Hôtel résidence le maki

Au lycée du Nord, la visite de la rectrice ne met pas fin à la crise

Malgré les engagements annoncés par le rectorat et la visite de la rectrice ce mardi 8 septembre, le blocage du lycée du Nord d’Acoua se poursuit. Personnels et parents d’élèves estiment que les réponses apportées ne sont pas à la hauteur des difficultés rencontrées et sollicitent désormais l’intervention des parlementaires.

Comme chaque matin depuis le début du mouvement, le 31 août dernier, personnels, enseignants, représentants syndicaux et parents d’élèves se mobilisent devant le lycée polyvalent du Nord, à M’tsangadoua.

Au cœur de leur colère, l’arrivée de 125 élèves supplémentaires en seconde cette année, sans moyens supplémentaires pour les accueillir. Dans un lycée déjà confronté au manque de salles et de personnels, aux infrastructures vieillissantes et à un plateau technique toujours inutilisable, le collectif réclame des classes de 25 élèves maximum et 16 salles modulaires. Il demande également 14 assistants d’éducation supplémentaires à 75 %, deux infirmières et neuf agents d’entretien, ainsi que la remise en fonctionnement du plateau logistique et la création d’une cantine scolaire.

Ce mardi 8 septembre, la matinée prend une tournure particulière avec la venue de la rectrice de Mayotte, Valérie Debuchy, accompagnée de plusieurs membres de son cabinet.

Une visite qui s’enlise d’entrée de jeu sur le format des échanges

Alors que plusieurs représentants sont reçus à l’intérieur de l’établissement, les autres manifestants patientent devant les grilles. Au fil des allers-retours, les informations commencent à circuler : le rectorat souhaite organiser les échanges en plusieurs temps, d’abord avec une délégation d’enseignants, puis avec les représentants des parents d’élèves. Une réunion “plénière” aurait également été proposée.

Mais ces propositions suscitent rapidement des débats au sein du collectif. Certains souhaitent accepter ce format pour engager les discussions, d’autres refusent de dissocier les différentes composantes du mouvement. “Elle prend tout le monde ou elle ne prend personne”, résume un représentant.

Peu après 10 heures, après plus de deux heures d’attente, la rectrice, accompagnée de plusieurs membres de son cabinet, rejoint finalement les manifestants sur le parking, à l’entrée de l’établissement. Face aux enseignants, aux représentants syndicaux et aux parents d’élèves, elle défend les annonces formulées la veille dans un courrier adressé à la communauté éducative.

“Je ne suis ni sourde, ni aveugle. Les problèmes du lycée, je les connais”, affirme-t-elle d’emblée.La rectrice rappelle que le rectorat a pris acte des difficultés rencontrées par l’établissement, dont les effectifs atteignent désormais près de 2 300 élèves. Elle assure que cette hausse résulte d’une augmentation des orientations vers la voie générale et technologique.

Pour répondre à cette pression démographique, le rectorat annonce la livraison de quatre salles de classe supplémentaires, dont deux dédiées aux travaux pratiques, d’ici à la fin du mois d’octobre. S’y ajoutent un projet d’extension permettant la création de cinq à dix salles supplémentaires ainsi que l’ouverture du futur lycée de M’Tsangamouji à l’horizon 2031.  “L’entreprise chargée d’installer les salles modulaires est présente ce matin”, assure-t-elle.

Valérie Debuchy défend également le format des échanges proposé par le rectorat. “J’ai demandé à rencontrer les enseignants. Depuis une heure quinze que je suis dans cette salle, j’attends de pouvoir rencontrer leurs représentants”, explique-t-elle dans un climat tendu.

“J’ai proposé un format qui respecte les institutions. Les parents élus sont vos représentants”, insiste-t-elle en réponse aux parents qui souhaitent prendre part aux discussions.

Des réponses jugées insuffisantes, des parents qui se sentent ignorés

Après l’intervention de Valérie Debuchy, Zacharia Sall, professeur de lettres modernes au lycée, estime que les réponses apportées restent largement insuffisantes.

L’enseignant rappelle que le collectif demande cinq salles modulaires dans l’immédiat et estime que seize salles seraient nécessaires pour absorber durablement les effectifs. Les besoins concernent également les moyens humains. “Pour l’encadrement des élèves, ils n’ont rien proposé”, regrette-t-il, évoquant le besoin d’une dizaine d’assistants d’éducation et de plusieurs agents d’entretien supplémentaires.

Autre point de crispation, le plateau technique de la filière bac professionnel Logistique, toujours inutilisable après le cyclone Chido. “Aujourd’hui, on certifie des lycéens qui n’ont jamais touché de machines”, déplore l’enseignant. Il rappelle que la formation prévoit des heures de pratique obligatoires et alerte sur les conséquences de cette situation pour les élèves, qui peuvent être amenés à rejoindre les entreprises sans être suffisamment préparés à manipuler les équipements.

Parmi les parents d’élèves, le sentiment d’être ignorés domine également. “On n’est pas dupes. Il faut arrêter de mépriser les parents. Le Nord est méprisé, il n’est pas respecté”, lance une parent d’élève désemparée. Sous les applaudissements, elle appelle l’État à passer des annonces aux actes. “Qu’ils mettent les travaux en marche. Chaque année, on nous manipule avec des mots, mais rien n’est fait. On préfère qu’il n’y ait pas cours plutôt que de laisser les choses comme ça !”.

Les parlementaires appelés à intervenir

À l’issue de cette journée, les représentants des personnels et des parents d’élèves ont adressé un courrier aux parlementaires de Mayotte. Ils y dénoncent un courrier rectoral qui se limiterait à des “mesures de surface” et reprochent à la rectrice d’avoir privilégié des échanges séparés avec les différentes composantes de la mobilisation plutôt qu’une réunion commune. Ils demandent désormais une médiation de l’État et des réponses qu’ils jugent “authentiques, proportionnées et durables”.

La veille, la députée de la deuxième circonscription, Anchya Bamana, avait elle aussi sollicité le ministre de l’Éducation nationale pour une intervention “en urgence”.

À l’issue de cette nouvelle journée de mobilisation, aucune issue ne semblait se dessiner. Si le rectorat affiche sa volonté de poursuivre le dialogue, personnels et parents d’élèves assurent qu’ils ne lèveront pas le blocage tant qu’ils n’auront pas obtenu des engagements à la hauteur des besoins du lycée. Le bras de fer se poursuit donc, laissant 2 300 élèves sans cours.

CET ARTICLE EST RÉSERVÉ AUX ABONNÉS

JE M’ABONNE À FLASH INFOS
Victor Diwisch

Mayotte Hebdo de la semaine

Mayotte Hebdo n°1116

Le journal des jeunes

À la Une