotte et un autre à Cayenne, en Guyane, où l’épidémie fait rage et où le pic ne sera vraisemblablement pas atteint avant la fin du mois de juillet. Il est donc indispensable d’apporter une solution thérapeutique.” Cette solution thérapeutique consiste à prélever du plasma sanguin chez des personnes guéries de la Covid-19 et de le transfuser chez des personnes malades. L’objectif est de savoir si le plasma collecté rempli d’anticorps est capable d’immuniser le malade et éviter une forme sévère de la maladie ainsi qu’un passage en réanimation. Les essais se feront sur la base du volontariat. En métropole, ce test a été lancé par l’établissement français du sang (EFS) en avril, en Île-de-France, dans le Grand Est et en Bourgogne-Franche-Comté. 200 donneurs ont été sollicités mais selon la directrice de l’Agence régionale de santé de la Guyane, ce n’est pas suffisant. “Dans l’Hexagone, les personnes malades (sollicitées) ne sont pas assez nombreuses pour que l’on puisse vraiment confirmer tout l’intérêt de cette nouvelle thérapeutique. Donc le fait qu’en Guyane, on ait beaucoup de malades va pouvoir faire progresser très fortement cette recherche vraiment très prometteuse”, a déclaré Clara de Bort à Guyane la 1ère. Cette dernière ajoute également que c’est une “chance” de pouvoir participer à cet essai. Chez nous, l’ARS ne souhaite en dire plus car il est encore trop prématuré. Elle précise cependant qu’“une demande a effectivement été faite pour lancer cette étude à Mayotte mais nous ne sommes qu’en phase de discussion pour voir s’il y a un réel intérêt ou pas. C’est un processus très long et si cela se fait, ça ne sera pas aujourd’hui ni demain”, déclare Manon Rabouin, chargée de communication à l’ARS de Mayotte. Selon elle, la Guyane a précipité la communication sur cet essai thérapeutique.

Une annonce qui scandalise les Mahorais et Guyanais

La nouvelle du Pr. Karine Lacombe a rapidement enflammé la toile chez nos compatriotes Guyanais. “Prendre des Guyanais pour des cobayes, il est hors de question !”, “Pourquoi ne pas le faire dans les clusters de l’Hexagone ?” “Pas un seul essai sur les habitants de notre pays (Guyane)”, peut-on lire sur les réseaux sociaux. Une pétition a été lancée par Jean-Victor Castor, guyanais et secrétaire général du Mouvement de décolonisation et d’émancipation sociale. Il ne croit pas en la théorie du volontariat. “Les deux territoires qui vont être utilisés comme cobayes sont Mayotte et la Guyane et on sait que sur ces deux territoires, il y a beaucoup de populations précaires qui pourront être influençables.” À Mayotte, pour l’heure aucune personnalité ni aucun élu n’a commenté la nouvelle. Cependant, les voix des internautes s’élèvent petit à petit. “Mayotte n’est pas un rat de laboratoire à ciel ouvert. Ils font cela parce que nous sommes les départements les plus pauvres et parce que nous sommes noirs. Nous devons nous révolter contre ce mépris et refuser que ces tests se fassent chez nous, qu’ils les fassent ailleurs. À Paris ou à Marseille par exemple où il y a beaucoup plus de cas. Où sont les élus ? Pourquoi personne ne réagit ?”, s’indigne Gaillard Junior, fervent défenseur de la cause mahoraise sur la page Front départemental mahorais. L’ARS de Mayotte entend la colère de certains et affirme qu’il n’y aura “aucune différence avec les essais déjà faits en métropole”. Cette affirmation calmera-t-elle les esprits ? Nous le serons probablement à partir du 2 juillet, date à laquelle le Pr. Karine Lacombe se rendra en Guyane.

Le coronavirus a fait son entrée au CRA de Mayotte

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Alors qu’associations et syndicats de police s’inquiétaient le mois dernier des conséquences sanitaires qu’impliquait la réouverture du centre de rétention administrative, les derniers ours viennent leur donner raison. Plusieurs cas de coronavirus y ont en effet été détectés, sans que les mesures nécessaires à contenir la propagation du Covid-19 ne soient prises.

De la rétention d’information au centre de rétention ? Le mot pourrait prêter à sourire. Mais Aldric Jamet n’est pas d’humeur. « On a eu l’info à l’arrache », s’emporte le représentant d’Alternative police sur le territoire. Le 24, les voyageurs à bord d’un kwassa en provenance des Comores sont interceptés puis placés dans le centre de rétention administrative. Dépistés dans la foulée, « au moins six, peut-être neuf » d’entre eux sont diagnostiqués porteur du coronavirus. Voilà « l’info » en question. Le problème, pour le policier, « c’est que nous l’avons appris hier d’une source extérieure, les officiers et la préfecture ne nous ont rien dit ». C’est donc sans aucune connaissance de leur état de santé que les porteurs du virus « ont été mis en contact avec tout le monde pendant plusieurs jours », pointe le syndicaliste selon qui « forcément, il y a eu propagation ».

« Il y a des moyens de protection, mais quand on doit gérer 60/70 personnes tous les jours avec toutes les allées-venues, c’est trop compliqué. Alors, si l’on ne connaît même pas l’état de santé des personnes retenues, c’est injouable », martèle celui qui s’inquiète pour ses collègues, certes, « mais aussi pour tout le monde ». « Si on ne découvre pas ça, cela veut dire que l’on va potentiellement relâcher 70 personnes positives dans la nature et qui vont contaminer le reste de la population. Tout le monde est en danger », alerte Aldric Jamet. Pour Alternative police Mayotte, qui a saisi l’Agence régionale de santé sur la question, la solution est pourtant simple. « Ce qui était à prévoir est arrivé alors nous demandons soit que le CRA soit limité à un rythme de quatorzaines, soit qu’il soit tout simplement fermé tant que les expulsions ne pourront pas reprendre », explique-t-il à l’attention du préfet de Mayotte, car « c’est lui qui a décidé de le rouvrir, à lui désormais de le fermer. Après… C’est vrai qu’on aimerait bien que nos officiers prennent un peu leur part », lâche-t-il.

Un protocole sanitaire tardif et « insuffisant »

Selon nos informations, un dépistage est systématiquement organisé – dans les 24 heures – lors de l’intégration des personnes au sein du centre de rétention. Problème, ce dispositif sanitaire opéré par les équipes du CHM ne s’est mis en place que le 25 juin, soit plus d’un mois après la réouverture du CRA, le 15 mai. 200 personnes auraient circulé dans les lieux entre-temps. Pour des sources internes au CRA, le protocole mis en œuvre depuis est toujours loin d’être suffisant. « Dans l’attente des résultats, on laisse tout de même jusqu’à trois jours des personnes dans une même zone, le virus a donc largement le temps de se transmettre sachant que les retenus utilisent les mêmes sanitaires etc. », dévoile l’une de ces sources.

 

Ce n’est donc qu’une fois que le test revient effectivement positif que les personnes porteuses du virus sont écartées « En principe, elles sont envoyées dans le centre d’hébergement de Tsararano, mais c’est assez opaque », poursuit cette source, affirmant que tous, « policiers et autres, ne comprennent pas pourquoi on laisse les choses comme ça ». « C’est purement politique, pour dire que le CRA est ouvert mais c’est faire prendre des risques à tout le monde, à l’intérieur comme à l’extérieur du centre puisqu’après cinq jours de rétention, le juge des libertés et de la détention est bien obligé d’ordonner la remise en liberté des personnes intégrées car ne peut pas les expulser », se désole-t-on au sein du centre. Lequel, en termes de propagation du virus, semble faire tout sauf de la rétention.

