Refondation de Mayotte : « Qui tient réellement la barre ? », s’interroge le sénateur Saïd Omar Oili

Près de dix-huit mois après le passage du cyclone Chido et près de onze mois après le vote de la loi du 13 août 2025, les acteurs de terrain constatent que les mesures annoncées et les 4 milliards d’euros promis ne sont toujours pas au rendez-vous.

Avec mes collaborateurs, nous avons publié un rapport de 80 pages dressant un premier bilan financier ainsi qu’un état d’avancement des treize mesures prioritaires. Ce document a été transmis au Premier ministre, à l’ensemble des ministres impliqués dans la refondation, aux parlementaires ainsi qu’aux membres du comité de suivi.

Hormis les accusés de réception, une seule ministre, celle des Armées et des Anciens combattants, a répondu en présentant les actions engagées par son ministère et son analyse des suites du cyclone Chido. La ministre des Outre-mer, quant à elle, n’a même pas accusé réception de ce courrier.

Lors des débats consacrés à la loi du 13 août 2025, j’avais déjà soulevé la question de la gouvernance et de la multiplication des instances chargées du pilotage de la refondation.

Aujourd’hui, au regard du silence qui a suivi la transmission de ce premier bilan de l’application de la loi, la question de la gouvernance demeure entière.

Prenons un exemple concret : la reconstruction de la filière pêche à Mayotte. Plus d’un an après, plusieurs difficultés majeures persistent, notamment :

  • les contraintes liées aux normes européennes imposées aux navires de pêche mahorais ;
  • le déblocage des fonds destinés au développement de la pêche mahoraise par les armateurs seychellois.

Face à cet enjeu majeur qu’est le renouvellement de la flotte de pêche, la réponse des autorités consiste à créer un comité local des pêches. Autrement dit, à une nécessité d’action concrète, on répond par la création d’une nouvelle structure.

En 2026, le ministre chargé de l’Europe, la ministre des Outre-mer, le ministre chargé de la Pêche, la Direction générale des affaires maritimes, de la pêche et de l’aquaculture (DGAMPA), le général Facon, la préfecture de Mayotte ainsi que le comité de suivi ont tous été saisis de cette urgence : reconstituer la flotte de pêche mahoraise.

Dès la promulgation de la loi, j’avais alerté sur les dysfonctionnements susceptibles d’affecter l’efficacité de la gouvernance prévue par la loi du 13 août 2025 de programmation pour la reconstruction et la refondation de Mayotte.

La situation de la filière pêche n’est qu’un exemple parmi de nombreux dossiers prioritaires qui souffrent aujourd’hui d’une stratégie de refondation insuffisamment opérationnelle.

La création d’un comité local des pêches vient ainsi s’ajouter à une architecture institutionnelle déjà particulièrement complexe.

Une question demeure donc : Qui pilote véritablement la refondation de Mayotte ?

  • La Direction générale des Outre-mer (DGOM) ?
  • La mission Facon, composée d’une dizaine de hauts fonctionnaires ?
  • Le préfet de Mayotte ?
  • L’Établissement public de refondation créé par la loi d’urgence de février 2025 et doté de plusieurs dizaines d’agents ?
  • Le comité de suivi institué par l’article 3 de la loi du 13 août 2025 ?

Saïd Omar Oili
Sénateur de Mayotte

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