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Les leçons de la visite de Lecornu à Mayotte : « c’est le pansement qui a pris l’eau et qui pique plus fortement ! »

Président de l’Ordre des experts-comptables de Mayotte, Djoumoi Ramia livre son opinion après le passage éclair à Mayotte de Sébastien Lecornu et de six de ses principaux ministres, les 26 et 27 septembre 2026. Sébastien Lecornu a eu, selon lui, les mots justes envers les élus : c’est à eux qu’il appartient de développer leur territoire et non au gouvernement. Un cap est nécessaire pour atteindre des objectifs précis. Il invite ainsi les élus locaux à prendre conscience de leurs responsabilités et à les assumer.

« Sur un plan strictement institutionnel, le passage du chef du gouvernement à Mayotte est une bonne chose. Il a fait une visite sur le territoire, c’est bien ! » Djoumoi Ramia ne fait pas mystère du fait qu’il n’attendait rien de Sébastien Lecornu au sujet de l’économie de l’archipel, étant donné que les différentes mesures prises en faveur de Mayotte sur le plan législatif sont déjà connues du public.

« Si l’on parle de refondation économique du territoire, le Premier ministre a raison d’affirmer que la responsabilité incombe aux responsables locaux. Mais cela, on ne le comprend toujours pas sur le territoire, malheureusement. J’espère qu’un jour on prendra la mesure de la chose et qu’on arrivera à accepter que nous avons des responsabilités à assumer, d’abord au titre d’élus locaux à Mayotte. »

Le président de l’Ordre des experts-comptables de Mayotte explique cette affirmation par le fait que le territoire cherche aujourd’hui à créer une économie à travers la refondation post-Chido, alors que les difficultés de l’archipel sont antérieures à cet événement climatique, aussi désastreux ait-il été.

« Je comptabilise 26 années de présence à Mayotte, où j’accompagne des entreprises dans le cadre de ma profession. Par conséquent, je suis bien placé pour savoir que les problèmes auxquels nous nous référons ne datent pas de janvier 2025 », souligne Djoumoi Ramia.

Selon lui, réussir à faire avancer le 101e département français impose de fixer à ce territoire un cap à atteindre. Plus explicite, il ajoute qu’il faut se donner les moyens de répondre à la question : quel projet pour Mayotte ? Quel projet économique réel souhaite-t-on donner à cette île ?

« Ce n’est pas juste crier qu’on a des cartons remplis de projets, car ce n’est pas le nombre de projets qui fera avancer le territoire. Il nous importe de savoir ce que nous voulons donner à nos gamins dans 20 ans, comment ils vont évoluer sur ce territoire. Si nous sommes incapables d’apporter une réponse à cette question aujourd’hui, il ne sert à rien d’évoquer des infrastructures comme l’aéroport, de transformer Longoni en un grand port maritime et j’en passe… »

Les élus locaux doivent prendre le temps de réfléchir, de s’orienter et de se faire accompagner par des personnes au fait du dossier

Le président de l’Ordre des experts-comptables de Mayotte explique que, pour tous ces sujets, il faut en amont arriver avec une idée claire. C’est dans cette optique qu’il donne raison à Sébastien Lecornu lorsqu’il demande aux élus mahorais d’assumer leurs responsabilités.

« Qu’est-ce que Mayotte va pouvoir apporter en termes de création de valeur dans 10 ou 15 ans ? » interroge-t-il.

Djoumoi Ramia insiste sur le fait que c’est exactement de cela dont il est question lorsqu’on parle d’économie, et non d’attendre simplement que le chef du gouvernement et ses ministres viennent sur le territoire pour leur demander de verser de l’argent, comme le font les élus actuels.

« Je ne sais pas s’ils entendent ce message-là ? Nous ne sommes pas là juste pour dire que nous voulons de l’argent, car l’État va nous répondre qu’il a commencé à le faire, notamment dans l’économie. Non seulement nous avons eu des miettes, mais il nous a été donné en plus des dispositifs nationaux. Je rappelle que le régime général unique, qui doit être réformé, et la LODEOM sociale sont des dispositifs parmi les plus importants de tous les territoires ultramarins. Mayotte est l’un de ces territoires et c’est à nous de nous accaparer ces outils, qui doivent générer globalement entre 120 et 150 millions d’euros », martèle le président de l’Ordre des experts-comptables sur l’île.

Pour lui, il ne fait aucun doute qu’il s’agit là d’argent injecté dans l’économie du territoire. Si les acteurs locaux ne comprennent pas cela, ils doivent prendre le temps de réfléchir, de s’orienter et de se faire accompagner par des personnes maîtrisant ces dossiers afin de les aider.

Djoumoi Ramia se veut on ne peut plus clair : tant que les décideurs mahorais ne se seront pas fixé un cap et n’auront pas décidé quels secteurs de l’économie locale ils veulent rendre vertueux, rien ne décollera !

« En admettant, par exemple, que ce soit l’aquaculture ou l’agriculture, et qu’on y ait mis les moyens conséquents, y compris en termes d’infrastructures, Mayotte continuera à se plaindre en permanence, ce qui est désolant au final. Attendre qu’un Premier ministre vienne pour lui demander de développer notre territoire, c’est la dernière des choses à laquelle je m’attendais. »

Il rappelle que, depuis deux ans, il tient le même discours : « Le territoire de Mayotte ne peut se développer que par les Mahorais eux-mêmes et pour les Mahorais. Et pour cela, il faut aimer son pays. »

Il enfonce le clou dans la plaie béante : « Ce n’est pas en faisant des augmentations de tarifs de 30 % par-ci et par-là, en augmentant les taxes foncières de 70 % de manière précipitée et sans concertation préalable qu’on réussira. Au contraire, ce type de décisions va nous mettre dans des difficultés plus importantes dans les mois à venir. »

Plus que des pansements sur des jambes de bois, Djoumoi Ramia estime que ces mesurettes constituent en réalité des pansements qui ont pris l’eau et qui ne tarderont pas à se détacher de la plaie. Cela fera plus mal et piquera davantage.

Il confie être conscient que les élus actuels font leur maximum pour se sortir de cette situation dramatique. Sa recommandation, en l’espèce, est que s’ils se rendent compte de leur impuissance à inverser la tendance, ils doivent simplement se poser les bonnes questions, écouter et s’orienter vers les bonnes personnes, les institutions et le monde économique mahorais.

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