Dans un rapport remis le 30 juin, la commission d’enquête du Sénat dresse un constat sévère sur les inégalités dans les Outre-mer. Mayotte y apparaît comme l’un des territoires où le “mal-développement” est le plus marqué, aggravé par les crises récentes, mais largement antérieur au cyclone Chido.
Mayotte n’a pas attendu Chido pour décrocher. C’est, en substance, ce que rappelle la commission d’enquête sénatoriale sur les inégalités systémiques dans les Outre-mer, présidée par Viviane Malet, et rapportée par Evelyne Corbière Naminzo, également sénatrice toutes deux sénatrices de La Réunion. Créée à l’initiative du groupe CRCE-Kanaky, elle a adopté son rapport le 30 juin, après cinq mois de travaux, 38 auditions plénières et plusieurs contributions écrites.
Le rapport, long de plus de 500 pages, n’a pas pour ambition d’additionner les retards territoire par territoire. Il entend montrer que les inégalités ultramarines “font système” : pauvreté, santé, école, logement, accès à l’eau, emploi ou encore foncier se renforcent mutuellement. Les sénateurs parlent d’un “cercle vicieux” de mal-développement, que les politiques de rattrapage successives n’ont pas permis de rompre.
Dans ce rapport, Mayotte est cité comme l’un des cas les plus criants. En 2023, le PIB par habitant à Mayotte s’élevait à 11.300 euros, contre 41.100 euros dans l’Hexagone. Le chômage atteignait 37 %, soit cinq fois plus qu’en France métropolitaine. Et 77 % de la population vivait sous le seuil national de pauvreté, selon les dernières données disponibles.
Chido comme révélateur
Le rapport insiste sur un point : le cyclone Chido et la tempête Dikeledi ont aggravé une situation déjà très fragile. Les dégâts sont évalués à plus de 3,4 milliards d’euros, auxquels s’ajoutent 500 millions d’euros de pertes d’activité économique. Seuls 16 % des logements n’ont pas été endommagés, tandis qu’un tiers auraient été détruits.
Mais pour les sénateurs, la catastrophe a surtout mis en lumière des fragilités anciennes : manque d’infrastructures, crise du logement, accès à l’eau, faiblesse du bâti scolaire, problème foncier. Le rapport rappelle ainsi qu’environ 60 % du territoire mahorais ne serait pas couvert par un titre foncier établi, ce qui freine les projets d’aménagement et de reconstruction.
Le diagnostic est particulièrement dur sur l’école. En 2025, 17,3 % des enfants de 3 à 10 ans n’étaient pas scolarisés à Mayotte. La proportion monte à 23,3 % chez les 3-5 ans. Le rapport souligne aussi que plus de la moitié des écoles seraient concernées par les rotations scolaires.
Les résultats scolaires traduisent ces difficultés. Le taux de réussite au baccalauréat était de 74,5 % à Mayotte en 2024, contre 91,2 % au niveau national. L’illettrisme touche 31,9 % des jeunes testés lors de la Journée défense et citoyenneté, contre 6 % dans l’Hexagone.
La commission appelle à faire de la jeunesse une “priorité absolue”. Elle recommande notamment de renforcer la restauration scolaire, alors que seuls 8 % des élèves mahorais du premier degré bénéficient de la prestation d’accueil et de restauration scolaire, et de développer l’enseignement bilingue, le français n’étant pas la langue maternelle de près de 90 % des élèves à Mayotte.
Le rapport pointe également une situation sanitaire alarmante. Mayotte ne compte que 10 médecins généralistes libéraux et 2 spécialistes pour 100.000 habitants, contre respectivement 82 et 82 dans l’Hexagone. L’ensemble du territoire est classé en zone d’intervention prioritaire, autrement dit en désert médical. La commission relève aussi un taux de mortalité infantile de 10,4 pour 1.000 naissances en 2023, contre 4 au niveau national.
L’accès à l’eau reste un autre symbole de cette rupture. Le rapport évoque les tours d’eau et les restrictions qui devraient se poursuivre jusqu’en 2027, malgré les projets d’Ironi Bé et d’Ourovéni. Il affirme que près de 30 % de la population n’aurait pas accès à l’eau potable.
Sur le logement, le constat est tout aussi sévère : le parc social ne représente que 5 % des résidences principales, tandis que 60 % des logements seraient indignes ou insalubres.
Au total, la commission formule 63 recommandations, pensées comme un plan d’action à mettre en œuvre dès 2027. Elle plaide notamment pour une stratégie nationale de santé outre-mer, un plan diabète, une opération d’intérêt national sur l’eau potable et l’assainissement, ainsi qu’un effort massif sur l’école, la petite enfance et l’insertion des jeunes. Pour Mayotte, l’enjeu est clairement posé : faire de la reconstruction une véritable refondation, ou laisser se prolonger un rattrapage toujours promis, jamais atteint.
Passionnée par la petite et la grande histoire d'hier et d'aujourd'hui j'aime raconter le quotidien des personnes qui fondent un territoire.





































