La jeune femme, qui a accouché dans la clandestinité, est toujours hospitalisée dans un établissement de la capitale, tandis que le père présumé demeure introuvable. Depuis l’ouverture d’une information judiciaire, plusieurs de ses proches ont été placés en détention.
L’affaire a pris une nouvelle ampleur après la diffusion, mercredi, de vidéos montrant plusieurs maisons en flammes. Selon leurs légendes, les faits se sont déroulés à Ntsoralé, dans la région de Dimani, au nord de la Grande Comore. Ces incendies, qui auraient été encouragés par une partie de la notabilité locale, visaient les proches d’une jeune femme accusée d’avoir abandonné son nouveau-né dans des toilettes le mois dernier.
Les faits remontent au 25 juin. Ce jour-là, le village a découvert l’horreur. Dans une maison inhabitée appartenant à une famille installée en France, un nouveau-né a été retrouvé dans la fosse d’une latrine.
« Vers 13 heures, après la prière hebdomadaire, un oncle de la famille propriétaire de la maison s’est rendu sur place par hasard pour une visite de routine. Depuis le toit, il a aperçu quelque chose dans les toilettes. En s’approchant, il s’est rendu compte que le trou était obstrué », raconte une source villageoise présente lors du sauvetage.
Alertée, la police municipale s’est rendue sur les lieux. Après avoir obtenu l’autorisation du chef de la gendarmerie de la région, les agents ont retiré une serviette et un boubou qui bouchaient l’ouverture de la fosse.
« Au départ, ils ont pensé à un avortement qui aurait mal tourné et dont la mère voulait faire disparaître toute trace. Mais l’agent municipal a découvert un nourrisson encore vivant. Une véritable course contre la montre s’est alors engagée. Les habitants ont démoli le mur latéral des latrines afin d’extraire le bébé, qui s’est mis à pleurer. Il a d’abord été conduit au centre de santé le plus proche, avant que les médecins ne recommandent son transfert vers Moroni », ajoute un responsable du village.
Une information judiciaire ouverte
Malheureusement, le nouveau-né n’a pas survécu. Une semaine plus tard, le parquet de Moroni a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire. Quatre proches du père présumé ont été entendus puis mis en examen. Mercredi soir, une nouvelle information indiquait également qu’un médecin ayant porté assistance à la mère avant son accouchement avait été placé en garde à vue.
Malgré l’évolution de l’enquête, la tension reste vive dans le village. Dans une déclaration faite avant-hier, le chef de Ntsoralé a annoncé le bannissement, pour une durée indéterminée, de la famille de la jeune femme, toujours hospitalisée.
« Son père devrait être arrêté, car il ne fait aucun doute qu’il savait que sa fille était enceinte », ont justifié les autorités villageoises.
Ces dernières ont également apporté leur soutien aux jeunes qui avaient entonné, quelques jours auparavant, des chants hostiles à l’encontre des proches de la mère.
« Les familles ont porté plainte contre ces jeunes, ce qui a provoqué la colère des autorités communautaires. En représailles, des habitants ont incendié les maisons appartenant à toute la famille », rapporte un jeune originaire de Ntsoralé, selon lequel aucun bien n’a pu être sauvé.
Une réaction vivement condamnée
Au total, trois maisons en tôle et deux maisons en dur ont été détruites.
Cette réaction suscite une vive indignation au sein de l’opinion publique, beaucoup estimant que la famille de la jeune femme ne saurait être tenue pour responsable des faits qui lui sont reprochés.
« Lyncher des parents… Bienvenue dans la barbarie. Magistrats comoriens, réveillez-vous. Votre robe n’est pas un déguisement, c’est l’autorité de l’État. Défendez-la. Que personne ne se prenne pour juge. Que personne ne se substitue à la loi. La justice du village et celle des notables s’appellent la vengeance. Et, aux Comores comme ailleurs, la vengeance n’a pas sa place dans un tribunal », déplore le sociologue Mistoihi Abdillahi.
Selon lui, cette affaire révèle également les spécificités de la société comorienne, fondée sur un système matrilinéaire.
« L’enfant appartient à la famille de sa mère, même s’il porte le nom de son père », explique-t-il, appelant à s’interroger notamment sur les conséquences des mariages à distance.
Depuis le début de cette affaire, le père présumé du nourrisson est en fuite. Concierge de la maison où le bébé a été découvert, il est originaire du même village que la jeune mère, laquelle est par ailleurs en couple avec un homme installé en France, père de ses autres enfants.
« Le soir des faits, un voisin a entendu du bruit et a demandé qui était présent. Le père présumé a répondu. Ensuite, les habitants ont retrouvé le chauffeur qui les avait conduits à l’hôpital. Il a tout raconté. Les jeunes du village ont ainsi réussi à reconstituer les faits en recoupant toutes les informations », confie une source proche du dossier.
Journaliste presse écrite basé aux #Comores. Travaille chez @alwatwancomore
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