*Contactée, la préfecture n’a pas donné suite à nos sollicitations

Rachat de Vindemia par GBH : la grande distribution de Mayotte face à la menace d’une concentration inédite

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Réunion au sommet ce lundi, entre les différents acteurs économiques et politiques du 101ème département, alors que le rachat de Vindemia, filiale de Casino, par GBH, qui détient 11 magasins Carrefour, doit avoir lieu le 1er juillet. Pour l’instant, ni l’Autorité de la Concurrence, ni le Conseil d’État ne se sont prononcés contre l’opération. Mais après La Réunion, c’est au tour des acteurs mahorais de s’inquiéter de ses conséquences pour la vie économique locale.

C’est un nouvel épisode dans le feuilleton du rachat de Vindemia par GBH. Ce lundi, les acteurs économiques – syndicats patronaux et salariés, président de la CCI, figures politiques de l’île – se sont réunis à huis clos pour répondre à l’appel de la préfecture et de l’Observatoire des Prix, des Marges et des Revenus (OMPR) de Mayotte. À l’ordre du jour : la présentation d’un rapport du cabinet Bolonyocte Consulting, qui aura déjà fait couler un peu d’encre. Mandaté par les OPMR de La Réunion et de Mayotte, ce document a été finalisé le 20 mai dernier mais rendu public courant juin. Et il n’est pas tendre avec le groupe Bernard Hayot, véritable empire de la distribution en Outre-mer qui brasse quelques 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires mondial. “Le groupe Sodifram, jusqu’alors leader à Mayotte, va voir ses parts de marché fondre au profit d’un acteur qui va devenir encore plus dominant. Et ce nouveau duopole qui pèsera 84% du marché aura un effet de concentration très préjudiciable pour le consommateur mahorais”, prédit Christophe Girardier, le directeur du cabinet mandaté et auteur de l’étude.

Situation “urgente” pour Mayotte

Plusieurs facteurs expliquent selon lui cette augmentation des parts de marché, alors même que l’entreprise familiale née en Martinique n’est en réalité pas encore présente à Mayotte. D’abord, Bourbon Distribution Mayotte (BDM) – qui dépend de Vindemia et regroupe les enseignes Jumbo, Score, SNIE et Douka Bé – a un projet d’extension de son parc de magasins, qui est “bien plus que dans les cartons, qui est en cours”, souligne Christophe Girardier. Ensuite, le changement d’enseigne – de Jumbo à Carrefour, en l’occurrence – “aura un impact très important sur les Sodifram”. Enfin, le groupe Hayot a une intégration verticale du marché en cela qu’il détient des entreprises en amont comme en aval de la filière. “Avec l’opération, il deviendra le fournisseur pour près d’un tiers des produits de consommation sur l’île”, s’inquiète Bourahima Ali Ousseni, le président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) à Mayotte.

Tous ces effets cumulés risquent de faire grimper les parts du nouvel acteur à 45,5% tandis que celles du futur ex-numéro 1 tomberont de 7 points, à 38,4%, chiffre l’étude du cabinet Bolonyocte. Une concentration qui aura des conséquences non seulement sur le secteur de la grande distribution alimentaire, mais sur le monde économique mahorais dans son ensemble. Plus de 1.000 petites épiceries de proximité, qui participent au tissu économique local, seraient en effet menacées. D’après Christophe Girardier, il s’agit donc d’une situation “urgente” pour Mayotte, alors que l’opération doit être finalisée le 1er juillet. À tel point que le consultant parisien a dû embarquer en toute hâte ce samedi, direction Dzaoudzi, afin de pouvoir assister à la réunion au sommet de ce lundi.

Les “erreurs” de l’Autorité de la Concurrence

Les conclusions de son étude vont pourtant à rebours de celle de l’Autorité de la Concurrence, qui a donné son aval le 26 mai dernier. Son avis complet a été rendu public vendredi. “Mettre un mois pour publier son enquête me paraît un peu surprenant, pour ne pas dire anormal”, s’étonne d’ailleurs Christophe Girardier. Et sur le fond, ce dernier n’y va pas de main morte sur ce qu’il juge “une décision entachée d’erreurs très importantes de raisonnement qui sont contraires à la doctrine même de l’Autorité et privent de fait cette décision de base légale”. Il faut dire que, là où le consultant assure avoir interviewé pas moins de quarante acteurs du 101ème département, la publication ne fait, elle, pas beaucoup cas de Mayotte, mentionnée à peine deux fois dans les soixante pages que pèse son rapport. La raison ? L’Autorité la résume en une phrase : “GBH n’étant pas présent à Mayotte avant l’opération, la reprise par GBH des activités de Vindémia dans ce département ne modifie pas la situation concurrentielle.” Le directeur général de Carrefour à La Réunion, Amaury de Lavigne, et le directeur général de GBH pour la zone Afrique, Maghreb, océan Indien, Michel Lapeyre, défendaient d’ailleurs le même argument dans nos colonnes, le 25 juin dernier. “GBH n’est présent dans aucun domaine d’activité à Mayotte (…) Nous rachetons une entreprise qui existe déjà et (…) nous restons sur les mêmes parts de marché que l’entreprise existante. Je ne vois pas comment Sodifram, acteur historique à Mayotte, pourrait passer subitement à la deuxième place, tandis que GBH passerait premier d’un claquement de doigts !”, assuraient-ils.

Plusieurs recours au Conseil d’Etat

Toujours est-il que leur défense peine à convaincre sur l’île aux parfums. Et les premières voix commencent à s’élever contre ce qui pourrait devenir une opération de concentration inédite. Le 22 juin, la CPME, qui a aussi assisté à la réunion ce lundi, a déposé deux requêtes en annulation de la décision de l’Autorité de la Concurrence, dont une en référé. “L’Autorité de la Concurrence a bafoué les droits de Mahorais à donner leur avis sur cette opération”, critique Bourahima Ali Ousseni. “Dès lundi prochain, plusieurs entreprises de distribution à Mayotte vont à leur tour déposer des recours, pour multiplier nos chances d’être entendus”, poursuit le représentant des petites et moyennes entreprises. D’après Médiapart, qui révélait l’affaire vendredi dernier, les requérants devront prouver que la décision de l’autorité administrative est motivée par les problèmes d’endettement du groupe Casino – maison-mère de Vindemia -, davantage que par la problématique de la vie chère dans les Outre-mer. Pour l’instant, le Conseil d’État a déjà rejeté un recours formulé par les entreprises Leclerc et Caillé sur les effets de cette décision pour la concurrence à La Réunion. Mais il s’agit d’un recours devant le juge des référés destiné à suspendre l’opération avant de rendre un examen approfondi sur le fond. “Il y a urgence, mais Leclerc et Caillé n’ont pas réussi à l’établir”, affirme Christophe Girardier. “Le Conseil d’État a rendu une première partie de sa décision, il est également saisi de recours au fond concernant cette opération, rien n’est donc terminé”, a réagi le groupe Leclerc le 17 juin dernier. Suite au 1er juillet ?

 

Un premier pas pour le tourisme mahorais, ou un énième coup d’épée dans l’eau ?

L’hémicycle du conseil départemental accueillait, mardi matin, une séance plénière. À l’ordre du jour, la relance de l’aquaculture, l’étude des comptes administratifs de l’année passée et surtout, la première étape du schéma régional de développement du tourisme et des loisirs à Mayotte. Si la théorie semble désormais acquise, à voir ce qui suivra dans la pratique. Et rien n’est encore gagné.

