À Bandrélé, un vol de nuit ravive la peur d’une famille déjà éprouvée

Il était environ minuit, à Bandrélé, ce vendredi 6 juin, lorsque le bruit de la porte a réveillé le propriétaire des lieux. « J’ai entendu grincer la porte. J’ai pensé que c’était mon épouse », raconte-t-il à la barre du tribunal correctionnel de Mamoudzou. Mais ce n’était pas elle. Un homme venait d’entrer dans la maison, en pleine nuit, alors que sa femme s’y trouvait avec leur bébé.

Le prévenu, né en 2000 à Bandrélé, reconnaît les faits. Il admet avoir volé de l’argent, environ 200 euros. « J’ai pas compté, mais j’ai beaucoup dépensé dans la soirée. Je suis allé à une fête et j’ai beaucoup dépensé sur place », explique-t-il. Les gendarmes sont saisis vers 2h30 du matin. Déjà identifié comme suspect, l’homme est retrouvé adossé à un véhicule et interpellé.

La victime affirme que le prévenu était déjà venu chez lui à plusieurs reprises. Une première fois, il aurait tenté de voler un ordinateur avant de le reposer. Une autre fois, il serait entré pour prendre du poulet dans le réfrigérateur. Le prévenu ne nie pas. « Je connais bien cette maison. J’ai déjà volé du poulet. J’ai remarqué que le propriétaire laisse souvent la porte ouverte », reconnaît-il.

La maison est aussi une école coranique. Le propriétaire laisse parfois ouvert pour les enfants. Le prévenu dit le comprendre, tout en admettant avoir profité de cette confiance. « Je le considérais comme mon oncle. Depuis Chido, il y avait vraiment besoin de nourriture », avance-t-il. Le président du tribunal l’interroge alors sur cette contradiction : s’il l’aime bien, pourquoi le voler ? « J’ai pris une mauvaise habitude. Au lieu d’aller lui demander, je rentrais chez lui », répond le jeune homme.

Cette fois, affirme-t-il, la porte était fermée. Il dit avoir réussi à l’ouvrir « en jouant avec ». Son intention, assure-t-il, n’était pas de s’en prendre aux occupants. « Mon but, c’était de prendre son scooter et partir de Bandrélé », explique-t-il. « Je l’ai vue allongée avec un bébé, je ne l’ai pas approchée », ajoute-t-il au sujet de l’épouse de la victime.

Mais pour la famille, le traumatisme est profond. À la barre, le propriétaire décrit une scène qui l’a marqué durablement : sa femme surprise dans une position d’extrême vulnérabilité, son bébé près d’elle, et sa sacoche ouverte. « Jusqu’à maintenant, personne dans la maison n’ose dormir, aller dans la chambre, aux toilettes », dit-il. Il affirme aussi que le voisinage se plaint de faits similaires et regrette l’absence de témoignages à l’audience. « Je m’attendais à voir plein de gens venir témoigner. Tout le monde se plaint », lance-t-il.

La partie civile insiste sur le sentiment d’insécurité provoqué par cette intrusion nocturne. Son avocat décrit un homme « très intelligent », qui comprend ce qu’il fait. Il demande le remboursement du préjudice matériel, évalué à 185 euros, ainsi qu’une indemnisation morale de 2.500 euros par personne.

Face au tribunal, le prévenu tente de mettre des mots sur son parcours. Sans domicile stable, il dit dormir parfois chez sa mère, parfois dans la voiture de son frère. Il évoque une habitude ancienne du vol. « Je pense que je suis cleptomane. Depuis tout petit, je vole des objets, même à ma mère », affirme-t-il. Puis il revient sur des faits plus anciens : « Ça a commencé à la maison, je prenais des bouteilles de gaz. Au lieu d’aller faire les courses, je prends des bouteilles de gaz pour les vendre. Mon frère, à chaque fois, il me frappait pour ça et je le comprends très bien. »

Son casier judiciaire comporte déjà plusieurs antécédents, dont deux condamnations pour violences conjugales sur la même personne, une évasion après un placement sous bracelet électronique, ou encore le vol de la voiture de son oncle, partie ensuite vers Mamoudzou pour faire du taxi. À la barre, lui parle surtout d’« immaturité ». Il se dit « complètement paumé ».

Pour le ministère public, l’intrusion dans un domicile reste un fait grave. « Se réveiller chez soi et s’apercevoir qu’il y a quelqu’un, c’est traumatisant. C’est une violation de son intimité qui reste », souligne la procureur. Elle dit aussi avoir entendu, dans les explications du prévenu, « presque un appel à l’aide ». Pour ne pas casser toute volonté d’insertion, elle requiert 14 mois d’emprisonnement, dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans, avec renvoi devant le juge de l’application des peines pour la partie ferme. Elle demande également une obligation de soins psychologiques, de travail, d’indemnisation des parties civiles et de paiement des sommes dues au Trésor public.

La défense, elle, appelle à ne pas confondre cette affaire avec les dossiers d’agression plus violents que connaît régulièrement le tribunal. « Il est venu pour dérober, pas pour agresser. C’est une grosse différence », plaide l’avocat. Selon lui, le côté « cleptomane » évoqué par son client relève moins d’une pathologie que d’une habitude prise dans la précarité. « C’est une solution de facilité qu’il a prise et qui est devenue une sorte d’habitude », résume-t-il.

Reste cette question, au cœur du dossier : comment sanctionner un vol commis dans l’intimité d’un foyer, sans ignorer le désarroi d’un prévenu qui semble, lui aussi, demander de l’aide ?

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Amelie Constant
Journaliste

Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.

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