A destination des différents candidats à l’élection présidentielle d’avril 2027, les 17 maires de Mayotte adressent un manifeste qui repose sur trois critères : le quotidien, la faisabilité et la responsabilité partagée. Ce document d’une vingtaine de pages intitulé « Le quotidien d’abord », répertorie quatorze chantiers qui pourraient (selon ses rédacteurs) changer, tout de suite, la vie des Mahorais », a été adopté par le bureau de l’Association des Maires de Mayotte le 24 août 2026 et remis à chacun des prétendants à la présidence de la République française, ainsi qu’aux différentes formations politiques qui les soutiennent dans leurs déplacements sur l’archipel de Mayotte.
« Mayotte vient d’ouvrir, avec la venue d’Edouard Philippe, la longue séquence qui conduira notre pays à l’élection présidentielle de 2027. D’autres viendront après lui. Nous les recevrons tous avec la même exigence et la même courtoisie républicaine, parce que nous croyons que le débat national se grandit lorsqu’il commence par les territoires où la République est le plus mise à l’épreuve ». C’est en ces termes que le maire de Mamoudzou (et Président de l’AMM) introduit son propos dans ce manifeste à l’attention des différents candidats à la succession d’Emanuel Macron à l’Elysée. Sans doute, faisant allusion aux déclarations à l’emporte-pièce d’Edouard Philippe lors de son passage dans l’île il y a de cela 3 semaines, Amboulwahedou Soumaïla rappelle aux futurs visiteurs éphémères dans l’archipel qu’aussi importants que sont pour la population les sujets de la piste longue, d’un second hôpital, la route de contournement de Mamoudzou ou encore la construction d’un nouvel établissement pénitencier, ne constituent plus l’essentiel pour les habitants du territoire car ils « ne modifieront en rien la vie quotidienne d’une famille avant 15 ans ». Ouf, voilà que c’est enfin sorti de la bouche d’un élu local qui ose expliquer que ce sont-là des projets qui engagent plusieurs générations.
Une fois n’est pas coutume, le conformisme ambiant caractéristique de l’attitude de la nouvelle génération d’élus aux commandes de Mayotte devant les représentants des hautes sphères de l’Etat vole en éclat dans ce document. D’aucuns pourraient même clamer haut et fort que c’est du jamais vu depuis 20 ans sur le territoire. Par la voix de leur président en exercice, les 17 maires de l’île sortent du bois et déclarent aux différents candidats à ce futur scrutin présidentiel, « Nous vous écrivons un jour de rentrée scolaire, c’est la date que nous avons choisi parce qu’elle dit tout » !
Dans un réalisme inattendu de mémoire de Mahorais, la Président de l’Association des Maires de Mayotte rajoute : « ce matin, dans nos 17 communes, des dizaines de milliers d’enfants ont repris le chemin de l’école – cerise sur le gâteau – et 15 000 autres ne l’ont pas pris parce qu’ils attendent une affectation, parfois depuis un an, parfois quatre ». Autant dire l’autre versant de la vie quotidienne à Mayotte que Sébastien Leconrnu et sa cohorte de 6 ministres ont choisi de ne pas voire en se cantonnant dans une visite hyper encadré dans la seule commune de Mamoudzou capitale en dehors du très militarisé Rocher de Dzaoudzi.
Pas des mendiants mais des élus responsables auxquels il manque les moyens d’assumer pleinement leurs charges quotidiennes
L’amnésie collective (dont ils semblent être sujets lorsqu’ils font face aux officiels de l’Etat de passage dans l’île) semble avoir complètement disparue, probablement du fait de l’absence de visiteurs de 48 heures, les maires osent enfin faire état des groupes scolaires détruits par le cyclone Chido fonctionnant par rotations deux à trois heures par jour (inacceptable ailleurs sur le territoire national) faute de crédits effectifs (et non promis), non versés et surtout pas notifiés parce que jamais arrivés dans les caisses du trésor public dans le département. « C’est de cet écart-là, entre ce qui est annoncé et ce qui parvient réellement aux habitants que ce manifeste veut vous entretenir ». Par la voix du premier d’entre eux, Amboulwahedou Soumaïla, les 17 maires mahorais interpellent tous les candidats à la présidentielle de 2027 sur une réalité : « ce que vivent nos concitoyens relève de l’immédiat » !
Dans ce manifeste, les élus locaux égrainent tous les détails négatifs du patchwork mahorais que les préfets successifs en fonction sur l’île s’emploient à cacher à nos gouvernants lors de leurs visites touristiques à grands frais dans le 101 ème département français, « une mère de famille qui se lève à 4 heures le matin pour être à l’heure au travail, un enfant qui contourne une meute de chiens errants pour aller à l’école lorsqu’il en a une, une famille privée d’eau au robinet 36 heures sur 72 heures, et qui achète au prix fort, des packs qu’aucun dispositif durable n’encadre, un quartier sans éclairage publica la nuit où il n’y a aucune vie sociale à partir de 18 heures, etc … ».
Amboulwahedou Soumaïla appui très fort là où ça fait mal aux délégués du gouvernant sure le territoire et aux occupants successifs de l’Hôtel Matignon ; il parle de réalités ne relevant ni de la fatalité, ni de l’immigration et encore moins de projets pharaoniques (comme l’aéroport de Bouyouni si cher à Ben Issa Ousséni) qui relèvent de politiques ordinaires, acquises partout ailleurs sur le reste du territoire national Quelle lucidité exceptionnellement assumée chez des élus mahorais du moment !
« C’est précisément cela qui nourrit chez les Mahorais un sentiment d’abandon que nous ne pouvons plus laisser prospérer sans réponse. Et c’est sur ce terreau que prospèrent aussi celles et ceux qui contestent l’appartenance de Mayotte à la République : rien ne sert mieux leur cause que le sentiment, chez nos habitants, d’être français en droit et oubliés en fait ». Au-delà des sujets qu’il contient en détails, des thématiques développées de long en large, ce manifeste se refuse à être un carnet de doléances élaborés par des élus « demandeurs ». Les 17 maires se présentent comme des responsables exécutifs locaux qui n’ont pas les moyens d’exercer quotidiennement les charges qui leur incombent.
Journaliste politique & économique



































