L’ancien ministre des Outre-mer sous le gouvernement Barnier, François-Noël Buffet, a été proposé comme Défenseur des Droits par Emmanuel Macron. Si sa nomination est confirmée, il se pourrait que ses positions conviennent davantage aux élus et à la population mahoraise que celles de sa prédécesseure, Claire Hédon.
Proposé par Emmanuel Macron pour occuper la fonction de Défenseur des droits, François-Noël Buffet a été auditionné ce mercredi 15 juillet dernier par l’Assemblée nationale et le sera aujourd’hui, le 21 juillet, par le Sénat. Ce n’est qu’a la suite du dépouillement des votes des commissions des lois de ces 2 instances, votes qui seront additionnés, que sa nomination sera validée ou non.
Si cette proposition suscite déjà de vives réactions au niveau national, où plusieurs associations dénoncent un profil jugé trop « conservateur », à Mayotte en revanche cette perspective est observée sous un tout autre angle.
Elle suscite en effet l’espoir, au sein des élus et de la population mahoraise, que les droits des Mahorais, notamment au sujet des questions liées à la sécurité, seront davantage pris en compte que sous le mandat de sa prédécesseure, Claire Hédon.
Plusieurs des prises de position de cette dernière avaient en effet suscité un sentiment d’incompréhension au sein de la population mahoraise ainsi que de ses élus qui lui reprochaient de mettre davantage l’accent sur les droits des Etrangers que sur ceux des Mahorais, confrontés quotidiennement à l’insécurité, aux difficultés d’accès aux services publics et aux conséquences de la crise migratoire.
Pour beaucoup, elle ne prenait pas suffisamment en compte les problématiques spécifiques propres au territoire mahorais. A l’inverse, les associations de défense des droits humains estimaient qu’elle remplissait pleinement son rôle, celui du éfenseur des droits étant précisément de veiller au respect des droits fondamentaux de toute personne quelque soit sa situation.
L’un des auteurs du rapport sénatorial de 2021 consacré à l’insécurité
Quelque soit son titulaire, les compétences d’un Défenseur des Droits restent toutefois les mêmes. Il ne fixe pas la politique migratoire et ne peut pas modifier les lois. Il intervient dans les litiges avec les administrations, les discriminations, les droits de l’enfant, la déontologie des forces de sécurité et la protection des lanceurs d’alerte. En revanche, chaque Défenseur des droits apporte sa sensibilité.
Là où Claire Hédon, ancienne journaliste à RFI et ex-présidente d’AD Quart Monde, était issue du monde associatif et de la lutte contre la précarité, François-Noël Buffet vient du Droit (il est avocat de formation), du Sénat et des questions de sécurité. Il connait en outre assez bien Mayotte pour y avoir effectué plusieurs séjours.
L’ancien ministre s’est en effet rendu 3 fois sur l’île : en 2006, dans le cadre d’une commission d’enquête sénatoriale sur l’immigration irrégulière, en 2021 lors d’une mission d’information du Sénat sur l’insécurité à Mayotte, et en décembre 2024 après le cyclone Chido en tant que ministre des Outre-mer. La mission de 2021 a donné lieu à un rapport, dont il est l’un des co-auteurs, intitulé « Insécurité à Mayotte : conjurer le sentiment d’abandon des Mahorais ».
Ce document dressait un constat particulièrement sévère : explosion de la délinquance, pression migratoire exceptionnelle, services publics saturés et profond sentiment d’abandon de la population. Les sénateurs y plaidaient pour un renforcement durable des moyens de l’Etat, de la Justice et des forces de sécurité. Cette connaissance approfondie des réalités mahoraises nourrit aujourd’hui les attentes de nombreux élus et habitants de l’île.
Si rien ne permet toutefois aujourd’hui d’affirmer quelle sera son action s’il est confirmé dans ses fonctions, une chose est sûre : compte-tenue de sa connaissance de Mayotte et des critiques adressées à sa prédécesseure sur l’île, sa possible arrivée est suivie avec une attention toute particulière.
Nora Godeau est journaliste indépendante à Mayotte. Elle couvre les enjeux sociaux, culturels et environnementaux du territoire, avec une attention particulière portée aux voix locales et aux initiatives de terrain.



































