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Confronté à un afflux massif d’étudiants cette année, l’État envisagerait également de demander aux villes situées à proximité des sites universitaires de céder leurs foyers communautaires pour les transformer en amphithéâtres, suscitant ainsi une salve de critiques contre les autorités, accusées de manquer d’une politique d’anticipation.
Samedi, dans un entretien accordé au média en ligne CMM, le ministre comorien de l’Éducation nationale a fait des déclarations qui suscitent encore des remous. Revenant sur la rentrée universitaire de cette année, Bacar Mvoulana a annoncé une hausse inévitable des frais d’inscription.
Actuellement, les étudiants en licences 1 et 2 paient 40 000 francs comoriens, soit près de 80 euros. En troisième année, en revanche, les frais s’élèvent à 51 000 francs. Mais, selon le ministre, ce montant pourrait augmenter. À quelle hauteur, on ne le sait pas encore.
Dans son annonce, Bacar Mvoulana, en poste depuis juillet 2024, a d’abord expliqué l’une des raisons pour lesquelles la hausse des droits d’inscription serait devenue inévitable. À l’entendre, l’Université des Comores s’avère incapable d’accueillir décemment et dans de bonnes conditions, sur ses sites disponibles, tous les nouveaux bacheliers.
« Nous avons enregistré 7 866 bacheliers cette année, soit un taux de réussite de 60,84 %. Sur ce chiffre, on estime que 866 partiront étudier à l’étranger, les autres vont rester sur place. L’université dispose d’une capacité d’accueil annuelle de 4 000 étudiants rien que sur le site de Nvuni. Au niveau national, nous allons nous retrouver avec 18 000 candidats au lieu des 11 000 habituels », a détaillé le ministre, qui, par la même occasion, a indiqué avoir l’intime conviction que les Comoriens accompagneront l’État dans la recherche de solutions.
Nvuni
Il a même cité Nvuni et Mkazi, deux localités situées à proximité du plus grand site universitaire de la Grande Comore. Selon le ministre, ces villes ne s’opposeraient pas à l’idée de céder leurs foyers communautaires pour les transformer en amphithéâtres.
« Mais pour ce qui est du mobilier neuf, cela revient à l’État. Et nous n’aurons d’autre choix que de nous tourner vers les parents. Je pense que la hausse des frais d’inscription est impérative. En tout cas, on va se pencher dessus et cette option ne peut être ignorée », a déclaré Mvoulana.
Le bémol : des sources au sein de l’Université des Comores assurent que la proposition de réquisitionner des foyers ne vient pas d’elles et n’a pas été discutée en interne, du moins pour l’instant.
« Ce n’est ni une initiative ni une proposition émanant de la hiérarchie universitaire. C’est une annonce purement politique », a confié l’une des sources, avant de souligner que la hausse des frais d’inscription est une mesure qui doit être l’œuvre du conseil d’administration de l’Université, lequel soumet ensuite la proposition au ministère.
Au sein de l’opinion, l’alternative avancée par le ministre sonne comme un aveu d’échec.
« La crise de l’affluence à l’Université des Comores révèle les limites d’un modèle à bout de souffle », a d’emblée constaté le docteur Mohamed Charahabil, professeur titulaire des universités, installé au Sénégal.
« L’arrivée massive de nouveaux bacheliers n’est pourtant pas imprévisible. Depuis plusieurs années, la hausse des taux de réussite au baccalauréat et la pression démographique sur le système éducatif étaient connues. Après plus de vingt ans d’existence, l’Université des Comores peine encore à disposer d’un plan de développement cohérent lui permettant d’adapter ses capacités aux besoins du pays. La crise actuelle est avant tout le reflet de contraintes structurelles qui limitent l’efficacité de l’Université », analyse Charahabil, directeur du laboratoire d’agroforesterie et d’écologie à l’Université Assane Seck de Ziguinchor.
Subvention insuffisante
Il a énuméré quelques solutions, comme le renforcement de la gouvernance, l’élaboration d’un plan stratégique de développement sur dix ans et la diversification des sources de financement.
« Le gouvernement et l’Université devraient construire une vision partagée de l’enseignement supérieur à l’horizon 2035, intégrant les projections démographiques, les besoins du marché de l’emploi et les exigences du développement national », a-t-il complété.
Le 10 septembre, dans les colonnes du journal Al-Watwan, l’actuel recteur de l’Université a exprimé un besoin de 7 000 chaises et de 3 500 tables pour faire face aux conditions d’accueil liées à l’augmentation du nombre d’étudiants.
Pour rappel, quatre mois après son retour au pouvoir en 2016, le président Azali Assoumani avait ordonné une baisse de 33 % des frais d’inscription. À l’époque, les étudiants en licences 1 et 2 payaient 62 500 francs (125 euros), contre 100 000 francs pour les masters.
Si la mesure avait réjoui les parents, elle avait en revanche bouleversé la trésorerie de l’Université qui, depuis cette baisse, peine à payer ses employés. Dès que le mois d’avril pointe le nez, les impayés commencent à s’accumuler, sauf l’année dernière.
En effet, depuis sa création, l’Université bénéficie d’un appui de l’État, dont le montant a évolué au fil des ans. Entre 2019 et 2026, cette subvention est passée de 93 à 122 millions de francs comoriens, soit environ 247 983 euros.
Quand l’Université était encore dirigée par des commissions intérimaires, de 2018 à 2024, l’une d’elles avait proposé plusieurs pistes de financement afin de permettre à l’institution de parvenir à une relative indépendance sur le plan financier.
La liste comportait, entre autres, la suppression des vacations, qui coûtaient 60 millions de francs par an, ainsi que la réduction du taux horaire des heures supplémentaires, notamment pour les enseignants. Il était également question de taxer certains actes administratifs, comme les relevés de notes et les attestations de fin d’année.
Cette dernière mesure est appliquée jusqu’alors, mais ne permet visiblement pas de combler les déficits.
La preuve : le ministre de l’Éducation n’écarte pas une hausse des frais et vient de reconnaître que l’État, c’est-à-dire son gouvernement, n’a pas anticipé l’augmentation continue du nombre d’étudiants s’inscrivant à l’Université des Comores, alors que ce phénomène ne date pas d’hier.
Mais beaucoup pensent que cette histoire de réquisition de foyers n’ira pas loin.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
, 1er journal des ?? / @Reuters @el_Pais @mayottehebdo ??

