« Je crois qu’il manque encore une vraie stratégie », souffle Issa Issa Abdou, vice-président du conseil départemental, sous le toit de l’hémicycle Younoussa Bamana. Mardi matin, plusieurs dizaines d’élus de la collectivité étaient réunis en séance plénière pour voter, notamment, l’adoption du schéma de développement du tourisme et des loisirs à Mayotte. Un dossier qui a nécessité une pleine année d’études, de diagnostic et d’élaboration. L’objectif : créer 150 chambres d’hôtels supplémentaires d’ici cinq ans, et 1.000 nouveaux lits sur les dix prochaines années. Autrement dit, doubler l’offre déjà disponible, et mettre l’accent sur la création d’établissements trois étoiles, au standing international. Rien que ça.

Mais pour développer l’offre touristique, encore faut-il que les touristes soient attirés par la destination Mayotte, ce qui, comme personne ne l’ignore, est loin d’être le cas aujourd’hui. Alors, le schéma régional de développement, une stratégie imposée par la loi NOTRe, adoptée en 2015, mais que Mayotte n’avait à ce jour jamais élaborée, repose sur plusieurs piliers : l’aménagement du territoire avec une appropriation « stratégique » du foncier, une denrée locale rare ; la création d’un observatoire départemental du tourisme ; le développement de la formation autour des métiers du tourisme pour qu’ils deviennent un métier d’avenir aux yeux des jeunes mahorais ; la mobilisation de tous les acteurs et un accompagnement professionnel et financier « fiable », selon les mots de Moiyegue Zoubert, qui s’est fait, mardi matin, le porte-voix du service développement touristique, au sein de la direction du développement économique et de l’innovation du conseil départemental.

Appâter les gros poissons

En 2017, le tourisme ne pesait que 2 à 4 % dans le PIB total de Mayotte, faisant du secteur « un tourisme confidentiel », comme n’a pas manqué de le rappeler Moiyegue Zoubert. Les voyageurs affinitaires représentent à ce jour et à eux seuls 70 % des visiteurs qui atterrissent sur le sol mahorais, les 30 % restants étant essentiellement constitués de touristes d’affaires. C’est pourtant cette seconde catégorie que le conseil départemental entend attirer un peu plus, puisqu’elle incarne un public « plus dépensier », donc largement plus consommateur.

Mais comment dépenser alors que l’offre de loisirs et de service n’en est – depuis des années – qu’à ses balbutiements ? Pour répondre, la collectivité territoriale ne manque pas d’idées : renforcer le « parcours clients », notamment sur la côte est et dans le centre de l’île, via la plongée sous-marine, les sports de plein air et un « plan plages » coconstruit avec les intercommunalités, à qui revient depuis peu cette compétence ; développer la concurrence pour désenclaver le territoire, notamment sur le plan aérien et accentuer le marketing autour de l’image de Mayotte sont autant de pistes qui ont été égrenées, sous le portrait de Younoussa Bamana, dans l’hémicycle du conseil départemental. « Cela pourrait aussi permettre de développer le tourisme pour les locaux, et permettre de mettre en place des excursions pour les croisiéristes et les touristes d’agrément », glisse au passage Moiyegue Zoubert. « L’objectif n’est en aucun cas de viser le tourisme de masse, mais il y a une vraie occasion à saisir avec le projet gazier dans le canal du Mozambqiue », complète à son tour Ben Issa Ousséni, 7ème vice-président du conseil départemental, en charge du développement économique et touristique.

Sur le papier, les idées ne manquent pas, mais les moyens d’action pour les mettre en place semblent, eux, encore chimériques à ce stade. Dans l’assemblée, un élu se lève : « Je souhaiterais que l’on puisse mettre en place un comité de suivi de mise en œuvre du schéma de développement ! », suggère l’homme sous son masque, pendant que ses voisins hochent discrètement la tête en signe d’approbation. Si la remarque n’a pas obtenu de réponse claire, tous les élus ont voté, à l’unanimité et sans abstention aucune, l’adoption de ce schéma régional. Comment ce plan se traduira-t-il concrètement ? L’avenir nous le dira, ou pas.

De l’aquaculture aux finances, d’autres rapports adoptés

Plusieurs autres rapports ont été adoptés dans la même matinée. Parmi les ordres du jour, le schéma régional de développement de l’aquaculture, qui devrait permettre d’attirer plus d’exploitants industriels notamment, et de mieux organiser la logistique sur terre concernant la douzaine de sites fraîchement recensés pour relancer la filière. Puis, changement de domaine, avec la présentation du rapport relatif aux comptes administratifs de l’année passée. Un bilan jugé « positif » par les élus, satisfaits d’annoncer que le Département était en train « de sortir de la situation de crise financière dans laquelle nous étions depuis plusieurs années ». Dans le détail, la collectivité enregistre 306 millions d’euros de recettes de fonctionnement (dont la moitié correspond à des dotations de l’État) pour plus de 200 millions de frais de fonctionnement. Au total, 2,3 millions d’euros, générés par l’octroi de mer, ont été transféré aux communes de l’île, qui affiche un excédent d’investissement de 51 millions d’euros. « Nous avons des marges disponibles pour aller vers de nouveaux emprunts », ont estimé les conseillers départementaux qui ont tout de même fait état de « facteurs de faiblesse », comme les 45 millions d’euros de créances non remboursées. Concernant les dépenses imprévues liées à la crise sanitaire, « elles seront remboursées par les fonds européens », a assuré le président du conseil, Soibahadine Ibrahim Ramadani.

Maor’Aide : l’entraide fonctionne encore

Créée au cœur de l’épidémie de Covid-19 à Mayotte, l’association Maor’Aide connaît une rapide extension. La mission qu’elle s’est fixée ? Venir en aide aux plus démunis en leur apportant une aide alimentaire. Un besoin malheureusement trop présent à Mayotte, mais auquel répondent nombre de personnes.

C’est avant tout une histoire d’entraide. Et elle commence lorsqu’un groupe de métropolitains, sur l’île dans le cadre de leur travail, se rencontre. « Une bande d’amis qui, touchée par la situation de grande précarité vécue par certaines familles, décide d’agir à son échelle », commente Youssef, président de l’association Maor’Aide*. Une précarité qui devient encore plus prégnante avec l’arrivée de l’épidémie de Covid-19 à Mayotte, notamment à cause de l’interdiction de se déplacer, qui complique largement le quotidien de ces familles en termes d’approvisionnement en eau et en nourriture. Un constat qui amène les bénévoles à se constituer officiellement en association, celle qui deviendra Maor’Aide. Son objectif ? Apporter un soutien alimentaire et en eau, essentiellement, aux habitants de ces zones. « Nous avons commencé en recueillant des dons dans nos cercles d’amis, auprès de nos proches », détaille le responsable. « Qu’il s’agisse d’un soutien financier, logistique, ou encore vestimentaire, tout est bienvenu. »

L’appel rencontre un bel écho et si, au départ, ce sont des paniers repas qui sont offerts, l’association réoriente rapidement son offre. En cause ? « En demandant aux concernés, nous nous sommes rendu compte qu’il valait mieux privilégier les produits alimentaires de base, comme le riz, l’huile, les sardines. » Un choix qui, de plus, permet de toucher un nombre plus large de familles. Pour bien se rendre compte du succès remporté par l’association, ce sont entre 1 et 1,3 tonne de vivres qui sont distribués à chaque rendez-vous. De quoi soutenir en moyenne quelque 300 familles dans le besoin. Forcément, compte tenu de la réussite des actions menées et des énormes besoins en la matière, Maor’Aide est amené à se développer et à intervenir ailleurs sur l’île. Une véritable organisation se met alors en place, toujours sur la base du bénévolat et de l’entraide, faisant aussi appel à des collectes jusqu’en métropole, notamment en collaboration avec l’association World Boxing.

