La 7e édition du festival des arts poétiques Resaka ny Kalamu s’est déroulée à Chiconi sous le signe de l’affirmation de soi. Placé sous le thème « J’existe », l’événement a permis aux élèves de CM2 des écoles de Sohoa et de Moussimou de s’exprimer à travers l’écriture, la poésie, le conte et la prise de parole.
Sur la place Amboaro, dite Sicotram, à Chiconi, les tables sont installées en îlots. Autour d’elles, des élèves de CM2 écoutent, écrivent, questionnent, imaginent. Dans un atelier, le conteur mahorais Fardy entraîne un groupe dans la construction collective d’une histoire : celle d’un coq insatiable qui dévore tout sur son passage, animaux compris, au grand désarroi des villageois. Les enfants participent, proposent, rient, corrigent, ajoutent leur voix au récit.
C’est dans cette atmosphère de transmission et de création que s’est ouverte la 7e édition du festival des arts poétiques Resaka ny Kalamu, organisée par la Ville de Chiconi. Cette année, le festival porte un thème puissant : “J’existe”. « Plus qu’un simple thème, ces mots sont une affirmation », a déclaré Chebani Mohamadi, 5e adjoint au maire chargé de la culture et du patrimoine à Chiconi. Pour l’élu, “J’existe” rappelle aux enfants qu’ils ont « une voix, une place et quelque chose à porter au monde ». À travers cette édition, la municipalité souhaite placer les élèves au centre d’une aventure à la fois culturelle, scolaire et citoyenne.
Deux classes de CM2, issues des écoles de Sohoa et de Moussimou, ont participé aux ateliers. Avec Corinne Fleury, écrivaine et éditrice, ils ont travaillé la prose à partir d’images. Avec David Dielen, la poésie a permis de transformer l’identité en matière d’écriture. Jihen Souki les a accompagnés dans l’expression de leurs émotions à travers une lettre au futur soi. Fardy, de Nimbé Animation, a animé l’atelier conte, tandis que la lecture musicale a fait dialoguer les textes des enfants avec les instruments de Moh! Kouyaté et Ibrahima Kourou.
Chaque espace de travail a été pensé pour permettre aux enfants d’exprimer une part d’eux-mêmes. L’objectif n’est pas seulement d’apprendre à écrire ou à lire à voix haute, mais de gagner en confiance, d’oser dire ses émotions, de raconter son histoire et de croire en ses capacités. « Ici, à Chiconi, écrire, raconter, déclamer ou monter sur scène ne doit jamais être vu comme un simple exercice scolaire », a poursuivi Chebani Mohamadi. « C’est apprendre à prendre confiance en soi. C’est oser parler, exprimer ses émotions, raconter son histoire et croire en ses capacités. »
La démarche est aussi portée par une volonté de transmission culturelle. Pour l’élu, le festival permet de faire vivre la langue, la mémoire et les valeurs communes. « Un peuple qui transmet sa parole est un peuple qui continue d’exister et de construire son avenir », a-t-il rappelé.
Pour Zidini Saïdou Dimassi, directeur culture et patrimoine de Chiconi, cette édition centrée sur les enfants répond à une ambition claire : révéler les sensibilités et susciter des vocations. « C’est l’émancipation à travers l’écriture. Ils font une sorte de reconquête de soi à travers l’écriture. »
Selon lui, l’enjeu est de donner aux élèves le réflexe d’écrire et de raconter. Ce geste, répété, accompagné, valorisé, peut ouvrir des chemins. « C’est comme ça qu’on crée des élites », estime-t-il. La Ville a volontairement choisi de travailler avec deux écoles seulement, afin de privilégier un accompagnement approfondi plutôt qu’une participation plus large mais moins suivie. « On n’est pas dans la gestion, on est dans la création », insiste-t-il.
La restitution des ateliers, intitulée « La grande traversée des mots », a permis aux enfants de s’avancer au micro pour déclamer leurs créations. Un moment fort, prolongé par une rencontre littéraire, le spectacle « Hodi », mêlant musique et éloquence, une scène libre de lecture musicale et une pièce de théâtre présentée par les élèves du collège de Sada.
Le samedi, la conférence « L’insubordination par le verbe » a ouvert une réflexion sur les mots comme outil d’émancipation intellectuelle et de réappropriation de son histoire. L’après-midi, le concours d’éloquence en Kiboshy a mis à l’honneur la force expressive de la langue et l’art de convaincre un auditoire. Le festival s’est achevé en musique avec un concert de clôture de Moh! Kouyaté et Ibrahima Kourou.
À Chiconi, Resaka ny Kalamu a ainsi dépassé le cadre d’un simple festival poétique. Pendant deux jours, la parole des enfants, des artistes et des habitants a occupé le centre de la cité, rappelant que les mots peuvent transmettre, rassembler et donner à chacun les moyens d’affirmer : « J’existe ».
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.



































