Port de Longoni : Ida Nel accuse l’État d’avoir orchestré son éviction

À moins d’un mois de la fin de la délégation de service public (DSP) du port de Longoni, Ida Nel refuse de s’avouer vaincue dans le bras de fer qui l’oppose au Département-Région, qu’elle estime agir sous l’impulsion de l’État. Sans détour, elle met en cause le général Facon, chargé de la stratégie de refondation de Mayotte après le cyclone Chido, ainsi que son ancienne collaboratrice, aujourd’hui secrétaire générale pour les affaires régionales (SGAR) à la préfecture de Mayotte. Déterminée, la dirigeante de Mayotte Channel Gateway (MCG) affirme qu’elle restera un acteur du port de Longoni, quelle que soit la forme que prendra son activité.

Flash Infos : Que va-t-il advenir de Mayotte Channel Gateway à compter du 1er septembre 2026 ? Dans quel état d’esprit abordez-vous cette échéance ?

Ida Nel : Mayotte Channel Gateway a effectivement été invitée à quitter le port de Longoni à compter du 1er septembre 2026. Je tiens toutefois à préciser que MCG existe et continuera d’exister, car c’est une entreprise capable de se développer dans d’autres activités.

Il en va de même pour Manuport, la société de mon fils. Nous attendons le résultat de l’appel à manifestation d’intérêt (AMI). Cette entreprise a lourdement investi dans la manutention et bénéficie d’un contrat de dix ans avec CMA CGM. Je pense donc qu’Ida Nel continuera d’être présente au port de Longoni, même si cela déplaît à certaines personnes.

Comme je l’ai toujours fait, je continuerai à apporter ma contribution. Aujourd’hui encore, le quai n°1 ne dispose toujours pas d’électricité alors que six entreprises du bâtiment y travaillent. Je mets la main à la pâte, avec bonne volonté, sans attendre de retour particulier.

Pour être claire, le 1er septembre 2026, Manuport sera toujours présente avec son personnel actuel. Elle poursuivra ses livraisons, quitte à travailler sous une tente.

On parle beaucoup, dans la presse, de la création d’un EPIC. Pour être franche, à ce jour, je ne sais toujours pas précisément où en est ce projet. À ma connaissance, cet établissement n’est pas encore juridiquement créé. Les statuts sont-ils validés et enregistrés ? Je ne le pense pas. Selon toute vraisemblance, les élus départementaux devront encore travailler sur sa gouvernance dans les prochains jours.

Je ne sais donc pas ce que sera réellement cet EPIC. Ce que je comprends, c’est que l’objectif affiché est de créer une sorte de mini grand port maritime local, avec les manutentionnaires comme principaux opérateurs.

Flash Infos : Si vous vous prêtez à un exercice de prospective, qui voyez-vous occuper la place de MCG au port de Longoni à partir du 1er septembre 2026 ?

Ida Nel : Quatre candidats sont en lice. Vont-ils travailler ensemble ? Nous le saurons très prochainement.

L’un de ces opérateurs réalise déjà beaucoup d’activités avec CMAT, un autre travaille avec nous. Lorsque j’observe la réaction des syndicats, je ne peux m’empêcher de penser que d’importantes perturbations sont à prévoir.

Une question se pose alors : appartient-il à l’État d’organiser un tel désordre à Mayotte ?

Ma longue présence sur l’île m’a permis de vivre les événements de 1993, marqués par un immense incendie qui avait ravagé Mamoudzou et détruit de nombreux bâtiments administratifs. J’ai également connu les grandes grèves de 2011 et de 2018, qui ont profondément affecté le territoire.

Ma conviction est que la situation actuelle est extrêmement fragile et qu’il suffirait d’une étincelle pour provoquer de nouveaux troubles.

Je considère donc que l’État, s’il est effectivement à l’origine de cette situation, devrait mesurer les conséquences de ses décisions. À Mayotte, personne n’est dupe.

Il est évident que MCG est appelée, dans un premier temps, à devenir une coquille vide. En revanche, Manuport continuera de travailler et d’assurer les livraisons, quelles que soient les décisions prises concernant l’EPIC.

Par ailleurs, les procédures judiciaires ne sont pas terminées. Comme tous les habitants de cette île, nous attendons la décision du Conseil d’État sur notre demande de sursis à exécution.

En tant que Mahoraise, je reste attentive aux nombreux soutiens et prières exprimés par des milliers de personnes, dans l’espoir que la justice reconnaisse le bien-fondé de notre démarche, dans l’intérêt des consommateurs mahorais.

Beaucoup espèrent une décision favorable. Nous verrons ce qu’il en sera le moment venu.

Flash Infos : À qui attribuez-vous la volonté de vous évincer du port de Longoni ? Beaucoup de Mahorais s’interrogent sur la cohérence de cette décision, alors même qu’elle pourrait avoir des conséquences importantes sur le coût des produits importés.

Ida Nel : Les inquiétudes que vous évoquez sont bien réelles. Qui est derrière cette décision ? Sans pouvoir l’affirmer avec une certitude absolue, je pense que tout cela découle de la stratégie de reconstruction de Mayotte après le cyclone Chido, portée notamment par le général Facon et l’actuelle SGAR. En revanche, je ne mets pas en cause le nouveau préfet.

Je me fonde notamment sur les courriers que la SGAR m’a adressés, lorsque j’ai sollicité la mise en place d’une délégation de service public provisoire. L’objectif était de permettre à MCG de poursuivre temporairement son activité, le temps que les questions juridiques soient définitivement tranchées et que l’EPIC puisse être créé dans des conditions sereines.

Or, les Mahorais constatent aujourd’hui une véritable précipitation. Tout semble aller très vite, parfois au mépris des règles habituelles.

Nous voyons apparaître des arrêtés qui se contredisent. Cette accumulation donne le sentiment d’une fuite en avant et laisse penser que certains veulent absolument finaliser ce dossier avant un éventuel changement politique au niveau national.

Flash Infos : Vous pensez donc que tout est fait pour que ce dossier soit réglé avant un éventuel changement à la tête de l’État ?

Ida Nel : Oui, c’est mon sentiment. Je rappelle que quatre missionnaires sont venus à Mayotte afin d’établir un état des lieux de la situation du port. Pourtant, leur rapport demeure confidentiel. Les parlementaires mahorais eux-mêmes auraient demandé à en prendre connaissance sans succès. Je pense donc qu’il est légitime de s’interroger sur les raisons de cette absence de transparence.

Flash Infos : Le sénateur Saïd Omar Oili a lui-même dénoncé cette situation dans les médias. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Ida Nel : J’en déduis que ce rapport contient probablement des éléments qui ne sont pas favorables aux décisions actuellement prises par l’État. Pour ma part, je me déclare prête à travailler avec tous ceux qui souhaitent engager une discussion sérieuse avec l’État sur l’avenir des ports de Longoni, de Petite-Terre et de Mamoudzou, ainsi que sur la politique portuaire de Mayotte dans son ensemble. Il ne s’agit pas d’ouvrir un conflit, mais de construire un dialogue dans l’intérêt supérieur de Mayotte et de sa population.

Je dispose de nombreux documents qui, selon moi, démontrent que le port de Longoni appartient aux Mahorais et non à l’État, même si certains actes administratifs de l’époque n’auraient pas été formellement signés par Ahmed Attoumani Douchina lorsqu’il présidait le Département.

En définitive, je considère que Mayotte Channel Gateway doit faire preuve de patience, attendre un nouveau contexte politique national et poursuivre son action avec l’ensemble des acteurs locaux afin que le port de Longoni demeure un outil au service de Mayotte et des Mahorais.

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