Aujourd’hui, l’association qui regroupe 60 adhérents – professeurs, infirmiers, médecins, pompiers, gendarmes, militaires, etc. – œuvre ainsi « à Majicavo, Dzoumogné, Passamaïnty, Tsoundzou 1 et 2, Vahibé, mais aussi Sada, Koungou, etc. Nous sommes quasiment sur tous les secteurs, à part le nord, mais c’est en cours de mise en place », se félicite le président. Des zones nombreuses, donc, qui bénéficient chacune d’un référent au sein du quartier chargé de prévenir les habitants et d’organiser, avec l’association, les distributions : une par semaine dans un secteur différent. Une quinzaine ont ainsi déjà été menées.

Et elles ne concernent pas, comme nous l’avons vu, que des denrées alimentaires. Car l’eau est aussi un problème majeur. Alors, sur le même rythme d’une fois par semaine, Maor’Aide organise une distribution d’eau, en amenant avec elle des cartes prépayées pour les bornes fontaines. Le tout en sensibilisant aux questions d’hygiène et à l’importance des gestes barrières, qu’il s’agit aussi de faire respecter systématiquement.

Vouée à se développer

Et après ? Une fois que la crise Covid sera terminée ? Les besoins, eux, demeurent présents. C’est donc logiquement que Maor’Aide poursuivra ses actions et s’étendra sur tout le territoire. À la vue de l’ampleur qu’ont prises ses activités, l’association a déjà reçu un soutien de l’ARS – qui a offert deux cartes d’eau de 30m3 –, et est en contact avec les autorités, notamment la Direction de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DJSCS), à qui un projet doit être présenté dans les semaines à venir. Un accord est aussi en route avec les enseignes Jumbo et Douka Bé pour récupérer des denrées invendues et encore consommables. Bref, c’est un bel exemple de solidarité qui s’est mis en place et qui connaît un réel succès. « Nous sommes juste des personnes volontaires de tous les horizons », rappelle Youssef. « On se complète, chacun apporte son aide et son savoir-faire dans un but humain, de solidarité. Cet élan, tout le monde peut l’avoir. » Un élan parti pour durer puisque « même quand nous quitterons Mayotte, d’autres prendront notre place pour que l’association continue. Notre objectif est vraiment de s’inscrire dans la durée. » C’est dit.

*Pour faire un don, soutenir ou adhérer à l’association : page Facebook Maor’Aide, ou par mail à maoraide@gmail.com.

“C’est par l’éducation que la femme mahoraise peut s’émanciper

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Cela fait à peine deux mois qu’elle a pris ses fonctions et pourtant Taslima Soulaimana, la nouvelle directrice régionale aux droits des femmes et de l’égalité entre les femmes et les hommes a de grandes ambitions pour la femme mahoraise. Elle est cependant consciente que la tâche ne sera pas si facile. 

Taslima Soulaimana a un curriculum vitae impressionnant mais ce n’est pas cela qui la définit. Après un bac littéraire au lycée de Mamoudzou (actuellement lycée Younoussa Bamana), elle poursuit ses études en métropole et obtient une maîtrise en droit. Elle commence ensuite une prépa pour les concours de la fonction publique, mais préfère rentrer à Mayotte au bout d’un an car elle sait que son île a besoin de femme comme elle. Elle n’est âgée que de 25 ans lorsqu’elle est recrutée par la Caf pour travailler sur l’arrivée du RSA à Mayotte. Les promotions se suivent au sein de l’organisme jusqu’en 2020 où elle succède à Moinaecha Noera Mohamed. La femme, aujourd’hui âgée de 34 ans, a tout simplement postulé en envoyant son CV ainsi que sa lettre de motivation. Elle n’aurait laissé passer cette chance pour rien au monde. “Quand j’ai commencé à travailler, dans la structure où j’étais, j’avais un aperçu du tissu social à Mayotte. J’étais très sensible à la condition de la femme mais je n’avais pas forcément le temps de tout faire. Avec un tel poste, je peux me consacrer pleinement à la cause des femmes et apporter ma pierre à l’édifice.” 

Taslima Soulaimana est motivée par de nombreuses causes, mais l’éducation des jeunes filles lui tient particulièrement à cœur. “C’est par l’éducation que la femme mahoraise peut s’émanciper. Aujourd’hui, elle peut faire des études, travailler et prendre sa place de façon totalement libre. C’est grâce à l’éducation qu’on peut voir grand et aller loin”, déclare-t-elle. Selon elle, même si l’image de la femme mahoraise a évolué, il reste encore beaucoup à faire car certains domaines sont encore timides. C’est la raison pour laquelle la nouvelle directrice travaille d’ores et déjà avec les différents organismes tels que l’ADIM pour encourager les femmes à créer leurs propres entreprises. 

L’actuel paysage politique la pousse en ce sens. Il y a encore quelques jours, Mayotte comptait deux femmes maires, mais depuis dimanche, cette tranche d’élus est 100% masculine. “C’est la preuve qu’il y a encore du travail à faire. La femme mahoraise a beaucoup de place dans son foyer, malheureusement dès qu’elle en sort, elle est vue autrement. Elle essaye de prendre sa place mais difficilement.” 

“Il n’y a pas un modèle de femme à Mayotte, mais plusieurs modèles” 

Taslima Soulaimana se dit chanceuse d’avoir un conjoint qui la soutient et la pousse à aller plus loin. Elle en parle sans gêne afin de peut-être donner l’exemple à tous les couples, et hommes de manière générale. “Les femmes à Mayotte qui ont des postes à responsabilités se multiplient chez nous, et elles ont besoin de conjoints qui les soutiennent. Dans ce combat, les hommes sont importants car ils contribuent aussi à l’importance de la femme dans notre société”, selon elle. 

La nouvelle directrice régionale aux droits des femmes est inspirée par des figures féminines emblématiques. Il y a évidemment l’incontournable Zéna M’déré, mais également la très appréciée Taanbati, fervente défenseur des traditions mahoraises. “Elle met en valeur et préserve notre culture et j’admire cela parce qu’il est certes important que la femme mahoraise évolue, mais il est tout aussi important de ne pas oublier nos origines.” Elle a également une pensée particulière pour toutes celles qui l’ont précédée au même poste et qui ont chacune contribué à la condition féminine à Mayotte. 

“La richesse de notre île est qu’il n’y a pas un modèle de femme à Mayotte, mais plusieurs modèles de femmes. Chacune de nous peut trouver sa place dans notre société, les jeunes et les moins jeunes, et nous devons en aucun cas nous laisser guider par des préceptes”, conclut Taslima Soulaimana. Elle sait que le combat ne sera pas facile, mais elle est déterminée à défendre la cause féminine avec et pour les Mahoraises.

Trois mois après le 1er tour à Mayotte, le temps des déceptions et des soulagement

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Après les résultats tombés ce dimanche, les félicitations, et les premières analyses ont fait vivre un nouveau moment démocratique dans le 101e département, marqué par une forte participation et par l’absence de femme élue à la tête des communes. Candidats heureux ou malheureux et personnalités politiques ont réagi ce lundi face à ce nouveau scrutin des municipales. Tour d’horizon. 

Ils sautillent sur le coffre d’une voiture, comme des supporters en délire face à un but décisif. Sur Facebook, les images de liesse et les messages de félicitations se sont succédé depuis les premiers résultats tombés dimanche soir. “Je tiens à remercier sincèrement toutes les personnes qui ont soutenu notre liste et ont cru en nous. La démocratie a joué, nous acceptons les résultats. Toutes mes félicitations au nouveau maire élu”, a écrit Zaminou Ahamadi, candidate (LR) à Bandrelé. 

