Présenté en avant-première mercredi soir à Mamoudzou, le documentaire de Romain Clouet a réuni près de 250 spectateurs. Le film revient sur l’exploration d’une grotte sous-marine exceptionnelle du lagon, menée avec les plongeurs de Deep Blue Exploration.
Le lagon s’est invité sur grand écran, mercredi soir, sur le parvis de la place de la République. Près de 250 personnes ont assisté à l’avant-première de 20 000 ans sous les mers, projetée à l’occasion de l’ouverture du Festival international de l’image sous-marine de Mayotte. Un rendez-vous attendu par les passionnés de plongée comme par les curieux, venus découvrir les images d’un patrimoine invisible depuis la surface : une grotte sous-marine située au large de Mayotte, explorée par les plongeurs de Deep Blue Exploration.
À l’origine de cette projection, une rencontre entre science, image et opportunité culturelle. Lorsque Laurent Mounier, directeur du festival, cherche un film à mettre en avant, il contacte Gaby Barathieu, plongeur et président de Deep Blue Exploration. Celui-ci l’oriente vers Romain Clouet, réalisateur et producteur au sein de Runywood Studio, qui suivait le projet depuis plusieurs années.
« Il avait depuis quatre ans ce projet de film avec nous, avec notre première expédition. Il avait tout dans les mains et il n’attendait que ça : avoir une opportunité pour le faire », retrace Gaby Barathieu. Contacté en juillet dernier, Romain Clouet revient à Mayotte dès le mois d’août pour tourner les interviews des plongeurs. Les images sous-marines, elles, existaient déjà.
Le documentaire s’appuie sur des séquences tournées au fil de la mission, en grande partie par Armand Daydé et Camille Loisil, à l’aide d’appareils photo professionnels placés dans des caissons adaptés aux grandes profondeurs. « Ce ne sont pas de grosses caméras de cinéma, mais ça fait le job », résume Gaby Barathieu.
Le film plonge le spectateur dans les entrailles du lagon mahorais, à la découverte d’une cavité aujourd’hui noyée mais formée à une époque où le niveau de la mer était beaucoup plus bas. Il revient sur l’exploration de cette grotte, sa modélisation en 3D et l’extraction d’une stalagmite, témoin rare du passé climatique de Mayotte.
Mercredi, c’était la première présentation publique du documentaire. « J’ai l’impression qu’il a plu », confie Romain Clouet à l’issue de la séance. Gaby Barathieu salue de son côté un film qui « retranscrit avec justesse la mission ».
Reste une question : y aura-t-il d’autres projets ? La réponse est oui, mais les moyens manquent. « Des projets, je peux t’en sortir une dizaine. Mais c’est surtout les moyens de les réaliser », souligne Gaby Barathieu. La mission documentée dans 20 000 ans sous les mers n’avait bénéficié que d’un budget d’environ 15 000 euros, une somme jugée « dérisoire » au regard des contraintes techniques, scientifiques et logistiques.
Le projet repose largement sur l’engagement bénévole de ses protagonistes. « On a tous été bénévoles », rappelle le président de Deep Blue Exploration, qui souligne aussi le temps consacré par Romain Clouet au montage. Le réalisateur a pu bénéficier d’un soutien du CNC, mais cela ne suffit pas à équilibrer financièrement un tel projet. « Même avec ça, lui financièrement, il ne s’y retrouve pas du tout. On peut dire que c’est du bénévolat. »
Les prochaines expéditions dépendront donc de nouveaux appels à projets et de financements plus solides. L’objectif reste le même : continuer à explorer, mais aussi mieux documenter ces missions pour rendre accessible au grand public un monde que peu de Mahorais auront l’occasion de voir de leurs propres yeux.
Cette avant-première a donné le ton d’une édition anniversaire placée sous le signe de la découverte, de la transmission et de la protection du monde marin. Pour ses 30 ans, le Festival international de l’image sous-marine de Mayotte se déroule du 28 au 31 mai entre Mamoudzou et Chirongui, avec une programmation dense mêlant projections, conférences, concours, village de la mer et spectacle vivant.
Onze soirées de projections sont prévues, dont huit à Mamoudzou et trois au pôle culturel de Chirongui. Les films en compétition abordent la richesse des mondes sous-marins, mais aussi les menaces qui pèsent sur les océans. Des conférences gratuites sont également proposées autour de la biodiversité marine, de la photographie au service de la science, des mammifères marins, du blanchissement des coraux ou encore des effets du cyclone Chido sur les récifs.
Samedi, le Village de la mer prendra place sur la place de la République, avec des associations, ateliers pédagogiques et animations consacrés notamment à la protection des tortues, des mammifères marins et des récifs coralliens. Le jeune public est lui aussi associé à cette édition, à travers des projections scolaires et le concours de dessins « Jack Passe », qui a rassemblé 550 créations d’élèves autour du thème : « Imagine la vie dans une grotte sous-marine ».
Avec 68 films reçus, 52 films en compétition, 692 photographies et 550 dessins, cette 30e édition confirme la place singulière du festival à Mayotte. Trente ans après sa création, l’image sous-marine continue d’y jouer le même rôle : émerveiller, documenter et rappeler que le lagon mahorais est à la fois un patrimoine naturel, scientifique et fragile.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.




































