Explosion de violences au Chaudron : des raccourcis faciles visant les Mahorais à La Réunion

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La ville chef-lieu de La Réunion a été le théâtre d’événements violents dans la nuit de dimanche dernier. Le quartier du Chaudron, connu depuis de très longues années pour être un lieu « chaud », s’est enflammé, entraînant d’importantes destructions de biens publics et privés. Alors que les enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de ces méfaits, sur les réseaux sociaux, les responsables sont déjà tout trouvés : les jeunes Mahorais, stigmatisés par une société réunionnaise qui oublie ce qu’elle fut il y a à peine deux décennies…

Dimanche 13 septembre 2026, le quartier du Chaudron, à Saint-Denis, sur l’île de La Réunion, a renoué avec des actes de violence rarissimes, bien que ce quartier ait longtemps été caractérisé par des événements réguliers de même nature et diverses incivilités. À lui seul, le quartier du Chaudron symbolisait les disparités sociales dans le département voisin durant les décennies 1980 et 1990, entre chômage endémique et absence de politiques publiques dans de nombreux domaines.

La courbe s’était inversée durant une vingtaine d’années, grâce notamment à des investissements publics conséquents en matière d’éducation, de culture et de développement des infrastructures. Contre toute attente, cette plaie d’antan s’est rouverte dans la nuit de dimanche à lundi, plongeant la ville chef-lieu de La Réunion dans des actes de vandalisme et des incendies, dans le quartier du Chaudron, mais également à d’autres endroits comme les Camélias ou les Bas-de-la-Rivière. Des quartiers qui avaient tous connu de grandes difficultés au cours des décennies 1980 et 1990.

Ces événements sont aujourd’hui source d’une forte stigmatisation de la communauté mahoraise résidant à La Réunion. Si les officiels prennent soin de contrôler leurs prises de parole en public et dans les médias, ne pointant personne du doigt en particulier, il en va différemment du citoyen lambda.

« C’est surtout sur les réseaux sociaux que l’on assiste à un déchaînement d’expressions violentes à l’endroit des Mahorais, accusés de tous les maux qui frappent la société réunionnaise actuelle », souligne un journaliste originaire de Mayotte que Flash Infos a réussi à joindre par téléphone hier après-midi, mardi 15 septembre 2026.

Les jeunes Mahorais, boucs émissaires tout trouvés pour une société réunionnaise habituée à se mettre des œillères pour ne pas assumer sa part de responsabilité

« Une stigmatisation qui n’a pas lieu d’être », selon notre confrère, « dans la mesure où la plupart des auteurs de ces violences au Chaudron étaient cagoulés ». Il estime que le ciblage d’une communauté dans de pareilles circonstances est un comportement plutôt classique sur l’île de La Réunion, comme dans d’autres territoires d’Outre-mer ou dans l’Hexagone.

Une militante associative très impliquée dans des actions d’intégration de la communauté mahoraise à La Réunion a déclaré à la rédaction de Flash Infos ne pas être étonnée par cette xénophobie qui se déverse sur les réseaux sociaux.

« C’est courant chez le Réunionnais d’indexer tous les Mahorais dès qu’un seul enfant de chez nous est identifié comme auteur d’un acte répréhensible ou comme ayant fait partie d’un groupe de jeunes délinquants. Toutes les pierres du monde sont alors lancées sur sa communauté, sans aucune retenue. »

Ce qui est sûr, c’est que le bilan de ces violences urbaines est lourd et se solde par des infrastructures publiques incendiées, de même que des biens privés, notamment des véhicules. Sur le terrain, les rares personnes à oser s’exprimer sur ces événements choisissent de nuancer leurs propos et parlent globalement d’une jeunesse délaissée, oisive, en manque de travail et d’encadrement culturel et social. Des éléments qui constituent habituellement un terreau fertile à ce genre d’explosions de violence dans les cités.

D’autres ajoutent à ce cocktail Molotov bien connu la généralisation des caméras de vidéosurveillance, qui aurait plutôt tendance, selon eux, à attiser la colère des jeunes désœuvrés.

La remarquable fermeté d’Ericka Bareigts, la maire de Saint-Denis

Une certitude après cette nuit dominicale très agitée à Saint-Denis : la détermination affichée par sa première magistrate, Ericka Bareigts, à ne pas laisser impunis les auteurs de ces méfaits.

« Nous mobilisons tous les moyens prévus par la loi pour que les responsabilités soient établies et que réparation puisse être recherchée », a prévenu l’élue.

Elle promet en outre de « chercher toutes les voies de droit pour pouvoir envoyer les factures aux parents de mineurs non originaires du Chaudron », se refusant absolument à reculer sur la question de la sécurité dans ce quartier.

Elle n’est pas la seule à adopter cette posture. D’autres citoyens dionysiens partagent son point de vue et réclament encore davantage de caméras de surveillance ainsi qu’une présence policière renforcée dans les rues de Saint-Denis.

La leçon de cette histoire, c’est qu’une fois de plus, l’hôpital se moque de la charité. Les violences urbaines commises par une jeunesse qui s’ennuie seraient-elles une recette importée à Mayotte par des gamins ayant vécu dans ces quartiers chauds des grandes villes réunionnaises il y a une vingtaine d’années ?

La mémoire pouvant être très courte pour certaines personnes, stigmatiser les jeunes Mahorais vivant actuellement dans le département voisin est peut-être le chemin le plus court pour fuir ses propres responsabilités parentales et collectives.

La vérité, c’est que ce type de violences résulte souvent des échecs de politiques publiques déployées en France, mais aussi d’une société à deux vitesses au sein de laquelle les inégalités entre les individus n’ont jamais cessé de se creuser et de s’amplifier.

Journaliste politique & économique

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