Pour les vainqueurs comme pour les vaincus, ce second tour des élections municipales 2020 marque un nouveau tournant dans l’histoire de la politique mahoraise. Surtout, il aura joué les prolongations, alors que la crise liée à l’épidémie de Covid-19 a mis tout ce beau monde sur le banc de touche pendant plus de trois mois. “Aucune élection n’est simple, qui plus est pour un maire sortant à Mayotte, et cette histoire de crise sanitaire est venue alourdir le process. On ne pouvait plus faire de meetings, on ne savait pas comment la suite allait se dérouler, si nous allions devoir repartir de zéro…”, relate Ali Moussa Moussa Ben, maire sortant (MDM) à Bandrelé. “Alors ces résultats, c’est d’abord un immense soulagement et un très grand plaisir”, sourit le candidat victorieux. 

“Vitalité démocratique” 

Parmi les premiers enseignements à retenir de ce scrutin, le taux de participation, qui, une fois n’est pas coutume, aurait de quoi faire pâlir d’envie les observateurs de métropole. Le président du conseil départemental, Soibahadine Ibrahim Ramadani, s’est réjoui de “l’importance de la participation sur l’île (plus de 72 %) dans un contexte sanitaire pourtant compliqué”. Une “vitalité démocratique” qui “donne aux résultats observés une vraie valeur, à contrario de la situation en métropole”, a-t-il salué. Mansour Kamardine, député Les Républicains, a lui félicité “l’ensemble des électeurs de Mayotte qui ont démontré le 28 juin la vitalité de la démocratie locale au sein du 101ème département français”. Tout en soulignant quand même le rejet de la politique gouvernementale qui s’est traduite ce dimanche dans les bureaux de vote. “Quant aux résultats, dans le bruissement des suffrages, les urnes ont parlé. Partout sur le territoire du département de Mayotte, les candidats LREM ont été battus : à Chiconi, Chirongui, Mamoudzou, Mtzamboro etc. (…) C’est la politique même du gouvernement vis-à-vis du 101ème département qui est rejetée massivement par les électeurs. Une réorientation urgente de cette politique s’impose pour qu’elle tienne mieux compte des intérêts de l’île et des Mahorais”, écrit le parlementaire dans un communiqué. 

Femmes politiques 

Et en sus du parti présidentiel, ce sont aussi les femmes qui, autre fait notable de ce scrutin, ont été évincées. Les deux maires sortantes, Hanima Ibrahima (Roukia Lahadji) (LREM) à Chirongui et Anchya Bamana (LR) à Sada ont dû céder leur place à des hommes. “La démocratie a parlé et je respecte la volonté du peuple, c’est toute la chance que nous avons”, a réagi Roukia Lahadji. “Ce n’est pas une question d’homme ou de femme, il s’agit que le travail soit fait, et cette fois-ci, la population a choisi un homme pour le faire”, a poursuivi la désormais ex-maire de la commune du sud, qui espère toutefois continuer à peser dans le débat politique avec l’opposition. “L’opposition n’a pas été toujours très présente à Chirongui, et je veux au contraire avoir une présence constructive avec mon équipe, c’est le cap que j’ai donné”, a-t-elle assuré. 

Du côté de Koungou, Toifaty Ali (Pour un Élan Citoyen), qui a perdu une place par rapport au premier tour, appelle les femmes à continuer le combat politique. “Cette absence de femme maire pour les six ans à venir n’est pas une fatalité, mais le signe qu’il faut continuer à se battre, même sans être élue”, a appuyé la candidate, qui a tout de même souffert du jeu des coalitions pendant l’entre-deux tour. Arrivée troisième en mars, Toifaty Aly s’était en effet tournée vers Anlimou Souffou Kassim (Walezi Wa Koungou) et Echati Moussa Mroivili (Les Républicains – Nouveau départ pour Koungou), respectivement quatrième et cinquième. “Et au cours des discussions, ils m’ont asséné qu’en cas de coalition, voire même de victoire, ce n’était pas moi qu’ils voulaient en tête de liste, ni en tant que maire”, soupire-t-elle. Une expérience difficile, mais qui lui insuffle une force nouvelle pour prouver que “derrière une femme, il y a surtout un programme politique”.

Participation record, issue 100% masculine… Ce qu’il faut retenir d’un scrutin dans l’ombre du Covid à Mayotte

Rien n’arrête les électeurs mahorais. Avec plus de 72% de participation, les citoyens se sont déplacés en nombre malgré la circulation du coronavirus, plaçant le département numéro un en termes de participation au second tour. Un scrutin forcément inédit donc avec lequel 10 nouveaux maires font leur entrée, mais qui, malgré tout, se sera illustré par une ambiance bon enfant alors que les batailles se jouaient au coude à coude dans les urnes. Lesquelles n’auront désigné aucune des sept femmes candidate. 

Les gestes barrières à la trappe dans certains bureaux de vote 

Crise sanitaire oblige, les gestes barrières, au premier rang desquels la distanciation sociale, étaient de mise dans les bureaux de vote du département ce dimanche. Si de nombreuses communes avaient pris les devants, à l’instar de Mamoudzou où un fléchage au sol et du gel hydroalcoolique avaient été mis en place, cela n’a pas toujours suffi face à l’empressement de citoyens pressés de se rendre aux urnes. C’était notamment le cas à Passamaïnty village mais surtout à Koungou où quatre agents prévus pour maintenir les distances se sont fait complètement dépasser par les événements alors qu’une foule s’entassait massivement devant le bureau 47 de Majicavo Dubai. Aussi spectaculaire soit-elle, l’image est cependant une exception dans le département où le scrutin s’est, de manière générale, déroulé sereinement d’un point de vue sanitaire. 

Quelques tensions à Bouéni, ambiance bon enfant ailleurs La commune de Bouéni a également fait exception à un scrutin globalement serein sur l’île aux parfums. Dans la ville du sud, plusieurs sympathisants d’un candidat – défait par la suite – ont manifesté leur colère, accusant le directeur général des services de la municipalité d’avoir fait entrave à leurs procurations. Si les allégations n’ont pas été prouvées, les gendarmes ont toutefois dû intervenir pour calmer les esprits qui commençaient à s’échauffer. Le calme est rapidement revenu, à l’image de la grande majorité des autres bureaux de vote de l’île. 

Un scrutin particulièrement serré 

Ça s’est joué à rien. Et c’est l’un des points forts de ce second tour : sur 16 communes organisant le scrutin, sept d’entre elles ont vu les candidats se départager avec seulement 100 voix ou moins d’écart. 100 voix tout pile, justement, à Bandrélé alors que 3.092 votants se sont déplacés. Record, du côté de Kani-Kéli où seuls 11 bulletins ont séparé les deux premiers candidats des trois présents au second tour. Avec 70 voix d’écart à Dembéni, 72 à Chirongui, 89 à Koungou, 62 à M’Tsangamouji ou encore 87 voix à Pamandzi, les candidats au poste de premier magistrat se tenaient dans un mouchoir de poche ! 

