Opération « Kingia » : des ONG dénoncent une opération sécuritaire qui fragilise les enfants

L’opération sécuritaire « Kingia », lancée par l’État le 7 avril 2026, suscite une vive inquiétude parmi plusieurs organisations de défense des droits humains et de protection de l’enfance. Dans un communiqué commun, l’UNICEF France, Human Rights Watch, la Cimade et Médecins du Monde alertent sur les conséquences « préoccupantes » des interventions policières, des démolitions d’habitats informels et des contrôles menés à proximité des écoles et des centres de santé.

Présentée par les autorités comme une réponse à l’insécurité, à l’immigration irrégulière et à l’habitat informel, l’opération « Kingia » s’inscrit dans la continuité des dispositifs « Wuambushu » en 2023 et « Place nette Mayotte » en 2024. Selon les chiffres avancés, près de 1 700 éloignements auraient déjà été effectués depuis le début de l’opération.

Mais pour les associations, cette stratégie sécuritaire fait peser de lourds risques sur les populations les plus vulnérables, en particulier les enfants. À Mayotte, où près d’un habitant sur deux est mineur, les démolitions et évacuations menées dans plusieurs quartiers informels, notamment à Sada, Combani et Dembéni, entraîneraient des ruptures brutales dans la vie des familles : déscolarisation, déplacements forcés, perte de repères, interruptions des soins ou encore séparations familiales.

Les organisations dénoncent également les opérations de contrôle effectuées aux abords, voire à l’intérieur, de certains établissements scolaires et centres de santé. Elles craignent que ces pratiques ne créent un climat d’anxiété et n’incitent certaines familles à renoncer à envoyer leurs enfants à l’école ou à consulter les services médicaux.

« L’école et l’hôpital doivent rester des lieux sûrs et accessibles à tous les enfants, sans discrimination », insistent les signataires du communiqué.

Cette situation intervient dans un contexte déjà extrêmement fragile pour l’archipel, marqué par la pauvreté, les difficultés d’accès à l’eau, aux soins et à l’éducation, mais aussi par les conséquences du cyclone Chido, qui a aggravé les conditions de vie de nombreux habitants.

Face à cette réalité, les ONG rappellent que la France est tenue de respecter ses engagements internationaux en matière de droits humains et de droits de l’enfant. Elles demandent notamment aux pouvoirs publics de garantir la continuité de la scolarisation, l’accès à un hébergement avant toute évacuation, le maintien des services essentiels et la protection contre toute séparation familiale injustifiée.

Au-delà de l’urgence, les associations appellent l’État à changer d’approche. Selon elles, les difficultés structurelles de Mayotte ne pourront être résolues uniquement par des opérations de police ponctuelles. Elles plaident pour une politique durable fondée sur la protection des enfants, l’accès effectif aux droits fondamentaux et des investissements massifs dans les services publics essentiels.

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Soldat
Journaliste

Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.

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