Recensement : Estelle Youssouffa dénonce une « fiction administrative qui va nous tuer »

À l’issue de la présentation des résultats aux élus, organisée mardi après-midi au Centre Kinga à Kawéni, dans une salle clairsemée en raison d’une réunion organisée au même moment avec la préfecture sur l’immigration clandestine, Estelle Youssouffa n’a pas caché sa colère.

« L’Insee publie de la fiction officielle », attaque la députée, estimant que l’institut présente un résultat déconnecté de la réalité locale. « C’est une institution qui n’a jamais tort, qui est la risée de la statistique mondiale« , poursuit la parlementaire. Elle vise notamment le solde migratoire apparent, que l’Insee estime légèrement négatif bien qu’important. « L’Insee est capable de produire un solde migratoire sans les données maritimes sur un archipel. Ne serait-ce que ça, c’est quand même assez dingo« , juge-t-elle. « Ils n’ont pris en compte que les entrées et les sorties par l’aéroport, sur une île. C’est quand même problématique.« 

Contacté par la suite, l’Insee répond que le solde migratoire n’est pas calculé en additionnant séparément les arrivées et les départs selon leur mode de transport. Il est déduit de l’écart entre la population recensée en 2017 et celle recensée en 2026, une fois retiré l’excédent des naissances sur les décès. Selon l’institut, ce calcul intègre donc « tous les mouvements légaux comme illégaux », qu’ils se fassent par avion ou par bateau. L’Insee précise que le solde total, légèrement négatif, n’exclut pas des arrivées nombreuses depuis l’étranger, notamment par la mer, mais signifie qu’elles sont compensées par d’importants départs vers l’Hexagone et La Réunion par avion.

La députée critique aussi l’argument de la consommation de riz, utilisé par l’Insee pour conforter son chiffre. « Une consommation de riz de 225 grammes par personne et par jour à Mayotte contre 130 à La Réunion, c’est complètement délirant« , estime-t-elle. « Selon l’Insee, on ne mange pas de bananes, on ne mange pas de majimbi, on ne mange pas de manioc. On ne fait que manger du riz matin, midi et soir. » Pour elle, ce raisonnement « n’a aucune cohérence intellectuelle« , d’autant que « la moitié de la population, sont des mineurs » et mangeraient donc moins en quantité.

Estelle Youssouffa met également en doute la qualité de la collecte. « Ils sont tellement bons à Mayotte que, dans un territoire où il y a des bidonvilles, des gens qui fuient l’autorité, des caillassages, la saison des pluies et les vacances scolaires, ils ont tout recensé avec un talent inégalé« , ironise-t-elle. « Ce n’est même pas crédible, c’est littéralement incroyable. » Sur ce point, l’Insee a précisé que la période de recensement a été déterminée en concertation avec les maires, avant d’être prolongée jusqu’au 24 janvier à la demande de certaines communes.

La parlementaire dit d’autant moins accepter ces résultats qu’ils étaient très attendus. « On ne s’est pas battu pour obtenir ce recensement pour se faire bananer comme ça. C’est scandaleux« , lance-t-elle. Elle accuse même l’institut de régler ses comptes : « C’est une institution qui se venge parce que l’Insee refusait de se remettre en question. »

La députée redoute surtout les conséquences financières de ce chiffre. « C’est faux, archi-faux, et ça nous coûte à Mayotte extrêmement cher parce que ça va déterminer les dotations de l’État à nos collectivités« , prévient-elle. Elle appelle donc les élus locaux à contester le futur décret authentifiant les populations légales : « J’espère, je prie pour que les collectivités locales de Mayotte aillent en justice administrative à la publication du décret. C’est notre seul recours pour arrêter cette fiction administrative qui va nous tuer. »

« En tant que parlementaire, je n’ai aucun recours« , ajoute Estelle Youssouffa, qui espère que les collectivités « vont exercer un recours en justice administrative et attaquer le décret que va faire publier l’Insee« . Sans cela, avertit-elle, « toutes les dotations de l’État pour les collectivités de Mayotte vont être baissées en fonction de ce recensement scélérat. » Pour elle, le paradoxe est intenable : « On est quand même sur une île avec une natalité démente, une immigration hors de contrôle, et on nous explique que le solde migratoire est négatif. L’Insee marche sur la tête à Mayotte. » Les échanges avec l’institut ont d’ailleurs été tendus. À la question de savoir s’ils avaient été houleux, la députée répond désabusée : « Bah oui« .

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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