Une multitude de raisons de censurer le gouvernement

Elle a fait part de son intention de voter en faveur de la prochaine motion de censure qui pourrait être déposée contre le deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu. Pour justifier son choix, Estelle Youssouffa avance une longue liste de griefs à l’encontre du gouvernement en général et de plusieurs de ses membres en particulier, notamment le ministre de l’Intérieur et sa collègue chargée de la Santé, qui ont reporté, en juin, sans justification officielle, des visites programmées dans l’archipel.

Lors d’une intervention remarquée, lundi après-midi à l’Assemblée nationale, la députée mahoraise Estelle Youssouffa a averti le Premier ministre Sébastien Lecornu qu’elle voterait en faveur de la motion de censure que le groupe écologiste s’apprête à déposer contre son gouvernement. Un choix qu’elle assume pleinement, estimant que la reconstruction de l’île n’a toujours pas véritablement commencé dix-huit mois après le passage du cyclone Chido.

« Rien, à Mayotte, ne justifie de vous laisser aux affaires », a-t-elle lancé au chef du gouvernement. « Oui, l’État a fait face à l’urgence, c’est bien le moins, mais rien n’a été fait pour construire ou reconstruire cette île », a poursuivi la parlementaire, dressant un tableau sévère de ce qu’elle considère comme les manquements de l’État envers Mayotte.

« Nous avons plus de bidonvilles qu’avant, davantage de migrants et une occasion historique de reconstruire Mayotte totalement gâchée. Les collectivités et les entreprises n’ont toujours pas reçu de l’État les remboursements des opérations de nettoyage consécutives au cyclone, provoquant déficits et cessations de paiement. »

À l’instar du sénateur Saïd Omar Oili, Estelle Youssouffa affirme qu’il est impossible, pour les parlementaires mahorais, de connaître le montant réel engagé par l’État au titre de cette reconstruction promise. Elle déplore une opacité totale sur les sommes effectivement décaissées par le gouvernement Lecornu, que ce soit pour la reconstruction ou pour le PIT, entre crédits d’engagement et crédits de paiement.

L’élue de la première circonscription de Mayotte s’est voulue on ne peut plus catégorique dans sa longue liste de reproches. Selon elle, si la reconstruction était réellement engagée, l’État n’aurait aucune difficulté à rendre publics les chiffres et à rendre compte de son action.

« Nous voilà donc, nous, membres du comité de suivi de la loi de programmation pour la reconstruction de Mayotte, chargés d’examiner une reconstruction qui n’a pas lieu, privés de documents officiels et de détails budgétaires pour contrôler l’action du gouvernement et exercer notre rôle constitutionnel. »

Au passage, Estelle Youssouffa souligne que le ministre de l’Intérieur n’a même pas daigné répondre au comité de suivi sur les questions de sécurité et d’immigration.

Elle récidive dans ses attaques ciblées contre le ministre de l’Intérieur

Après cette première salve, la députée adresse également une pique au général de Facon, chargé de piloter la reconstruction de Mayotte après Chido. Comme Saïd Omar Oili avant elle, elle lui reproche de conduire sa propre stratégie de reconstruction avec « une autosatisfaction confondante face à une telle vacuité ».

Dans un style dont elle est coutumière, la députée demande à Sébastien Lecornu de lui faire signe lorsqu’il décidera de mettre fin à la « mission fiction officielle » de ce général, « qui ne sert à rien sinon à coûter de l’argent au contribuable. Vous cherchez à faire des économies ? En voilà une. Je reste constructive », ironise-t-elle.

Autre cible des critiques d’Estelle Youssouffa : le ministre de l’Intérieur, qu’elle qualifie une nouvelle fois, sur un ton provocateur, de « planqué du ministère de l’Intérieur », une expression qui lui avait déjà été reprochée. La députée estime que les annulations de trois visites ministérielles prévues à Mayotte le mois dernier lui donnent raison.

« Nous devons malheureusement admettre que certains préfèrent se planquer à Paris plutôt que de venir constater la réalité du terrain », déclare-t-elle.

Selon elle, si la ministre de la Santé avait maintenu son déplacement dans l’archipel, elle aurait constaté que le seul hôpital de l’île n’est toujours pas reconstruit, que le projet du second établissement est toujours au point mort et que les médecins français sont remplacés par des praticiens étrangers qui ne sont pas autorisés à exercer ailleurs en France.

Dans la droite ligne des critiques formulées quelques jours plus tôt par sa collègue Anchya Bamana, Estelle Youssouffa ajoute que la ministre aurait également pu constater que la tente installée pour accueillir d’éventuels malades d’Ebola est aujourd’hui occupée par des poules qui y nichent.

« Peut-être Madame la ministre aurait-elle eu un éclair de lucidité en écoutant le personnel soignant lui expliquer que, non, Mayotte ne pourra pas faire face à Ebola, qu’il est urgent de fermer et de contrôler la frontière alors que l’épidémie se propage sur le continent africain et que près de 150 migrants arrivant de cette zone entrent illégalement à Mayotte chaque mois. Sa politique de l’autruche constitue une prise de risque sanitaire totalement irresponsable », poursuit-elle.

La parlementaire évoque également le campement de migrants installé dans la mangrove de Tsoundzou, qu’elle qualifie « d’abject », estimant que le ministre de l’Intérieur aurait dû venir constater la situation par lui-même. Elle rappelle également la demande unanime des élus mahorais visant à son évacuation, ainsi que leur refus de voir ouvrir un camp officiel destiné à accueillir les migrants sur le territoire.

Estelle Youssouffa rend public le coût des reconduites à la frontière en 2025

Cerise sur le gâteau dans la virulence de son intervention, Estelle Youssouffa affirme que « depuis les Juifs et les harkis, la France en avait fini avec les camps. Vous validerez et financerez pourtant la construction d’un camp de migrants à Mayotte alors que vous n’avez pas un sou pour reconstruire notre département. Si le ministre de l’Intérieur était venu à Mayotte, il aurait peut-être compris que parler de lutte contre l’immigration clandestine avec une petite dizaine de zodiacs pour protéger un archipel relève de la farce ».

La députée estime que les chiffres des reconduites à la frontière régulièrement mis en avant par le gouvernement traduisent en réalité une libre circulation financée aux frais des Mahorais. Elle avance un coût moyen de 400 euros par personne reconduite, soit plus de 8 millions d’euros d’argent public pour financer les 21 409 expulsions réalisées en 2025.

Elle suggère au gouvernement de privilégier la prévention des entrées illégales en sollicitant le renfort de Frontex aux côtés de la Marine nationale.

Amère, la députée mahoraise a enfin rappelé l’ensemble des amendements qu’elle avait défendus lors de l’examen de la loi de programmation militaire, tous rejetés, selon elle, par le gouvernement Lecornu.

Autant de raisons qui, conclut-elle, la conduiront à voter en faveur de la prochaine motion de censure contre le deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu.

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