À partir du 15 juillet, les tours d’eau se durcissent à Mayotte : six heures de distribution en moins tous les trois jours, jusqu’au retour des pluies. Une mesure jugée incontournable par Les Eaux de Mayotte, mais qui pose problème à de nombreux mahorais.
Lors du Comité de Suivi de la Ressource en Eau (CSRE) ce 10 juillet dernier, les élus, les services de l’état et les acteurs de l’eau ont validé le renforcement des tours d’eau, à partir du 15 juillet, passant de 36h de distribution et de coupures, à 30h de distribution pour 42h de coupure soit 6h d’eau en moins tous les 3 jours. Les bascules ouverture/fermeture interviennent, selon les secteurs, entre 10h et 12h le matin et entre 16h et 18h le soir
Ce système sera la nouvelle norme jusqu’à la prochaine saison des pluies. Selon le comité, ce renforcement est indispensable pour garantir l’alimentation en eau potable. La saison des pluies 2025-2026 a affiché un déficit global d’eau de 10 %. Les besoins quotidiens atteignent 47.500 mètres cubes quand la capacité de production plafonne à 37.000 m³, selon la stratégie quinquennale pour la reconstruction et le développement de Mayotte 2026-2031. Les infrastructures de Mayotte accusent le coup. Environ un tiers de l’eau traitée se perd toujours dans les fuites du réseau, selon Oxfam. Pourtant depuis 2023, plus de 1000 fuites ont déjà été réparées dans le cadre du Plan Eau. Sans changement, les réserves pourraient être à sec avant la prochaine saison des pluies.
« Est-ce qu’on a d’autres solutions pour pallier ce durcissement ? Non ». D’après Saïd Maanrifa Ibrahima, président du LEMA, au micro de Mayotte la 1ère, c’est la seule solution pour préserver les ressources en eaux et assurer un approvisionnement minimal des foyers en attendant la prochaine saison des pluies.
Mais beaucoup de mahorais s’en plaignent. Des habitants réclament un allègement des factures pendant les coupures, s’interrogeant sur la cohérence de continuer à payer plein tarif une eau qui ne coule qu’un jour sur trois. Le collectif PADO et l’association Mayotte a soif avaient déjà obtenu du tribunal une réduction de 70 % sur les factures des abonnés lors des premiers tours d’eau en 2023.
La qualité de l’eau à la remise en service pose aussi question : la SMAE recommande elle-même de la faire bouillir durant la première demi-journée.
Une habitante de Kwalé, elle, s’interroge sur la pertinence des heures d’ouverture et de fermeture qui ne lui permettront pas d’utiliser l’eau : « On ne sera pas présents lors des ouvertures ou fermeture, à 10h le matin je suis au travail, et à 18h je rentre à peine ».
Rafza Youssouf Ali, présidente de l’Union Départementale de la Confédération Syndicale des Familles de Mayotte, expliquait le risque de maladie et d’insalubrité amené par une crise en eau. « La peur des familles, c’est les maladies » affirmait-elle « Beaucoup de maladies requièrent à ce que la population soit fourni en eau, régulièrement ».
Enfin, l’usine de dessalement d’Ironi Bé soulève un enjeu de crédibilité. Aujourd’hui annoncé pour octobre 2027, elle devait déjà être en service en 2025. Même situation pour la troisième retenue collinaire, initialement prévue pour 2020, repoussée à 2032. Ces retards ne font que développer le doute au sein des mahorais. « Jusqu’ici, tout ce qu’on nous a vendu à Mayotte, ça a toujours été du vent » confiait la représentante du collectif PADO à l’AFP en avril dernier.


































