Ministre un jour, fraudeur toujours !

Ils étaient poursuivis pour fraude à la CAF et à la CGSS. Jugé par contumace vendredi sur l’île de La Réunion, l’ancien ministre comorien des Affaires étrangères, Doihir Doulkamal, ainsi que son épouse, ont écopé de lourdes peines à l’issue de ce procès très médiatisé. Deux ans d’emprisonnement et un mandat d’arrêt ont été prononcés à son encontre.

L’affaire est pour le moins embarrassante pour les diplomaties comorienne et française qui, pour l’instant en tout cas, se sont gardées de tout commentaire. Il faut dire qu’il est plutôt rarissime – pour ne pas dire inédit dans l’histoire contemporaine – qu’un ministre des Affaires étrangères d’un pays allié fasse l’objet d’une condamnation judiciaire pour avoir escroqué une institution publique française. Et pourtant, c’est bien ce qui s’est passé le vendredi 29 mai 2026 à Saint-Denis, chef-lieu du département de La Réunion.

Doihir Doulkamal et son épouse étaient jugés par contumace (c’est-à-dire en l’absence des prévenus) par le tribunal judiciaire pour avoir frauduleusement perçu des allocations familiales à hauteur de 250 000 euros. Le préjudice porterait sur le RSA, mais aussi sur les aides au logement et les allocations de rentrée scolaire.

La justice française reproche à l’ancien patron du Mirex (acronyme donné au ministère des Affaires étrangères dans l’Union des Comores) d’avoir continué à percevoir des prestations sociales sur le sol français alors qu’il exerçait de très hautes fonctions dans son pays. Ce fait mérite d’autant plus d’être souligné que Doihir Doulkamal a été élu député des Comores dans son île natale d’Anjouan et qu’il a longtemps siégé à l’Assemblée nationale, au Palais du peuple, en percevant des indemnités parlementaires, avant d’être nommé à ce prestigieux poste de ministre des Affaires étrangères.

De l’avis général aux Comores, cette nomination constituait une récompense consécutive à un rapport parlementaire aux conclusions plus que contestées, qui a conduit à la condamnation à la prison à vie de l’ancien président Ahmed Abdallah Sambi.

Une sulfureuse affaire qui revient régulièrement sous les feux de l’actualité politique dans l’archipel voisin, y compris en ce mois de mai 2026, compte tenu de l’état de santé supposé dégradé de cet encombrant prisonnier politique.

Il n’y a donc qu’aux Comores que de telles pratiques frauduleuses semblent relever de comportements ordinaires de la part d’un ministre des Affaires étrangères en plein exercice. Il est d’autant plus surprenant que le président Azali Assoumani n’ait consenti à remercier Doihir Doulkamal que récemment, sous la pression constante des médias et de l’opposition, une fois que ce scandale a éclaté à La Réunion.

Depuis son limogeage, l’ancien chef de la diplomatie comorienne avait disparu des radars médiatiques de la région, jusqu’à son jugement par contumace en fin de semaine dernière, l’Union des Comores n’ayant pas accepté de le livrer à la justice française durant l’enquête — ce qui aurait constitué un précédent singulier dans les annales de la diplomatie.

Doihir Doulkamal a été condamné à deux ans de prison et fait désormais l’objet d’un mandat d’arrêt. Son épouse, quant à elle, a été condamnée à un an de prison assorti d’une interdiction de séjour de cinq ans sur le territoire français.

L’ancien ministre comorien risque gros, d’autant qu’il possède également la nationalité française, même si la justice n’est jamais parvenue à le localiser depuis le début de l’affaire.

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