Raphaël Mohamed, athlète mahorais de haut niveau, lâché sur le financement de ses études

Il vise les Jeux olympiques de 2028, et peut-être ceux de 2032. Mais cet été, ce qui occupe Raphaël Mohamed, c’est de récupérer l’argent d’une formation dont le financement lui avait été promis.

Le spécialiste du 110 m haies du Racing Club de Mamoudzou a dû puiser dans ses économies pour décrocher son BPJEPS, après s’être vu accorder, puis refuser, une prise en charge par le Département. Après l’obtention de son diplôme, il attend toujours une réponse claire.

Raphaël Mohamed est aujourd’hui le seul athlète mahorais figurant sur la liste ministérielle des sportifs de haut niveau. Il a porté les couleurs de l’île jusqu’en demi-finale des Jeux olympiques de Paris 2024. Son palmarès compte également un titre aux Jeux des Îles, une finale aux championnats de France et une quatrième place en finale des championnats d’Europe.

Pour la suite, il compte participer aux championnats d’Europe cet été, aux championnats du monde l’année prochaine, puis aux Jeux olympiques de 2028.

C’est en pensant à l’après-carrière qu’il a entamé son BPJEPS. « Je songe à devenir éducateur sportif pour la suite de ma carrière, explique-t-il. Mon objectif, c’est de revenir sur l’île pour transmettre l’expérience acquise en Europe. » Une démarche qui s’inscrit pleinement dans l’esprit affiché du dispositif Jeune Talent Mahorais (JTM), censé accompagner les talents mahorais sur le long terme.

En amont de sa formation, Raphaël constate son coût : plus de 9 000 euros, un montant trop élevé pour lui. Il entre alors en contact avec le Département qui, dans le cadre du programme JTM, donne un accord de principe pour le financement de son diplôme.

L’athlète met alors en relation son centre de formation (CFA) avec le Département afin que celui-ci s’occupe des formalités administratives. Le Département envoie une convention au CFA, qui la lui retourne signée. Cependant, vers la fin de sa formation, le directeur du CFA lui annonce que le document n’est toujours pas revenu signé par le Département.

Faute de paiement, Raphaël n’a d’autre choix que de financer lui-même sa formation, avec l’aide de ses proches. Il obtient finalement son diplôme, mais demande à être remboursé.

Par courriel, le Département lui répond en rappelant que « le parcours d’excellence sportive concerne les athlètes en voie d’accès au haut niveau dans les dispositifs : Pôle Espoir, Académie sportive et Centre de formation ». Il est donc considéré comme inéligible en raison de son statut « d’athlète de haut niveau confirmé ».

Une question reste toutefois en suspens pour Raphaël : pourquoi lui avoir donné une réponse positive s’il était inéligible ?

Interrogée, l’équipe chargée du sport au sein du Département n’a pas donné suite à nos sollicitations.

Depuis avril, Raphaël Mohamed attend. Le diplôme est obtenu, mais la facture reste à sa charge. Pour un athlète qui doit déjà composer avec les coûts d’une carrière de haut niveau, le poids financier n’est pas anodin.

« Aujourd’hui, cela crée des difficultés personnelles. L’argent reste un vrai sujet », confie-t-il.

Au-delà de sa situation personnelle, l’athlète prévient que, sans solution, sa participation aux prochains Jeux des Îles de l’océan Indien pourrait être remise en question.

« Représenter Mayotte, ça me tient à cœur, glisse-t-il. Mais derrière, on ne me renvoie pas la balle… »

« Je remercie le Département de m’avoir aidé toutes ces années, tient-il à souligner. Mais c’est dommage d’en arriver à ce genre de situation. J’espère être le seul dans ce cas, parce que cela pourrait vraiment freiner la carrière d’autres sportifs. »

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