Alors que la deuxième édition du Salon de la Randonnée et du Trail se tient du 4 au 6 septembre 2026 au Pôle d’Excellence Rurale de Coconi, une question s’impose : comment concilier essor des sports de nature, protection des milieux et sécurité des pratiquants dans un territoire
Un territoire sous pression, des sentiers à sécuriser
À Mayotte, la randonnée bute sur des freins structurels : absence de PDIPR (Plan Départemental des Itinéraires de Promenade et de Randonnée), manque de conventions de passage avec les propriétaires fonciers, sentiers peu ou pas balisés, entretien irrégulier et risques accrus par l’érosion et l’insécurité. Le cyclone Chido (décembre 2024) a aggravé la situation en détruisant ou rendant inaccessibles de nombreux itinéraires, freinant le développement des activités de pleine nature.
Dans ce contexte, la multiplication des groupes et associations qui emmènent du public sur des sites non identifiés ni aménagés devient problématique. « Aujourd’hui, des groupes de personnes et d’association amènent du public sur ces sites et là ça devient dangereux. On ne peut pas amener des personnes sur des sites qui ne sont pas sécurisés, identifiés, qui ne sont pas aménagés », alerte Ackeem Ahmed, directeur de l’Office de Tourisme de la 3CO.
« Il faut une volonté politique »
Pour Ackeem Ahmed, la clé est politique. « Il y a plusieurs parties prenantes sur la table : les politiques, l’ONF, les conservatoires, les acteurs qui pratiquent ainsi que les associations sportives », observe-t-il, pointant la complexité d’une coordination à l’échelle d’un territoire majoritairement rural. Selon lui, la maîtrise foncière, la formation, l’aménagement et la sécurisation des itinéraires exigent une stratégie claire impliquant maires, intercommunalités, département et région.
« Pour y arriver il faut une volonté politique, parce que tout Mayotte est en milieu rural. Il va falloir protéger la population. Le maire est responsable sur son territoire, tout comme les intercos, le département, la région : tous devront s’interroger pour savoir ce qu’il va être tracé comme stratégie de développement », insiste-t-il. Derrière ces mots, l’enjeu est de passer d’usages coutumiers du milieu à une offre structurée, lisible et sûre.
Les sentiers racontent une histoire plus ancienne que le trail
Si la randonnée peut apparaître comme une pratique récente, les sentiers mahorais portent une mémoire plus longue. « Lorsque nous parlons aujourd’hui de randonnée, nous avons parfois l’impression qu’il s’agit d’une pratique récente. Pourtant, les sentiers racontent une histoire beaucoup plus ancienne », rappelle Ibrahim Mcolo, guide, concepteur et acteur de la valorisation du patrimoine.
Dès 1998, à l’initiative du comité de tourisme de Mayotte et sous l’impulsion de M. Attoumani Harouna, naît le premier GR de l’île : un itinéraire de 165 kilomètres. Entre 2001 et 2004, l’entretien est assuré conjointement par le Conseil général et l’Office national des forêts (ONF), qui interviennent sur le balisage et le nettoyage. Mais les réorganisations administratives récentes ont complexifié la gestion des dossiers, tandis que s’accumulent au fil des ans les difficultés : absence d’entretien, disparition progressive du balisage, manque d’encadrement.
« Si nous voulons développer un tourisme durable à Mayotte, commençons par prendre soin de ces chemins qui racontent notre ville », ajoute-t-il, reliant directement la qualité de l’offre de randonnée à la valorisation du patrimoine naturel et culturel mahorais.
Un salon pour fédérer et structurer l’offre
Organisé par l’Office de Tourisme du Centre-Ouest (3CO), le Salon de la Randonnée et du Trail vise précisément à rassembler institutions, collectivités, associations, professionnels du tourisme, acteurs du sport et pratiquants pour structurer une offre durable, sécurisée et attractive. Au-delà de la promotion de la randonnée pédestre et du trail, l’événement engage une dynamique collective sur l’entretien et le nettoyage des sentiers, le balisage, les aménagements nécessaires, la sécurisation des itinéraires, ainsi que la gouvernance et la valorisation de ce patrimoine naturel exceptionnel.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































