Mamoudzou a célébré la Journée internationale du vivre-ensemble

Ce samedi 30 mai, au cœur de la capitale, s’est tenue la 4ᵉ édition de la Journée du vivre-ensemble. Au programme : des tables rondes autour de divers sujets liés à la citoyenneté au quotidien, notamment la parentalité, l’histoire de Mayotte, la jeunesse et la cellule familiale. L’événement a dû changer de lieu en raison de la météo, mais s’est tout de même poursuivi à l’hôtel de ville.

Malgré des conditions météorologiques pluvieuses, la Journée du vivre-ensemble, initialement prévue au parc Mahabou, s’est tenue à l’hôtel de ville de Mamoudzou, dans la salle de délibération Abdallah Houmadi. Le programme a été bouleversé, mais les ambitions sont restées les mêmes. Trois tables rondes étaient au programme, abordant des thèmes tels que la protection de l’environnement, la tolérance des pratiques culturelles, ainsi que la citoyenneté et la transmission des valeurs familiales.

Plusieurs représentants de communautés étaient présents, notamment des Antillais, des Malgaches et des Africains. L’ambiance était au rendez-vous avec l’ouverture d’un chama de débat et un buffet gourmand mis à disposition. C’est Saïd Mohamed Djanfar, adjoint au maire, qui a présidé l’événement, accompagné de représentants de l’État, d’autorités religieuses, de psychologues et de sociologues. Parmi eux figurait notamment Mouhoutar Salim, écrivain et conférencier. Le maire, Ambdilwahédou Soumaïla, a rejoint l’assemblée plus tard dans la journée.

L’adjoint au maire s’est exprimé en ces termes : « Nous témoignons, nous agissons, nous proposons, car Mamoudzou est bien plus qu’une capitale : c’est un carrefour, un lieu de rencontre entre les cultures, les traditions et les générations. Ici, des communautés diverses vivent ensemble, dialoguent, partagent et construisent au quotidien un équilibre fragile mais profondément humain : celui du vivre-ensemble dans la diversité.

Parler de l’environnement, c’est transmettre aux plus jeunes le respect de notre terre. Parler de nos pratiques culturelles, c’est apprendre à mieux se connaître et à mieux se respecter. Parler de la famille, c’est se rappeler que les valeurs du vivre-ensemble et de la citoyenneté se construisent d’abord au sein du foyer. »

Il poursuit : « Dans un monde parfois marqué par la division, Mamoudzou souhaite être une voie d’équilibre, une terre de dialogue, un exemple de cohabitation pacifique entre cultures et croyances. Nous avons encore des défis à relever, mais nous disposons aussi d’une force précieuse : la capacité à créer du lien, à transmettre et à nous rassembler. »

Il affirme que le vivre-ensemble n’est pas seulement un idéal universel, mais également une pratique locale, concrète et vivante à Mamoudzou.

L’éducation, un moteur au cœur des débats

Hadidja Madi-Assani, psychologue spécialisée en ethnopsychiatrie, a placé la question de l’éducation au centre des échanges, insistant sur la coexistence d’une double culture, mahoraise et occidentale :

« Il est possible d’éduquer avec bienveillance, de poser des cadres, de dire non aux enfants, tout en leur permettant de grandir en leur parlant dans notre langue maternelle. Un enfant bien ancré dans sa culture et dans son identité est un enfant riche, qui ira loin. »

Dans ses entretiens avec ses patients, elle demande aux parents de se présenter dans leur langue maternelle et leur adresse ce conseil :

« Parlez-leur dans la langue qui les fait vivre, qui les fait vibrer, celle avec laquelle vous vous adressez à Dieu. »

Parmi les participants figurait également Berthin Nzelomona, professeur d’histoire et de géopolitique à l’Université de Mayotte et au lycée des Lumières. Il s’est dit fasciné par la diversité des points de vue exprimés lors de cette table ronde.

Certains intervenants insistent sur l’importance, pour un enfant, de bien connaître sa culture afin de s’épanouir dans ses études supérieures. D’autres estiment que l’éducation de base, dite communautaire, doit relever uniquement des parents. Une troisième opinion considère que l’éducation communautaire, à travers le chiôni et la madrassa, a été en quelque sorte « dépouillée » de ses institutions, alors même qu’elle remplissait une fonction fondamentale qu’ils souhaiteraient voir restaurée.

Il partage son analyse : « La question de l’éducation est vaste. Il n’existe aucune culture qui ne place au centre la bonne intégration et la transmission des valeurs. Cette mission est fondamentale, aussi bien sur le plan religieux, familial que social. Cependant, Mayotte est devenue un département français et, pour tous les Français, il doit exister un dénominateur commun. C’est là que se situe le débat. »

Il poursuit : « La majorité de mes étudiants considèrent la vertu religieuse comme la vertu suprême, et cela entre parfois en contradiction avec la laïcité ou encore avec la fin de la polygamie, par exemple. »

De son côté, Thierry Port-Lis, fondateur d’un club de basket à Tsoundzou, explique pourquoi il était essentiel pour lui d’être présent :

« Mon objectif aujourd’hui était de rencontrer les communautés antillaise et mahoraise, ainsi que les acteurs précurseurs dans le domaine de l’éducation. C’est important pour moi, car je fais partie du monde de l’éducation populaire et sportive. »

Lors de la table ronde, il a également interpellé les spécialistes en soulignant un manque d’action de l’État dans l’accompagnement des parents :

« Il n’y a pas que les parents qui sont responsables de l’avenir des enfants. J’ai voulu soulever le problème des infrastructures et du manque de scolarisation. Quand un enfant va à l’école une semaine par mois, on ne peut pas parler d’éducation. »

Aujourd’hui, il a transformé une association en entreprise afin de permettre aux jeunes d’accéder à l’emploi, tout en continuant à rêver d’un avenir meilleur pour eux.

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