Immigration irrégulière à Mayotte : « Pour nous, la coupe est pleine à ras bord ! »

Le premier kwassa de la saison a chaviré dans le lagon sans faire de victimes, et une question posée par un citoyen : « L’immigration clandestine sera-t-elle le sujet de désamour entre les têtes d’affiche de l’élection présidentielle de 2027 et une écrasante majorité de l’électorat mahorais ? » Il y a de fortes chances que la réponse à cette question penche davantage vers l’affirmative que vers la négative. Dans tous les cas, le sujet occupe incontestablement le premier rang des préoccupations du public sur l’île, quelle que soit l’orientation idéologique de chacun.

À l’heure où les appareils de soutien et de propagande des différents candidats déclarés à cette compétition se mettent progressivement en place sur le territoire, la question de l’immigration non maîtrisée (ou non maîtrisable) s’avère être une source majeure de préoccupation. L’on s’interroge sur le discours à tenir le moment venu pour faire avaler la pilule amère aux électeurs mahorais, sans pour autant donner le sentiment de vouloir esquiver une problématique devenue beaucoup trop importante pour échapper aux radars de l’opinion publique.

Les états-majors des formations politiques traditionnelles en ont conscience, bien qu’ils craignent tous d’être positionnés et jugés sur le même registre, sans pouvoir bénéficier d’une quelconque circonstance atténuante.

« Il faut dire qu’ici, sur l’île, tout ce beau monde est passé maître dans l’art du gros mensonge dilué dans le temps, avec ce sentiment particulier d’un recommencement sans fin. Sauf que les mandats électifs en France ne sont jamais éternels et que le temps de vérité finit toujours par revenir au moment des élections ! »

Cette observation, qui vaut son pesant d’or, est de Moumini Ahamada Boina, électeur dans une commune du nord de l’île, une zone très exposée, selon lui, aux réalités de l’immigration clandestine de masse qui frappe Mayotte.

« Tout est fichu pour nous, et je serais bien curieux de voir comment le clan des macronistes locaux va argumenter pour chercher à se sortir de cette mauvaise passe auprès de l’opinion publique locale », poursuit-il avec un sourire narquois, accompagné d’un ton malicieux qui en dit long sur le fond véritable de sa pensée.

« Quitte à être taxé à nouveau de marcher à contre-courant de l’histoire »

« Que Dieu nous vienne en aide, car nous pensions avoir traversé les épreuves les plus extrêmes avec le cyclone Chido et là, force est de constater que non : il y a pire que Chido sur notre trajectoire future. Il y a l’abandon criminel de tout un peuple par son propre gouvernement. »

Sur le coup, ce qualificatif employé par Moumini Ahamada Boina a produit l’effet d’un coup de massue. Mais, avec le recul, il est permis de se demander s’il a vraiment tort dans cette opinion personnelle fortement exprimée.

Invité par nos soins à expliciter cette position, le citoyen du nord de Mayotte ne se dégonfle nullement et donne de la consistance à son propos à l’endroit des hommes et des femmes politiques du territoire.

« Nous les avons tous vus à la télévision se bousculer et se disputer une bonne place autour du chef de l’État lors de son premier déplacement à Mayotte, sur la rocade de Mamoudzou. Combien de promesses mensongères n’ont-ils pas relayées auprès de la population durant tout un mandat avant de commencer à éclaircir les rangs au cours de ce second quinquennat finissant ? Et ils auraient sans doute continué à nous abreuver de toutes sortes d’inepties s’il n’y avait pas eu Chido », fait-il remarquer.

Un grand soupir rempli d’amertume ponctue son affirmation avant qu’il ne poursuive son raisonnement. Il estime qu’une longue période de vaches maigres s’annonce pour Mayotte et prend pour justification le fossé qui ne cesse de se creuser entre les décideurs politiques, parisiens comme locaux, et une population qui s’est résignée depuis février 2025 à ne plus rien attendre de ces autorités.

« Nous avons compris qu’à Paris, on n’a rien à faire de nos soucis. Quelle que soit la couleur politique, ils se retrouvent tous dans cette posture, d’une façon ou d’une autre. Tout le reste n’est que du cinéma ! »

En somme, il place dans le même panier tous les partis politiques nationaux, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et la gauche traditionnelles ainsi que leurs diverses périphéries.

« Il ne faut pas se leurrer. Le désordre qui s’installe dans cette île n’est rien d’autre que le prolongement du cafouillage qui prévaut dans l’Hexagone. L’immigration, qui plombe tout et handicape sérieusement l’avenir de notre île, illustre parfaitement le déni de réalité qui caractérise les plus hautes sphères de l’État, actuellement et sans doute encore davantage à l’avenir. »

Conscient de laisser son auditoire sur sa faim, Moumini Ahamada Boina explique comment il suit les actualités locales et nationales avec assiduité. Il s’offre même une analyse fine des sujets épineux du moment qui ont conduit différentes missions parlementaires et équipes gouvernementales à se rendre sur l’archipel au cours des derniers mois : insécurité, manque d’eau, refondation, reconstruction, relance économique, convergence sociale et rattrapage avec l’Hexagone.

« Mais tout cela, ce ne sont que des balivernes ! Les kwassas continuent de décharger en masse leurs cargaisons de déshérités et de victimes de la mondialisation sur nos rivages. Ce matin encore, la mauvaise saison nous a rappelé le cycle des embarcations qui chavirent, laissant dans leur sillage les victimes macabres d’une traite humaine sans fin. »

Il explique alors que les Mahorais en ont plus qu’assez de cette sinistrose ambiante et estime qu’ils le manifesteront de façon cinglante dans les urnes lors de l’élection présidentielle de 2027, « quitte à être taxés, une fois encore, de ramer à contre-courant de l’histoire et de la marche du monde politique et politicien ».

Une position pour le moins très tranchée, mais qui a le mérite d’avoir été exprimée.

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