Le tribunal administratif a rejeté, ce mardi 15 septembre, la demande d’annulation des élections municipales de Mamoudzou déposée par Ahamada Haribou. Le scrutin du 15 mars est donc confirmé. Les juges ont toutefois reconnu plusieurs irrégularités et retiré 104 voix à la liste conduite par le maire réélu, Ambdilwahedou Soumaïla.
Le contentieux électoral des municipales de Mamoudzou connaît désormais une première issue judiciaire. Dans un jugement rendu public mardi 15 septembre 2026, le tribunal administratif a rejeté la protestation déposée par Ahamada Haribou, candidat de la liste « Rassemblons-nous pour Mamoudzou », qui contestait les résultats du scrutin du 15 mars.
Ambdilwahedou Soumaïla avait été réélu dès le premier tour avec 60,9 % des suffrages exprimés, obtenant 42 des 49 sièges du conseil municipal. Sa liste avait également remporté 19 des 21 sièges de conseillers communautaires.
Si le tribunal ne remet pas en cause le résultat de l’élection, il a néanmoins constaté plusieurs irrégularités dans le déroulement du scrutin. Au total, 104 suffrages ont été retranchés des voix attribuées à la liste « Encore plus proche de vous », conduite par Ambdilwahedou Soumaïla.
Les juges ont notamment relevé 22 procurations irrégulièrement établies par des agents de police à quelques jours d’intervalle dans deux villes différentes de l’Hexagone. Ces 22 voix ont été déduites du résultat de la liste majoritaire.
Le tribunal a également identifié 36 émargements irréguliers. Dans ces cas, des électeurs avaient apposé un simple trait, un point ou un triangle en face de leur nom, sans signature véritable et sans qu’une mention justifiant une impossibilité de signer ne soit portée sur la liste d’émargement. Pour les magistrats, ces signes ne permettent pas de garantir l’authenticité du vote. À cela s’ajoutent 14 voix correspondant à des ajouts manuscrits non justifiés sur les listes électorales.
Les opérations de dépouillement ont également donné lieu à des retraits. Au bureau de vote n°5, le tribunal a constaté une différence de neuf entre les 434 signatures relevées sur la liste d’émargement et les 443 enveloppes mentionnées dans le procès-verbal. Neuf voix ont donc été retranchées.
Dans plusieurs autres bureaux, notamment les bureaux n°101, 2, 5 et 167, 26 noms avaient été ajoutés manuellement sur les listes d’émargement sans justificatifs suffisants, conduisant là encore à une soustraction de voix.
Enfin, au bureau n°167, le nombre d’émargements atteignait 445 alors que 434 suffrages avaient été décomptés. Le tribunal a retenu une différence de 11 voix.
Malgré ces constats, les juges administratifs considèrent que ces irrégularités ne justifient pas l’annulation de l’ensemble des opérations électorales.
Le tribunal relève en particulier que la soustraction de 104 voix à la liste arrivée en tête est sans incidence sur la répartition des sièges entre les trois listes ayant obtenu au moins 5 % des suffrages exprimés.
La liste de Soumaïla conserve ainsi ses 42 sièges au conseil municipal et ses 19 sièges au conseil communautaire. La liste de Haribou garde ses six sièges municipaux et ses deux sièges communautaires, tandis que la liste de Soiyinri Mhoudhoir conserve son siège au conseil municipal.
Le bulletin de vote jugé irrégulier, mais sans manœuvre frauduleuse
Autre point notable du jugement : le tribunal a reconnu que les bulletins utilisés par la liste de Ambdilwahedou Soumaïla ne respectaient pas les prescriptions réglementaires.
Ces bulletins comportaient un bandeau jaune en partie supérieure, alors que le code électoral impose un bulletin imprimé en une seule couleur sur papier blanc. Le tribunal estime néanmoins qu’aucune manœuvre frauduleuse n’est établie.
Les magistrats soulignent notamment que la commission de propagande avait elle-même validé le bulletin litigieux. Ils écartent donc l’argument selon lequel le choix de la couleur jaune aurait constitué une stratégie destinée à influencer le vote.
Ahamada Haribou avançait également de nombreux autres griefs : manipulation des listes électorales, électeurs décédés ayant participé au vote, radiations injustifiées, dépassement du plafond des dépenses de campagne, utilisation de moyens municipaux, pressions sur les électeurs, propagande pendant la période de silence électoral ou encore présence de « rabatteurs ». Le tribunal n’a pas retenu ces accusations.
Concernant notamment les aides alimentaires distribuées dans le cadre du Ramadan, les magistrats estiment qu’elles s’inscrivaient dans une politique sociale antérieure de la commune et ne peuvent donc être considérées comme une manœuvre électorale ou comme des dépenses de campagne.
Les juges n’ont pas davantage établi que des subventions municipales à des associations auraient été versées dans le but d’influencer les électeurs.
Quant à l’affiche représentant le maire, restée en place à proximité du scrutin, le tribunal rappelle que l’interdiction de propagande pendant la période de silence électoral n’impose pas le retrait des affiches ou banderoles installées pendant la campagne.
Le tribunal n’a pas non plus considéré que les témoignages faisant état de pressions ou d’un climat de tension aux abords des bureaux de vote suffisaient à établir une atteinte générale à la sincérité du scrutin.
Dans son article premier, le jugement fixe à 7 150 le nombre de voix obtenues par la liste « Encore plus proche de vous » conduite par Ambdilwahedou Soumaïla lors du scrutin du 15 mars 2026.
La demande d’Ahamada Haribou visant à faire annuler l’élection est donc rejetée, tout comme sa demande visant à faire proclamer élus les candidats de sa propre liste.
Le tribunal rejette également les demandes respectives des deux parties concernant le remboursement de leurs frais de procédure.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.


