Pas de femme élue au second tour 

C’est une claque. Alors que les femmes ont toujours tenu un rôle politique de premier plan dans l’histoire de l’île, notamment à travers la figure des chatouilleuses, aucune des candidates aux municipales n’a remporté cette bataille. 2014 n’avait pas franchement fait verdir les compteurs de la parité mais deux femmes maires avaient toutefois été élues : Hanima Ibrahima (Roukia Lahadji) à Chorongui et Anchya Bamana à Sada. Les deux édiles, qui souhaitaient rempiler, ont vu leurs espoirs douchés à l’issue du second tour. Au total, sept candidates se sont présentées devant les électeurs ce dimanche, dont deux à Chiconi. Zaminou Ahamadi (LR), candidate dans la commune de Bandrélé a été la plus près de l’emporter, avec seulement cent voix concédées à son rival, le maire sortant Ali Moussa Moussa Ben (DVG). 

La gauche siphonnée par le centre 

En comparant les résultats du second tour de 2014 et celui de cette année, il semblerait évident qu’un virage à droite se soit réalisé. Ce serait oublier le bouleversement qu’a créé dans le paysage politique l’apparition du parti La République en Marche, « ni de droite, ni de gauche ». Ni de maire à Mayotte d’ailleurs pour ce parti. En réalité, la droite, toutes tendances confondues, préserve le même nombre de villes sur le territoire, à savoir neuf communes. En revanche, seuls trois candidats de gauche, contre 8 en 2014, ont remporté l’adhésion : Ahamada Fahardine (Soc. Uwaminifou Yao Malezi) à Bandraboua, Ali Moussa Moussa Ben (DVG. S’unir pour construire notre commune) à Bandrélé et Saïd Omar Oilli (DVG. Nema) lors du premier tour à Dzaoudzi-Labattoir. Des voix siphonnées par des partis apparentés au centre, qui ont remporté 5 communes (Acoua, Bouéni, M’tsamboro, Ouangani et Pamandzi). À noter que Mamoudzou, remportée en 2014 par Mohamed Majani, alors divers gauches puis candidat cette année sous la bannière LREM a cédé la place à un candidat soutenu par Les Républicains, Ambdilwahedou Soumaïla. 

Pas de contestation en vue… Pour l’instant 

Malgré le très faible écart séparant les candidats dans sept communes, aucune contestation n’a officiellement été formée au lendemain de ce second tour. En revanche, plusieurs accusations, parfois lourdes comme on l’a vu à Bouéni, se sont fait entendre. C’est principalement le cas dans la commune de M’tsangamouji où des partisans du candidat défait, Ahamada Siaka (DVG. Tifaki Moja) ont dénoncé des irrégularités, notamment le dépôt de deux enveloppes dans une urne ou encore un vote effectué en lieu et place d’un administré sans procuration. Une vidéo, très peu éloquente est utilisée pour appuyer ces dires. Toujours est-il qu’avec seulement 62 voix de moins que son rival, le maire sortant Saïd Ibrahima (LR), le candidat malheureux n’a pour l’instant pas formé de recours.

Élections municipales à Mayotte : une mobilisation presque irrationnelle

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Alors que de scrutin en scrutin, les taux de participation aux élections ne cessent de dégringoler en métropole – avec environ 60% d’abstention pour ce deuxième tour des municipales –, Mayotte est à contre-courant : 72% des votants se sont en effet mobilisés dimanche. Un engagement fort en faveur de la vie démocratique qui s’explique, selon le sociologue Abdallah Combo, par des raisons traditionnelles… et même irrationnelles. 

Flash Infos : Au contraire de la métropole, le second tour du scrutin municipal à Mayotte a démontré l’intérêt que les gens portent encore, ici, à la vie démocratique. Comment peut-on expliquer ce constat à contre-courant du reste du pays ? 

Abdallah Combo : Je crois qu’il y a d’abord ce que j’appelle l’idéal. Il ne faut pas oublier que dans le combat en faveur de Mayotte française, les gens se sont battus pour cette notion de liberté et pour être protégés par une grande puissance. Ce que nous a apporté la France, c’est donc aussi cette notion de démocratie. C’est quelque chose de très important par rapport au contentieux avec les Comores. Pour Mayotte, il y a donc cet aspect-là : vivre un moment de liberté grâce à la France. 

Mais il faut aussi prendre en compte tout ce qui relève de la chefferie, l’aspect traditionnelle cette fois. Le système démocratique d’aujourd’hui met toujours en avant les chefs du village. Autrefois, c’était inné, c’étaient les fondateurs des villages puis les membres de leurs familles par succession qui étaient désignés chefs. Aujourd’hui, le système démocratique vient les légitimer. Les votants viennent donc pour légitimer les chefs. Ils les choisissent. Ils y prennent part. Le maire, c’est la personne qui, par excellence, est là pour faire le bonheur des autres, c’est quelqu’un de chez nous qui est légitimé et il faut y prendre part, en être soi-même aussi responsable. 

Mais ce n’est pas seulement un phénomène basé sur cette part d’irrationnel. C’est aussi stratégique et très rationnel : si c’est mon candidat qui est élu, je vais pouvoir lui rappeler que j’ai participé à son succès. Dès lors, lorsque j’aurais besoin de le voir, il devra être présent. Et pas avec une date calée sur son agenda « à la française », mais tout de suite, « à la traditionnelle ». La proximité doit demeurer, quitte à faire la queue toute la journée devant la mairie. Cela ne fait pas peur aux Mahorais d’ailleurs : c’est l’occasion de faire le m’parano (rires). Et puis au pire, si ce n’est pas à la maire, j’irai chez lui. D’une certaine manière, les maires sont très courageux car une fois élu, ils appartiennent au peuple, ils sont utilisés par lui. C’est tout cela qui explique l’intérêt de la population pour ce scrutin. 

FI : Finalement, on pourrait dire que le système démocratique « moderne » est ici utilisé pour conforter, adapter, le système traditionnel ? 

A. C. : Oui. Encore une fois, le chef était autrefois désigné par filiation familiale. Il pouvait être assez distant car c’était aussi celui qui, parfois, punissait, sanctionnait, faisait la morale. Désormais, par ma voix je peux l’élire et avoir un accès direct à lui. Et lorsque je me mobilise en sa faveur, je légitime aussi le fait qu’il est à ma disposition. 

FI : Pour autant, quelques surprises ont eu lieu durant ces élections, avec des maires bien en place, au bilan réel, mais qui vont devoir céder leur siège. C’est notamment le cas à Sada et Chirongui, où Roukia Lahadji et Anchya Bamana – pourtant d’une grande famille – n’ont pas été reconduites dans leurs fonctions… 

A. C. : La lecture que l’on a par rapport à ces deux (anciennes) maires est tronquée. Au-delà des alliances et des ligues contre untel ou untel qui pèsent dans les élections, je fais l’hypothèse – mais elle n’engage que moi – que ces deux dames ont peut-être utilisées une forme de virilisation pour exercer leur mandat, qui a fait qu’elles ont été perçues comme inaccessibles, comme d’anciens chefs. Elles ont investi leur pouvoir autrement et, à un moment donné, se sont éloignées de cette forme d’accessibilité recherchée aujourd’hui. La démocratisation fait que ce n’est plus forcément « l’enfant de » qui est légitimé, certes, mais que la personne élue doit être un pion pour ceux qui l’ont amené à la victoire. Plus simplement, on demande des choses à l’élu, et s’il ne peut y répondre – par exemple parce que la demande serait contraire à la loi, tout simplement – on lui rappelle que cette loi ne le sauvera pas et qu’après l’avoir fait, on peut aussi le défaire. N’oublions pas que dans les élections, on est aussi dans l’hyper-demande individuelle : qui me permettra d’accéder à tel service, d’avoir tel emploi, de faire garder mes enfants, etc. ? Ce n’est pas tant l’intérêt général qui prime que l’intérêt personnel. On sait utiliser le système démocratique pour légitimer le chef, mais on attend toujours de lui des choses traditionnelles. 

