Réunie en assemblée plénière le 16 mai, l’Assemblée de Mayotte a adopté une motion pour défendre son projet public de déploiement de la fibre optique. En parallèle, la collectivité engage une saisine de l’Autorité de la concurrence pour dénoncer les pratiques d’Orange qu’elle juge anticoncurrentielles.
Le dossier de la fibre optique s’est imposé comme l’un des sujets majeurs de l’assemblée plénière du Département-Région de Mayotte. Alors que la collectivité porte un projet public visant une couverture intégrale et équilibrée du territoire, les élus dénoncent le déploiement engagé en parallèle par Orange sur les seules zones les plus denses et les plus rentables, comme certaines parties de Mamoudzou, de Petite-Terre ou de Tsingoni.
Le projet public, confié en janvier 2025 à Mayotte THD dans le cadre d’une délégation de service public, représente 183 millions d’euros d’investissement, dont 91,2 millions d’euros de subventions publiques. L’État s’est engagé à financer le projet à hauteur de 55 millions d’euros. Mais cet engagement, selon les élus, reste aujourd’hui suspendu à une clarification formelle.
Ben Issa Ousseni, président du Département-Région, a rappelé que Mayotte devait être dotée d’une fibre accessible à tous or le déploiement d’Orange menace directement l’équilibre économique de la DSP qui n’avait pas anticipé cette concurrence. Lors d’un déplacement récent à Paris, l’élu a été reçu à Matignon par les collaborateurs du Premier ministre, au ministère des Outre-mer, à Bercy par le ministre délégué au Numérique, ainsi qu’à l’Élysée par les collaborateurs du président de la République.
Selon le président de l’assemblée de Mayotte, l’État a indiqué ne pas pouvoir empêcher réglementairement Orange de déployer son propre réseau. Une position que la collectivité conteste politiquement, affirmant que l’État est l’actionnaire principal d’Orange.
De plus, la collectivité affirme être poussée par l’Etat à redessiner son périmètre afin d’éviter les zones où Orange déploie déjà. En cas de refus, Mayotte pourrait perdre jusqu’à 60 millions d’euros de financements, dont 50 millions de l’État et 10 millions de fonds européens. Pour Ben Issa Ousseni, une telle perte déséquilibrerait durablement le projet et contraindrait la collectivité à porter seule un investissement qu’elle n’a pas les moyens d’assumer.
Par sa motion adoptée à l’unanimité, l’Assemblée de Mayotte réaffirme son soutien au projet public, dénonce le déploiement privé d’Orange et exige de l’État une décision claire, notamment la signature de la convention de financement de 55 millions d’euros.
Le Département-Région entend par ailleurs saisir l’Autorité de la concurrence pour pratique anticoncurrentielle. L’objectif est de contraindre Orange à arrêter ses travaux et de faire respecter le cadre de la délégation de service public. Hélène Pollozec, conseillère départementale de Mamoudzou, a notamment dénoncé les méthodes de l’opérateur, l’accusant de lancer des travaux avant d’obtenir les autorisations nécessaires, puis de chercher à régulariser la situation a posteriori.
La collectivité rappelle qu’Orange avait candidaté à la DSP, mais n’avait pas été retenu. Selon Hélène Pollozec, son offre était moins bien notée, incomplète et portait un niveau d’investissement inférieur à celui de Réunicâble, retenu via Mayotte THD. L’élue estime qu’un opérateur qui n’a pas remporté la procédure ne peut pas ensuite déployer librement son propre réseau dans les zones les plus rentables, au risque de vider la DSP de sa substance.
Dans l’immédiat, l’Etat propose la mise en œuvre d’une médiation entre Orange et Mayotte THD. Ben Issa Ousseni demande cependant que les deux opérateurs suspendent leurs travaux pendant cette phase. Il refuse de demander à Mayotte THD d’arrêter son déploiement si Orange poursuit le sien.
À ce stade, Mayotte THD aurait déjà déployé plus de 3 000 prises, dont environ 700 en situation de double déploiement. Orange compterait entre 900 et 1 000 prises déployées.
En toile de fond, les élus disent vouloir empêcher l’émergence d’une fibre à deux vitesses : rentable et rapide dans les centres urbains, incertaine ou absente dans les communes les plus éloignées.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.




































