Au dernier recensement, clos en janvier 2026, l’INSEE a arrêté la population de Mayotte à 323 153 habitants, contre 256 518 en 2017, soit un écart supposé de seulement 66 635 habitants en neuf ans. Une hérésie qui ne bluffe personne sur le territoire et qui prend même « des allures d’une plaisanterie de mauvais goût » pour certains élus mahorais. Malgré le respect de circonstance dû à cette honorable institution, la suspicion demeure plus que jamais. Les communes réfutent catégoriquement les chiffres publiés et demandent un second recomptage.
Alors, où se situe la faille qui sème le doute dans l’esprit des 17 maires de Mayotte, des cinq intercommunalités et du Département-Région ? Certains n’hésitent pas à franchir le « Rubicon » et à parler d’une « arnaque intentionnelle »…
Il est vrai qu’il y a matière à s’interroger, car s’il y a un sujet qui fait consensus chez les maires de Mayotte, c’est bien celui du recensement de la population, qui détermine les dotations qui leur sont allouées chaque année par l’État. Un sujet source de polémiques sur l’île depuis plusieurs années, eu égard à la pression démographique que subit le territoire, soumis à des flux migratoires inégalés.
En effet, si tout un chacun s’accorde sur l’ampleur de ce phénomène d’une année sur l’autre, une incompréhension surgit systématiquement à l’issue de chaque opération de recensement. Les élus locaux soutiennent toujours que le compte n’y est pas, car les chiffres de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques) leur paraissent en décalage complet vis-à-vis des mouvements de population constatés au quotidien sur le terrain.
« C’est un truc d’ouf, pour reprendre le langage des adolescents actuels », signale un adjoint au maire de Mamoudzou, en marge de la conférence de presse d’Amboulwahedou Soumaïla, le 1er septembre 2026. « Pour nous autres élus, ces chiffres ont chaque fois le goût amer d’une mauvaise surprise, car ils s’avèrent systématiquement en deçà des réalités du territoire », se plaît-il à souligner.
Il est vrai qu’à l’issue de chaque opération de recensement de la population locale, les communes sont partagées entre une confiance à conserver à l’égard d’un instrument étatique qui a largement prouvé sa raison d’être dans le fonctionnement des institutions et un doute profond, consécutif à l’écart vertigineux entre la masse des individus constatés dans les rues et les villages et celle des personnes finalement recensées dans les faits.
Un mystère qu’il convient absolument de résoudre dans les années à venir, tant il prête à confusion sur le territoire comme dans l’Hexagone, si l’on s’en tient aux déclarations régulières des membres du gouvernement ou des leaders des différentes formations politiques prétendant à gouverner le pays.
Ce qui est certain, c’est qu’une fois de plus, « l’Association des maires de Mayotte conteste les résultats du recensement 2025/2026 et demande à l’INSEE le réexamen des chiffres de population du département et des 17 communes ».
Dans leur carnet de doléances à l’adresse des futurs candidats à la présidence de la République française, les élus mahorais n’ont pas froid aux yeux. À l’unanimité, ils constatent que « ce résultat est en retrait par rapport à ce qu’ils observent sur le terrain », alors même que les 17 communes ont toutes pris part à ce qu’elles qualifient d’« opération exhaustive ».
Une réalité du territoire difficilement conciliable avec les chiffres fournis par l’INSEE
Les communes mahoraises font valoir quatre anomalies dans ces opérations de recensement 2025/2026.
Elles évoquent d’abord « une contradiction interne aux données de l’INSEE », qu’elles justifient par le fait que « l’institut estimait la population à environ 329 000 habitants au 1er janvier 2025 », alors même que le décompte de 2026, soit un an plus tard, fait état de 323 153 personnes.
Autrement dit, « un repli de 5 800 personnes qu’aucun événement connu n’explique », font valoir les maires de l’île.
Allez comprendre vraiment ce qui se passe dans les ordinateurs de l’INSEE, car, de l’autre côté, le ministère de l’Intérieur affiche ostensiblement des chiffres colossaux de reconduites aux frontières de migrants illégaux pour vanter les prouesses des forces de police et de gendarmerie engagées dans la lutte contre l’immigration clandestine à Mayotte.
Des chiffres qui tranchent complètement avec les ratios servis aux médias par le ministère de l’Intérieur, faisant état, tous les ans, de records battus dans l’archipel, trois fois supérieurs à la moyenne nationale.
Les élus mahorais, comme leurs administrés, aimeraient savoir où se situe la maldonne. Une incohérence démographique qui les conduit à s’interroger sur les chiffres de l’état civil entre 2017 et 2025, lesquels font état de 87 940 naissances pour 8 370 décès, soit un solde de +79 570 personnes, alors que la population ne progresserait que de 66 635 personnes.
« Par construction, cela suppose un solde négatif de près de 13 000 personnes sur ladite période », une hypothèse que les 17 maires considèrent comme « difficilement conciliable avec la réalité du territoire ».
Chiffres à l’appui, les maires de Mayotte émettent de sérieux doutes et parlent d’une « hétérogénéité communale inexpliquée ». Ils expliquent que les conditions de collecte étaient dégradées et ont produit une cartographie insuffisamment actualisée.
Pour faire court, les 17 maires mahorais font état d’une période de collecte courte, placée en fin d’année, de refus liés au climat en raison des opérations de décasage, ainsi que de logements occupés, pourtant classés comme « vacants ».
L’Association des maires de Mayotte, qui n’entend pas se laisser avoir dans cette affaire, est en train d’affûter son argumentaire avant d’adresser officiellement sa contestation aux instances compétentes.
Journaliste politique & économique



































