Étudier loin de Mayotte : le coût caché d’une rentrée universitaire

Chaque année, plusieurs milliers de jeunes Mahorais quittent leur île pour poursuivre des études supérieures en métropole ou à La Réunion. Si certaines aides publiques permettent de financer une partie du voyage, le véritable coût de cette première rentrée dépasse largement le prix d’un billet d’avion. Entre logement, équipement, caution, transport et dépenses du quotidien, les familles doivent souvent mobiliser plusieurs milliers d’euros avant même le début des cours.

Pour de nombreux bacheliers mahorais, la rentrée universitaire marque bien plus qu’un changement d’établissement. Elle représente un départ à plus de 8 000 kilomètres de leur famille, une installation dans un environnement inconnu et surtout un investissement financier considérable.

Si le Passeport Mobilité Études de LADOM prend en charge le billet d’avion sous certaines conditions, cette aide ne couvre qu’une partie des dépenses liées à l’installation. Les étudiants doivent encore faire face à de nombreux frais indispensables pour commencer leur année universitaire.

Une facture qui grimpe rapidement

Avant même de franchir les portes de leur université, les dépenses s’accumulent. Il faut régler la caution du logement, parfois plusieurs mois de loyer d’avance, acheter le mobilier de première nécessité lorsqu’il s’agit d’un studio vide, souscrire une assurance habitation, financer les transports, ouvrir un compte bancaire ou encore acheter du matériel informatique.

À cela s’ajoutent les frais d’inscription éventuels, les fournitures universitaires, les vêtements adaptés au climat métropolitain et les dépenses alimentaires des premières semaines.

Au total, plusieurs associations étudiantes estiment qu’une première installation peut représenter entre 2 500 et 5 000 euros selon la ville d’accueil et la situation de l’étudiant.

Les aides existent, mais ne couvrent pas tout

Les étudiants mahorais peuvent bénéficier de plusieurs dispositifs : bourses sur critères sociaux du Crous, aides au logement, Passeport Mobilité Études de LADOM ou encore certaines aides des collectivités. Ces dispositifs constituent un soutien essentiel mais restent souvent insuffisants face aux dépenses immédiates de la rentrée.

Les délais administratifs compliquent également la situation. Il n’est pas rare que les premiers versements des bourses interviennent plusieurs semaines après l’installation. Durant cette période, les familles doivent avancer les frais, parfois en contractant des emprunts ou en sollicitant leur entourage.

« On découvre les dépenses au fur et à mesure »

Pour Vanessa, étudiante mahoraise arrivée à Toulouse, les premières semaines ont été particulièrement éprouvantes.

« Je pensais que le plus compliqué serait le voyage. En réalité, chaque jour apportait une nouvelle dépense : acheter une couette, des ustensiles de cuisine, payer la caution, prendre un abonnement de transport Finalement, le budget prévu a été dépassé très rapidement. »

Comme elle, beaucoup de jeunes découvrent qu’une installation loin de leur famille nécessite une autonomie financière à laquelle ils n’étaient pas toujours préparés.

Des familles qui consentent d’importants sacrifices

À Mayotte, où le niveau de vie reste inférieur à celui de l’Hexagone et où le chômage demeure élevé, financer les études d’un enfant représente un effort considérable.

Certains parents économisent plusieurs années avant le départ. D’autres multiplient les petits emplois ou sollicitent la solidarité familiale afin d’accompagner leur enfant durant les premiers mois.

Pour beaucoup, ce sacrifice est considéré comme un investissement dans l’avenir. Obtenir un diplôme est souvent perçu comme la meilleure chance d’accéder à un emploi qualifié et de contribuer ensuite au développement de Mayotte.

Une adaptation qui dépasse la question financière

Au-delà des dépenses, les étudiants doivent aussi s’adapter à un nouvel environnement. La découverte d’une grande ville, l’éloignement familial, les démarches administratives ou encore la recherche d’un emploi étudiant viennent s’ajouter au rythme des études.

Après le cyclone Chido, cette vulnérabilité des étudiants mahorais installés dans l’Hexagone est apparue avec force. Beaucoup avaient déjà signalé des difficultés économiques et psychologiques liées à l’éloignement, rappelant combien leur équilibre financier demeure fragile.

Mieux accompagner les départs

Face au nombre croissant de jeunes quittant Mayotte pour leurs études, les acteurs de la mobilité renforcent progressivement leur accompagnement. Cette année encore, LADOM a appelé les futurs étudiants à anticiper leurs démarches afin d’éviter les retards administratifs

avant la rentrée. Plus de 4 000 billets ont été financés l’an dernier pour les étudiants mahorais, illustrant l’ampleur du phénomène.

Mais au-delà du transport, plusieurs associations étudiantes plaident pour un accompagnement renforcé concernant le logement, la gestion budgétaire et les premières démarches administratives.

Car si partir étudier ouvre de nouvelles perspectives professionnelles, la réussite commence souvent bien avant le premier cours. Pour de nombreux étudiants mahorais, elle dépend aussi de leur capacité à surmonter le véritable coût de la rentrée universitaire, un défi encore largement méconnu mais bien réel.

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