Chirongui : Le « Prix du Courage » décerné aux chauffeurs de bus

Une initiative rare dans le climat d’insécurité qui pèse sur le transport scolaire à Mayotte : les élèves du lycée de Chirongui ont organisé, samedi 4 juillet, une remise des « prix du courage » à l’attention des chauffeurs de bus, en présence des élus de la commune et de la direction de Matis.

À l’initiative des élèves du lycée de Chirongui une cérémonie de remise des « prix du courage » a été organisée samedi 4 juillet à l’attention des chauffeurs de bus scolaires, en présence des élus de la commune et de la direction de Matis. Lauréat du prix, Dahalani Fouad, conducteur depuis treize ans et délégué du personnel chez Matis, remercie les élèves : « Au nom des chauffeurs et des médiateurs scolaires, nous sommes profondément touchés par votre geste, par votre invitation, et par le fait que vous ayez pensé à nous. Ce n’est pas quelque chose d’anodin, et cela nous va droit au cœur ».

« Les caillassages, c’est tous les jours ! » Explique Dahalani, « On se met en condition avant d’aller travailler le matin, on se prépare à recevoir des cailloux. Et pour les élèves c’est mauvais, ce ne sont pas des conditions pour aller apprendre ». Une réalité qu’il met en parallèle avec son expérience : « Quand j’ai commencé, il y a 13 ans, il n’y avait pas toute cette violence. Au pire les lycéens se bagarraient entre eux. Mais depuis 2015, c’est nous, les chauffeurs, qui nous faisons caillassé. Et avec le temps, les délinquants s’adaptent, on recevait des cailloux, maintenant on reçoit des bouts de ferraille pointus ». Longtemps concentrées dans le Nord, autour de Mamoudzou, ces violences touchent aujourd’hui tout autant le Sud de l’île, observe le conducteur. Une tendance que confirment les chiffres : pour l’année scolaire 2024-2025, le réseau hal’O, géré par Transdev, a recensé 699 caillassages, dont 45 % survenus à Mamoudzou. Mais c’est à Tsoundzou que la progression a été la plus forte, avec une hausse de 31 % par rapport à l’année précédente.

D’après Dahalani Fouad, les solutions entreprises ne sont que temporaires : « L’État répond aux violences et pendant un certain temps les routes sont plus calmes. Mais dès que la police repart, la violence revient tout de suite ». Pourtant pour la rentrée 2025, plusieurs mesures étaient prévues : vitres en polycarbonate sur les bus, renouvellement de l’arrêté préfectoral pour le contrôle des sacs, renforcement de la médiation, partenariats avec la police, la justice et le RSMA. Mais rien n’y fait, les violences sont toujours présentes.

« C’est la première fois qu’on nous reconnaît et qu’on remercie notre travail », insiste Dahalani. Un constat qui prend un relief particulier quelques mois après la grève qu’il a lui-même négociée au sein de Matis. Déclenché en janvier 2026 à la suite d’un audit interne révélant la bonne santé financière de l’entreprise pour 2025, le mouvement s’est achevé sur une hausse de salaire de 7 %. Les grévistes réclamaient aussi des explications sur la prime mensuelle de « caillassage » de 200 euros, versée par le Conseil départemental, qui n’aurait été payée qu’une seule fois aux conducteurs. « En tant que conducteurs, on aimerait aussi que notre société reconnaisse notre valeur et notre professionnalisme au quotidien, résume-t-il. Et à l’avenir, qu’elle nous récompense. »

Cette usure, à la fois physique et psychologique, pousse de nombreux chauffeurs à quitter la profession. « Ils sont terrorisé » explique Dahalani. « Avant c’était comme un rêve de travailler dans le transport. Maintenant on survit, on continue de travailler pour payer la nourriture et rembourser nos prêts. L’amour du métier on l’a mais ce qu’on vit physiquement et mentalement nous décourage…on a plus envie ». Lui-même prévoit de changer de voie : « Moi aussi je comte partir, j’ai passé le concours de police municipal donc je cherche une mairie pour faire ma formation ». Il explique vouloir changer de côté : « je serais là pour les protéger, je ne veux plus juste subir les violences ».

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