Transport interurbain multimodal : entre réels besoins des usagers et agenda politique des élus

Alors que les chauffeurs de taxi de Petite-Terre menacent d’une grève illimitée et d’une perturbation sans précédent à compter du 1er juin 2026, le Département-Région de Mayotte a tenu à mettre en service, le 18 mai 2026, son réseau de bus interurbain assorti d’une plateforme multimodale concernant la billetterie. En langage profane, votre ticket vous permet désormais de circuler sur l’ensemble du territoire de Mayotte, en incluant le bus et la traversée en barge.

Cette précipitation – car il s’agit assurément d’une précipitation – répond davantage à des préoccupations d’agenda politique, les élections régionales approchant, qu’à de réelles nécessités liées aux déplacements de la population. D’où une certaine impréparation et une véritable cacophonie autour de ce lancement.

Pour en prendre la mesure, il suffisait de se rendre à la gare maritime de Mamoudzou afin d’essayer d’emprunter la barge en direction de Dzaoudzi. La première moitié de la semaine écoulée avait des allures de capharnaüm en raison d’une impréparation plus qu’évidente des agents préposés à la vente des billets.

« Un vrai bordel », pour reprendre l’expression d’un grand nombre d’usagers excédés par l’ajout de complications supplémentaires, y compris en dehors des heures de pointe. Les machines — pourtant à l’origine de plusieurs jours de grève des agents du STM l’année dernière — n’ont encore eu aucun impact positif sur la gestion de la billetterie.

« Personne ne sait vraiment comment elles fonctionnent et, côté communication, le Département de Mayotte, c’est zéro », clame un professionnel qui tente de se procurer un ticket afin de faire traverser son véhicule.

Force est de constater que cette affaire a été très mal pensée. Il y a de l’énervement et de l’impatience partout, mais aucun communicant pour donner les bonnes informations et calmer les usagers en colère. Un seul guichet — et accessoirement un demi — pour satisfaire une file d’attente qui ne cessait de s’allonger, et derrière la lucarne, une jeune femme débordée, sans doute stagiaire, qui ne savait plus où donner de la tête.

Résultat : des files d’attente qui se formaient et se déformaient sans cesse, tout en doublant le temps nécessaire à l’obtention d’un ticket. Au milieu des jurons et des déclarations à l’emporte-pièce des usagers, elle ne savait plus à qui elle avait vendu un ticket ni à qui elle avait rendu la monnaie.

« Encore une fois, c’est du n’importe quoi et tout cela se fait au détriment de notre temps et de notre porte-monnaie. Franchement, à quoi cela leur sert-il de voyager partout dans le monde si ce n’est pas pour s’inspirer de ce qui se fait de mieux ailleurs ? », s’interroge un professeur des écoles revenant d’une sortie scolaire sur Grande-Terre avec ses élèves.

Dépassée, la jeune vendeuse de tickets s’abstient tout bonnement de tout mouvement, puis fait appel à l’un de ses collègues afin d’ouvrir un deuxième guichet. Mais visiblement, celui-ci n’avait absolument rien compris, transformant la scène en « véritable armée mexicaine ».

C’en était trop pour une partie des usagers, qui ne se sont pas privés d’échanger allègrement « amabilités et noms d’oiseaux ». Pour celles et ceux qui avaient eu la chance de franchir cette première épreuve, ils n’étaient pourtant pas arrivés au bout du cauchemar.

La vérification des tickets s’est avérée être un tout autre exercice. Un jeune homme et une jeune femme se tenaient à l’entrée du corridor, là où se trouvaient jadis les agents du STM chargés de valider les tickets achetés. La modernisation du dispositif, vantée aux Mahorais par le Département, n’était absolument pas au rendez-vous.

Le jeune homme annonce fièrement aux passagers qu’il est informaticien, dépêché sur les lieux afin de constater le dysfonctionnement manifeste des appareils. À côté de lui, la jeune femme, munie d’un lecteur de codes-barres, reconnaît que sa machine fonctionne mal et réagit avec un certain retard.

Au moins, les passagers leur sauront gré de leur franchise. Poliment, ils s’excusent pour le désagrément constaté et préviennent qu’il faut désormais prendre l’habitude de conserver les tickets, ceux-ci pouvant être exigés durant le trajet entre la barge et les bus.

Pour celles et ceux qui ont emprunté la barge samedi 23 mai 2026 à la mi-journée, les choses avaient légèrement commencé à s’améliorer, avec une hôtesse chargée de fournir des informations utiles au public.

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