De mon avis d’ailleurs, les candidats élus ou réélus ne sont pas toujours les meilleurs en termes de projets, de bilans, d’ambitions pour l’urbanisme, la salubrité, la sécurité, etc. 

FI : Il y a aussi une part d’irrationnel dans les élections dîtes-vous… 

A. C. : Oui, il y a un moment de communion presque divine avec l’être que l’on va élire. Il y a cet aspect théologique, religieux. C’est presque le choix d’un prophète. Regardez à l’annonce des résultats comment les gagnants sont heureux, exaltés, et comment les perdants sont tristes, abattus, parce que leur prophète n’a pas été élu. 

Cet aspect-là, il ne peut pas être analysé car cela relève de l’irrationnel, bien qu’on ailler chercher l’idéal par le vecteur démocratique, donc rationnel. Dans le jeu démocratique, l’animisme joue ici beaucoup. On ne gagne pas les élections sur un simple projet, mais parce qu’on a un certain nombre de foundis qui vont suivre, qui vont agir, qui vont prier, marabouter. Nous n’avons pas ici des mercenaires sondeurs, mais des mercenaires foundis. C’est autre chose qui se joue que le simple projet d’être élu pour apporter le bien-être par la défense de l’intérêt général, non, il y a quelque chose qui relève de l’invisible. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le montant consacré à ces foundis : quelque chose me dit qu’il est bien supérieur à celui consacré à la communication des candidats, par exemple. C’est un peu comme les matchs de foot. Même les plus mauvaises équipes ici ont leur foundi, c’est primordial. Et elles peuvent mettre beaucoup plus d’intérêt à le financer qu’à financer un entraînement. 

D’ailleurs, pour continuer sur cette comparaison sportive, le match des municipales n’est pas encore fini. Maintenant en effet vient l’heure des jeux autour des adjoints. Qui sera dans tel ou tel syndicat ? 

Quel colistier de tel village aura tel portefeuille ? Tout cela débute. Cela se fait par négociation en fonction du poids des villages et encore et toujours dans l’invisibilité. Les foundis continuent d’œuvrer et ne baissent pas la garde

Vers la fin de l’épidémie de dengue à Mayotte ?

Alors que la dengue sévit à Mayotte depuis l’année dernière, la maladie semble, pour la première fois, décliner depuis plusieurs semaines. Le nombre de nouveaux cas hebdomadaires a été divisé par quatre depuis la fin du mois de mai. Mais l’agence nationale de santé publique craint un regain lors de la prochaine saison des pluies. 

Après plus d’une année particulièrement active à Mayotte, l’épidémie de dengue montre ses premières faiblesses. En avril, comme depuis des mois, 200 cas locaux en moyenne étaient détectés chaque semaine, et même jusqu’à plus de 300 en mars, période du pic épidémique. Mais depuis la fin mai, ce nombre est retombé à 50. Au total, depuis le début de l’année, 4.463 cas de dengue ont été confirmés sur le territoire. Les premiers malades avaient été détectés majoritairement dans le Nord, avant que d’autres cas n’apparaissent sur l’ensemble de l’île. 

Si la dengue se décline en quatre sérotypes (catégorie dans laquelle certains virus sont classés en fonction de leurs impacts sur les anticorps), un seul circule à Mayotte depuis le début de l’épidémie, « mais l’importation d’autres sérotypes depuis la zone océan Indien demeure un risque réel et permanent », prévient Santé Publique France, l’agence nationale de santé publique. D’autant plus avec la réouverture progressive de l’espace aérien et avec elle la reprise des vols commerciaux. En effet, si dans la grande majorité des cas la maladie n’entraîne pas de graves complications, le risque s’accroît lorsque le malade contracte, au fil du temps, différents sérotypes. Problème, alors qu’à Mayotte, seul le sérotype 1 serait présent, c’est le type 2 qui circule actuellement à La Réunion, où une épidémie, bien que moins soutenue, sévit là aussi. Autrement dit, les voyageurs devront redoubler de vigilance. 

Ceci dit, les autorités et résidents de l’île aux parfums ne sont pas en reste, et « les mesures de luttes doivent être maintenues dans le but de limiter voire d’éradiquer la circulation virale pendant la saison sèche », juge encore Santé Publique France. Sans quoi l’agence craint « une recrudescence épidémie en fin d’année lors de la prochaine saison des pluies », période où les points d’eau stagnante se multiplient et par conséquent, les gîtes larvaires de moustiques aussi. 

Six décès « directement liés à la dengue » au CHM 

Depuis le début de l’année, 16 personnes diagnostiquées comme porteuses de la dengue sont décédées au CHM. Après étude de leur dossier de santé par un comité d’experts, « six décès étaient directement liés à la dengue », précise Santé Publique France. Trois d’entre eux seraient dus à un choc vasoplégique pour trois patients. Deux autres seraient morts des suites d’une atteinte hépatique, et un malade a déclenché une forme de dengue hémorragique. Concernant les autres décès enregistrés, un est « indirectement lié » à la maladie, et cinq sont « non imputés à la dengue ». Par ailleurs, la cellule de veille de l’ARS a, de son côté, répertorié sept certificats de décès à domicile portant la mention « dengue ». Toutes ces personnes, dont l’âge médian est de 74 ans, ont perdu la vie après le 20 mars. « Nous ne savons pas si ces personnes ont fait l’objet d’une confirmation biologique de dengue », tempère toutefois Santé Publique France. 

Depuis le début de l’année, le service des urgences du CHM a enregistré quelques 944 passages liés à des symptômes similaires à ceux de la dengue, soit 40 par semaine. Huit cas de dengue « sévères non fatale » y ont été répertoriés. Si le nombre de cas détecté à drastiquement diminué, « le taux d’hospitalisation parmi les cas confirmés a augmenté et est, depuis la mi-mars, supérieur à 10 % », relève encore l’agence, qui n’explique pas cette hausse à ce stade. Sont toutefois avancées comme hypothèses les co-infections et l’effet de l’épidémie de Covid-19 sur l’état de santé général et sur le 

recours au soin. Au total, et à compter de mai 2019, 437 patients diagnostiqués dengue ont été hospitalisés, dont 25 en réanimation et 72 en médecine.

“Pendant cette crise on a essayé de banaliser tout ce qui révolte les Mahorais

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Connu pour ses coups de gueules, et son indignation dès lors que son île ne reçoit pas le traitement qu’elle mérite, Yazidou Maandhui, polémiste et observateur de la société mahoraise, fait un bilan de la gestion de la crise sanitaire qu’il juge catastro-phique. 

Flash Infos : Vous avez souvent pointé du doigt la gestion de la crise sanitaire par les différentes autorités. Qu’est-ce qui vous a le plus indigné ? 

Yazidou Maandhui : D’abord une gestion dont la logique n’a pas toujours été aisée à sai-sir. Avec ce sentiment que tout a été mis en place pour favoriser la propagation du virus : ouverture des écoles et du marché de Dubaï, tolérance des « mrenge » alors qu’il y avait un couvre-feu et arrêté préfectoral contre les réunions de plus de 10 personnes. Ensuite, cette image tiers-mondiste qu’on a collé à l’île et fait circuler dans tous les médias natio-naux sans réel analyse et en faisant croire que les Mahorais n’ont pas respecté les con-signes du confinement, ce qui est une lecture hâtive et simpliste. 

FI : Quelles conséquences cette gestion peut-elle avoir sur la population selon vous ? 

