Jeux des Îles 2027 : Mayotte face au défi de la préparation

Alors que la participation de Mayotte aux Jeux des Îles de l’océan Indien 2027, prévus aux Comores, continue de susciter des débats, les acteurs du mouvement sportif mahorais affichent un discours commun : le temps est désormais à la préparation des athlètes plutôt qu’aux polémiques politiques.

Réunis autour du Comité régional olympique et sportif (CROS) de Mayotte, les représentants des fédérations, des clubs et des sportifs ont réaffirmé leur volonté de participer à cette compétition régionale, considérée comme une étape essentielle vers le haut niveau et un tremplin en vue de l’organisation des Jeux des Îles à Mayotte en 2035.

Une année de préparation déjà perdue

Pour Fahdedine Madi Ali, président de l’Académie mahoraise des talents sportifs (AMTS), le principal problème est désormais le retard accumulé dans la préparation. « Nous sommes déjà à un an de l’échéance. Une préparation de ce niveau demande au minimum deux ans », explique-t-il. Selon lui, les difficultés administratives et le retard dans le versement des subventions ont freiné le travail engagé depuis plusieurs mois. « Il ne faut pas attendre les derniers mois. Il faut identifier les athlètes, les accompagner, financer leur préparation et programmer les stages de confrontation. »

Le responsable rappelle que les Jeux ne se résument pas au déplacement de la délégation. Les engagements financiers interviennent bien avant la compétition, avec notamment le versement d’acomptes et l’organisation de la préparation sportive. Il estime également que les collectivités locales se mobilisent trop souvent à l’approche des Jeux. « Nos élus se réveillent à chaque fois à la veille des Jeux des Îles », regrette-t-il, appelant à construire une véritable stratégie sportive permanente.

Des Jeux indispensables pour progresser

Pour les sportifs de haut niveau, l’enjeu dépasse largement la seule question de la participation. Ancienne athlète internationale, championne de France du 60 mètres en salle en 2019 et médaillée de l’engagement ultramarin, Nasrane Bacar rappelle qu’une qualification ne s’improvise pas. « Il faut déjà être qualifié dans sa discipline. Cela demande des stages de préparation, des compétitions de référence et d’être en forme au moment des dates limites de qualification », souligne-t-elle.

Elle reconnaît que les retards de financement ont parfois compliqué les préparations par le passé, même si les situations finissaient généralement par être régularisées. Pour l’ancienne sprinteuse, les Jeux des Îles constituent avant tout une compétition sportive. « Pendant la préparation, l’athlète ne pense pas aux polémiques. Il pense à sa performance. » Elle comprend toutefois que les débats autour du contexte politique puissent susciter des interrogations chez certains sportifs.

Même constat pour Hakim Ali Abdou, membre du bureau du Cross et du Conseil international des Jeux (CIJ). « Nous allons là-bas pour faire du sport, pas pour autre chose. Nous ne sommes pas des politiques, nous sommes des compétiteurs. Nous voulons concourir contre nos frères, nos voisins et nos camarades sportifs. » Il se montre confiant quant à l’accompagnement des autorités françaises. « Les autorités compétentes nous ont toujours accompagnés. Je ne pense pas qu’il y aura de changement. » Selon lui, la participation de 2027 doit aussi permettre à Mayotte d’acquérir de l’expérience avant d’accueillir les Jeux en 2035. « Nous avons un projet. Nous cherchons de l’expérience pour être prêts lorsque Mayotte organisera les Jeux. »

Il indique par ailleurs qu’une réunion organisée en mai entre les différentes parties prenantes s’est déroulée dans un climat constructif et que le comité d’organisation comorien affiche sa volonté de faire de cette édition « la meilleure organisation des Jeux des Îles ».

2027, une étape décisive avant 2035

Les responsables sportifs rappellent également les progrès réalisés par Mayotte depuis près de vingt ans. Selon le CROS, le territoire est passé de trois médailles en 2007 à quarante en 2023, illustrant la montée en puissance du sport mahorais. Fahdedine Madi Ali cite notamment les performances d’athlètes mahorais comme Daourina, champion du monde U20 de handball avec l’équipe de France, pour démontrer que les sportifs du territoire sont désormais capables de rivaliser au plus haut niveau.

Au-delà de la compétition elle-même, les responsables sportifs voient dans l’édition 2027 un test grandeur nature. « 2027 sera observé de très près », estime Fahdedine Madi Ali. À ses yeux, chacun doit faire preuve de responsabilité afin d’éviter que les débats politiques ne pénalisent les athlètes.

Le communiqué publié par le CROS insiste dans le même sens. Le mouvement sportif rappelle que les Jeux représentent bien plus qu’une compétition : ils constituent un projet de développement pour la jeunesse, un levier de reconstruction après le passage du cyclone Chido et une étape essentielle dans la perspective d’accueillir les Jeux des Îles à Mayotte en 2035.

Les dirigeants assurent également que les questions de sécurité font l’objet d’un travail conjoint entre le Conseil international des Jeux, le comité d’organisation, les services de l’État, l’ambassade de France aux Comores et le CROS de Mayotte.

Pour le mouvement sportif, l’objectif reste inchangé : poursuivre la préparation des athlètes et faire des Jeux des Îles un outil de développement durable du sport mahorais, au-delà des débats institutionnels.

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Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.

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