Port de Longoni : la justice confirme l’éviction de Mayotte Channel Gateway

La bataille judiciaire autour de la gestion du port de Longoni connaît un nouveau rebondissement. Par un arrêt rendu le 2 juin 2026, la cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé la résiliation anticipée de la convention de délégation de service public qui liait le département de Mayotte à la société Mayotte Channel Gateway (MCG), gestionnaire du principal port de l’île.

Cette décision vient conforter le jugement prononcé précédemment par le tribunal administratif de Mayotte, qui avait déjà estimé que la poursuite du contrat n’était plus compatible avec l’intérêt général. La résiliation prendra effet à compter du 1er septembre 2026.

Dans son arrêt, la juridiction bordelaise considère que les manquements reprochés à Mayotte Channel Gateway sont à la fois « graves » et « persistants ». Selon les juges, ces dysfonctionnements sont d’une ampleur telle que le maintien de la société à la tête de l’infrastructure portuaire apparaît désormais « manifestement contraire à l’intérêt général ».

Cette formulation particulièrement ferme souligne la sévérité de l’appréciation portée par la cour administrative d’appel. Elle marque également un revers majeur pour l’exploitant du port, qui contestait la décision prise en première instance.

Le port de Longoni occupe pourtant une place stratégique dans l’économie mahoraise. Véritable porte d’entrée de l’île, il assure l’essentiel des échanges commerciaux et de l’approvisionnement du territoire. Chaque année, des milliers de conteneurs transitent par ses quais, transportant des produits alimentaires, des matériaux de construction, des équipements et de nombreuses marchandises indispensables à la vie quotidienne des habitants.

Des années de tensions

Cette décision judiciaire intervient après plusieurs années de tensions entre le délégataire et les autorités publiques. Depuis longtemps, la gestion du port fait l’objet de critiques récurrentes concernant son fonctionnement, ses performances et sa capacité à répondre aux besoins croissants du territoire.

Les difficultés rencontrées sur le site ont régulièrement alimenté les débats économiques et politiques à Mayotte. Retards logistiques, congestion des infrastructures, insuffisance des investissements ou encore difficultés d’exploitation figuraient parmi les préoccupations exprimées par différents acteurs institutionnels et économiques.

C’est dans ce contexte que le département de Mayotte avait engagé une procédure visant à mettre un terme de manière anticipée à la délégation de service public confiée à Mayotte Channel Gateway.

L’intérêt général au cœur du jugement

L’arrêt rendu par la cour administrative d’appel met particulièrement en avant la notion d’intérêt général. Pour les magistrats, les manquements constatés ne permettent plus de garantir une gestion satisfaisante d’un équipement aussi essentiel pour le développement économique et social de Mayotte.

La décision confirme ainsi que la continuité du service public portuaire et les impératifs liés à l’approvisionnement du territoire doivent primer sur les intérêts contractuels du délégataire lorsque les conditions d’exécution du contrat ne sont plus réunies.

Cette analyse rejoint celle du tribunal administratif de Mayotte, qui avait déjà considéré que les dysfonctionnements relevés justifiaient une rupture anticipée du contrat avant son échéance normale.

La confirmation de cette résiliation ouvre désormais une période de transition importante pour l’avenir du port de Longoni. Les autorités devront organiser la reprise de la gestion de l’infrastructure à compter du 1er septembre 2026 afin de garantir la continuité des activités portuaires.

L’enjeu est de taille. Toute interruption ou perturbation du fonctionnement du port pourrait avoir des conséquences immédiates sur l’approvisionnement de l’île et sur l’activité économique locale.

Les prochains mois seront donc déterminants pour préparer l’après-MCG et définir le futur mode de gestion du principal équipement portuaire mahorais. Plusieurs scénarios pourraient être envisagés, allant d’une gestion publique transitoire à la recherche d’un nouveau délégataire dans le cadre d’une procédure de mise en concurrence.

Au-delà de ses conséquences immédiates, cette affaire illustre les difficultés auxquelles Mayotte est confrontée dans la gestion de ses infrastructures stratégiques. Dans un territoire marqué par une forte croissance démographique et des besoins croissants en équipements publics, la question de la performance des services essentiels demeure au cœur des préoccupations.

Avec la confirmation de la résiliation de la délégation de service public de Longoni, la justice administrative vient de tourner une page importante de l’histoire récente du port. Reste désormais à écrire la suivante, avec pour défi principal de garantir un fonctionnement efficace et durable de cette infrastructure indispensable au développement de Mayotte.

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Soldat
Journaliste

Soidiki Mohamed El Mounir, connu sous le nom de "Soldat", est une figure du journalisme mahorais. Après ses débuts à la fin des années 1980 au sein du magazine Jana na Léo, il participe à l’aventure du Journal de Mayotte, premier hebdomadaire de l’île, avant de rejoindre le Journal Kwezi. En 2000, il cofonde la Somapresse, société éditrice de Mayotte Hebdo et Flash Infos, contribuant ainsi à structurer et enrichir le paysage médiatique de Mayotte.

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