Y. M. : Cela a nourri une colère qui a favorisé l’émergence d’un discours nauséabond anti-France, anti-républicain, voire anti-blanc qui est à l’opposé du combat de nos Chatouil-leuses. Il y a eu amalgame entre « gouvernement en place » et « La France ». Au lieu de s’attaquer à ceux qui tiennent les rênes, les porteurs de ce discours s’attaquent à notre pays et crée une dichotomie entre Mayotte et la France. Cela me répugne et m’attriste car ils se font l’écho de la théorie comorienne qui veut que notre île soit occupée par une puis-sance étrangère. Cela me fait mal car je me dis qu’au fond notre pays n’a pas assez mis l’accent pour inculquer un patriotisme, un amour immodéré de la Patrie. 

FI : Est-ce que vous sous entendez que l’État a failli à sa mission pendant la crise ? 

Y. M. : Je ne pointerais pas du doigt uniquement l’État. Nos élus ont également leur part de responsabilité. S’il y a eu une mauvaise gestion de la crise par l’État, on aurait dû les voir sur le front pour tirer la sonnette d’alarme, pointer les failles. Au lieu de cela, c’est la société civile qui a dû user des réseaux sociaux pour s’indigner à chaque fois que c’était nécessaire. Dès le 16 mars, par exemple, quand il y a eu l’annonce du confinement, j’avais attiré l’attention sur la non-compatibilité de cette décision de confinement avec la réalité du territoire, notamment à cause du casse-tête des squatteurs des bidonvilles qui vivent dans des conditions de vie sordides. Les autorités n’allaient jamais être en mesure d’appliquer correctement la loi. Ceci étant, la crise du Covid-19 a révélé une autre crise plus profonde. On s’est en effet vite rendu compte qu’il y a deux sociétés à Mayotte : les Mahorais, les citoyens qui ont respecté les mesures et la population marginale, illégale et anonyme qui semble vivre avec d’autres références, d’autres règles dictées par la clan-destinité. Une situation en très grande partie créée, tolérée, et couvée par nos autorités locales et l’État. 

FI : Que voulez-vous dire par cela ? 

Y. M. : Prenez l’exemple du terme « informel » qui a eu le vent en poupe pendant la crise. Les autorités en ont eu recours à des discours ambigus allant jusqu’à regretter le com-merce informel qui pour eux permettait de nourrir toute une famille. Affligeant et illogique quand on parle de la lutte contre la vente à la sauvette, contre le travail au noir. De la même façon, elles n’osent pas parler de bidonvilles mais d’« habitats indignes ». On sent bien par ce politiquement correct, par ce langage maîtrisé que les autorités ne veulent pas aborder cette question de la clandestinité dans sa vérité même la plus laide. 

FI : Vous pointez souvent du doigt la politique de l’État concernant les personnes en situations irrégulières. Qu’est-ce qui vous dérange réellement ? 

Y. M. : On tente toujours par des tactiques peu chevaleresques de nous faire oublier que notre territoire est envahi par des clandestins, c’est-à-dire des personnes qui n’ont pas vo-cation à demeurer sur le territoire. La vérité est que nous sommes dans une situation de colonisation orchestrée entre autres par le gouvernement des Comores. Les bidonvilles sont des colonies, par exemple. Ce gouvernement comorien mène cette politique colonia-liste de façon très agressive : inscription de Mayotte dans sa constitution, dans ses sym-boles nationaux comme leur drapeau et leur hymne national. Il faut songer à la politique d’Ali Soilihi basée sur la propagande tentant de piller la culture de Mayotte, d’imposer une langue à travers ses écoles « alif-be », ou Ahamed Abdallah qui a ouvertement appelé à l’installation massive des Comoriens sur notre île en s’octroyant des parcelles comme celle de Mirereni pour implanter une colonie anjouanaise dans le but de faire basculer les votes de 74. Ce qui me dérange c’est donc de laisser cette colonisation se mettre en place sur l’île sans réagir avec courage et force. Les gouvernements successifs ne comprennent même pas la composition de notre société. Ils se sont basés sur la grille de lecture des Comoriens qui veulent qu’on forme une même nation, qu’on ait la même langue, et la même culture. 

FI : Vous êtes justement un fervent défenseur de la culture mahoraise, vous ne sou-haitez pas qu’on l’associe à la culture comorienne. Pour quelles raisons alors que les deux cultures sont très similaires ? 

Y. M. : Il est impossible de faire société sans accepter la différence, la singularité de l’autre. Ce préalable est défendu par exemple par l’ONU à travers son programme de « Patrimoine Mondial de l’UNESCO ». Le patrimoine culturel mahorais est riche et unique, la production du peuple de Mayotte est unique, singulière. Les dirigeants comoriens ne s’y intéressent que pour valider un credo né de leur discours aux relents colonialistes qui veut nous imposer un impérialisme de la mêmeté en nous imposant une « même langue, même culture ». En procédant de la sorte, ils nous enlèvent notre humanité, notre droit à la différence et, pour reprendre Levinas, ils nous « tuent ». Ce crime sert surtout à étouffer le choix des Mahorais de demeurer au sein de la République française. Donc, je ne suis pas d’accord quand vous parlez de cette similarité, et mon combat est de défendre la sin-gularité de la production du peuple de Mayotte et donc son humanité. 

FI : Comment expliquez-vous le contexte social pesant qu’il y a à Mayotte en ce mo-ment, notamment à cause de la montée de l’insécurité ? 

Y. M. : D’abord, l’insécurité institutionnelle avec cette menace de la feuille de route deve-nue « accord-cadre » qu’il ne faut pas occulter car moins visible, plus insidieuse. Ensuite, il y a ces violences qui semblent très orchestrées, du moins on peut dégager un schéma qui saute aux yeux. Elles sont liées pour la plupart à des évènements politiques, à une pé-riode d’échéance politique et s’adressent toujours à la politique. Cette relation, si elle est démontrée, doit nous interpeler car à chaque mouvement de violence une réponse quasi simultanée basé sur un financement, une réponse sur hâtive et coûteuse. Mais le fait est qu’on n’a jamais mention de bilan détaillé sur l’utilisation de l’argent du contribuable, donc pas de transparence. Or, c’est une obligation. Cette violence récente ne surprend per-sonne puisque nous sommes en période électorale. C’est soit une délinquance très enga-gée politiquement, soit une politique très délinquante. 

FI : Vous avez récemment lancé un appel sur les réseaux sociaux et demandé aux Mahorais d’occuper illégalement les parcelles de l’État et du Département. N’est-ce pas risqué ? 

Y. M. : C’est un raisonnement par l’absurde qui au fond, est un cri de désespoir pour sau-ver l’ordre républicain et la terre de Mayotte. Aujourd’hui, l’occupation illégale, qui est en fait une colonisation de notre terre, semble être la norme puisqu’on a l’impression qu’on peut s’installer sur les parcelles de l’État, du Département et de la commune sans que les autorités ne réagissent. Pire encore, dans nos communes, beaucoup d’élus favorisent l’installation des bidonvilles-colonies par calculs politiques, soutenant ainsi la déforesta-tion, la pollution et la création de foyer. Après avoir lancé plusieurs cris d’alarme pour sau-ver notre patrimoine écologique, on s’est dit avec des militants tel que Gaillard Junior qu’il fallait que les Mahorais s’installent eux-aussi massivement sur les parcelles de l’État, de la commune et du Département. On verra à ce moment-là si l’illégalité est la norme où bien les sanctions ne sont réservées qu’aux citoyens. Le seul risque est qu’il n’y ait pas de ré-action assez rapide. Mais nous avons espoir que notre alarme républicaine sera entendu à temps.

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes