On croit souvent à Mayotte que la vie politique va d’une élection à l’autre, d’un mandat à un autre, et que les intervalles constituent une sorte de trêve en attendant le prochain scrutin, le prochain affrontement… Or il n’y a jamais de trêve en politique. Il faudrait surtout envisager cet intervalle comme un temps de réalisation des projets.
Depuis le 15 mars dernier, les Mahorais ont successivement élu leurs dix-sept maires, leurs présidents des quatre communautés des communes ainsi que ceux du LEMA et du SIDEVAM. Ces différentes étapes étant désormais franchies, et passés les félicitations d’usage et les déceptions compréhensibles, l’heure est désormais à l’immense chantier qui s’ouvre devant nous.
Voici quinze ans exactement, Mayotte devenait le 101ième département français. Quinze ans plus tard, il est évident que les promesses faites à la population mahoraise n’ont pas été tenues. Chacun se rappelle les milliards de crédits qui étaient promis et qui allaient se déverser sur Mayotte pour assurer enfin le décollage du développement. Malgré les assurances plusieurs fois réitérées par les différents gouvernements ces dernières années et surtout après le passage cataclysmique du cyclone CHIDO, le 14 décembre 2024, qui a eu d’importantes répercussions sur la vie quotidienne des habitants de Mayotte et qui a généré au contraire une dégradation continuelle du quotidien des Mahorais, le dossier de la reconstruction de Mayotte est toujours au point mort. Il ne s’agit dans ce propos d’évoquer uniquement des reliefs des dégradations des bâtiments post CHIDO, il s’agit ici de la forte dégradation de la vie sociale et économique des Mahorais. La population souffre !
Les problèmes s’accumulent.
Aujourd’hui, l’actualité est là pour nous rappeler toutes les difficultés que subissent les Mahorais. L’activité n’a jamais été aussi modeste, les entreprises souffrent et tous les grands projets de désenclavement aérien (piste longue) et terrestre (voies des communications) impatiemment attendues par tous les Mahorais sont en sommeil. Le billet d’avion Mayotte – Paris est toujours aussi cher. Les pénuries d’eau potable sont récurrentes depuis 2017. L’agriculture qui tenait une place centrale dans la société mahoraise[1], a perdu de son importance malgré une demande croissante. Par ailleurs, l’évolution de la société mahoraise a fait apparaître une modification des comportements alimentaires, préjudiciables à la santé qui sont, comme en métropole difficiles à contrecarrer. Les maladies cardio-réno-métaboliques, dites de « civilisation » se développent : diabète, hypertension artérielle, obésité, insuffisance rénale, cancers voire pathologies mentales. Et le coût élevé des produits (légumes, fruits…) voire les ruptures d’approvisionnement rendent encore plus compliquée la promotion d’une alimentation équilibrée. La gestion des déchets solides et liquides est particulièrement défaillante ou inexistante. La politique de salubrité publique est un échec. La population souffre de son exposition à des risques sanitaires majeurs. L’espace collectif est négligé par l’individu. L’attractivité de l’île en est particulièrement amoindrie ce qui nuit à son développement, notamment pour ce qui concerne l’activité touristique.
Une autre observation, non moins préoccupante, concerne la dégradation de la protection sanitaire à Mayotte. Il ne s’agit pas d’affoler les populations, mais il faut demeurer attentif à la réapparition récente de plusieurs signes d’endémo-épidémies que l’on croyait éradiquées : paludisme avec 197 cas confirmés de paludisme enregistrés sur le territoire depuis le début de l’année 2026, dont 71 cas suspectés d’être acquis localement, 109 cas importés et 17 cas de statut indéterminé selon Santé Publique France. Le chikungunya avec 1 311 cas confirmés en ce début d’année, dépasse le nombre total de cas recensés lors de l’épisode de 2025, qui s’élevait à 1 266 cas. Le Choléra, avec 37 cas, d’après un bilan des autorités sanitaires de Mayotte communiqué à l’AFP le 03 mai 2024, a déclenché la venue du Ministre de la santé à Mayotte les 9 et 10 mai 2026[2] .
Cette situation est liée, me semble-t-il aux conditions désastreuses d’hygiène où vit à Mayotte, une grande partie de la population et dont certaines personnes sont issues d’une immigration étrangère et irrégulière, en dépit de l’irritation de la population.
Très logiquement depuis 2011, Mayotte est marquée par une augmentation de la violence jusqu’à parfois l’homicide, par des tensions sociales et des grèves dans des nombreux secteurs, par la cherté de la vie (2011), par des récurrentes crises : d’eau depuis 2017, mouvement social contre l’insécurité et l’immigration clandestine (2018, 2023) et les drames de l’immigration clandestine en terre française, liés aux naufrages des kwassa-kwassa, présentant le lagon de Mayotte comme l’un des plus grands cimetières de la région. Ce dernier point qui est loin d’être rare, est mal documenté. Nous ne disposons toujours pas de chiffres formels.
En résumé, depuis 2011, Mayotte est surtout marquée par cette grande déception de la population dans l’extension des droits sociaux individuels. Pendant ce temps, l’économie mahoraise est toujours la proie de certains aventuriers et le réceptacle de l’immigration clandestine, devenue un décor désormais permanent. La déception de la population est à la mesure des promesses faites et non tenues. Cela ne peut pas durer longtemps !
Conclusion
Plutôt que de lancer des actions et des orientations qui heurtent profondément la majorité des Mahorais et accentuent en particulier les discriminations sociales ou s’aventurer dans un projet de construction d’un camp de réfugiés à Mayotte et rendre l’île encore plus attractive à l’immigration irrégulière, on devrait apporter aux Mahorais quelques avancées sociales de base, comme par exemple, un alignement de leurs droits sociaux sur ceux des autres français, généraliser à Mayotte, une plus grande diversité de modes d’accueil de la petite enfance, dont les crèches, ouvrir des cantines ou des lieux de restauration intégrés ou en proximité de leurs lieux de travail, ce qui libéreraient les femmes de tâches domestiques astreignantes et leur permettraient de travailler dans une plus grande sérénité. La liste des progrès sociaux de base à mettre en place ou à développer rapidement pour réduire les inégalités sociales entre Mayotte et l’Hexagone ne se limite pas ces quelques exemples énumérés pour étayer cet article. Il en faut bien d’autres…
Enfin, il faudrait aujourd’hui à la nouvelle génération d’élus fraîchement entrée en fonction, au-delà de leurs sensibilités politiques, orienter principalement leurs actions politiques vers la satisfaction des besoins et des attentes des Mahorais. Toute autre démarche ne serait qu’illusion et parfois source de désespérances dangereuses.
Il est urgent d’agir réellement pour Mayotte et les Mahorais !
[1] Contrat de projet 2007-2011, p12
[2][2] https://www.ouest-france.fr/sante/maladies/37-cas-de-cholera-desormais-detectes-a-mayotte-cinq-questions-sur-cette-maladie-018bf302-085c-11ef-82e4-0c4a28978b68


































