Port de Longoni La décision sur l’établissement public reportée au 15 juin

Le débat sur l’avenir du port de Longoni n’a pas été tranché ce mardi 26 mai lors de la séance plénière du Département-Région de Mayotte. Les élus devaient examiner un rapport portant sur la création d’un établissement public industriel et commercial, un Epic, destiné à reprendre la gestion du port de commerce. Le texte a finalement été retiré de l’ordre du jour.

Ce retrait est lié à une question de procédure : le conseil portuaire ne s’est pas réuni sur ce dossier, alors que son avis est attendu avant l’examen du rapport. Celui-ci doit désormais revenir devant l’Assemblée de Mayotte lors d’une prochaine séance, prévue le 15 juin.

Le calendrier est pourtant serré. Aujourd’hui, le port de Longoni est exploité dans le cadre d’une délégation de service public, ou DSP. Concrètement, la collectivité reste propriétaire des infrastructures, mais elle confie l’exploitation du port à un opérateur, Mayotte Channel Gateway, dans le cadre d’un contrat. Cet opérateur assure la gestion quotidienne du service et supporte une partie du risque d’exploitation.

Cette DSP doit prendre fin de manière anticipée le 31 août 2026, à la suite d’une décision de justice. Dès le 1er septembre 2026, le port devra donc entrer dans une phase de gestion provisoire.

Cette période transitoire s’inscrit dans un contexte plus large. La loi du 11 août 2025 de programmation pour la refondation de Mayotte prévoit que l’État s’engage dans la transformation du port de Longoni en grand port maritime au terme de la délégation de service public. Elle prévoit aussi la réalisation d’un audit financier du port avant la fin de l’année 2025.

Reçu au ministère des Transports, le président du Département-Région, Ben Issa Ousseni, indique ne pas avoir encore obtenu les conclusions de l’inspection menée sur le port, ni de décision ferme de l’État sur son avenir. Il dit toutefois avoir reçu un « rappel à la loi » : une nouvelle procédure de gestion devra être lancée dans un délai de six mois, soit au plus tard fin mars 2027.

Dans l’attente d’une position claire de l’État sur une éventuelle transformation du port de Mayotte en grand port maritime, la collectivité prépare donc l’hypothèse où Longoni resterait un port régional. Deux options se dessinent : créer un Epic pour assurer la gestion du port et passer des marchés pour les activités portuaires, ou lancer une nouvelle DSP afin de confier de nouveau l’exploitation à un opérateur.

L’Epic correspond à une autre logique que la DSP. Il ne s’agit plus seulement de confier le port à un délégataire par contrat, mais de créer une structure publique chargée de gérer l’activité portuaire. Cette évolution suscite des réserves parmi les élus, notamment sur la gouvernance de la future structure, le rôle exact de la collectivité et la place que prendrait l’État.

Pour certains, la mise en place d’un établissement public pourrait ouvrir la voie à une reprise en main du port par l’État.

C’est ce que dénonce le collectif des Femmes Leaders, mobilisé contre cette proposition. « Le port de Mayotte appartient aux Mahorais », affirme Sandati Abdou Hadi, présidente du collectif. Selon elle, « à chaque fois qu’il y a une structure que les Mahorais peuvent revendiquer, l’État met la main ». Les manifestantes craignent que Longoni, outil stratégique pour l’économie et l’approvisionnement de l’île, échappe progressivement au contrôle local.

Le port de Longoni concentre donc plusieurs enjeux : assurer la continuité de son exploitation après le 31 août 2026, choisir un mode de gestion durable avant fin mars 2027, et clarifier les rapports entre Mayotte et l’État. D’ici au 15 juin, les élus devront avancer sur un dossier devenu à la fois économique, institutionnel et politique.

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