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Comores : sept personnes inculpées pour l’incendie de l’aérogare de Mohéli

Après plusieurs jours de garde à vue, les suspects se sont vu notifier les charges d’association de malfaiteurs et d’incendie volontaire, des chefs d’accusation dont les peines encourues peuvent en cas de culpabilité avérée, aller jusqu’à 20 ans de réclusion criminelle.

Les faits remontent au 21 août 2026. Mais les enquêtes avaient été menées en secret. Excepté quelques posts faits sur les réseaux sociaux, le jour d’après, l’affaire avait bizarrement disparu du débat. Pourtant, les personnes incriminées puis inculpées ce lundi pour l’incendie présumé d’une partie de l’aérogare de Mohéli, risquent de prendre des lourdes peines en cas de condamnation. Selon les informations communiquées par le parquet de l’île, au total, 7 prévenus sont soupçonnés d’avoir mis le feu à l’aérogare. Toutefois, seuls 4 suspects sont pour l’instant, placés en détention provisoire à la maison d’arrêt de Badjo, tandis que trois sont sous le coup d’un contrôle judiciaire. Les trois autres, ont bénéficié d’une relaxe, d’après toujours le parquet de Moheli qui a répondu aux questions des journalistes.

Les autorités judiciaires ont précisé que l’affaire en cours  n’inclut pas la voiture incendiée du député Iftahou Halidi mais se base uniquement sur l’incendie et les tracts répandus dans la capitale de l’île. Ceux-ci appelaient au respect des accords de Fomboni que certains estiment aujourd’hui, dépouillés de leur substance. Signés en 2001, pour permettre aux îles de renouer avec la stabilité politique et institutionnelle, lesdits accords avaient prévu une présidence tournante non renouvelable de 4 ans. Sous Ahmed Abdallah Sambi (2006_2011), le mandat est d’abord passé à 5 ans. Puis Azali Assoumani a poursuivi les modifications en supprimant les postes de vice-présidents et rajoutant un second mandat pour chaque île.

Accords de Fomboni

Arrivé au pouvoir en 2016 au nom de l’île de la Grande Comore, l’ex-putschiste a changé la constitution, privant ainsi à Anjouan de son quinquennat de 2021. Parmi le corollaire de ce chamboulement, le tour a également échappé à Moheli qui devait présider les destinées de l’archipel en 2026. Ainsi, avec les modifications apportées à la loi fondamentale en juillet 2018, les accords de Fomboni ne sont qu’une coquille vide, dénoncent de nombreux mouvements politiques, dont certains sont très actifs à Moheli, comme le M17. Certains observateurs pensent que ses leaders seraient dans le viseur des autorités après ces actes d’incendie et de tracts. Notons que les jeunes inculpés la trentaine pour la plupart, sont visés par les chefs d’accusation d’incendie volontaire et d’association de malfaiteurs. Des faits réprimés lourdement par le code pénal comorien promulgué en 2021.

 » Toute association formée, quelle que soit la durée et le nombre de ses membres, toute entente, dans le but de préparer ou commettre un attentat contre les personnes ou les propriétés, constitue un crime contre la paix publique« , dispose l’article 190, lequel ajoute que « quiconque, avec connaissance, se sera affilié à une association formée ou aura participé à une entente établie dans le but spécifié à l’alinéa ci-dessus, sera puni de sept à 20 ans de réclusion criminelle« .  Pour l’incendie volontaire, la loi prévoit jusqu’à la réclusion criminelle pour toute personne « qui aura volontairement mis le feu à des édifices, navires bateaux, magasins, chantiers quand ils sont habités ou servent à l’habitation, et généralement à un lieu habité ou servant à l’habitation, qu’ils appartiennent ou n’appartiennent pas à l’auteur du crime« .

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que l’aéroport de Moheli est visé par des actes similaires. Dans la nuit du 17 octobre 2025, des pneus avaient été incendiés sur la piste. L’enquête conduira à l’arrestation d’au moins deux réparateurs de pneus très connus, qui finalement ont été relâchés après la fin des investigations.  Pour l’incendie du 21 août, près de 14 personnes originaires de différentes villes, notamment Fomboni et Djoeizi, où est natif l’ex-président Ikililou Dhoinine, avaient été arrêtées avant que les forces de l’ordre ne relâchent progressivement ceux qu’elles jugent innocents.

Groupe WhatsApp

La plupart de tous ces jeunes arrêtés étaient membres d’un groupe WhatsApp, dont les échanges tournaient autour de l’avenir de Moheli considérée souvent comme l’île abandonnée par les autoroutes centrales, notamment en matière de développement économique. Selon nos informations, le groupe crée en janvier 2026, rassemblait 100 personnes.  » Il a été créé pour mobiliser les jeunes afin de songer à certaines initiatives qui freinent le développement de l’île. La question de la construction de l’aéroport, du port, ou encore du dépôt d’hydrocarbure étaient au menu des discussions« , a glissé une source bien renseignée. D’ailleurs sur les réseaux sociaux de l’un des quatre personnes placées en détention provisoire, on y retrouve de textes de conscientisation sur le même sujet.  » Depuis trop longtemps, notre île traverse une situation difficile. Le coût de la vie augmente, les petites activités disparaissent peu à peu et de nombreuses familles ont de plus en plus du mal à répondre à leurs besoins essentiels. Comment une île aussi riche humainement peut-elle vivre dans autant de difficultés. Un peuple uni et conscient peut changer son destin[….]« , écrivait le 15 mai sur Facebook, Youssouf Ben Aboubacar, aujourd’hui en détention. Dans son post, le jeune avait pris le soin de souligner que sa démarche n’était guidée par aucun intérêt politique. Trois mois plus tard, il semble en payer les frais de ses prises de position, selon certains moheliens qui qualifie cette affaire de « politique ». Déjà, le délai de la garde à vue fixé à 24h, renouvelable une seule fois aurait été dépassé largement pour la majorité des prévenus.

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