Le nouveau bulletin de Santé publique France consacré à la périnatalité confirme les difficultés auxquelles est confrontée Mayotte. Avec 8 900 naissances enregistrées en 2024 et un taux de natalité près de trois fois supérieur à la moyenne nationale, le territoire fait face à une pression exceptionnelle sur son système de santé. Ces données confortent l’Agence régionale de santé (ARS) dans sa stratégie visant à renforcer l’accompagnement des femmes enceintes et des nouveau-nés.
Les indicateurs restent particulièrement défavorables. Le taux de mortalité infantile atteint 10,55 décès pour 1 000 naissances vivantes, contre 4,08 ‰ au niveau national. La mortalité maternelle est également deux fois plus élevée que dans le reste de la France.
Le bulletin met aussi en évidence la fréquence des grossesses précoces. À Mayotte, 10,7 % des accouchements concernent des femmes de moins de 20 ans, contre 1,8 % en moyenne nationale. Le territoire affiche également un taux de prématurité de 10,7 %, auquel s’ajoute une forte prévalence du surpoids et de l’obésité avant la grossesse.
Sans établir de lien direct entre ces indicateurs, Santé publique France souligne qu’ils s’inscrivent dans un contexte marqué par des difficultés d’accès aux soins, un suivi de grossesse parfois insuffisant, des ressources médicales sous tension et une forte vulnérabilité sociale.
Des points d’appui encourageants
Malgré ces difficultés, plusieurs indicateurs témoignent d’une dynamique positive. L’allaitement maternel constitue l’un des principaux atouts du territoire. 95,4 % des mères débutent un allaitement et 94,6 % pratiquent un allaitement exclusif ou mixte dès la maternité, des taux parmi les plus élevés de France.
Les pratiques obstétricales apparaissent également favorables. Le recours à la césarienne reste limité à 17,2 % des accouchements, contre 22 % au niveau national. L’épisiotomie est devenue exceptionnelle avec seulement 0,6 % des accouchements par voie basse, contre 2,8 % en France. La consommation de tabac pendant la grossesse demeure faible et la mortinatalité est en baisse depuis 2022.
Une feuille de route jusqu’en 2030
Face à ces constats, l’ARS déploie une stratégie articulée autour de plusieurs priorités. L’objectif est de renforcer les centres périnataux de proximité, de mobiliser davantage les services de protection maternelle et infantile ainsi que les sages-femmes libérales afin de désengorger le Centre hospitalier de Mayotte et d’améliorer le suivi des grossesses.
L’agence entend également développer un accompagnement renforcé après l’accouchement avec des consultations dédiées en diététique, rééducation périnéale, activité physique adaptée et soutien psychologique. Les jeunes filles enceintes bénéficieront d’un suivi personnalisé assuré par la Maison des adolescents.
La prévention constitue enfin un axe majeur. Les actions d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle se poursuivent dans les établissements scolaires. En 2025-2026, 4 000 collégiens et lycéens ont déjà été sensibilisés à la contraception et à la prévention des infections sexuellement transmissibles.
À travers cette stratégie 2026-2030, l’ARS ambitionne de réduire la mortalité infantile, les complications obstétricales et les inégalités d’accès aux soins, tout en s’appuyant sur les atouts du territoire pour améliorer durablement la santé des familles mahoraises.
Chikungunya une immunité encore insuffisante à Mayotte
Les premiers résultats de l’étude EpiMay 2025, menée par l’Agence régionale de santé de Mayotte, en partenariat avec l’Observatoire régional de la santé de Mayotte et l’Union régionale des professionnels de santé Infirmiers de l’océan Indien, révèlent que les personnes âgées et les personnes non scolarisées ont été les plus touchées par la première vague de chikungunya en 2025. Réalisée auprès de 1 000 ménages, l’enquête estime qu’un cas déclaré correspondrait à près de 40 contaminations réelles, en raison d’un recours fréquent à la médecine traditionnelle plutôt qu’aux soins. À la veille de la seconde vague en 2026, seulement un habitant sur trois était immunisé, un niveau insuffisant pour atteindre l’immunité collective. L’Agence régionale de santé rappelle que la lutte contre le chikungunya repose avant tout sur l’élimination des eaux stagnantes, une meilleure gestion des déchets et la protection contre les piqûres de moustiques.
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