Plus d’une centaine d’habitants ont participé, jeudi soir à Ongojou, à une réunion consacrée à la résorption de l’habitat insalubre de Kardjavendza. Après la déclaration d’utilité publique du projet la semaine dernière, les élus ont assuré qu’aucun décasage n’était imminent et annoncé une nouvelle enquête sociale. Dans le public, les questions se sont surtout concentrées sur le devenir des familles, notamment celles sans revenus stables ou en situation irrégulière.
Assis sur des chaises installées au milieu du quartier ou debout sur la route, les habitants de Kardjavendza ont suivi pendant plus d’une heure les explications projetées sur un écran, vendredi soir à Ongojou. La réunion devait présenter les prochaines étapes du projet de résorption de l’habitat insalubre, mais surtout tenter de calmer une inquiétude née quelques jours plus tôt sur les réseaux sociaux.
Le 26 juin, un arrêté préfectoral a déclaré d’utilité publique l’opération portée par la communauté d’agglomération Dembéni-Mamoudzou (Cadema). Cette décision autorise l’acquisition, à l’amiable ou par voie d’expropriation, des terrains nécessaires au réaménagement du secteur. L’arrêté prévoit que ces acquisitions devront être réalisées dans un délai de cinq ans.
Pour plusieurs habitants, la publication du document a été comprise comme l’annonce d’un décasage imminent. « Les gens étaient traumatisés quand ils ont vu la publication sur Internet. J’ai vu une mamie qui ne mangeait plus », raconte un participant. Malgré la réunion, a-t-il ajouté, certains restent « encore stressés parce que maintenant, ils savent que c’est vrai ». La rencontre aura en effet permis de confirmer que l’opération aura bien lieu même si elle n’est pas prévue avant 2028.
Un projet engagé depuis 2019
Face au public, la municipalité de Dembéni et la Cadema ont rappelé que le projet n’était pas nouveau. Les premières enquêtes et études préopérationnelles ont débuté entre 2019 et 2020 et se sont poursuivies jusqu’en 2023. Les années 2024 et 2025 devaient permettre de sécuriser le financement et le foncier, avant une période ralentie notamment par le cyclone Chido et le changement d’équipe municipale.
Le secteur étudié s’étend sur environ 3,7 hectares. Selon les données présentées lors de la réunion, le quartier compte 237 habitations et 1.149 habitants. Le programme prévoit la restructuration du quartier, la création de voies de circulation, l’installation des réseaux d’eau, d’assainissement et d’électricité ainsi que la construction d’environ 130 logements.
La déclaration d’utilité publique a été prise dans le cadre de la loi Vivien, utilisée pour intervenir sur des secteurs présentant un habitat insalubre. Cette procédure est plus rapide qu’une expropriation classique : le préfet peut déclarer, dans un même arrêté, l’opération d’utilité publique et les biens concernés cessibles.
Pour les nouveaux élus, l’avancement du dossier a toutefois constitué une surprise. « On vient de prendre les rênes. Ce sont des projets dont, personnellement, je n’avais pas connaissance », reconnaît Assani Rahim, vice-président de la Cadema chargé des RHI, du logement, de l’urbanisme et de la stratégie foncière. « Il a fallu aller voir dans les casiers pour s’imprégner du dossier. »
La première adjointe au maire de Dembéni, Toiyfati Saïd, assure que la réunion avait pour objectif de mettre fin aux « mauvaises informations » faisant état de démolitions prochaines. « Le projet vient de franchir une nouvelle étape », explique-t-elle. « On veut travailler en concertation avec les habitants, parce que nous aménageons pour eux. »
Des travaux annoncés à partir de 2028
Aucune démolition ne devrait commencer dans l’immédiat. La Cadema prévoit de consacrer l’année 2027 à la phase opérationnelle et à la finalisation du programme. Le démarrage des travaux est envisagé en 2028, pour une durée estimée entre trois et quatre ans.
Avant cela, une nouvelle enquête sociale doit débuter rapidement. Elle complétera les données recueillies il y a plusieurs années, le quartier ayant continué à évoluer et de nouvelles constructions étant apparues depuis. Chaque ménage devra être recensé afin d’étudier sa composition, ses ressources, sa situation administrative et ses possibilités de relogement.
Les élus ont également demandé qu’aucune nouvelle habitation ne soit construite dans le périmètre, au risque de fausser le recensement et de compliquer davantage l’opération.
Le chantier devrait ensuite progresser par étapes. Des « logements tiroirs » doivent être installés sur des parties encore libres du terrain afin d’accueillir temporairement les familles déplacées. Les premières démolitions concerneront les emprises nécessaires à la création des routes et des réseaux. D’autres solutions pourraient être mobilisées à Iloni ou à Tsararano, même si les élus reconnaissent que leur nombre reste limité.
« Combien de temps va-t-on rester dans le provisoire ? »
C’est sur ce relogement temporaire que les interrogations ont été les plus nombreuses. « Combien de temps vont-ils laisser les gens dans les logements temporaires ? », a demandé un habitant, provoquant les applaudissements du public. Une autre participante a rappelé que certaines solutions d’hébergement ne durent que quelques mois : « Quand le contrat finit, on nous dit d’aller voir ailleurs, mais nous n’avons pas les moyens. »
Toiyfati Saïd avance une durée théorique comprise entre six mois et un an, tout en assurant que les familles ne seront pas remises à la rue si le chantier prend du retard. « Au bout de six mois, si les travaux n’ont pas avancé, on ne va pas les mettre dehors. Au bout d’un an, si ce n’est toujours pas fini, elles resteront encore là. »
Ces logements temporaires seraient accessibles à toutes les personnes déplacées, qu’elles soient ou non en situation régulière, assure l’élue. En revanche, l’accès à un logement définitif sera étudié au cas par cas, selon les règles d’attribution du logement social et la situation de chaque ménage. Pendant cette période, un accompagnement social doit être assuré par le centre communal d’action sociale.
Des logements construits pour qui ?
Les habitants ont également interrogé les élus sur le coût des futurs logements sociaux. « La plupart des gens du quartier ne travaillent pas. Comment vont-ils payer le loyer ? », a demandé l’un d’eux. D’autres se sont inquiétés des démarches administratives et de la situation des personnes ne déclarant pas de revenus.
Sur ce point, les élus ont promis un accompagnement par les travailleurs sociaux, sans être encore en mesure d’apporter des réponses précises sur les loyers, les aides mobilisables ou les critères définitifs d’attribution.
Ils ont cependant répété que les habitants actuels seraient prioritaires. « On ne va pas construire pour des personnes qui vont sortir de nulle part », insiste Toiyfati Saïd. « On construit déjà pour eux, parce qu’on ne peut pas les laisser là. » Pour les familles qui ne pourraient pas accéder directement à un logement sur place, une autre solution devrait être recherchée en fonction de leur situation.
La première adjointe défend un projet rendu plus nécessaire encore par le passage de Chido. Selon elle, les habitants des quartiers précaires ont été parmi les plus exposés pendant le cyclone. « On ne peut pas laisser ces personnes vivre dans des quartiers comme ça. En tant que représentants, on se doit d’améliorer leurs conditions de vie. »
Pour la Cadema, la déclaration d’utilité publique ne constitue donc que le début d’un long processus. Mais à Kardjavendza, les habitants attendent désormais autre chose qu’un calendrier : des garanties concrètes sur l’endroit où ils vivront pendant les travaux, le prix des logements futurs et la place qui sera réellement réservée à chacun.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































