Pendant deux jours, la Cour criminelle de Saint-Denis va se pencher sur une affaire qui mêle accusations de violences sexuelles incestueuses, responsabilités familiales et interrogations sur les mécanismes de signalement. À la barre comparaissent Jacques G., ancien principal du collège Juliette-Dodu et ancien chef d’établissement au lycée de petite terre, ainsi que son ex-épouse, chacun poursuivi pour des faits distincts mais liés à une même affaire dont les origines remontent à plusieurs années.
L’ouverture de ce procès marque une nouvelle étape judiciaire dans un dossier particulièrement sensible. Ancien cadre de l’Éducation nationale, Jacques G. est poursuivi pour des viols et des agressions sexuelles incestueuses commis, selon l’accusation, sur une enfant de moins de quinze ans. Les faits reprochés auraient débuté en 2015 selon nos confrères de Réunion la 1ère, alors qu’il exerçait les fonctions de chef d’établissement au lycée de petite terre.
L’affaire avait éclaté au grand jour au printemps 2020 lorsqu’il s’était présenté de son propre chef au commissariat Malartic, à Saint-Denis, afin de dénoncer les faits qui lui sont aujourd’hui reprochés. Cette démarche inhabituelle avait immédiatement entraîné des conséquences administratives. Le ministère de l’Éducation nationale avait alors décidé de le suspendre de ses fonctions, estimant que les accusations étaient incompatibles avec l’exercice de responsabilités auprès de mineurs.
Au cœur du dossier figure une enfant proche de la famille, âgée de seulement huit ans au moment des faits présumés. Les débats devront permettre d’établir avec précision la chronologie des événements, mais également de comprendre pourquoi l’affaire est restée inconnue pendant plusieurs années avant d’émerger devant la justice.
L’un des principaux points de confrontation concerne le rôle de l’ex-épouse de Jacques G. L’ancien chef d’établissement affirme qu’elle aurait gardé le silence en échange d’un soutien financier. Une version que cette dernière conteste catégoriquement depuis le début de la procédure.
Selon ses déclarations, c’est en mars 2017 qu’elle aurait découvert fortuitement une clé USB cachée contenant des vidéos montrant des scènes d’abus sur la jeune victime. Face à cette découverte, elle explique avoir quitté Mayotte pour s’installer à Madagascar avec leur fils.
Les flux financiers entre les deux anciens époux feront également partie des éléments examinés par la Cour. Là où Jacques G. évoque un possible chantage, son ex-femme soutient qu’il s’agissait uniquement du versement d’une pension alimentaire ainsi que du financement d’un projet de création d’un établissement scolaire à Madagascar.
Mais l’ex-épouse ne comparaît pas uniquement comme témoin de cette affaire. Elle devra répondre devant les juges de plusieurs infractions. La justice lui reproche d’abord une non-dénonciation de mauvais traitements sur mineure. Les poursuites vont toutefois au-delà de cette seule accusation puisqu’elle est également renvoyée devant la Cour criminelle pour des faits de privation et d’agressions sexuelles incestueuses concernant la même enfant.
Cette double comparution illustre la complexité du dossier, dans lequel la justice devra distinguer les responsabilités individuelles de chacun des accusés à partir des éléments recueillis au cours de l’enquête et des débats. Le procès devrait également revenir sur les circonstances dans lesquelles les faits ont pu demeurer inconnus durant plusieurs années, ainsi que sur les réactions des différents protagonistes après leur découverte présumée. Les magistrats entendront les témoignages, analyseront les preuves versées au dossier et confronteront les différentes versions afin de déterminer les responsabilités pénales de chacun.
Aujourd’hui retraité de l’Éducation nationale, Jacques G. encourt une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans de réclusion criminelle s’il est reconnu coupable des faits qui lui sont reprochés. Son ex-épouse risque jusqu’à dix années d’emprisonnement pour les infractions poursuivies à son encontre.
Au-delà des personnes jugées, cette affaire rappelle les enjeux majeurs liés à la protection des mineurs, à la détection des violences intrafamiliales et au devoir de signalement lorsque des faits susceptibles de mettre un enfant en danger sont portés à la connaissance d’un adulte.
Le procès, qui s’est ouvert ce mercredi 1er juillet devant la Cour criminelle de Saint-Denis, devra désormais permettre d’établir les faits, d’examiner les responsabilités de chacun et d’apporter des réponses judiciaires à une affaire particulièrement grave. Conformément aux principes fondamentaux du droit, Jacques G. comme son ex-épouse demeurent présumés innocents jusqu’à ce qu’une décision de justice définitive soit rendue.
Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.



































