Alors que les tours d’eau se renforcent et que les coupures s’éternisent, la population doit constituer des réserves d’eau qu’il faut conserver de plus en plus longtemps. Un stockage prolongé qui peut favoriser les problèmes sanitaires et alourdir les contraintes. À Mtsahara, la Croix-Rouge est allée à la rencontre des habitants pour les sensibiliser aux bons gestes, alors que la responsabilité de préserver la qualité de l’eau repose presque exclusivement sur eux.
“Hodi, hodi !”, lance Zalia Moirabou, vêtue d’un tee-shirt rouge vif siglé du logo de la Croix-Rouge, dans une ruelle du village de Mtsahara, aux alentours de 10 h, ce mardi 25 août. Accompagnée de plusieurs coéquipiers, reconnaissables à leurs gilets orange aux couleurs de l’association, la technicienne de l’intervention sociale et familiale avance de maison en maison, d’un pas déterminé.
Dans le cadre de la Semaine mondiale de l’eau potable, la Croix-Rouge a investi la place publique du village, en bord de plage. Des stands d’information y ont été installés et des jeux ouverts à tous sont proposés pour sensibiliser le plus grand nombre à la gestion et à l’hygiène de l’eau, mais aussi aux enjeux de santé, alors Zalia Moirabou n’hésite pas à jeter un coup d’œil derrière les rideaux des maisons pour tenter d’interpeller le plus d’habitants possible.
La veille, les membres de l’association étaient à Hamjago, ce jeudi 27 août, ils se rendront à Chembenyoumba. Trois rendez-vous qui prennent une importance particulière dans un contexte de crise sévère de l’eau.
Depuis juillet, les tours d’eau ont été renforcés sur l’ensemble du territoire et dans ces villages du Nord les casses sur le réseau sont nombreuses, contraignant les habitants à stocker davantage d’eau et, bien souvent, à se débrouiller seuls pour disposer de réserves suffisantes.
Des risques sanitaires qui s’accroissent avec la durée de stockage
Une situation qui n’est pas sans conséquences. Eau conservée trop longtemps, cuves et récipients mal entretenus, recours à des ressources potentiellement souillées, notamment dans la rivière ou dans un grand réservoir situé à l’arrière de la commune : les habitants sont exposés à différents problèmes sanitaires. La recherche et la collecte de l’eau peuvent aussi s’avérer périlleuses, avec des déplacements pouvant entraîner chutes ou coupures. Quant à l’eau stockée, elle peut devenir un terrain propice à la prolifération des moustiques, vecteurs potentiels du chikungunya.
“Notre but est de leur montrer qu’il existe des gestes pour préserver la ressource en eau et ainsi sa santé. On leur montre comment stocker l’eau à la maison et préserver sa potabilité”, explique Nafissat Ahamadi, elle aussi technicienne au sein de l’association. “Lorsqu’on stock de l’eau, celle-ci n’est plus potable après 48 h, il faut la faire bouillir à nouveau. Mais vu que les coupures sont plus longues, l’eau reste plus longtemps stockée et cela augmente les risques”, continue-t-elle.
“Les familles les plus vulnérables ne vont pas utiliser le gaz pour faire bouillir l’eau alors que c’est leur seule source de lumière”, ajoute Zalia Moirabou, relevant les choix de plus en plus difficiles auxquels elles sont confrontées dans leur utilisation de l’eau.
“Elle est perdue depuis le renforcement des tours d’eau”
A Mtsahara, comme dans de nombreux villages, les habitants ne font plus confiance au planning de la Société Mahoraise des Eaux (SMAE). “Au lieu que l’eau revienne à 10 h, elle est de retour à 14 h”, déplore une habitante de Mtsahara, la trentaine, qui a souhaité garder son anonymat. “J’aide ma mère à faire les réserves et stocker l’eau car elle ne s’en sort pas toute seule. Elle est perdue depuis le renforcement des tours d’eau. Parfois quand l’eau finit par arriver et que je suis au travail je ne peux pas remplir les bassines, avec le risque de perdre l’eau. C’est toute une organisation”.
“On essaye de ne pas laisser l’eau dans les récipients trop longtemps, et on ne remplit pas trop afin de pouvoir tout nettoyer proprement”, conclut-t-elle. Des réflexes qui rassurent les membres de la Croix-Rouge.
La responsabilité repose toujours sur les usagers
Néanmoins, malgré une population plus avertie, “la responsabilité repose toujours sur les épaules des usagers”, remarque Kelly Chevalier-Nkouka, cheffe du service EHA de la Croix-Rouge.
“Si certains acquis sont là, l’augmentation des coupures pèse sur les foyers, il faut faire bouillir l’eau, puis pouvoir la faire refroidir, cela demande du temps, il faut la stocker plus longtemps, et surtout s’assurer de ne pas tomber malade. Je pense aux femmes enceintes par exemple”.
“Depuis la création du service en 2018 la situation ne va pas en s’améliorant. De plus en plus de personnes demandent l’installation de points d’eau collectifs, d’actions de sensibilisation”.
Absence de bornes-fontaines monétiques
Si la Croix-Rouge organise cet événement chaque année, c’est la première fois que le dispositif se déplace dans ces villages du Nord. Ces trois rencontres sont l’occasion pour l’association et ses différents services de connaître les besoins de la population et engager les actions nécessaires.
“On sait qu’il y a encore des quartiers, des maisons, où les gens utilisent des puits ou des sources d’eau non conventionnelles comme les rivières. Quand on a soif, on va boire quoi qu’il arrive”, continue Kelly Chevalier-Nkouka. “C’est une zone du territoire qui ne dispose pas du tout de bornes-fontaines monétiques. On cherche donc à savoir si la population en a besoin et, le cas échéant, la Croix-Rouge pourra transmettre une demande d’installation aux autorités”.
Reste à faire en sorte qu’une fois la borne installée, les habitants puissent accéder effectivement à l’eau en se munissant des cartes magnétiques à récupérer uniquement à Kawéni.
Lui n’a plus espoir de voir les choses s’améliorer. Assis à l’ombre, des béquilles en main, Said Saindou, habite sur les hauteurs de Mtsahara, et bien qu’il dispose d’un robinet, l’eau ne parvient pas jusqu’à son habitation, faute de pression. “Quand l’eau est là et que les habitants du village s’en servent en contrebas, elle n’arrive pas jusqu’à chez moi”, regrette-t-il.
“Je n’ai qu’une solution c’est d’attendre la nuit quand les gens dorment, je dois rester éveillé pour faire mes stocks”, ajoute-t-il. “Les factures, par contre, continuent d’arriver”.


































