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Au centre communal d’action sociale (CCAS) d’Iloni (Dembeni), une quinzaine de jeunes bacheliers participent à une formation destinée à les accompagner dans leurs démarches administratives et leur insertion professionnelle dispensé par l’association Emanciper Mayotte. Au programme : prise de parole, français, mathématiques, rédaction de CV et lettres de motivation.
Il est 8 heures au CCAS d’Iloni. Dans une salle également occupée, ce jour-là, par une activité de yoga destinée aux seniors, une vaingtaine de jeunes s’installent autour de tables disposées en U. Tous ont obtenu leur baccalauréat, mais plusieurs disent se trouver en attente d’une formation, d’un emploi ou d’une régularisation administrative.
La séance débute par un exercice de prise de parole en public. Les participants présentent le travail réalisé la veille, avant d’être évalués par leurs camarades sur leur posture, leur élocution et leur capacité à s’exprimer devant un groupe. L’objectif est de renforcer leur confiance et de les préparer, notamment, aux entretiens de recrutement.
« On travaille sur la prise de parole, qui est souvent oubliée, mais aussi sur les démarches administratives, les CV et les lettres de motivation », explique Orsane, formateur originaire de Kani-Kéli. « On reprend également les bases du français et des mathématiques, car certains jeunes rencontrent encore des difficultés dans ces matières. »
Étudiant en BUT techniques de commercialisation, Orsane est revenu à Mayotte en février après avoir voyagé en Australie et en Asie. Ayant lui-même étudié en métropole, il souhaite transmettre son expérience. « Je viens partager ce que j’ai appris. Je suis convaincu que c’est par l’éducation que l’on va s’en sortir », affirme-t-il.
À Mayotte, l’accès à une formation ou à un emploi demeure difficile pour une partie de la jeunesse. En 2021, 25 000 jeunes de 15 à 29 ans, soit 36% de cette classe d’âge, n’étaient ni en emploi, ni en études, ni en formation, selon l’Insee. Si ce chiffre dépasse le seul public des bacheliers, il met en lumière les difficultés d’insertion auxquelles sont confrontés de nombreux jeunes à la sortie du lycée.
« Je ne voulais pas rester à la maison »
Parmi les participants, Ahmadi Anli Ahmed, 18 ans, originaire d’Iloni, espère que cette formation l’aidera à concrétiser son projet professionnel. Après avoir obtenu son baccalauréat en 2024-2025, le jeune homme est resté une année sans activité.
« J’ai entendu parler de cette formation et, avec mes problèmes de papiers, je me suis dit : pourquoi ne pas me former ? », raconte-t-il. Il dit apprécier les ateliers consacrés à la présentation de soi, à la rédaction de CV et aux lettres de motivation. « À la base, je ne savais même pas ce que c’était. Maintenant, j’ai appris à faire un CV et une lettre de motivation. »
Son ambition est de devenir éboueur. « Je pense que cette formation va m’encourager à exercer le métier que je veux », estime-t-il.
À ses côtés, Issouf Fahima, 20 ans, venue de Tsarano, souhaite poursuivre son parcours dans le secteur de la petite enfance. Après son baccalauréat, elle a engagé des démarches sur Parcoursup, mais sa situation administrative reste un frein.
« J’ai décidé de venir tous les jours et d’aller en formation. Après le bac, je me suis retrouvée en situation administrative irrégulière », explique-t-elle. La jeune femme envisage une formation pour devenir auxiliaire de puériculture. « Je fais cette formation pour accumuler des connaissances et m’améliorer. Je n’aimerais pas rester à la maison », dit-elle.
Elle souligne les progrès réalisés depuis le début des séances : « J’ai appris la prise de parole en public et à gérer mon stress. »
Miser sur la jeunesse
Pour Orsane, l’accompagnement proposé dépasse la seule préparation à l’emploi. Il s’agit aussi de donner un cadre à des jeunes parfois confrontés à des difficultés scolaires, administratives ou sociales après le baccalauréat.
« Je crois en cette génération. C’est dans la jeunesse que Mayotte pourra se développer », insiste le formateur. « Si on les délaisse, c’est eux qu’on va retrouver sur la route. Ils ont besoin d’un encadrement. »
Dans une ambiance studieuse et conviviale, les participants poursuivent les exercices. Chacun avance avec ses propres objectifs, entre recherche de formation, projet professionnel et volonté de ne pas rester sans activité après le lycée.
Journaliste, aussi passionné par les paysages de Mayotte que par sa culture. J’ai toujours une musique de rap en tête.



































